‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 3)Chapitre 6 sur 72 · XXXI. Regrets de Clément XI 4o · texte numérisé non relu

XXXI. Regrets de Clément XI 4o

Xn SOMMAIRE DU LIVRE HUITIÈME.

XXXn. Lettre de J.-B. Rousseau sur la mort de

Fénelon Pag, 4<>4

XXXQI. Caractère de la figure ^eFéneloD. . . 4^5 Pièces justificatives du livre septième. . • l^w Pièces justificatives du livre huitièbie. . « 449

.V^ÊW^WÊ^m

Féwelow. Tom. iv.

liEs nouveaux rapports sous lesquels nous allons i.

considérer Fénelon n avoient pu encore élre pré-' Le"'*» «' sentes au public; de justes considérations n a- uJc^uT'^do voient pas permis aux historiens de l'arcbevêque Féi^olou. de Cambrai, de faire usage d'un grand nombre de pièces manuscrites qu'ils avoient à leur disposition. Ces considérations ne subsistent plus ; il est même aujourd'hui d'autant plus nécessaire de faire connoître toute la sagesse des principes politiques de Fénelon, que ses admirateurs et ses censeurs paroissent s'être également mépris dans l'objet de leurs louanges et dans les motifs de leur censuré. Les uns et les autres ont jugé la politique de Fénelon sur celle du Télémaquc. Ils n'ont pas vu , ou n'ont pas voulu voir qu'un ouvrage, qui n'avoit pour but que d'inspirer à un jeune prince des sentimens vertueux et des principes de justice, n'étoit pas un code de lois pp-

4 HISTOIRE DE FÉJVELON|

litiques, ni un plan d'administration convenable à nps gouvernemens modernes.

De cette méprise sont venus les éloges outres qu'ont donnés à la philanthropie de Fénelon quelques écrivains jqui cherchoient à* Se parer de son nom pour décrier toutes les institutions existantes, et les préventions peu fondées de ceux qui ont affecté de ne voir, dans le Télémaquey que les rêves d'une imagination brillante. Mais comment a-t-on pu supposer que Fénelon ait eu Tidée d'offrir, pour modèle de gouvernement, les lois et les réglemens de police de la petite colonie de Salente, au chef d'une ^nation de vingt millions d'homnies, au petit-fils de Louis XIV, au successeur d'un prince qui avoit donné à l'autorité royale tant de force et d'éclat; il savoit trop bien que les mœurs, les habitudes, les institutions antiques d'un grand empire auroient toujours résisté à des innovations puériles et dangereuses, aussi opposées à sa pensée qu'à ses vœux. Le 7elémaque étoit adressé au cœur et à lame du duc de Bourgogne ; et la manière dftnt ce jeune prince avoit saisi la morale de ce bel ouvrage, démontre assez qu'il avoit mieux compris l'esprit qui l'a conçu, que ceux qui ont voulu louer Fénelon de ce qu'il n'a jamais pensé, et le blâmer de ce qu il na jamais proposé ; en un mot, les vertus, les

talenSy les principes du duc de Bourgogne, les espérances qu'il fit briller et les regrets qu'il a laissés, sont le plus beau commentaire du Télé" maque^ et défendent également la mémoire de Fénelon contre une admiration irréfléchie et contre des reproches injustes.

Lorsque Fénelon eut ordre de quitter la Cour, aucun revers éclatant n'avoit encore troublé la longue prospérité de Louis XIV. Des guerres dispendieuses et un faste, peut-être excessif, avoient à la vérité contribué à obérer la France. Colbert n'avoit point eu de successeur assez habile pour suppléer, par Tindastrie, le commerce et les expédiens d'un génie inventif, aux contributions que les peuples n'étoient plus en état de supporter ; mais le traité de Riswick ( en 1697 ) devoit faire espérer q^e la paix alloit rendre à la France tous ces pnissans moyens de prospérité qu'elle doit -à son heureuse situation; la Providence a daigné la favoriser, en la plaçant sous le ciel le plus favorable, et à portée de recueillir tous les avantages que l'intelligence et l'industrie peuvent ajouter aux bienfaits de la nature : heureuse prérogative qui semble lui appartenir exclusivement, et qui doit avertir tous ceux qui sont appelée; à la gouverner, que l'esprit de justice, d'ordre et de modération suffit pour l'élever au plus haut degré de puissance et de bonheur !

6 IIISTOIRIÇ DE FÉMELOHy

On pouvoit s'abandonner avec d'autant pins de confiance à l'espoir consolant que la paix de Riswick apportoit à la nation, que Louis XIY, ramené par l'âge et par la religion à des maximes plus saines, étoit désabusé de toutes âes anciennes idées de faste et de magnificence : toutes ses vues tendoient alors à rétablir l'ordre dans ses finances par une sage économie. Il ne plut pas à l'impénétrable Providence d'accorder des succès aux intentions bienfaisantes du monarque. l'Espagne vint se donner à la France, sans que Louis Xiy eût désiré ni recherché cet accrois*^ sèment de grandeur dans sa famille , il s'étoit même efforcé de prévenir, par des traités départage sagement conçus et habilement négociés, les longues calamités de la guerre que cette riche succession devoit faire renaître. '

Des événemens, que personne n'avoit pu ni prévoir ni prévenir, déconcertèrent toutes, les combinaisons de la politique; et au moment même oîk up testament solennel vint mettre aux pieds de son petit-fils toutes les couronnes des £i$pagnes et des Indes, Louis XIV hésita pour accepter ce magnifique présent; il fallut que de mûres délibérations et des raison3 irrésistibles (0 lui donnassent là triste conviction qu'il ne pouvoit échapper à la nécessité de la guerre, en of- CO Voyez les Mémoires de Toacjr.

LIVAB SEPTIÈME. 7

frant xxkêmp de s^ rédnire à la part de cet héritage q^ue ks traités lui aboient assurée. Da&s cette mémorable délibératioD, M. de BeauviUiers opina pour refiiser 1^ succisssion d'Ëspague et s'en teuir au traité de partage. Le duc de Bourgogne fot du même seutifl^^ent ; mais le^t c^iniou éloit plutôt le yœn d^ deux cœurs vertueux, touchés des souffrances du peuple et des malheurs encore plus grands qiii menaçoient la France, qu'un avis fondé sur unie véritable conviction.

Telle fui la destinée de Louis XIV, que la seule guerre qu'il ne voulut pas faire, fui une guerre juste et inévitable, et que cette guerre fut celle où i} éprouva des revers qui mirent la France à deux doigts de sa perte. C'est à l'occasion de cette guerre que nous avons unfi multitude de lettres et de mémoires entièrement écrits de la maiiv de (*énelon.

Fénelpn, étranger à l'ambition pour lui-même, avoit conservé à la Co^r un intérêt bien, cher dans la personn0 du ^euue p^ûnce sou élève* Ses relayons intimes avei; les duc^ de Beau^rilliers et de ChevreiiLse ^ dont 1^ premier étoit milnistie d'Etat, et le Srçcpnd iniué au secret des aiËiires par la confiance de son beau-frère , le mettoient à ppitée d'exercer. une influence d'autant plus utile , qu'elle ne p^voit être- inspirée que par

8 histoihe de fénelon,

les vues les plus pures et les plus désintéressées. D'ailleurs^ la Flandre devint le principal tkéâtre de ]a guerre; et telle fut la gloire de Fénelôn, que Ips généraux français et les généraux ennemis se disputèrent le mérite de lui montrer des égards, une confiance et une considération bien plus flatteurs pour lui dans son exil , que s^îl en eût joui à Versailles.

Ainsi^ Ton conçoit que cette partie de la correspondance politique de Féneloni ne doit pas être confondue avec cette foule de mémoires , de plans ^ de projets, que hasardent sur les affaires publiques des hommes qui n'en connoissent pas même les agens et les ressorts. Les seuls fragmens des pièces que nous avons à protluire suffiront pour en faire sentir toifte rimportance pour cette époque de notre histoire.

Depuis même que Louis XIV eut accepté le testament de Charles II pour son petit-fils, il dut espérer pendant quelque temps qu'il ne seroît point entraîné dans une guerre générale contre toute l'Europe ; il put au moins présumer, qu'il n'aurait à lutter que contre la maison d'Autriche^ dont les prétentions et les forces ne lui paroissoient pas très-redoutables; il dut même se coo- • firmer dans cette confiance , lorsque l'Angleterre et la Hollande eurent consenti à reconnoître Phi-

Mômoire du 28 août

lippe V pour roi d'Espagne. En dérogeant ainsi elles-mêmes aux traités de partage qu'elles avoient proposés et garantis, ces deux puissances sembloient avouer que Louis XIV n'avoit pu se dispenser d*obéir au vœu de la nation espagnole et de son dernier roi ; mais on eut bientôt lieu de juger que cette reconnoissance simulée navoit servi que de voile au)c projets les plus sinistres contre la France.

Ce fut dans cet intervalle que Fénelon se hâta il

de faire passer au duc de"Beauvilliers, un mémoire très-étendu dont nous avons le manuscrit original^ daté du 28 août 1701.

A cette époque, on ne pouvoit plu^ guère douter que l'Angleterre et la Hollande ne concertassent déjà, avec la maisdn d'Autriche, le plan de cette grande alliance qui réunit l'année suivante toute l'Europe contre Louis XIV. Fénelon propose plusieurs moyens pour tâcher de détourner l'orage tandis qu'il en étoit encore temps.

Il établit d'abord en principe (0, que Louis XIV doit être fidèle à l'engagement qu'il a pris avec la nation espagnole, d^ ne jamais (;onsentir au plus foible démembrement de la succession que son petit*fils venoit de recueillir; mais il désire

(>) Précis d'un Mémoire de Fénelon sur la snccession d'Esjpagne, da 78 ao&ti7oi. (Mattuscrils.)

10 histoihe de fenelon,

que Louis XIV commence par convaincre toutes les puissances de l'Europe ^ qu^il n'a aucune vue personnelle d'agrandissement paur la France. Ciette opinion, une fois bien établie, donnera au cabinet de Versailles plus de force et de moyens pour repousser toutes les propositions qui auroient pour objet de le faire consentir au sacrifice de quelques parties de la monarchie d'Espagne en faveur de toute autre puissance.

Il fexpose ensuite l'ëtat oà se trouvoit alors la France^ et les motifs qui pouvoient fonder les espérances de ses ennemis. Us se flattoient que la France, épuisée par les guerres précédentes, . ne vouloit plus la guerre -y. que le repos et la paix lui étoient absolument nécessaires ; que, forcée de porter ses armées lop de ses frontières, elle achéveroit de s'épuiser de troupes et d'argent; que les peuples des Pays-Bas et du Milanais^ accoutumés à la D;iollesse du gottvernementespagnol, se familiariseroient difficilement avec les formes rapides et absolues du gouvernement français; que la France, obligée de défendre un corps mon^ comme l'Esgagne l'étoit alors, serait accablée de l'excès de ses propres efforts et de llnertie de la mas^e qu'elle s'étoit chargée de soutenir; que, plus Philippe V se montreroit docile aux inspirations du roi son aïeul, moins les Espagnols,

LITHE SCPTICME. II

jaloux et ombrageux, consentiroieDt à se laisser gouverner par le cabinet de Versailles.

Pour parer à tous ces inconvéniens , qui n'ëtoientque trop réels et trop sensibles, Fénelpa propose : %

i-^ De désintéresser entièrement les Hollandais, qui n'»?oient d'autres sujets d^nquiétnde ni d'autre motif pour entrer dans une alliance contre la France, que la crainte de la voir se mettre en possession des Pays-Bas espagnols : it montre jusqu à quel degré de puissance les Hollandais s'étoieut élevés par leur commerce et leurs richesses, qui les mettoient en état de solder tous les ennemis de la France ; il £aiit voir comment la liberté de l'Europe paroissoit attachée à l'indépendance de la Hollande : indépendance dont elle ne pourroit plus être asArée, si la France prétendoit s'emparer des Pays-Bas espagnols, malgré toutes les assurances qu elle avoit données.

2.0 II recommande de ne point exciter la jalousie des Espagnols, en aiTectant de ^es gouverner comme des enfans'; ce seroit les décourager et les inciter; ce seroit offrir au roi Guillaume un prétexte plausible de prétendre que la France et l'Espagne étoient réunies dans les mêmes mains. Il fait une pmnture effrayante et ménie un peu exagérée, de^ dangers qui pouvoient résulter

'lîi HISTOIRE DE FÉNELOW,

pour Philippe V et sa famille de cette démangeaison de faire gouverner les Espagnols par des Français; que le parti le plus généreux, comme le plus sûr^ étoit de se concilier leur affection et d'éviter de les humilier en leur donnant, comme on Favoit déjà fait, des ministres et des généraux français, et jusqu*à une dame d*h#nneur française. L'événement fit voir, dans la suite , combien on auroit prévenu de malheurs et d'embarras, si l'on se fût bien pénétré à Versailles de toute la sagesse de ce conseil : il ajoutoit , qu'on devoit s'attacher à établir, entre la France et l'Espagne, un concert fondé sur la confiance , sur les égards mutuels, sur la conviction de l'intérêt des deux pays; qu'on devoit surtout être attentif à ne point laisser apercevoir aux Espagnols ces défauts de caractère si comAuns aux Français, et qui les rendent insupportables aux étrangers.

3.<> Fénelon. blâme la précipitation avec laquelle on a rappelé de Hollande le comte d*Avaux, qui y remplissoit les fonctions d'ambassa^ deur extraordinaire; il fait sentir toutes les conséquences de cette fausse mesure qui laissoit aux ennemis de la France une entière liberté de b'emparer des résolutions de la Hollande , et de ics diriger'au gré de leur passion et de leur intérêt.

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