‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 3)Chapitre 14 sur 72 · XV. Mais la campagne de 1708 fut pour M. le duc · texte numérisé non relu

XV. Mais la campagne de 1708 fut pour M. le duc

d ^inf*^* ^® Bourgogne la crise la plus terrible et la plus 1708. violente, oii un jeune prince de son caractère et

de son rang pût jamais se trouver exposé. Ce fut alors qu'il eut à exercer ces vertus difficiles, dont Fénelon lui avoit appris l'usage t jamais peut-être la religion n'a remporté une victoire plu» étonnante sur les passions; jamais il n'eut plus besoin d'être soutenu par Féaelon; et la Providence, qui avoit prévu l'extrémité où il seroit réduit; lui - méqagea lek bonheur de pouvoit* correspondre-

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avec plus de facilité avec son sage instituteur.

On étoit inFormé que le prince Eugène et le

duc de*Mar.lboroug dévoient porter le principal

théâtre de la guerre , et tous les efforts des armées

^alliées, dans les Pays-Bas. Le duc de^Bourgogne

fut nommé généralissime d*une- armée de cent

paille hommes en Flandre; le duc de Vendôme

et le maréchal de Matignon furent destinés à corn-

, mander sous ses ordres. Mais ce vain titre de

généralissime ne devpit être pour le jeune prince

qu'une décoration accordée* à sa» naissance, et le»

instructions qu'il aVoit reçues du Boi, le subor*

donnoiènt aux avis du- duc de Vendôme.

L'expérience si malheureuse, et- encore si ré^ cente des dangers et des inconvéhiens- qu'offre le partage du» commandement, n'avoit pas dégoûté ' le cabinet de Versailles d'un système presqu'imv praticable dî^ns la conduite d'une campagne militaire;

Par une singularité rem^arquable, à l'affÉ^irede Tu-rin en 1706, le cdurage et le.' génie dû duc d'Orléans s'étoient vus enchaînés par la circonspection trop prudente do maréchal de Marsin^ revêtu de toute l'autorité^ dans l'armée, que le duc d'Orléans étoit censé commander; pendant la campagne de 1708, le duc de Bourgogne, non nioins intrépide, mais plus circonspect que 1^

6o HISTOIRE DK FÉKELOW,

duc d'Orléans, fut soumis aux ordres du duc àe^ Vendôme, dont la valeur, souvent téméraire, et toujours hasardeuse, éioit capable de .conduire à une perte inévitable une armée entière, seule et dernière ressource de la France.

Le notn du duc de Vendôme est resté parmi celui des grands capitaines qui ont honoré la Fraoce, et illustré le siècle de Louîs XIV; il avolt en efiiet une grande partie des qualités brillantes qui- font les héros de la guerre, un courage intrépide, un coup-d'œil sûr et rapide,, une ambition démesurée de la gloire et des hon^ neurs , et la confiance des soldats par une sorte de familiarité populaire qui les cliarmott et ks portoit à tout braver dans un jour d'action. Il a eu surtout l'avantage décisif d'avoir fixé en sa faveur le jugement- de ses contemporains et l'opinion de la postérité, en mourant, pour ainsi dire, dans le champ de la victoire, après avoir rétabli Philippe V sur le trône d'Espagne (0; mais à ces grandes qualités il joignoit de grands défauts , même dans la partie militaire ; et sans emprunter à M. de Saint-Simon, peut-être trop prévenu contre lui, les traits sévères sous lesquels il l'a peint, on peut sans doute lui reprocher avec

(0 Par la bataille de Villa -Viciosa, gagnée le la décembre

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>ses admirateurs mêmes (0 n de n*avoir pas tou* 3è jours assez médité ses desseins, d*avoir trop né- » gligé les détails , d'avoir laissé périr la discipline » militaire,, de donner à la table et au sommeil » la meilleure partie de son temps ; de ne se lever » souvent qu'à quatre hedres après midi, et de » s'être exposé plus d'unefois par cet inconcevable . ^> abandon au danger d'être enlevé ».

Il falloit que cette opinion fût bien générale- /

ment établie , puisque deux ans avant la cam-^ pagne^de 1 708^ et dans un temps où Ton ne pouvoit par conséquent supposer . que Fénelon fût inspiré par le ressentiment des procédés du duc de Vendôme enveçs le duc de Bourgogne^ il en poTtoit le même jugement.

« M. de Vendôme est paresseux, inappliqué à XVI. » tous les détails, croyant toujours tout possible, p^j^gion au )i sans discuter les moyens et consultant peu. Il duc de Che- » a de grandes ressources par sa valeur et son ^"^^'^g » coup-d'œil, qu'on dit être très-bon pour gagner (Manuscr.) ». une bataille; mais il est très-capable d'en » perdre une par un excès de confiance. Alors j» que deviendroit-on ? Il ne petit souffrir la su- M périorité des ennemis sur lui ; c'est une honte » et un dépit extrême; les ennemis prendront » des places très -importantes devant lui pour

<0 Siècle de Louis XIV de Voltaire.

^2 IIISTOinE DE FÉXELON,

» percer notre frontière et entamer le royaume^ » ou bien ils rengageront à une bataille ; c'est ce » qu41 cherche*; s- il la perd, il hasarde la France n entière; c'est sur quoi on doit bien délibérer, » sans Fabandonner à son impétuosité. : Il fau- » droit un Charles V pour retenir Bertrand du » Guesclin; il ne s'agit pas de la cacnpagne de )> M. de Venddrae, mais de la fortune de l'Etat ». Voilà ce qu'écriyoit Pénelon en 1706, et on croit lire l'histoire de la campagne de 1708. Mais en supposant même que le duc de Vendôme ti'eùtpas eu tous les défaits qu'on lui reprocboit, il étoit de 'tous les généraux de son temps cielui <{u'on devoit le plus éviter d'jRssocier au duc de Bourgogne dans Iç commandement de la même armée. Il tenoit àiine cabale puissante , uniquement occupée à braver le duc et la duthesse de Bourgogne^ et tout ce ^qui leur étoit attaché. Il laut le dire, le Dauphin, fils de Louis XIV et père: du jeune prince, a voit la foiblesse d'être jaloux des grandes qualités de son fils; il croyoit y trouver La censure de sa vie insoacianteet inap* pliquée; il s'étôit environné d'une troupe de courtisans, qui ne s'étoient que trop aperçus de cette ]affiig^nte disposition, et s^étudioient à l'enti^tenir. Ils avoient malheui^usement réussi à élever des barrières entre le père et le fils, et à écarter

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\oatce^ui auroit pu les^rapprocfaer^ si la mort du Roi y que son âge déjà avancé permettoit de prévoir, laissoit Vbéritier du trône en leur pourvoir. 'Tous ceux qui composoient cette Cour^ redotttoient d'ailleurs les principes austères du duc de Bourgogne, et l'influence des amis vertueux qui paroissoient naturellement appelés à sa con^ fiance. Le duc de Vendôme étoit le personnage le plus actif et le plus distingué de la Cour du Dauphin par son rang, ses grands talens, et ses succès; et sa' vaste ambition lui présageoit une autorité sans bornes dans l'avenir, s'il parvenoit à aigrir encore plus le père contre le fils, et à écraser celui-ci dans l'opinion publique. A ces noptifs d'intérêt et d'ambition s^réunissoient des ressentimens personnels, qui irritoient le dépit du duc de Vendôme. La duchesse de Bourgogne n'avoit point ignoré la manière peu mesurée et trop, publique, dont il s'étoit souvent exprimé sur le duc de Savoie' son père, et elle en avoit témoigné son mécontentement; Enfin^ la licence honteuse et révoltante des mœurs du duc de Vendôme ftormoit un contraste choquant' avec les principes vertueux du duc de Bourgogne ; il ne pouvoit se dissimuler l'opinion du jeune prince à son égard, et un mépris trop mérité étoit pour lui une insupportable injure.

64 HISTOIRE DE FÉJSELON,

Telles ëloient les dispositions du ducî de Vert* dame, lorsque le duc de Bourgogne arriva k rarmëe de Flandre. On put s'apercevoir dès les premier momens, par la hauteur insultante avec laquelle il donnoit des ordres au jeune prince , plutôt qu'il n'en recevoit, qu'il étoit impossible de voir régner entr eux cette harmonie si nécessaire pour assurer les succès de la campagne. On sent aussi qu'il dut se former dès lors autour des deux chefs ^ des groupes divers de courtisans et d'adulateurs^ plus occupés à se cpmbattre mu-tuellement, qu'à combattre les ennemis. Cependant le début de la campagne fut assez heureux, et la surprise de Gand, capitale de la Flandre espagnole, douait des espérances qui fur^t cruellement trompées.

Le jour même où le duc de Bourgogne avoit quitté Versailles pour se rendre à Tarmée, il s'étott arrêté un moment à Senlis pour envoyer un courrier à Fénelon , et le prév'enir de son passage à Cambrai ; il lui mandoit :

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