‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 3)Chapitre 7 sur 72 · LIVRE SEPÏIEMC. l'i · texte numérisé non relu

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la France à empêcher que les Impériaux ne s*établisseat en Italie, dans le Milanais. Il croit qae c'est le seul point oi^ Ton puisse faire la guerre avec vigueur et succès , sans alarmer la jalousie de l'Angleterre et de la Hollande ; que ce seroit le moyeu le plus sûr de convaincre ces deux nations, que la Frs^nce na aucun projet d'agrandissement, et quelle est fort éloigoée de menacer Tindépendance des Hollandais; que ces deux nations étant ainsi rassurées contre Tarnbition de la France, et n'ayant d'antre intérêt que celui de leur commerce, qui est toujours compromis par la guerre , seroient moins disposées à seconder la haine et la politique du roi Guillaume -, que la sauté de ce prince étant alors assez chancelante , on devoit désirer que, s'il venoit à mourir, F Angleterre et la Hollande ne fussent pas encore engagées dans une alliance avec la maison d'Autriche.

Enfin, il recommande de chercher à s'assurer de la neutralité des princes d'Allemagne par toutes sortes de ^ moyens , et même par des su6sidestrès-abondans; de n'entretenir en Allemagne qu'un corps de troupes pour soutenir les princes neutres et pour observer les mouvemens de l'Empereur. Il rappelle qu'en donnant ces subsides il .faut éviter, autant qu'on le pourra, les grands

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iuconvéniens qui peuvent en résulter , tels que de &voriser un prodigieux écoulement de numéraire hors de la France, d'engager les princes que l'on soudoie» à désirer la prolongation de la guerre y et d'inspirer à ceux qu« Yoù ne soudoie pas la pensée de se rendre nécessaires en menaça^nt de se ranger du côté des ennetnis. Pour échapper à ces idconvéniens , il invite le ministère à n'accorder de subsides qu'aux plus pnissans, et à n'en accorder qu'autant que Tutilité ou la nécessité en sera dairement démontrée. D'après ces premières vues générales, Fénelon . croit que, pour commencer à bien établir dansN l'Europe Topinion de la politique désintéressée de la France ^ il faudroit quie les troupes françaises évacuassent les Pays-Bas espagnols , et que le roi d'Espagne en confiât la garde à des troupes \vallones ou suisses, qui seroient directement aux ordres de Philippe V , et que Louis XIV soudoieroit en secret; que la France pourroit faire cette offre, à condition que la Hollande s'engageroit de son côté à n'entrer dans aucune ligue avec l'Empereur.; mais qu'il ne faudroit présenter cette proposition que d'une manière digne, convenable, et qui ne parut pas une rétractation de la faute qu'on avoit commise en rappelant le comte d'Avaux; que quand même cette offre ne-

seroit t>as acceptée, il n^ea Caïudroit pas moins s'occaper à rappeler, dans les Pays-Bas français, les troupes du Aoi qui sont dans les Pays-Bas espagnols; qu'il en résukeroit deux avantages : le premier, de rétablir nn peu de vie et de commerce dans la Flandre française; et le second, de rassurer les Hollandais, en cessant de les alarmer par cet amas immense de soldats, d'officiers généraux, de munitions, et par des constructions qui coûtotent des sommmes incalcn- IsiAes ; qu'on pourroit aussi ackev.er de gagner les Hollandais, en leur faisant proposer par le roi d'Espagne l'échange de la Gueldre espagnole contre. Maëstricht ou telle autre place; que ce ne seroit point là un démembrement^ maïs un simple échange.

Fénelon observoit avec raison, que jusqu'alors on avoit fait txop ou trop peu; qu'il faUoit d'abord accabler les Hollandais, ou ne pas leur inspirer de la méfiance. Il revenoit à prouver que c'étoit principalement à la guerre d'Italie qu'on devoit s'attacher, pour chasser les impériaux du Milanais, les obliger à rentrer en Allemagne, et replacer ainsi le théâtre de la guerre ches les ennemis eux-mêmes.

Plus on lit ce mémoire, plus on reste convaincu que les conseils qu'il renfermoit étoient

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les plus Utiles et les plus convenables à cette circonstance. Il est même assez^ vraisemblable que M. de Beauvilliers seroit parvenu , en les présentant comme ses propres idées , à les faire goûter au Roi et' à ses ministres^ si; peu de temps après y Louis XIV n'eût pas fait la faute inexcusable de reconnottre, pour roi d'Angleterre, le fils de Jacques II (0, malgré les engagemens qu'il avoit contractés par le traité de Riswick. Cette générosité impolitique souleva contre lui l'Angleterre, associa la nation toute entière à la haine de Guillaume III , et la précipita , ainsi que la Hollande , dont il disposoit en maître absolu , dans les vastes projets qu'il avoit conçus contre la France. La mort de ce monarque, qui suivit de près cet événement W, ne changea rien aux dispositions des Anglais et des Hollandais, et ils se réunirent à l'Empereur pour déclarer la guerre . à la France.

Dans une situation aussi critique et qui donnoit une nouvelle force aux affaires, Fénelon crut devoir adresser un second mémoire à M. de Beauvilliers (^). Les quatre prmières pages de ce mémoire, écrit en entier de la main de Fénelon,

(i) Jacques II mourut le i6 septembre 1701. (a; Guillaume III mourut le 19 mars 1703. (3) Second Mémoire de Fénelon de 270a. (Manuscrits.)

manquent

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•ùianqaent aux manuscrits qui tious ont été confiés; mais il a certainement été rédigé au commencement de 1702, à l'époque où le roi d*Espagne deToit passer en Italie pour y commander les armées combinées y et avant que le duc de Savoye se fut déclaré contre la France.

On y voit combien Fénelon redoutoit le caractère ambitieux de Victor-Amédée; et on peut juger de la nature de ses craintes par les précautions qu'il recommiainde pour la sûreté de la personne et de là vie du roi d'Espagne*.

On doit croire que Victor- Amédée était incapable d'un crime; mais il ne tarda pas à justifier en partie les soupçons de Fénelon , en trahissant le roi auquel il s'étoit allié, et en prenant les armes contre ses* deux gendres.

Fénelon avoit été précepteur de Philippe V : ce jeune roi , qui montra si peu d'action sur le trône, étoit remarquable par une intrépidité héroïque dans un jour de bataille. Fénelon avoit démêlé , dès son enfance , cette partie de son caractère. « Je connois l'ardeur du jeune roi, écri- Lettre de » voit-il ; il est capable de s'exposer sans mesure, -» de ne voir plus devant lui, et de hasarder tont, » quoi qu'on paisse lui dire, dès qu'il sera cm- » barque et échauffé dans une occasion. Jugez -» combien il sera facile à des gens nialins et ar-

Fénelon. Tom. iv. 2

Fénelon.

(Mauuscr.)

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» tificieûx de le' pousser pour4e faire' périr ». Pea s'en fallut que ce que Fénelon avoit^paru redouter ne se réalisât peu de mois' après la date de ce mémoire. Philippe Y resta y pendant tout le combat de LuzaraCO^ exposé au feu d'une batterie ennemie y sans laisser seulement apercevoir sur son visage la plus légère impression d'inquiétude ou d'embarras.

Dans la revue des difiërens généraux français auxquels il étoit question de confier le commandement des armées, on observe avec peine , en relisant ce mémoire de Fénelon , combien les bons généraux, les généraux universelleipent estimés des officiers et des soldats , étoiept devenus rares, malgré les. guerres continuelles qui avoient rempli tout le règne <le Louis XIV. G'étoib à la même époque que madame de Maintenon écrivoit au duc de Noailles; «Nous avons descour- » tisans, et pas un capitaine ». Les jugemens de Fénelon sur quelques-uns d'entre eux p^rottront peut-être sévères ; mais si l'on interroge avec attention les mémoires des contemporains, on verra qu'ils ne sont que justes : on doit, même être étonné de la sagacité avec laquelle il avoit su, du fond de la retraite où il avoit passé la plus grande partie de sa vie, discerner les vertus^ les

t*) i5 août 1702.

qualités et Ie$ dé&uts de tant d'hôiMBieBy âont son état et ses occupaUons parois6pieiit peu le rapprocher. Il n'est pas un seul de ses jugemens que l'histoire et la postérité n'aient confirmés.

Féa^elon témoigne dans ce mémoire u» vif désir de voir employer d'une manière d^gne de sa naissance, ce jeune prince de Conti que les exploits les phfts btillans, de grands talens. et la voix publique appeloien^ depuis lon^- temps an commandement des armées^ ^ qui en fut toujours exclus par le profond cessentiment qu'avok laissé, dans le cœur de Louis XIV , le . souveuir d'un seul acte de désoJDéissance.

Il recommande ayec soin qu'on évite d'associer M. de Vendôme à M. le duo de Bourgogne dans la même armée. Tous les malheui^s de la campagne de hille en l'joS prouvèrent dans la suite combien étoit juste la prévoyance de Fénelon. Ce n'est pas qu'il né rendit justice à la valeur du duc de Vendôme et à son génie naturel dans un jour de bataille, mais, comme Fénelon l'obserye dans le mémoire dont nons donnons le précis, « #n avoit tout à redouter de son esprit' roide, n opiniâtre et hasardeux ». .

Fénelon insistoit surtout avec acdeur pour qu'on m employât le maréchal de Catinat , dont l'absence ^^ ïnarédes armées se fit si- cruellement remarquer dans li^j^^.

20 HISTOIRE BE VÈlf^hOil,

la suite pour la gloire de la France ^ et qu'on eut la coupable d>stination de laisser dans une inac* tion plus honteuse pour Thonneur du nom fran-^ çais que pour ce* grand homme lui-même. On voit, par la manière dont Fénelon s'exprime dans ce mémoire et dans quelques-unes de ses lettres, la profonde estime qu il avoit pour le maréchal de Catinat. Il ezistoit en effet bien des rapports touchans entre ces deux âmes vertueuses, malgré le contraste de leurs manières et de leurs formes extérieures.

Par une triste conformité, Tun et l'autre eurent le malheur de rencontrer des ennemie puissans qui redoutoient leur ascendant; Tun et l'autre finirent Jeur honorable carrière dans la retraite^ bien moins à plaindre sans doute que le prince dont on avoit surpris l'opinion et aigri lés préventions. ' lY, Fénelon prévoyoit avec douleur que, tandis Du mare- qu'on néffligeoit les services de Catinàt; on cé-

clial de VU- j . , , . , . 1 ^ 1 1 j

deroit a la crainte de contnster le maréchai de

Icroy.

Villeroy, et qu'on sacrifierôit le sort des armées et le salut de la France à une si frivole considération : c'est en effet ce qui arriva, quoique l'imprudence avec laquelle il s'étoit laissé surprendre à Crémone, eût assez démontré qu'il n'avoit ni les ti^lens d'un «général, ni la confiance des soldats.

Mais Tobjet sur lequel Fénelon insisté avec le plus de vivacité dans Ce mémoire ^ est le défaut de convenance et Tespèce d'ignominie qu'il y auroit à laisser M. le duc de Bourgogne dans une honteuse oisiveté à Versailles, tandis que le roi d'Espagne, son frère, étoit à la tête d'une arméie en Italie j cp'on annonçoit que l'Empereur envoyoit son fils, le roi des Romains, commander sur le Rhin, et que Guillaume III, déjà mourant' se flattoit encore d'être en état de porter la guerre dans les pays-Bas. I] revenoit à demandei" qu'on associât M. de Catinat au duc de Bourgogne dans le commandement de l'armée : c'étoit, de tous les généraux qui existoient, le seul qui inspirât une entière confiance à Fénelon. « Dans » la disette des sujetsCOoùnous sommes, le maré- » chai de Catinat ne doit pas être laissé en arrière, to Quand même il auroi|t fait bien dés fautes (^), » ce que je ne sais pas, il faudroit en juger par » comparaison aux autres', et malheureusement » il ne sera toujours que trop estimable par cet . » endroitrlà». '

Fénelon n'eut pas la satisfaction de voir ses vœux entièrement accomplis. Louis XIV, à la

(i) Mémoires fnanuscrits.

(«) lies courtisans aToient attribué aux fautes du maréchal dç Catinat les malheurs de la campagne d^Italie en ij^i.

22 HISTOIRE DE Fl^NELON}

Vérité, donna en 170a une armée à commander

à M, le. duc i de Bourgogne^ mais il n'employa

point Catinat.

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