‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 3)Chapitre 66 sur 72 · N-^ IV. — PAGE · texte numérisé non relu

N-^ IV. — PAGE

Nous n'avions point fait mention dans la première édition de cette histoire d'une tradition assez généralement répandue sur un ostensoir d'or massif donné par Fénelon à son église métropolitaine. On prétendoit que cet ostensoir d* or étoit porté par deux anges quifouloient aux pieds plusieurs livres ^ sur l'un desquels étoit le titre du livre des Maximes des Saints, C'est ainsi que M. d'Alembert l'a écrit dans son Eloge , de Fénelon (Histoire des membres de C Académie française jl^^cjà).

Cette tradition étoit devenue, pour ainsi dire j populaire. Elle étoit également chère aux âmes pieuses , qui se plaisoient à y retrouver un témoignage édifiant de l'humble soumission de Fénelon, et à ceux qui ai-

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ment ces actes ëclatans qui supposent quelque effort extraordinaire.

Ces considérations ne qous avoient point paru assez décisives pour nous déterminer à rapporter comme certain et constant un fait sur lequel nos manuscrits ne nous offroient aucune lumière , et qui n'étoit appuyé sur aucun témoignage propre à inspirer une entière confiance. T^ous nous sommes cfu obligé à faire prendre à Cambrai même des éclaircissemens qui pussent fixer notre opinion et celle du public.

Nous voyons d'abord par les extraits des registres du chapitre de Cambrai j sous la date du i.^juin 17 14^ que le chapitre nomma une dépuiation pour remercier monseigneur l*archevéq^e de Cambrai du riche présent qiCil a fait à la métropole , en lui donnant un ostensoir en' or et d'un excellent travail (0. Depulantur.,*.. ad agendas gratias amplissimas illustrissimo domino archiepiscopo prù dono magnifico , siye pro remonstrantiâ ex auro purissimo confectâ ^ ab eohuic ecclesiœ donatd^

On doit d'abord observer que ce magnifique présent de Fénelon à son église ne 'date que de 1714? c'est-àdire , plus de quinze ans après la condamnation du livre des Maximes des Saints, et dans un temps où la controverse du Quiétisme étoit presqu'entièrement oubliée^ dans, un temps où rien ne pouvoit obliger^ ni même engager Fénelon à renouveler les témoignages de la profonde soumission qu'il avoit montrée à !'£-

(•) Extrait des registres du cliapitre de Cambrai.

*- fflise,

BU tIVRE HUITIEME. 4^*5

glisé, lorsque Tintërét de la religioù et rédincâtioa publique lui en avoient fait un deVoir.

On peiit encore observer que si Tintention de Féne- )on eût été ile renouveler d'une manière aussi solennelle et aussi inusitée les actes de son humble adhésion au décret du saint Siège, il est vraisemblable que le chapitre de Cambrai auroi^. cherché à correspondre aux vues qui avoient inspiré son archevêque; qu'il n'aiiroit pas borné sa reconnoissance à l'expression de la richesse et de la magnificence du présent ^ et qu'il auroit cru devoir entrer dans l'esprit de Fénclon lui* ^ même , en transmettant à la postérité la tradition d'un fait aussi remarquable.

Les registres du chapitre de Cambrai parlent encore de cet ostensoir après la--mort.de Fénelon; et c'est à l'occasion de ]a réduction des droits dus au chapitre et à la fabrique de la métropole par la maison mortuaire du prélats On y lit, en effet, sous la date du 25 septembre 17 17 « que, vu les services signalés et les bons » offices sans nombre rendus au chapitre métropolitain » de Cambrai, par feu monseigneur l'archevêque «François de Sâlignac de la Molhe-Fénelon ; vu pa- » reillement les preuves non interrompues d'une bien- » visiliance toute particulière que ce prélat a données » jusqu'à sa mort à son chapitre, messieurs se con- » tentent de deux mille florins offerts par m9nsieur » Tévéque de Saintes ( l'abbé de Beaumont), légataire » universel, pour les droits dus par la maison mor- » tuaire de feu le sudit prélat; comme en reconnois- » sance du superbe ostensoir d'or massif donné par le FÉMELOir. Tom. iv. 3o

» même archevêque^ peu de temps avant sa mort, k » h Tégltse métropolitaine /messieurs se contentent de » la somme de laoo florins offerts par le même léga-

» taire, pour droiu dus à la fabrique deTëglise (i)

» attenta donatione magnificd refnonstrantiœ ex aura » purissimo confetiœ ab illustrissime domino archie- 1» piscopo, pauld antè mortem huic eùdesiœjhcid »«

On voit que, dans cette seconde déiibëration, il n^t pas plus question , que dans la première, de l'in* tention que l'on a prêtée à Fénelon. Il eût été cependant assez naturel de la rappeler dans ces deux cir* constances , si elle eût eu quelque fondement.

S'il nous est permis d'exprimer notre opinion personnelle, que nous ne présentons cependant qu'aVec méBance, parce que dès motifs estimables peuvent faire regretter à plusieurs personnes de voir s'évanouit une tradition cbèrë à leur piété, nous pensons qi^e ridée que l'on a supposée à Fénelon ne paroît p^s ressembler à la simplicité habituelle de son caractère et de sa conduite.

Nous convenons- cependant que nos conjectures sur le silence gardé dans les deux délibérations du chapitré n'offrent qu'un argument négatif^ qui ne suffit pas pour opérer une entière conviction. C'est co qui nous engage à faire connoître une lettre adressée récémn!ieDt .k un chanoine de Cambrai , et dont oii nous a permis de faire usage.

fO Exirail des registres du chapitre de Gambrni.

DU LIVRE HCITIÈKE. 4^7

Lettre de M. d*Egricourt, ancien officier au régiment du Roi y à M. de Muyssart^ chanoine de Cambrai ^ du II Juillet i9q8. *

Monsieur ,

« £d 1790, M. de Mon treuil étant chez moi à » Douai y nous formâmes la partie d'aller voir les mo- » nnmens .de Gambf ai , avant que les vandales' en V eussent fait des ruines. J'avois pria le volume de - » d'Alembert, qui contient l'éloge de Fëoelon ^ afin de » voir avec mon ami ce qu'il disoit de ce grand homme* » Nous allâmes voir votre belle métropole , la sacrisr » tie, les richesses qu'elle renfermoit , el, le magnifique » o^/en5o/r que ce prélat avoit donné. On nous montra » aussi un beau calice d'un travail admirable, qu'ob > nous dit Calculent être i}n présent de ce bon arcbc"' » véque , et voici ce que M. de Montreuil et mot, avons » vu , et ce dont nous nous souvenons parfaitement. » C'étoit la Foi voilée, quiportoit un grand soleil, au » centre duquel, selon l'usage ordinaire , étoit renfer^ w mee la sainte hostie. Il y avoit ces paroles d* Isole • • Tu verè es Deus absconditus. La Foi avoii les pieds » p(^s sur deux volurties fermes de manière qu'on a Usoii très-distinctement sur le dos de l'un : BibNa sa- 9 cra , et sur celui de l'autre : Novum Testamèintttm. » Foua pouvez , Monsieur y communiquer cette not& à » Af. l'ancien évéque d'AlaiSy pour- qu'il en faite » ^agis y s'il le juge convenable , dans une Nouvelle » édition de son histoire. Signé C. n'ËORicovRT ».

468 PISCE8 lUSTlPICATITKS

Cette lettre peut offrir le sujet d'une légère âiSi culte. Xes mots de Biblia sacra elpriment toujou] Vancien et le nouveau Testament. Quoi qu'il en soil il est bien évident qu'il suffit que l'un des deux livri fût Tancien ou le nouveau Testament , pour ne ps permettre d'imaginer que l'autre put être le livre de Maximes des Saints,

Mais ce qui est vraiment singulier , c'e6t que l'élog de Fënelon par M. d'Alembert, ayant paru en 177c personne n'ait eu l'idée à Cambrai de vérifier un fai qui ëtoit alo^ sous les yeux de tous ses babitans , pou détruire ou pour confirmer une tradition à laquelle 1 nom de Fénelon attacboit de l'intérêt.

On peut reconnoître par cet exemple , assez pei important en lui-même, combien il est quelquefoi difficile d'éclaircir les faits les plus simples, lorsqu'oi veut porter la vérité de l'bistoire jusqu'à la plus scru puleuse exactitude.

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