XXII. ^ ^^^ reçu depuis quelque temps deux de vos
Leures du » lettres, mon cher archevêque ; vous comprenez
ducdeBour- . ^ ».
cogne ù Fé- ^' aisement que je nai pas trop eu le temps de
nelon, ao » répondre plus tôt à la première; et pour la se-
(Manuscr.) " conde, elle ne m'a été rendue qu'hier. // n'a
yi point été question de mon retour; mais vous
» pouvez être persuadé que je suis et que j'ai
» toujours été dans les mêmes sentimens que vous
» sur ce chapitre^ et qu'à moins d'un ordre 5a4
» périeur et réitéré, je compte, quoi qu'il ar-^
M rive, définir la campagne, et d'être à la tête
» de l'armée tant quelle sera assemblée.
- » J'en viens à lasecQnde. Il est vrai que ia\
^ essuyé une épreuve depuis quinze jours, et /e » me trouve bien loin de Vav^oir reçim comme je » fc devais , me laissant emporter aux prospé- » rites j et abattre dans les. adversités ; me laissant » aussi aller à un serrement de cœur causé par . >> les noirceurs j les contradictions j et les peines » de ^incertitude et de la crainte de faire queU » que chose de mal'è*propos dans une affaire » d'une conséquence aussi extrême pour rEt<ft. » Je me trouvois avec Tordre réitéré du Roi d'at- » taquer les ennemis; M. de Vendôme pressant D dele faire, et dé l'autre côté le maréchal de » Berwick et tous les anciens officiers^ avec la » plus grande partie de l'armée, disant qu'il étoit » impossible d'y réussir, et que l'armée s'y per- » droit. Le Roi me réitéra son ordre après une » première représentation à laquelle je me crus . » obligé* M. de Çhamillart arriva le soir et me » confirma la même chose. J'y voyois Jes funestes » suites de la perte d'une bataille, sans pouvoir » presque espérer dç la gagner, et que le mieux » qui pouvoit nous arriver étoit de nous retirer » après une attaque infructueuse* Voilà l'état où » j'ai été pendant huit ou neuf jours, jusqu'à ce » qu'enfin le Roi, informé de l'état des choses, » n'a plus ordonné l'attaque et m'a remis à pren- » dre mon parti.
» Sur ce que vous me dites de mon indécision^
78 HISTOIHE DE F^NBLOU,
M il çst vrai que je me le reproche à moi-mêm^^ » et que quelquefois paresse et négligence^ JUau- » très fois, mauvaise honte, respect humain, ou^ n timidité, m'empêchent de prendre des partis y » et de trancher net dans des choses importantes. » Fous voyes: que je vous parle apec sineéricé, w et je démande tous les jours à Dieu de me don-* » ners avec la sagesse et la prudence^ la forée et 9 le courage^ pour exécuter ce que je croirai » démon devoir,
» Je n*avofê point cette puissance' déci$ive » quand je suis- enti^ eu campagne, et lé Roi )> m'tvoit dit que^ quand ks avis Berûieiii diffë- » reits, je devôis me rendre à celui de M. de Yenn dôme, lorsqu'il y persisteroit Je la demandai « après Taffaire d'Oudenarde ; elle me fut accor- » dée, et peut-être ne m'en suis-je pas servi auf- » tant que je le devois.
» Pour toutes les louanges que v dus me don- » nez^ si elles nevenoient d'un homme eomme » vous, je les prendrois pour des flatteries ; car » en vérité je ne le mérite guère j et le monde se » trompe isats. ce qiCil pense sur mon sujet* Mais )> il fettt, avec la grâce de Dieu, mériter -ce que » l'oû en croit, du moins «n approcher. Vous » savez nion amitié pour vous; elle ne finira qu*a- 3)vecmavîe». Louis.
P. 5. ce Je me sers de cette occasion pour vous
LIVBÈ SEPTIEME. 79
»i3emander si vous ne croyez pas qu'il soit ab* » solûmentmalde loger dans une abbaye de filles. » C'est le cas où je v(ie trouve ^ les religieuses sont » pourtant séparées^ mais j'occupe une partie de » leurs logemenSi et s'il étoit nécessaire , je quit- » terois U maison quoi qu'on en pût dire. Dites* » moi^ je vous en prie^ votre sentiment . d'autant » plus que je Suis présentement dans votre dio- » cèse ».
FéneloQ s'empressa de tranquilliser le duc de Bourgogne sur le dernier article de cette letti^e, qui tenoit autant à un sentiment de délicatesse *et de respect pour les bonnes mœurs, qu'à un . scrupule religieux.
Il lui répondit : « Vous ne devez avoir aucune \g|) ^peine de loger dans la maison du Saulsoir. » Vous n'avez rien que de sage et de réglé auprès » <le votre personne. C'est une nécessité à laquelle n on est accoutumé pendant les campemens des » armées; on est fort édifié de la police et du bon » ordre que vous faites garder »•
Le duc de Bourgogne avoit les défauts de ses <{ualités y n'attaobant de prix qu'aux vertus réelles, il tiégligeoit trop ces petits moyens de plaire, et ces attentions délicates et recherchées, qui appartiennent jusqu'à un certain point à la science Ae gouverner. Les princes devroient se trouver
8o insTomE pE fjSnelon,
trop heureux de voir souvent désirer et recîpvôii:' de leur part un sourire, une expression obligeante, un souvenir flatteur comme le plus noble prix du sang répandu à leur service, comme la plus douce récompense d'une vie consacrée à leur plaire.