HISTOIRE DE FÉNELON, J
tiatioD, des cniues les plus lâches et les pli atroces^ on est (Tabord tenté d'attribuer un par^ déchaînement aux manœuvres profondes» de i haine et de l'ambition. Cependant, il est cerlai que le duc d'Orléans n'avdît point d'ennemi son seul; son plus dangereux ennemi^ étoit ]U| même; sM fut injustement accusé, il ne dut s'ii prendre qu'à lui seul. On le jugea tel qu'il âffê^ toit de se montrer; en refusant de croire à 1 vertu et à la probfté, il mérita qu'on doutât a sa vertu et de sa probité, et comme le dit Fé nelon, il ftndit croyable tout ce quori a le plu de peine a croire,
11 falloit que les horribles soupçons qui accu soient le duc d'Orléans du pkis grand des crimes fussent bien généralement répandus, et oflrisseti tous les Caractères de la vraisemblance^ pou avoir pu rehdré nécessaires les terribles précau tioDS conseillées dans ce mémoire.
Ni Fénelon, ni le duc de Beauvilliers, ni ï duc de Chevreuse n'étoient prévenus contre c prince. On voit même^ dans les Mémoires d Saint-Simon j qu'ils l'avoient servi utilement au près du' duc de Bourgogne, dans un temps oi une intrigue imprudente en Espagne, avoit déj jeté sur lui le soupçon d'un grand attentat. Ce toit le généreux intérêt du duc de Bourgogn
qui Tavoit alors garanti dé Vindignatîon de Louis XlV, du courroux du premier Dauphin, du juste ressentiment de Philippe V, et des insinuations plus dangereuses encore de madame de Maintenon et de la pf incesse dés Ursins. Le duc d'OrleaDS; touché des vertus dtf Fénelon, du charme et de Tagrément de sotï-esprit, frappé de la su^péri or î té de son génie, entretenoit même avec lui une correspondance intéressante sur les objets les- plus sublimes de la religioni et de la philosophie.
Ce n'étoit donc que malgré leur penchant naturel que Fénelon et ses aûiis se voyoient, pour ainsi dire, entraînés, par la clameur universelle à Je présumer coupable. Le mémoire de Pénelon peint la. pénible 'anxiété d'un esprit qui n'ose croire ni à l'innocence, ni au crime, et qui* s'épouvante lui^mémè de la nécessité de sondet* ces affreux mystères. Chaque ligne de ce mémoire excite dans l'esprit du lecteur une espèce d'effroi involontaire sur cet amas de soupçons atroces et de suppositions horribles, que le cri universel d'un peuple çgaré par la douleur, semble élever contre des personnages si augustes.par leur naissance et leur Tang*.
« Ce seroit uile grande injustice (0> dit Perte-
0) Manuscrils. .' *
a5o histoire de FÉJTELONy
» Ion y et un grand malkear, que de soupçon » sur des imaginations populaires^ saas an so » fondement.
, » S'il n'est pas coupable , on prépare à { » perte une guerre civile,^ en le tenant pour i » pect et en Fezcluant.
» S'il est coupable y il est capital de mettre » silreté la vie du Roi, et du jeune prince, » est à toute heure en péril.
3» S'il n'est pas coupable , et s'il est bien inl » tionné , il seroit convenable de le traiter a , » confiance y et de l'engager par honneur»
» Ce qui me frappe , est que sa fille (la » chesse de Berri), qui est dans l'irréligion » plus impudente, dit • on, ne sauroit y être s » lui, et qu'étant instruit de tout ce qu'on dit » monsti^ueuz de leur commerce, il n'en pî » pas moins sa vie seul .avec elle. 'Cette im » gion, ce mépris de toute diffamation, M abandon a une si étrange personne, sembl » rendre croyable tout» ce qu'on a le plus » peine à croire. Il est ambitieux et curieux » l*a\fenir. •
» Il y a des crimes qu'on ne peut jamais s'asj » rer de prouver judiciairement, qu'après Te » tière instruction du procès. Il est terrible » commencer celui-ci dans l'indertitude.
^ LIVRE SEPTIEME. :t5l
» La preuve est encore bien plus difficile con- » tre une personne d'un si haut rang. Qui est-ce 1» qui ne craindra point de succomber dans une » si odieuse accusation?
» Chacun craindra une prompte mort du Roi^ » ou une indulgence de sa part pour sauver Thon* » neur de la maison royale. Chacun craindra un » ressentiment éternel de cette maison. Les espé- » rances de récompenses ou de protection ne sont » nullement porportionnées à de telles craintes ; » dès qu'on viendra à chercher les témoins en » détail y chacun reculera.
» Si par malheur le crime étoit vérifié, feroit- >i on mourir avec infamie un petit-fils de France, » qui peut, parvenir bientôt par droit de succès- » sion à la couronne? Pourroit-on avec sûreté le » tenir en prison perpétuelle? n'en sortiroit-il » point quand son gendre et sa fille auroient Tau- » torité ?
» Supposé même qu'on eût la forcé de le dé- D clarer exclu de la succession, quelles guerres » n'y auroit-il pas à craindre , si le cas arrivoit ? » De plus, on ne pourroit pas exclure son fils » qui est innocent. Que n'y auroit-il pas à crain- » dre du père du Roi, lequel père auroit été ex^- » clu avec infamie de la royauté*?
» Toute recherche, ou molle, ou superficielle,
a5a HISTOIRE DE FÉlffELON,
» OU rigoureuse, et sans un^eiitier succès » achever de le perdre, produiroit à pHre M des maux infinis. D'un côté, il seroit i; » ,cable sur une recherche infamante; de Yi » il seroit triomphant, sur ce qu'on n'auro » pu le vaincre. Il seroit exclu de la rég » et il en aûroit néanmoins toute Fautori » fectfve sous le nom de son gendre > qu'il » verneroit par sa fille.
* // ne faut point compter sur Vindign » publique; l'horreur da spectacle récent e y> cette indignation; elle se ralentira tou vjcfurs. JJn petit* fils de France, cùlomn » horriblement, et sans preuves claires, ea. » roit bientôt une autre indignation. De » les mœurs présentes de la nation jettent M eun dans la plus violente tentation de s' n chei* au plus fort par toutes sortes de » sesses , de lâchetés, de noirceurs et de t ^y sons.
^ » Ce prince, s'il étoit poussé h bout, Irc » roit de grandes ressources par la foi blesse » sente, parle déclin d'urî.règne près de finii » son esprit violent, quoique léger, par ses gi n revenus j par l'appui de* son gendre, par 1 » ligion de lui et de sa fille^ parles consei » freuK qui ne lui manqueroïent pas.
tivKE SEPTIÈME. a53
» Si *oii Texclut du conseil de régence ^ il paîj rottra que le Roi le tient.po.ur auspect. Cfette ex- » clasion sera regardée par- là comme ivès-flétris^ » santé. En ce cas, son intérêt est qu'on fasse D une recherche où Ten succomJbe^ alors> il » reviendra après la mort du Roi .contre cette » exclusion flétrissante et caloxonieuse. Il n*en » fg^ut pas tant, quand on est le plus fort , pour » renverser ce qui paroît odieux et irrëgulier.
^) Dans la recherche, o;a ne pourrçiti guère » découvrir le .crime de N. . . • sans trouver que » sa fiUe a été complice de son action ; en ce cas, w que feroit-on d'elle? Elle peut devenir reine; » s^ Qpndamnation. pourroit mettre M. le duc de » Berri, deveau roi, hors d'éts^t d avoir jamais » de$ enfans.
n Si le jeune Dauphin venoit à manquer après » un éclat si horrible., le roi d'Espagne voudroit » v€^.ir.en France; pour monter sur le trône, et » les Espagnols poi^rroient bien refuser de rece- » voir en sa place M. le .duc de Berri, gouverné M.par cette fille. et par ce beau-rpène qui leur est y> si odieux.
» En ce cas, il j auroit facUemeot une^uerre » entre les deux frères. Le roi d-£spa^Be, sui- » vaut :les consjsils de là reine son épouse et » de la nation espagnole, soutiendroit que la
254 HISTOIRE DE FÉNELOIT^
3» renonciation de feu Monseigneur et d » M. le Dauphin ëtoit aussi nulle que cel ^1 la reiae Marie -Thérèse d'Espagne; ils » droient réunir les deux monarchies poi 31 tomber pas dans des» mains si odieuses 3» dilTamées.
» Malgré toutes ces raisons de ne point >i une recherche avec éclat, je voudrois qu'( 3> fit une très-secrète pour assurer la vie di » et du jeune prince, supposé qu'on trouvi » indices qui méritent cet approfondissen » mais le secret est également difficile et ab » ment nécessaire.-
» îïe pourroit-on point examiner en gran » cret le chimiste de ce prince, et voir le < » des drogues qu'il a composées? Il faudr< » prendre et en faire des expériences sur de » minels condamnés à mort.
» Si par malheur le prince est coupable ,
» voit qu'on tie veut rien approfondir, que
» sera-t<>il point entreprendre » ?
' Ce mémoire de Fénelon ne fait que trop
noitre jusqu'à quel point l'opinion publique
déclarée contre le duc d'Orléans.
LXXVm. Quelle devoit être la douloureuse perp
Situation de j^ j^^^i^ XIV au récit de tant d'horreurs
Lottif XIV.
cris de l'indignation populaire avoient r<
' LIVRE SEPTIÈME. ^ a55
îosqu^a son trône ; toutes les accusations étoient sous ses yeilit; les rapports des médecins , auxquels il se confioit le plus, attestoient le crime, et toutes les bouches nommoient le coupable. Quelle situation pour un Roi si long-temps heureux? Û se voyoit seul dans son palais désert et abandonné; la nombreuse postérité dont il s'étoit vu environné avoit disparu, et la solitude de ses vastes appartemens nVtoit plus animée que par la présence d'un foible enfant luttant contre la iiîort. A. peine arrétoit-il en ce moment sa pensée sur Fezistence insignifiante du duc de Berri ; un })areil appui ne pouvoit ni assurer sa couronne, ni consoler son cœur. A ces images de mort et de deuil, à la crise alarmante où se trouvoit la France au dedans et au dehors, à toutes les incertitudes, non moins cruelles, d'un avenir prochain, se joignoit la profonde émotion d'une ame qui n'ose ni croire, ni douter, ni pardonner, ni punir.. Ce Roi si noble, si honnête, dont tous les sentimens étoient si généreux et si délicats, étoit condamné à n'entendre parler que de poisons et d'infamies; et c'étoit un prince même de son sang, le mari de sa fille, et sa petite-fille, qu'on lui dénonçoit comme les auteurs de tant d'attentats.
Jamais pett-étre Louis XIV n'a mieux montré
la grandeur de $on caractère que dans ces affreux momens j seul il opppsa la conviction de son ame vertueuse aux injustes clameurs de la calonEinie ; il ne put croire son sang souillé de tant de crimes. Il jugfft mieux son. neveu que ne Tavoient jugé la Cour, Pftris qtja JFrance .entière; LoiTis XIV, qui d*un seul tr.ait ayoit peint avec tant de justesse et d'éuergiele duc d'Orléans, en Ta ^pelant unfanfarQn de vices, sentit <3ju'il étoit plus fait pour les imaginer (jue ppur les commettre. £n se refusapt a le croire coupable, il ne voulut pas •inéme paroître le soupçonner ; il ne changea rien à son accueil et à ses bontés pour lui en présence de sa Caur, ni d^ns ri^t^r\e,ur de sa .spciété. Son exemple ^v^rtitjAÇji^ur.de se taire, et détrompa cla préventipn populaire; la postérité équitable a confirmé le jugenjent de Louis XIV,.sç,ul contre tous sfis çQotçn^pprains.
On voit p^r les mémoires dont nous venons de rendre çpuipte , qiie le princips^l expédient prappsé par Fénelon, pioqr pr-évenir les troubles de Jan^inçii^éy po.ur suppléer à Tincapacité du duc de Beiri, et pour mettre un frein à l'audace du duc d'Orléaps, éto^t la formation d'un çons»i\ de r4gej9,cq ;.i;na]s:çe conseil n'auroit pu atteindre l'objet qu'on se proposoit, qu'autant qu'il auroit éjl^ mis. çn activité par îl^p.ujs JXIV luif même.
% et dé)k en pfH9essâoii ds rSn» éa goaver*> nesaênt, an moment oh ce monatrqoe aoroit ea les jeox ferma.
n est impossible de savoir si cette barrière » plus ou moins solidement établie , eût été assex forte pour garantir un ponvoir précaire et pas-^ sager contre les invasions d'un prince aussi auda^ cîenx que le duc d^Orléans.
n est permis de présumer que la longue obéis-^ an ce dont la nation avoit contracté Thabitude » les principes de soumission dans lesquels tous les ordres de la magistrature étoient nourris et entretenus depuis soixante ans, le caractère de réserve et de modération qui formoit Tesprit du clergé, les préventions mêmes du public contre les mœurs et la licence du duc d^Orléans, au-^ roient pu laisser .encore régner Louis XIV après sa mort, et maintenir une institution protégée par son nom.
D'un autre côté, on peut croire avec autant de vraisemblance qu un prince habile et adroit i qui n'avoit entre le trône et lui qu^un enfant, auroit eu de grands moyens pour corrompre, diviser et renverser ces foibles dépositaires d^uti pouvoir momentané,'» surtout dam un temp9 » où, comme Tobservoit Fénelon, les moeurs de Vénelov. Tom. iT, 17
a58 HISTOIRE DE FÉNELOIT,
» la nation jetoient chacun dans la plus violente » tentation de s*attacher au plus fort par toutes ^ sortes dç bassesses, de lâchetés , de noirceurs » et de trahisons d.
Ce sont là de ces questions problëmatic[ues sur lesquelles on peut faire valoir, avec un égal succès, des raisons et des objections également plausibles. Elles ne spnt ordinairement résolues que par Févénement, et par un concours de circonstances qui échappent à la prévoyance humaine.
Fénelon avoit fait passer ces mémoires aux ducs de Ghevreuse et de Beauvilliers ; ils sont datés, dans le manuscrit original, du i5 mars l'jia , et il paroît qu'ils étoient déjà parvenus au duc de Ghevreuse, lorsqu'il écrivoit à Eénelon le 24 mars suivant (0 : « M. de Beauvilliers a suivi votre avis; » il a parlé à madame de Maintenon, et il Ta » trouvée bien intentionnée ».
Mais nous ignorons jusqu'à quel point cette négociation fut suivie; elle devoit nécessairement rencontrer de grandes diJËcultés dans lé caractère de Louis Xiy,.et dans celui de madame de Maintenon. Il est au moins très-douteux qu'on eût jamais pu faire consentir Louis XIV à parta- (OManivcriu.
ger de son vivant, avec un conseil de régence , 1 aatorité absolue qu'il avoit concentrée depuis si long -temps dans sa main. Fénelon sembloit avoir prévu que ce serott de ce côté-là que viendroit le plus grand obstacle; il s'étoit en vain efforcé de Técarter, ou plutôt de réluder, en fài*^ sant observer daâs son mémoire <t que le Roi n^en » seroit pas moins le maître de tout » ; il se ré* duisôit même à désirer « que dans le cas où l'on » ne pût persuader au Roi une chose si nécessaire, » on obtint au moins de lui à toute extrémité » d^assembler ce c^eil cinq ou six fois Tannée ». Mais le nom seul d'une institution si nouvelle et si extraordinaire devoit efiaroucher la susceptibililé de Louis XIV sur l'exercice du pouvoir suprême.
Spus d'autres rapports, le caractère de madame de Maintenon ne résistoit pas moins que Celui de Louis XIV au succès d'un pareil plan. La longue connoissance qu'elle avoit eue des maximes de gouvernement de Fénelon, pendant leur ancienne liaison, lui en auroit fait reconnoître l'auteur, d'autant plus facilement qu'elle n'ignoroit pas l'abandon de confiance de M. de Beauvilliers en l'arcbevéquQ de Cambrai ; îl n'en falloit pas da*vantage pour la prévenir, ou du moins pour la refroidir.
Vffo MISTOIAS DS riivBLoir»
On doit même douter que M. de Beauvillie ait seulement laisse entrevoir à madame de Mail tenon le mémoire sur la formation du conseil i régence y dont un des principaux articles porte Tezclusion formelle ^es princes légitimés. C connoissoit son extrême affection pour le duc c Maine , qu elle avoit déjà élevé si haut, et qu^el te proposoit d*élever encore plus.
D'ailleurs Fénelon jugeoit très-bien madan de Main tenon, en la représentant, lorsqu'il s\ gissoit des grands intérêts de TEtat (0, « livre » à des jalousies, à des délicatesses, à des on » brages, à des aversions, à des dépits, à d< » finesses de femmes ; ne proposant que d » partis foibles , superficiels, flatteurs, poi >^iendormir le Roi et éblouir le public , sai » aucune proportion avec les besoins du me » ment ».
On voit en effet que jusqu'à la dernière ann< de la vie de Louis XIV, elle parut s*endorm elle '-même sur les suites d'un si grand chang ment; elle sembloit; se reposer sur son âge, ei core plus avancé que celui du Roi , et qui poi voit la dispenser de s'associer à des évéoemei dentelle ne devoit pa< être témoin' ; elle s'étc
(^) Manuioritf.
LITRE lEPTlÈME, *6 t
préparée, dans sa retraite de Saint-Gyr, un asile contre toutes les vicissitudes de la fortune j elle consentoit d'avance à s'y laisser oublier, parce qu'elle étoit bien sûre qu'on consentiroit à l'oublier par un juste égard pour sa vieillesse, pour sa modération, et pour le nom de Louis XIV.
D'ailleurs, les événemens rendirent bientôt inutiles toutes les pensées , tous les conseils , et toutes les vues de cette société d'hommes vertueux, qui n'existoient et qui ne respiroieQt que pour la gloire de la religion et le bien de leur patrie. Le duc de Chevreuse mourut cette même année ï'712. Le duc de Beauvilliers , toujoui^s inconsolable de la mort du duc de Bourgogne , frappé dans ses affections les plus chères par la perle de ses fils qu'il vit mourir avant lui , entiè- ^ rement détaché du monde et de la Cour, depuis que ce qui faisoit à ses yeux le plus bel ornement du monde et de la Cour n'existoit plus, ne fit que traîner une existence languissante, et mourut le 3i vaoût i7i4« Fénelon ne lui survécut que quatre mois.
* Depuis la mort du duc de Chevreuse, toutes les pensées de Fénelon durent se renfermer en lui-même. Tous les papiers qui nous restent de lui, depuis cette époque, à l'exception de quel-
26a HISTOIRE DE FJÊITBLON, LIVRE SEPTIÈME.
xfaçs ot^ets 4e littérature , ne concernent p ^m le$ int^êts de la religion et le^ aJSTaire^ FE^îse, qui ocoiapèrent tous ses jodomens jusq son 4ernîer soupir.
A AND 15 que Fénelon s'employoit avec tant de zèle et de sollicitude à détourner^ par la salutaire influence de ses conseils ^ les malheurs qui mena* çoient l'Eglise et l'Etat, il eut à remplir un devoir d'un genre diffèrent. L'académie française s'occupoit à donner une nouvelle édition de son Dictionnaire y et elle chargea M. Dacier, son secrétaire perpétuel, de demander à Fénelon ses vues et ses pensées sur le plan qu'elle devoit suivre. Il ne crut pas pouvoir se dispenser de déféi*er au vœu d'une compagnie célèbre, dont il étoit membre; il imagina même de profiter d'une occasion si naturelle pour donner plus d'étendue aux vues de l'académie, et pour lui proposer un plan iitile au progrès des bonnes études et digne de la gloire littéraire de la nation.
Fénelon se ressouvint peut-être alors des plaisanteries de madame de Maintenon(0, qui pa-
*) yoyet lom. I.", pajç. a35.
I* roissoit attacher assez peu d'importance aux ti féndou à ^^^^ ^^ racadénûe française. Madame de Mai l'académie tejfion, qui écrivûit avec tant dégoût et de p raçaise. ^elé ^ sans avoir probablement jamais ouvert dictionnaire de l'académie, étoit peut-être exe sable de ne pas apprécier le mértjte d'un trav si nécessaire, pour fixer la tradition des usa] et des règles y consacrés par l'exemple et Tau rite de3 meilleurs écrivains ^ mais le public et bien plus injuste encore que madame de Mai tenon, dans les reproches qu'if hasardoitquelqu fois, sur l'espèce de stérilité dont paroissoit fra pée la première compagnie littéraire du royauix On oablioit trop légèrement que tous les titi 4e gloire qui ont honoré les grands hommes sor de son sein, appartenoient en quelque sorte l'académie elle-même.
On pouvoit en effet, on devoit même supposa que le génie naturel des grands écrivains, q ont jeté tant d'éclat sur le siècle de Louis XI avoit été puissamment secondé par la noble én^ lation qu'ils avoient puisée dans une associatio née, pour ainsi dire, avec Louis XIV, et eni ronnée de sa gloire et de sa protection. Mais malignité se plaisoit à établir un parallèle p équitable entre les savantes et utiles rech^erchc que deux autres compagnies littéraires publioie
dans;leurs mémoires, et le travail «ec et pénible d'u0 dictioQoaire d'autant plus difficile à conduire à sa perfection ^j que les caprices et la nxo* bilité de Tusageie condamnent sans cesse à subir de nouvelles variations.
Ce fut sans doute pour soutenir le courage de &es <^^unables collègues, dans cet ingrat emploi de leurs talens, et pour ouvrir à leur zèle une carrière plus vaste et plus utile, que Fénelon proposa à Tacadémie un plan, dont Texécution au-^ roit rempli le véritable objet de son institution^ et aiiroit servi peut-être à prévenir les abus et la corruption que Ton a reprochés à la littérature da dix-buitième siècle.
Tel est Tobjet de la réponse qu il adressa à M. Dacier, et qui a été imprimée, depuis sa mort, sous le titre de Lettre à Vj^cadémie fran,'çaise.
Cette lettre est restée comme un de nos meilleurs ouvrages classiques, et comme un des plus propres à former le goût, par la sagesse des princ^es, le choix des exemples et l'application heureuse de toutes les règles qui y sont ou rappelées ou indiquées. Mais Fénelon ne Tavoit point écrite pour qu elle devint publique ; sa modestie ne lui auroit point permis de substituer son autorité à celle de la compagnie littéraire, qui rendoit un
a68 HliTOIES DK FÉKBLON,
^ hominage honorable à son goût et à ses lumièr La persuasiop où il étoit qu'il parloit à des c< lègues et à des amis, dans le secret de la ce fiance, et avec le seul désir de concourir à lei vues pour la gloire des lettres , lui donna le dr et le courage de proposer à l'académie une oc< pation véritablement digne d'elle ; mais, comi il le déclare lui-même , « ce n'est qu'avec la p! » grande défiance de ses pensées, et une sinc< » déférence pour ceux qui daignoient le ce » sulter ».
Il est facile de s'apercevoir, dès les premier lignes de la lettre de Fénelon, qu'il s'étoit fai sur l'utilité d'un dictionnaire, une opinion qu trouvera peut-être trop sévère, mais qui paroîl cependant assez juste à ceux qui n'apportent prévention ni enthousiasme dans les objets plus chers de leurs études et de leurs occupatioi II. Il convient «que le dictionnaire, auquel l'ac
Du Diction- „ demie travaille, mérite sans doute qu'on 1 » chève; mais il ne dissimule pas que l'usag » qui change si souvent pour les langues vivant » pourra changer ce que ce dictionnaire ai » décidé».
Il croit bien que lès Français les plus pc peuvent avoir quelquefois besoin de recourii ce dictionnaire, par rapport à des termes sur 1
uaire.