‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 3)Chapitre 18 sur 72 · XXIII. *^ Je viens d'apprendre , Monseigneur , lui écri · texte numérisé non relu

XXIII. *^ Je viens d'apprendre , Monseigneur , lui écri

Fénelon „ yoit Fédelon , que diverses personnes deconduc deBour- ^* dition et de mérite dans le service , se plaignent gogne quel- ,,, que VOUS ne connoissez ni leurs noms, ni leurs P^' nUon* " visages, pendant que M. le duc de Berry les Lettre du *' rccounoît tous, les distingue, et les traite gl'aii^sept. 1708. » cieusement. Cependant, vous avez plus qu'au- » cun autre prince de quoi contenter le public « d^ns la conversation. Vous y êtes gai, oblîa géant, et si l'on ose le dire, très-aimable; vous » avez l'esprit cultivé et orné pour pouvoir paçler yy de tout, et pour vous proportionner à chacun ;^ » c'est un charme continuel, dont il ne tient w qu'à vous de faire usage ; il ne vous en coûtera , «qu'un peu de sujétion et de complaisance; M Dieu vous donnera la force de vous y assujé- » tir, si vous le désirez; vous n*y aurez que la » gloire mondaine à craindre. C'est l'avantage » des grands princes, que chacun, qui se ruine, » ou qui s'expose à être tué pour eux, est en- » chanté par une parole obligeante et dite à propos-

LlVÏlE SËl>i:iÈM£. 8l

» pos; L'armée entière chantera vos loaanges^ » quahd chacun vous trouvera accessible, puvert » et plein de bontés

» Pour vos défauts y Monseigneur , je remercie » Dieu de ce quUl vous les fait sentir , et de ce » qu il vous af)prend à vos dépens, par de si » fortes leçons^ à vous défieï* de vous-même.

» On dit encore que M. le comte d'Evreux (i) » a écrit très-certainement une lettre qu'il a dé- » savoaée, on dit que vous avez paru croire un j» peu trop facilement le désaveu qu'il vous en a » fait contre la notoriété publique. Pour moi, je » crois qu'il seroit très-digne de vous de suspendre » tout au moins votre jugement sur la sincérité n de ce désaveu , et de lui rendre vos bonnes n grâces, en lui pardonnant, s'il le faut, de très- M bon cœur. Je vous dirai, dans le plus profond » secret> que ce désaveu ne doit pas être cru, , » et que je le sai^ bien.

» Je rassemble , Monseigneur, tous- les dis- » cours que j'ai eatendu faire, ne craignant point » de vous déplaire, en vous avertissant de tout » avec un zèle sans bornes, et étant persuadé que j» vous ferez un bon usage de tout ce qui méri- 31 tara quelque attention. Les bruits même les

(<) Henri-Louis de Latour d'Auvergne, comte d^Evreux, colonel-général de la cavalerie.

Fénelon. Tom. jv. 6

$2 HISTOIRE D£ FÉHBLOir'i

» plus injustes ne sont pas inutiles à savoir, quand j» on a le cœur bon et grande comme vous Pavez , » Dieu merci ».

On applaudira certainement à la tendresse éclairée de Fénelon pour son ancien élève , en ne lui dissimulant aucun de ses torts, ou de ses défauts ; mais on peut dire que la manière dont M. le duc de Bourgogne recevoit ses avis et ses leçons y est bien plus admirable encore. Il est difficile de lire sans attendrissement la réponse qu'il fit à rarchevéque.de Cambrai, xxrv. » Je n'ai pu répondre plustôt, mon cher ar<>

Réponse du ^ chevêque , à votre grande lettre; car j'en ai eu ffi^e, 3 oc- ^ fréquemment de très-longues h écrire sur les tobre 1708. j, opérations dont ie suis charsé. Je puis le faire

(Manuscr.) "^ \ , . ,

i» présentement article par article.

» Il est vrai que je suis renfermé assez souvent ; , » mais y comme je vous Fai dit, j'écris beaucoup

» certains jours. Je ne nie pas cependant que je » ne perde souvent du temps. Il est vrai i^ussi que » je parle plutôt aux gens à qui je suis plus.ac*- » coutume, et que je suis trop en cela mon goût >• naturel».

Il entre ensuite dans son apologie sur l'afiaire d'Oudenarde, et sur quelques faits militaires dont Fénelon Favoit entretenu sur les bruits publics^ et qui seroienl aujourd'hui sans intérêt.

iB La publicité de quelques délibéra lions du » conseil de guerre n'est que trop véritable; » mais on peut la mettre sur le compte de M. de » Vendôme, plutôt que sur le inien.

» Il en est de même de n*être pas bien averti ; » et ce qui fait retomber sur moi cette sorte de » plainte, est que j'aurois dû agir autrement, et » que je ne Fai pas toujours fait, me laissant aller » à une mauvaise complaisance , à une certaine » foiblesse ou respect humain. Vous connoissez » parfaitement M. de Vendôme, et je n'ai rien à » vous dire de plus que ce que vous en dites dans i> votre lettre. Ce que vous dites du* maréchal de » Berwick est aussi fort juste; il excède peut-être n un peu trop en prudence ^ au lieu que M. de T» Vendôme excède en confiance et négligence.

» Je ne sache point dans tout ce qui s'est passé » en dernier lieu, avoir consulté gens sans expé- » rience. J'ai parlé aux plus anciens généraux, à ^ » des gens sans atteinte sur le courage, et si les » conseils ont été taxés de timides, ils méritoient » plutôt le nom de prudens.

3» Il est vrai que la présomption absolue de » M. de Vendôme, ses projets subits et mal di- » gérés, et ce que j'en ai vu, m'empêchent d'avoir » aucune confiance en lui , et que cependant j'ai » trop acquiescé dans des occasions où je de vois

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» au contraire décider de cequ'il me proposoit, » joignant en cela la foiblesse à peut-être un peit » de prévention* Gar depuis l'afiaire d'Onde- » narde, j'ai reçu la puissance décisive ainsi que » je crois vous l'avoir déjà mandé.

» Je ne sais rien de précis sur ce que Ton dit n que mon frère traite mieux que moi, et connoît » mieux que moi des officiers de qualité et de » mérite; comme il écrit moins que raoi^ il les » peut voir plu» souvent.

» Je tâcherai de faire usage des avis que vous » me donnez , et prie Dieu qu'il m'|en fesse la grâce, iy pour n'aller trop loin, ni à droite ni à gauche.

» Je ferai aissi usage de ce que vous me mar- » quez sur le comte d'Evreux, sans affectation, » mais aussi pour h« pas paroitre dupe; car vous » savez que c'est un personnage qu'il faut éviter; » je m'attends à bien des discours que l'on tieint, » et que l'on tiendra ehcore. Je passe condam- » nation sur ce que je mérite, et méprise les ». autres, pardonnant véritablement à ceux qui » me veulent ou me font du mal; et priant pour » eux tous les jours de ma vie.

» Voilà mes sentimens, mon cher archevêque, » vous savez que mon amitié pour vous est tou- » jours la même. J'espère pouvoir vous en assurer » moi-même à la fin de la campagne ; on ne sau-

» roit encore dire quand ce sera'; car rëvéneniènt » de Lille est encore itidé terminé »,

Souvent Féneloii, Vélevànt dans ses lettres audessus des détails particuliers , dont il croyoit devoir Tinstruire, lui offre ces grandes vues générales^ qui .doivent toujours être présentes à Tesprit des princes , pour leur apprendre à se mesurer avec le malheur^ et à subir avec fermeté ces revei*s éclataîiSy qui peuvent les atteindre comme les autres hommes.

ce Ceux qui doivent commander aux autres, ' XXV. n ne peuvent le faire utilement, dès qu'ils ont ^j ^ ^^^^ » perdu l'estime et la confiance des peuples. Rien tresdeFéne- » ne seroit plus dur et plus insupportable pour ^^^^ "^ *^

* * * ^ * JDOurgogne.

» les peuples, rien ne seroit plus dangereux et » plus déshonorant pour un prince, qu'un gou- » vernement de pure autorité, sans l'adoucissen ment de l'estime, de la confiance et de l'affec- » tion réciproque. Il est donc capital, même selon » Dieu, que les grands pripces s'appliquent sans 3» relâche à se faire aimer et estimer, non par une » recherche de vaine complaisance, mais par fi- » délité à Dieu , dont ils doivent représenter lat

» bonté sur la terre

9 Ce qui me console ^ de vous voir si traversé 3» et si contredit, est que je vois le dessein de » Dieu , qui veut vous purifier par les contradic-

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