‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 3)Chapitre 35 sur 72 · LIVRE SfiPTlÈME. IklQ · texte numérisé non relu

LIVRE SfiPTlÈME. IklQ

M mourra point; mais il me reste au fond du >i, cœur une secrète appréhension que Dieu ne » soit pas apaisé contre la France. Il y a long- » temps qu'il frappe, comme dit le prophète, et » sa fureur n'est point apaisée ».

Le duc de Cbevreuse, trop porté à se flatter par cette sorte de confiance que des demi-connoissances en médecine (i) inspirent quelquefois aux gens du monde , avoit achevé de rassurer son ami sur l'état du jeune prince; à cet 63poir consolant, Fénelon renaît lui-même à la vie, et dans Venchantement d'une si douce illusion, il s'occupe avec une sollicitude paternelle à verser dans le cœur du duc de Bougogne les tendres *et religieuses-consolations que sa douleur demandoit.

« On ne peut être plus touché que je ne suis de J^^^^ d«

Fénelou au

» la perte que le P. P. vient de faire , et de la vive j^^ j^ Qj^, M douleur qu'on dit qu'il en ressedt ; je suis fort vreuse, 18 4 alarmé pour sa santé ; elle est foible et délicate ; (ManuscrO » rien n'est plus précieux pour l'Eglise, pour » l'Etat, pour tous les gens de bien. Je prie et >» fais prier Dieu pour le repos de l'ame de la ^

(>) « M. de Ghevreiue^ toujours tranquille, toujours espérant,

i> toujours voyant tout enJieau, essaya de nous prouver par seê

r» raisonnemens de physique et de médecine, qu^il y avoit plus

» à espérer qu*à craindre , avec une tranquillité qui m^excéda v.

{9fém. de ^ifaùUrSimonf tom. i.«S pag. 35 1.)

*ao HisroïKE HE féitexoit,

/ » princesse^ pour la santé et pour la consolation

»^du prince. Vous connoissez son tempérament; » il est très-vif et un peu mélancolique. Je crains » qu'il ne soit saisi d'une douleur profonde et » d'une tristesse qui tourne sa piété en dégoût, » en noirceur^ et en scrupule. Il faut profiter de » ce qui est arrivé de triste pour le tourner vers 3» une piété simple, courageuse, et d'usage pour » sa place. Dieu a ses desseins *, il faut les suivre ; » il faut soutenir, soulager, consoler^ encourager M son cœur désolé..... J'espère qu'au bout de quet » ques jours sa santé se rétablira; et que Dieu » lui donnera, malgré sa juste douleur, la force M de rentrer dans les besoins très-pressans de » l'Etat ».

Fénelôn envoyoit en même temps au duc de

Chevreuse un écrit que nous copions sur le ma-

' nuscrit original de la main de Fénelon ; il l'invi-

toit à le mettre sous les yeux du jeune prince,

lorsqu il seroit en état d'entendre la voix douce

et puissante de la religion.

LXVlir. <c J'ai prié et je prierai ; je Êiis même prier pour

ConsoU- ^ jg^ princesse que nous avons perdue. Dieu sait

gieusesdeFé- » si lé prince est oi^blié» Il me semble que je le

nclonauduc ^ ^^jg j^^^ y^^^^ ^^ g^j^^ •Augustin Se dépeint

de Bourgogne. » lui-même (0 : Mon cœur est obscurci par la

(0 Qao dolore conienebratnm est cor menmy et qaidqcdd asr

"LIVRE SEPTli^ME. ^21

» douleur; tout ce que je vois me retrace l'image n de la mort. La maison paternelle me rappelle » sans cesse ma douleur et mon malheur. Tout ce » çui m'étoit douXj quand j e pouuois le partager » auec ceUe que faimoisj me déifient un supplice » -depuis que je l'ai perdue. Mes y eux la cherchent » partout^ et ne la trouvent nulle part. Tout ce » que je vois m est en horreur j parce que je ne » la vois point. Quand elle viuoit, quelque part » que je fusse sans elle , tout me disoit : p^ous » râliez voir: rien ne me le dit plus. Je ne trouve » de douceur que dans mes larmes ; elles me » tiennent lieu de ce quelle m' étoit lorsqu'elle vi^ » voit. Je suis malheureux , et on l'est dès quon » livre son cœur à l'amour des choses qui passent; » on est déchiré quand on vient à les perdra; et » c'est alors qu'on sent tout son malheur. J'étais

piciebam, mors eralL, et erat mihi patema domus mira infelicitas. Expetebant eum ufldique ôculi mei, et non dabatur mibi, et oderam omnia , quia non baberent eum, nec jam dicere pote- Tant, £cce yeniet, sicut cùm yiveret, quando absens erat. Solus iletas erat dulcis mibi , et successerat amico meo in delieiis animi mèL Miser eram, et miser est omnis animas vinctas amicitià rerom mortaliam, et dilaniatur^ cùm eas amittit, et tune sentit miseriam, quà miser est, et antequàm amittat eas. Fortabam enim conscissam, et quasi cruentam animam meam, impatienlem à me portari, et ubi eam ponerem nop inveniebam.

(S. AuGUSTiify Confess.f libr. 4> cap» 4 ®' *^^-)

2^2 HI5JOIRÊ DB FÉBTiSirON»

» loin de m'en former Vidée auant de l'avoir » éprouvé. Je ne puis soutenir le poids de mon » cœur déchiré et ensanglanté, et je ne sais oh » le reposer»

».Ce n'est pa$ tout que de n'aimer que ce qu'on » doit aimer. Dieu jaloux veut qu'on ne l'aime » que pour lui, et de son adiour (0. Il nous dé- »Jend de nous attacher aux objets de nos affec- » tions jusiju'à en faire une partie de nous- » mêmes, de peur que notre cœur ne soit trop » cruellement flétri et déchiré , lorsque nous en » sommes séparés.

» Tout ce qu'on aime le plus légitimement ici- » bas, nous prépare une sensible douleur, parce » qu'il est àh nature à nous être bientôt enlevé. M Nous ne devons point aimer ce qui nous est le » plus cher, plus que nous-mêmes i or,- ffous ne » devons nous aimer nous-mêmes que pour Dieu. » Dieu n'afflige que par amour; il est le Dieu » de toute consolation; il essuie les larmes qu'il » fait répandre ; il fait retrouver en lui tout ce » qu'on croit perdu ; il sauve la personne que » la prospérité mondaine auroit séduite, et il

CO Et ideo nou eis amore agglutiuetar, neqiie yelul animi sai membra faciat, quod fit amando, ne c&m resecari cœperint, cùm crnciatu ac tabe fœdent.

(S. Augustin, de Lib. Arb.y libr. i, cap. i5.)

)) détache celle qui n'étoit pas assez détaché^ ».

Au moment même où Fénelon adressoit ces paroles d'amour et de religion au duc de Bourgogne, ce prince venoit de rendre le dernier soupir. Cet écrit est daté du i8 février 1712, et le prince étoit mort le même jour à neuf heures du matin, ^n apprenant cette horribjie nouvelle , Fénelon laissa échapper ces seuls mots : Tous mes

liens sont rompus •[ Rien ne m'attache plus

àja terre Il fut plusieurs jours dai^s un

état d'accablement et de dégoût de la vie qui alarma ses amis les plus chers; ce ne fut que le 27 février, huit jours apprès avoir appris la mort du duc de Bourgogne, qu'il eut la force d'écrire au duc de Chèvreuse cette lettre déchirante, qui peint avec tant de. vérité les douleurs de son aine. •

<( Hélas i mon bon duc, Dieu nous a ôté toute LXIX. » notre espérance pour l'Eglise et pour l'Etat. Il ^, ®"^® ® » a formé ce jeune prince, il l'a orné; il l'a pré- duc de Che-

> paré pour les plus grands biens; il l'a montré jy®"^®» ^7 » au monde, et aussitôt il l'a détruit. Je suis saisi (ManuscF.) ') d'horreur et malade de saisissement sans mala«-

> die ; en pleurant le prince mort , qui me dé- » chire le cœur, je suis alarmé pour les vivans. » Ma tendresse m'alarme pour vous et pour. le » bon duc {M. deBeauvilliers); de plus, je crains

23i4 HISTOIHE BE PÉWELOW,

» pour le Roi; sa conservation est infiniment im- » portante. On n'a jamais tant dû désirer et ache- » ter la paix. Que seroit-ce si nous allions tom- » ber dans les orages d'une minorité, sans mère » régente, avec une guerre accablante au dehors; » tout épuisé, poussé à bout. De plus, le Roi est n malheureusement trop âgé pour pouvoir comp- » ter qu il Verra son successeur en âge de gou- » vemer d'abord après lui. Quand même on seroù » assez heureux pour éditer une minorité selon la » loi^ c'est-à-dire f au-dessous de quatorze ansj il » seroit impossible d*éuiter une minorité réelle j » oh un enfant ne fait quépréter son nom au plus »fort. Il n'y a aucun remède entièrement sûr >i contre les dangers de cet état des affaires. Mais » si la prudence humaine peut faire quelque » chose d'utile, c'est .de profiter dès demain, à » la hâte, de tous les momens pour établir un » gouvernement et une éducationdu jeune prince, ' » qui se trouve déjà affermi, si par malheur le » Roi vient à nous manquer. Son honneuib^ sa » gloire, son amour pour la maison royale et » pour ses peuples; enfin, sa conscience exigent » rigoureusement de lui qu'il prenne toutes les » sûretés que la sagesse humaine peut prendre 5) à cet égard. Ce seroit exposer au plus horrible » péril l'Etat et l'Eglise même , que de n'être pas

» occupé

» occupé de celte affaire capitale de préférence à » toutes les autres. C'est là-dessus qu'il faut ta- » cher de persuader par les instrunjeps conve^a- » blés madame de Mainteuonet tous les ministres^ :ù pour les réunir, afin qu'ils fassent les derniers » ejForts auprès du RoL II y auroit des réflexions » infinies à faire là^dessu^; mais vous les ferez » mieux que moi; je n'en ai ni le temps, ni la » force. Je prie Dieu qu'il vous inspire; jamais » nous n'en eûmes un si^rand besoin »«.

« P. 5. On m'a dit que madame la duchesse » de Chevreuse a été malade. J!en suis bien en » peine. O mon Dieu ! que lar :vraie amitié ççiuse ^4 de douleurs » I

Ce n étoit qu'avea un ami tel que le duc ^e Chevreuse, que Fénelon ospit s'abandonner k toute l'étendue de sa douleur et de; son inquiétude sur . le sort de la France. Il parott qu'il s'étpit pres;^ ' crit de ren£^rmer au dedans de lui-même toutes . les émotions de son âme, si çrfiellement déchirée,; du moins o'est ce qu'oncroit apercevoir par une réponses tr^-çpurte et tràp^xnesurée qu'il fît à I^ marquise: de Lambert, ^ve^ laquelle il entrète:* noit une corrç^ppnâançf^ de.Tgfit^t qt d'estime, fc Dieu peitse-^^Mad^ti^e, toutautrensient que les » hommes. Il détruit ce qu'il sembloit avoir formé u tout exprès pour sa gloire ^ il nous punit, nqus FÉNtLow. Tom, IV. i5

» le mérkoiis^ je serai le rdste de nui vie, Ilfa- » dame y ^fvec le zèle et le respect;.... »^

Peu dé temps après la mort du duc de Bour^ gogne^ le père Martineau^ jésuite, confesseur du jeune prince ^ et qui ^vok rempli auprès de lui les pénibles devoirs de een ministère dams ses , deraiers momens , publia un ëloge historique de ses venus (0. Il s'étoit adt-essë à FéneJon, pour «en obtenir des dâails et des faits, qui auroient rendu sans doute ce monument encore pins digne de celni'dont oa voulait honorer la nïémoire. Mais l'ame de Fénelon étoit trop accablée pour pouvoir se livrer à un travail qui auroit d cruel^ lement renouvelé le sentiment d*nn malheur irréparable. Il ne craignit point â*avouer francheixx. ment sa foiblesse. « Je ne me sens point capable Lettre de ^ maintenant dé faire la recherche des faits oue

Fënelon au ....

përe Marti- ^ ▼^'us Voudriez recueilli n Je ne saurois assez '7»»* » louer Votre «èle et la bonté de votre cœur; » mais le courage me manque pour me livrer à » un travail dont je désii^ passionnément l'exéâ» cntion. Le malheur qni nous afflige a feit une M si forte imprè^siôil s^ir moi, que ma santé en » souffre beaucoup; Tout 6e ^ui réteille ma peine » me met dans une espèce d'émotion fiévreuse. Je

(0 Cet ouvrage parut en 171;!, sous le titre de Accueil des vtnus 'de M^ie ébic de Baurgogm^ in^ti.

» dois m^muîUer de cett^ feiblesse.,.,. Il y^avoit » d'ailleurs si loog-temps ^ue jjb mots loin du » prince, que je n'ai pu êtirè: tétaoia d'aucun des » ftiU arrivés dans un/âge mûr, ckù il pouvoit ^ » édifier le inonde 9,

Nous; sommés porfiés à: croire que des considérations encore plus importantes ne permettoîent pas à Fénelon de révéler tout r ce qu'il aixroit pu dire sur un. pareil sujet. H n'étôit pas seulement arrêté par 1^ contraste qu'aurclitpu offrir le caractère d'un prince, qui, sans descendre de son rang, avôit su se contrer .encore plus religieux que le& hommes les; jim religieux , « avec les^ disposi^ Leure de » tions d'un indnde^déjà si corrompu içt si soulevé ^^^^^^ ®"

père Marti«

>» contre 'le )qu^ de la religion^, que le spectacle neau. » deS'^andes vèiinxs ne faîsbil que' llétonner, 1^ » déâoùrager et l'axgi'îr i>. ' "

Mais la véritable diifiGultéî eôt 'élié pour Fjéne* Ion dei Tendre compte, au^'public'des itiisiximes politiques qu'il avoit i^iculquées au *duc de Bour* gognè.Cétoit'S09S' ce point de vue que rînstitàiteurd'Untâl prinqe'aurdit pu, et auroit dû représenter son élève à la' nation /qui le pïeuroit, eÉ qui avoit placé touti^ ses espérances de bonfaeUr dànsfediSGÎpteiieMentçr; Eb! Comment Fénelon àaroit^il'pu'rap][)êl6r, en présence de Louis XIV: qui existojit encore, les tàêmes'inaxînies qui Ta-

2a8 UISTOIBK DS TÈSJ^tOV,

voient si vivement aigri ôontre Fautear du Téléntaque? C'est ce qu'il fait assez entendre dans sa réponse an père Maitinéau : « M; le duc de Beau- Lettre d« » villiers peut vous aider beaticdup plus que péw ^Marti^ » moi; ses conseils seront bons, tant sur la reneaa. >i cherche des faits 'que sur leur, choik^ et sur la

» manière de les mettre en couvre. Vous jugez M bien qu'il y a de grandes observations à faire ». là-dessus : Periculosœ plénum opus aleiB traC" » tas. Vous connoissez le monde et sa maligne » critique »• . . >

Le véritable éloge du duc de Boui^ogne se se* roi t trouvé dans les instructions et 'dans les leçons, quelquefois sévères, que Pénelon lui avbit $î souvent ^dressées. C'étoit surtout, dansies lettres où le jeuQie pl'ÎQcie monttoit une si tendre reconnoissance , une ccmfiance si docile et si res* pc^çtueuse à la voî& paternelle qui l'àvertissoit de ses faites, qu'<)n auroit ^ conçue pour ce jeune prince la juste admiration que. méi*itoit un si grand caractère. Mais Fénelon pouvoit-il révéler au public le secret d'une correspoûdakiGe intime , entretenue pendant tant d'année^; à Vinsu de inouïs Xiy ? La vertu et la $agos3^ idefi conseils de Fénelon auroientrelles pu le jpstifiétf dans l'esprit de ce monarque provenu et. abusé ? Heureusement la postérité a recueilli ces monumens précieux^

, X.1VBK SEPTIÈME. 229

et s^ils n'ont pas servi , comme on on auroit dû Fiespérer, 3 rînstructîèn de la génération qui à succédé au duc de Bourgogne, îl§ subsisteront toujours comme un monument aussi honorable pour la mémoire de rinstituteur que pour céne^ <le rélève. j. / ; .. V ,

Si Fénejon eût jamais été inspiré par les vues d*ambitîon que ses ennemis et ses envieux s'étoient pluà lui supposer pour F^carter de 'Is^' Cour*, on auçoit dû croire qu'en voyant ^o|is ses projets et toutes ses espérances ensevelis dans le tombeau du duc de BaurgOgàe^ il iTauroitea d'autre pensée que celle d'achever sa. tranquille et honorable carrière, au milieu des amis dont il ëtoit environné, et (fun peuple adorateur de se^ vertus. ^ ' . . , : • •

Mais ce seroit mal .connoîtrePénelon q^ûe-dé croire qu'une ame telle que la sienne pût être un seul moment étrangère au salut desoh pays et au bonheur de se$ concitoyens. ;C'05t lonsque Fénelon ne peut.plu^ être. soupçonné d!aucun in* térêt personnel, que nous le voyons occupe, avec le mémcvzèle e( la mime sollicitude ,^ de la pensée du. bien public. Ceteffprt généreux dans l'oppression même d'une douleur accablante, nous paroît le dévouaient le plus héroïq^ue d'un cœur qui ne respiroit que pour sa religion et sa patrie, t..

%io HIS!BOia£ DE FÉMElOIfy

Dans une de ses letti*es au duc de Ghevreuse^ écrite environ trois semaines après la mort du dvMS de Bourgogne, on le voit dé\k porter avec m((méinàe ses regards sur l'avenir effrayant que rétat delaGour, de la famille royale^t du royaume présageoit à la France.

C'est dans Ces circonstances critiques qu'il exige du duc de Beauvilliers d'oser vaincre sa répugnance, pouraborder madame de Maintenon sur un sujet si délicat et si important; illui rappelle les anciens procédés de madame de Mahitenon, et les services qu'elle l^uî avoit rendus, pour lui faire QuhHer les trop justes sujets de mécontentement qu'elle' lui av^it donnés dans des temps plus récens. Il ne chercfhe\)oint à lui faire illusion sur les défauts qu'on pou voit reprocher à. madame de Maintenon : la sincérité avec laquelle il s'explique sur quelques parties de ^on caractère^ rlaiss^ apercevoir qti en engageant M. die Beauvilliers: ^ iaire les premiers pas vers elle , il se bomoit à désira 'qu'elle ne fôt pais un obstacle, sans oser espérer qu'elle pût offrir un concours très-utile et très-amif sur des objets d'un « grave intérêt* Ce portrait a^brégé de jriadame de Maintenon annonce que Fénelon avéit su l'observer et l'étudier petadant son séjour à la Cour; mais il savoit aussi qu'on ne pouvoit arrivei^ jus-

^jàVL fioî que par elle. SI nous en croyons M* de Saint-^imon (î)y « vouloir et Cake sur les choses » intériettces^y et qui, par leur natura, pouwoient » s'amener de loin, par /degrés, avec adresse, Jui »- toujours pour madame de Maintenons une seule » et même chose ».

Féneloa écrivit done au âac dé Chèvnense t.\xi. pour représentei? de sa. part, au duc de Beauyilr- j^^^^i^^^ g„ lier%, tout ce q^u'il devoit à sa patrie et aux en- duc de Che- £ans du prince qnik pleuroient. « Je donn^rois^"'*^® » ^

r ^ sr ^ mars 171a.

»• ma vie,, nourseulement pour l'Etat,.. mais en- » core pouE les enfans W de notre très-Qj[ier » prince f. gui est encore plus avant dans mon^ » cœur que pendant sa me* Je croirois, que 'le n bon duc (M. de BeauviUiers ) feroit bien d'riler », voir madatae de Ma1ntenon,.et de lui parler à » cœur ouvert , indépenda^mment du i^afKÙdfese- » ment passé. Ilpourroit lui faire entendre qu^ il » ne s'agit d'aucun intérêt direct ni indirect^ » mais de la sûreté de l'Etat, du repos et de la » conservation du Roi, de sa.glôîre etdesa con- • science, puisqu'il doit, autant q«'il Je peut, 3^ pourvoir à l'avenir. Ensuite il|K)urroit luldke

CO Mémoires de Saint-Simon, tom. iv,.Sai>pIément, p* 2o3..

(» ) Le duc de Bourgogne ayoit laisse deux fils , le duc de Bretagne et le duc d'Anjou t mais le dua de Bretagne mburat It; S mars 1712 , jouT même de k d^t&xk otftle ktât^^

a3a HISTOIRE db fénelon,

» toutes ses principales vues^ et concerter avec » elle ce qu'il diroit au Roi. Je ne propose point » ceci sur l'espérance quelle soit V instrument de » Dieu pour faire de grands biens; je ne "crains » que trop qu'elle sera occupée des jalousies^ des » délicatesses, des ombrages, des aversions, des w dépits et des finesses de femme. \fe ne crains ». que trop quelle n entrera que dans des partis nifoibles, superficiels, flatteurs, pour endqrmir » /a Roi jet pour éblouir le public;^ sans aucune » proportion avêc les besoins de l'Etat s mais » t^ufin Dieu se plâit à se servir de tout. Il faut » au moins tâcher d'apaiser madame de Mainte- » non y afin qu'elle n'empeobe pas les résolutions .».les plus nécessaires; le bon duc lui doit même >} ceV§gards dans cette conjoncture unique , après 3» toute&les choses qu'elle' a faites autrefois pour >) son avancement ».

Fénelon craignant aussi qu'une fausse modes* tie ne portât le duc de Chevreuse à se refuser d'entrer dans les mesures, à prendre pour le salut ibid. public^ ajoute : » Si on fait un conseil de^régence, (Maauficr.) ))\v6us ^rrez coupable devant<Dieu et devant les » hommes si vous refusiez d'en être. Vous voiis » trouvez le plus ancien duc d'âge et de rang qui » puisse secourir l'Etat; vous savez tout ce que » las autres ignorent y vous devez infiniment au

LIVBE SEPTIÈME. 2^33

» dRoi et à la maison royale. Tous devez encore » plus à notre cher prince mort et à ses deux » enfans^ que vous ne deviez à lui vivant et en » pleine^prospérité. Vos isoins et vos négociations » ne seroient rien en comparaison du poids de » votre suffrage dans un corps ignorant et foi-. » ble; il faut se sacrifier sans ménagement. Yous 3> manquerez à Dieu, si par votre scrupuleuse » modestie ou humilité à contre -temps, vous » prenez un autre, parti ».

Nous voyons^ dans cette même lettre, que Lxxn. Fénelon étoit inquiet sur sa correspondance avec ^ le^juc ^ le duc de Bourgogne. On a pu remarquer qu'il Bourgogne, s'y étoit exprimé avec une grande sincérité sur une multitude d'objets. Cette correspondance seule devoit infiniment déglaire à Louis XIY; elle lui offroit la conviction qu'il avoit inutilement cherché à rompre les liens qui unissoient si tendrement son petit^fils et l'archevêque de Cambrai. «N'y auroit-il point dans les papiers de ibid. » notre très-cher prince quelque écrit de moi? ^ »»cfO » n'y auroit-il point de mes lettres, que je lui » écrivois pendant le siège de Lille? Le Roift-t-il » tous les papiers de P. P* »

Parmi ces papiers, il en étoit un surtout qui pouvoit causer un Juste sujet d'inquiétude à Féndon, par l'impression qu'il devoit naturelle-

2^4 niSTOn^ DB réNELONy

ment prodàtre sur Tesprit de Louis XIV. Si ce ptincie avoU ëtési profondément blessé des maximes gâiéralès du Télémat/ue, comment ne se S9rûit*il pas cru encore plus offensé en liisant le manuscrit des Directions pour la conscience dvn Roi; il auFoit cru y trouver à chaque ligne la censure de son amour du faste , de cette passion de la gloire^ de cette ambition des conquêtes ^ de ces usurpations injustes ^ de ce go6t des plaisirs^ de cette complaisance à Tadulatioa, et de cette ivresse du pouvoir absolu qu'il avoit en ef^ei trop laissé apercevoir dans les premières années de son règne ^ mais d<mt ses ennemis knânes n'am- Toient dd se ressouvenir que pour admirer le courage avec lequel il avoit su triompher de t^us ses penchans.

Heureusement ce manuscitt n*étoit point resté entre les mains du duc de Bourgogne ^ le jeune prince n'avoit voulu conserver des écrits de sod précepteur, que ceux qui avaient pour objeib de Favertir de ses torts et de ses défauts, ou de faii rappeler les principes d'honneur,, de Justice et de vertu qu'il devoit porter sur le trône. Il avoit eu la sage attention de brûler, ou de laisser en dépôt à M. de Beaurvilliers tous les autres écrits de Fénélon qui auroient pûi déplaire au Roi son grand^père, si quelque malheur imprévu les. fair

L'IVRE SÏPTlÈîfffe;» 2^5

soit idniber enWd ^esf taains; è'est ainsi tfuë le manuscrit des 'Directions pour la coTiscienc^xttin Rùiicit c<»iservé fidèlement par M. de Beatfvtl^ Kers, ét'eiïBiriteTëttîïs ^â?r«a vetfvè àt toah^ute^le Fénelbn(0,

L'évétaerncnt justifia la prévoyance du rfiic 'de Bourgogne, Aus»î(ôt que ce prince eût les yeui fermés^ liCfQÎs XIV ordowha qu'on lui remît à lui-œéf&e tous 4es papîéi^ qui se trouvôieiift dans sa cs^ssette, et il en fit un examen curieux et inquiet. M. de Beauvïlliers , insti-nit de Cet ordt*e^ s' adressa à madaitie dé Maintlnon pour rieclather Ses «écrite et ceux de ràrchev'équé dé ^Gâtabrai; madsimê de Maîntetion. lui répondit W: a Pour LXXin. » vo^s mettre resprît en repos, f ai tire des co- ^^"'® *î*

* X ^ # tnadame de

» pies de tous vos étrits, et je vous renvoie tout, Maintenon » sans exception. On vous auroit gardéle^eérist; ®" ^"^ ^

. . . j ^ • BeauvillJers,

» mais il peut arriver des occasions qm decou- «^ §^^^4 ç^r, » vrent tout; nous venons d'en faire une triste i5marsi7i2*

. ( Mamiscr.}

» expérience. Je vcutois vous ren\foyer tout ce » qui s^y est troui^é de vous et de M. de Cam- 5) hrai^ niais lé Moi a voulu le btâler lui-^même.

0) Nous avons déjà rapporté comment ce manuscrit a été imprimé vers 1734. ( P^oy. tom. m, page 467. )

(«) Nous avpn^ cette réponse de la main de «madame de Main^ tenon. Les premières lignes sont effacées, mais elles se troiiTent rétablies dans >une copie que nous avons également de la main du duc de Chevreuse,

a36 mSTOIRB DE FÉJTELOir;

» Je vous avoue que fy ai mi un grand regret, 3» carjoinaù on ne peut écriée rien de si beau et » de si bons ^^ ^i ^ prince que nous pleurons a » eu quelques défauts, ce n'est pas pour avoir » reçw des conseils trop timides, ni qu'on Vait » trop flatté. On peut dire que ceux qui vont » droit ne sont jamais confus »•

Cest ainsi que madame de Maintenon rend enfin une justice tardive à Fénelon* Cet aveu est d'autant plus remarquable, qu'il vient d'une femme, autrefois son amie, devenue ensuite son ennemie j et Ton sait assez que lorsqu'un de ces sentimens succède à l'autre; on s'irrite encore plus contre l'objet de sa prévention , pour se justifier à soi-même ses propres variations.

On voit que madame de Maintenon affecte dans cette lettre une grande estime pour la franchise courageuse de Fénelon, et de grands regrets sur la perte des écrits que Louis XIV venoit de brûler. Il est difficile de juger jusqu'à quel point ces regrets furent sincères.

Fénelon avoit fait sentir au duc de Ghevreuse (0 combien il étoit à désirer que le duc de Beauvilliers se rapprochât de madame de Maintenon, pour disposer le Roi à adopter, de son vivant, toutes les mesurées propres à prévenir

« (x) Par sa lettre du 8 mars 171a. (Manoscritâ.)

tîVRX SEPTIÈME. a37

les malheurs qui dévoient suivre sa mort. Il ne se fUttoit. pas sans doute. que madame de Mainte-^ non (') «agit ni par* grâce , ni même avec une 3» certaine force de prudence élevée^ mais il dé* » siroit qu'on put s'en servir, comme Dieu se » sertdesphi&foibles instrumens, au moins.pour » empâcher de certains malheurs »«

Il exhortoit M. de Beauvilliers, à tâcher de lui persuader W « que ce n'étoit point en épargnant » chaque }our au I^oi la vue de quelques dëtaifs » épineux et affligeans/ qu'on travaiUeroit. solide? » ment a le soulager et à le conserver; que les ». épines renaîtroient sur ses • pas à ^tontes les » heures-, qu'il ne pouvoit se soulager qu'en s'exé-; » cutaiit d'abord à toute rigueur »:

Fénelon, bien convaincu de l'insurmontable prévention de madame de Maintenon contre lui, demahdoit à AL de.Beauvilliers de le sacrifier luimême, pour ne laisser aucun ombrage Ar leurs rapports d'estime, dé confiance et ^'opinions. Il eiigeoit de lui qu'il déclarât nettement à madame de Maintehon (3)y <c qu'il lui par]<^!: sins intérêt*, » ni pour.luiyiiii'.ponr ses amis, sans prévention » et sans eaUate; que, pour :se» sentimens de reli- » gion^ il n'en véuloitavoir d'aiibés qqé ceux dâ

(») Yg^'oz les Piêbês Justi/icatit»es àix liyre septi^ë, n.^ XII. *

23$ 1ilS.^011l.l^ DB ri^HhOVf

#^ suint Si^gei ^'il-ne Imoitâ. iim <l!extrai>r£- » naire , eË qn ii auroit horreur de fle8.amis:niimies^ « s'ilaperi^evoit eo .eux qu«jique entjltQnxeBir.ou » artiifke.yiOM. g.oâi de noui^utés »;«. Lxxiv. Mf* de BiettiiviUiers euà en effets un eutretâen df madame P*» t^^^'^^îi*»'»**^ "»»d*w® de Maiiiiaui«|i.j a parut de Mainte- satisfait de sefi dîapositionsietdee soâdési&de cou* ^^' . camii* avêQ lui > pour iospûer aU Bol les mesures l«s.f4ufi:<î0Uief>Able$ aux circoustancôSiiLa LeUre de u^dacueidieMaînteQQn^ gUQiious avons xâp pQrtjÉ&/pac0i$aoit eu ofiet -^noucei: de sa;pait un retottrà ses anciens affîtîmeufi de goâtet; d^time pauv oetL^homme vertueux. Eile u'ènndt d'aiileiirs pkia rien'Àj rfid<mieF de son ascendant s^r le duc de Bourgogue^iqui Vexiatoit plias -, et il létaît assez nMurel qne , dana Tétat de trouble ^ de^douleur et d0 consternaiûckn où tant de catastnopkes venoient de.piotgejtk JUii> la &iniU6. royale et la* Coun, ^le e^desireisiincèrfiment de. renouer avec un fnçiep i^^if .dQ¥)t la piétép fôjc^HÛtiire et lai ma» 4éjr{|tioA 4^^ <S:^toî§Qt Japlais. dëmenlies*. Elle se troi|\ni|; .^le-ito4«*e fedéfe^ inq^iiète, incertaine, affligée, di^ pi^^t^ tourmentée de l'avenir, et fajâgRéb de:ce poid^ inûomj^réheusiible de dj%oùt elid'ettnuiy'qai dévxircEtcetté.exi$l0nc0 si envi^. EUe.avoit perdu l'évoque de Chartres^ ejlg ^toit mécontente du cardinal de Noaillés, et elle n'é-

t<»t pas encore eatièiœi^iit livjr^ ^ J^^écpie de Meaux (depuis cardinal de Bbsy ); EUe Toyoit le Roi appesanti par l%e ^ attristé par: le maH^eup, privé de l'aimable distracAÎQH^que le nloayemei|ty la ^îtér les grâce»^ la eonsplaisaoce «tla^ douce sédactîan, de m^dam^ 1» dU(^sae àé Bowgagney appor toient au, cours uniforme de. ses Journées j e« au sérieux de. spP:<?arafitQre. Le mmëciial 4^ Vil* leroi, éleyé arec I^Oiûs XI¥, ett|a;iiiiè looguéliabitufde lui rendoit d*^utant plu^s agréable , qa-il n'avoit.paaà.eaJQdftttte&f cette aupériorijbé d'esprit> souvent plus faligante que nécessaire. £^ un roi dans l'intiiaité d^ la scfioiété/auroilipii: faire une utile diversion ài c^ lotigues^soirées^ que madame de Maintenon ne.pouvoit .plus remplir ^ malgré tout riatér^t de sa conversation^ mais le maréchal a^cnt crU puiûr liOuis XIV de )ni avoir 4té le cqmniAndement des armées^ .eils';éloign|int éé la Cour, ^ en n'y pacoisàaatpliis' que très -«râpément. ^ '

Eiifin^ madame ide Maintenu savoit> mieux que personne, que l^Eoi avo^ttoujottirs'efu autant , de goût ^ue d'eslimie:|>our M^ de Béaiuyiliiers; elle avoit même éçrouvé quae rdpinîbii qu'il avoit de sa fidélité et,de.saiprcd)ité,' avoit résisté à ses in-^ sinuaûons et à se^. attaques ^.pmdif^it i|iç;S: d^cus* siens orageuses* du 'quiétîsme*: Il n'iastdonè pas

24o fiZSrÔfRE DE f ÉircLoir^

étonnant qm, dans le premier mooient, madaioe de MaintenoQ ait été assez portée à se réunir à M. de Beauvilliers^ et à entrer dans ses vues, pour le présent et pour Tavenir.

Le duc de Ghevreu^ s'empressa dUnstruire Fé^ nelon de cet heureux début , et rinvita, au nom de M. de.!Beauvilliers> à ïiii communiquer ses idées, pour travailler sur un plan suivi. LXXV. ^^^^ ^ ^^^^ occasion que iPénelon rédigea plu- Nouveaux sieurs mémoires, que nous avons écrits de sa

mémoires . . . . . m - a i

politiques ^^^^ ^^ V^^ pcuvcrit aujourd hui être rendus

de Fcne- publics, sans danger et .sans incobvétiient. Nous

croyons qu'ils inspireront un grand intérêt, par

le nom de leur auteur, et par importance des

matières qui en font Tobjet (i). t

Lorsque .Fénelon s'étoit oocupé, au mois de novembre 17 1 1 > de tracer un plan de gouvernement pourfe duc de Bourgogne, il n'étoit question que d'iét^blir les formes et les basQS d'une bonne administration; la «ucçessioi^ au trône étoit assurée; elle arrivoit paisiblement et directemeAt h un prince parvenu, malgré sa )eunesse, à une maturité dexaison^ >el àuim.degr^' de çon* sidération , qui àjoutoient ^encore plus de force et . d'autorité: à: la puissance souvei^aîne ;iil ne s'agis-^

' («) Nous «yons pilgfc^ ces ttémoifëft jfiarmî Tés Pièces jùstifiea^ tiyfis du litre 'aqptiéaiby 4Soiii ks ij>* xit.,!.xiu, <ir«

soit

soit que de lui inspirer toutes les bonnes et vertueuses pçnsees; Tintention de les réaliser éloit daas son cœur, et tous les moyens 4*^xécutîon anroient été dans sa main.

• . Mais y dans le court intervalle du mois de novembre 171 1 an mois de mars 1712, toqt.avoit. changé de face ; les destinées de la France ne reposoient plus que sur la tête d*uQ vieillard de soixante -quatorze ans, et d'un enfaut d^ deux ans.

Il étoit contre toute vraisemblance que Liouis Xiy pût vivre encore aàsez long -.temps pour épargner à la France les agitations et les inquiétudes d'une minorité.

Dans le cours ordinairç des choses, la régence étoit dévolue au duc de Berri, oncle du jeune Roi. Ce prince, qui ne mourut qu'en. 1714, existoit à l'époque oii Fénelon écrivoit ses mémoires.

. C'est ce qui rendoit encore la sitnatiim des affaires plus critique. Le droit du duc de Berri au titre de régent, étoit aussi incontestable, que • ses moyens ,.pour en remplir les fonctions, étoient bornés, et même entièrement nuls. Ce prince, qu'on n'avoit jamais pu appliquer à aucune occupation sérieuse, rénnissoit au défaut d'instruction, de talens et d'aptjtude, une extrême foi- Féwelok. Tom. IV. 16

blesse de caractère; il étoit entièrement asserrî aux caprices, aux emportemens, aux passions violentes et honteuses de sa femme, fille du duc d'Orléans, et accusée, par la voix publique, de vivre avec soç père dans un commerce monsvtreux. Bonner au duc de Berri la régence, avec une autorité absolue et indépendante, c^étoit la donnera la duchesse de Berri, ou plutôt au duc d^Orléans son père.

Malheureusement, ce prince se trou voit alors lui-même accablé sous le poids des imputations les plus atroces. La France entière, consternée de la mort rapide et imprévue d'un jeune prince qui étoit devenu les délices de la nation; d'une princesse enlevée à la fleur de son âge, et dière & toute la Cour par sa bonté, 'ses grâces et ses ^>agrémens; d'un fils porté au tombeau le même jour que son père et sa mère, accusoit le duc d'Orléans d'avoir préparé des malheurs d'un genre si extraordinaire, et qui ne laissoient plus entre le trône et lui qu*un enfant, prêt à rendre le dernier soupir.

Telles étoient les sombres pensées qu'offroient a tous les esprits ces images lugubres de mort, de crimes et de poison.

Une impression bien différente de celle qu'a pu faire éprouver la lecture des premiers mé-

moires y se fait sentir en lisant les mémoires dont nous allons rendre compte. Lorsque Fénelon traçoit un plan de gouvernement au duc de Bourgogne, tout lui offroit Timage et l'espérance de la paixy de Tordre, de la justice, de la sagesse et «du bonheur^ mais en ce moment, tout lui offre la perspective effrayante 'des plus grands malheurs pour la France : une guerre désastreuse, une paix incertaine, des finances épuisées, la nation accablée d'impôts, 'la nécessité inévitable de la banqueroute , un Roi près de descendre dans ' le tombeau, un enfant de deux ans appelé à lui succéder, une minorité orageuse, un régent incapable de gouverner et asservi à une femme coupable, la possibilité d'une guerre civile, des sectaires inquiets et tnrbulens, un gt*and crime h venger, difficile à constater, dangereux à punir; telle est l'analyse du premier mémoire de Fénelon, intitulé le Moi (0.

'Dans une pareille crise, une seule ressource se LXXVI.

présente à F^nelon : c'est l'établissement préma- ^®°*"^ ^

. . tegencc.

luré d'un conseil de régence^ mis en activité par

Louis XIV lui-încme ^de son vivant» « U n'en

» seroit pas moins le maître de tout, observe Fé-

» Delon; il accoutumeroit toute la nation à se

k*) Voyez let Piioes justificatives du Hyre septième , n.« XII.

a44 HISTOfllE DE ^ÉNETLON,

» soumettre à ce conseil; il éprouveroit cbaqtn » conseiller y il les uniroit, les redresseroit^ e » aflerHiiroit son œuvre. S'il faut, le lendemair » de sa mort, commeDcer une cbo$e qui est de » venue si extraordinaire , elle sera d'abord ren- » versée. Depuis long-temps la nation n'est jdm o) accoutumée qu'à la volonté absolue d'un seu! » nâaitre; tout W monde courra au nouveau ré » gent.. U ne faut pas- perdre .un monscent poui » faire établir ce conseil. L'étçnneiaent du spec- » tacle, le cri public, la crainte d'un dernier » malheur, peuvent ébranler; mais si , so»s pré- :» texte de n afttiger pas le JRoi, on attend qu'il i} rentre dans son train ordinaire, on n'obtiendra » rien; il n'y a aucun jour oh on ne soit rpeuacé » eu d'une mort naturelle et soudaine j, t^u, d'un » accident funeste. » .

M^iS; en.pr4i>posapt>es idéqs surla composition de ce conseil, Fénelon se ^ent to.ut-à-coup arrêté qpt^r une cc^nsidératio^ qui semble l'effrayer lui- 4îné|9e, et qu'il n'a ^i la foiblesse de dissimuler '^i la foroe. d'écarter (0 : « Si on n^i dcms le con- ^ ^eH de régence N...., (le duc tf Orléans), on n liytJe l'Etat et le jeune prince à celui gui est » soupçonné de la pkfis inoire sçàhératexsie f si on

C«) Yoyçi le» Pièces justifieqUf'es ^u U¥C0.^pMéi»f , «.** XIII.

» r exclut pour ce soupçon^ en prépare le ren- » versement de ce conseil, qui parotlra fondé- » sur une horrible calomnie, contre un petit-fils » de France ». '

Pour adoucir cette exclusion , Fénelon proposed^escluree» même temps les autr«es prîaces du saogCO, tous les pHnces légitimés, tous les princes étrangers, j^ui- s'arrogent la prétention de ne pas regarder le Roi comme I«ur souverain ; il veut e©fin qu^on ne donne au doc de Berri, régent, ' que la simple présidence, avec sa voix comptée izomtne celle des autres, et pour conclure à la pluralité xies sufitages.

Féçélon indique, dans un mémoire sépai:é, qu'il convient « de mettre dans le conseil de rén gence des prelïits rècommandables par leur » naissaneô ou leur vertu, ou leur réputation de »• capacité soutenue dé droiture. Les prélat^sont » le premiei' corps de Tj^tatetles preraiers^ sei- » gtieui^ de la nation. Il importe de donner » cette forrhe solennelle à un conseil qui aura » tant de l>esfoin d'autorité, et dent la puisai saftce pourra être si contestéte. De plus, il s'a- M gira souvent des matières de religion, que les ^ prélats doirent s^outeiiir. Enfin, ce seroït les/

C*) rrcs(|U£ tous ceux ([ui cxisloleut ulors^éloient mineurs.

^46 HI8T01RB DE FÉITELONy

» dégrader que de les exclure de cette assem- » blée ».

Au reste y Féoelon ne se dissimule pas « que » rétablissement de ce conseil (0 de régience peul » faire craindre de terribles inconvéniens ; mais » dans Tëtat présent on ne peut plus rien faire » que de très-imparfait , et il seroit encore pis » de ne rien faire. On ne peut point se contenter » de précautions ordinaires et médiocres ».

Dans un troisième mémoire (>), il fait connottre ses sentimens sur l'éducation de Fenfant encore au berceau, qu^un instant pouvoit placer sur le trône ; il indique les différentes personnes qui lui paraissent les plus dignes de ces di^ciies et délicates fonctions. Nous observerons à ce sujet que parmi les différens évêques que Fé^ielon propose pour précepteurs, il ne parle point de celui (^) que son heureuse destinée devoit conduire à cette place, et élever ensuite au rang de premier ministre; il insiste <c pour qu'on nomme immédia- » tement le gouverneur, le précepteur, et les » autres personnes attachées à l'édbcation. Il ne » s'agit pqint d'attendre l'âge ordinaire; le cas

CO Voyez les Pièces justificaUt^es da liyre septième, n.o Xm. (») Voyez les Pièces jtistificaUt^es du liyre septième , n.o XIV. C^) Le cardinal de Fleury.

LIVllB SEPTIEME. 247

» n'est que trop singulier. Le JK.oi peut manquer » tout-à-coup; il faut mettre pendant sa vie jçette » machine en train , et l'avoir affermie avant qu'il » puisse nianquer. On peut laisser l'enfant dans >i les mains des femmes , et lui donner des hommes » qui iront le voir tous les jours, qui l'accoutu- » meront à eu2, et. qui commenceront ii)sens^- » blement son, éducation d.

Le quatrième mémoire (0 deFénelon est. peutêtre le monument le plus effrayant que puissent ofi&ii: les .annales de Fhistoira; il avertit à jamais les princes du prix q^i'ils doivent attacher à une bonne réputation, et que l'opinion publique jse venge toujours cruellement. à leur égard, du mégris qu'ils modtreçt pour l'opinion publique* Quand on voit un prince, tel qUe le duc d'Or- lxxvii. léans, naturellement humain et généreux» doué ^^" ^"^ de toutes les qualités aimables qvii concilient les cœurs et les affections; un prince qui ne se peiv mit. jamais un acte.de rigueUt*;. qui dédaigqa de se venger de ses ennemis et de ses calomniateurs., aussitôt qu'il en eut le pouvoir^, qui porta même la cléi4ence à un degré très -remarquable; lorsqp'on voit un tel prince accusé, par toute une

(<} Ce mémoire esi intilulé : Recherches de • FéueJon uVfc

achever; il craint de souiller sa plome en iQdi({uant la naïuiv du crime.

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