N.^ V. ~ PAGE
Sur les dépenses en bâtimànSj reprochées à Louis XI F
On a pu observer dans k cours de V Histoire de Fe^ nelon,, combien les maximes politique^ de l'arche^ vêque ^e Cambrai paroissent avoir été en opposition ayec celles de Louis XIY. Les succès et l'éclat de la plus grande partie de son règne , la force et l'activité qu'il sut conserver dans toutes les parties de son gouvtirnçmpnt., à l'époque même où de» revers accablans pouyoient oifrir le prétexte d'accuser les vices et les
méprises de son système politique, durent le cbofer^ mer dans l'opinion que ses maximes de gouverne^éht étaient les seules qui convinssent â la position géographique de la France , ainsi qu'au génie, au caractèi^#, aux mœurs et aux habitudes des Français. *
11 ne nous appartient point de nous ériger en juges et en censeurs de deux hommes tels que Louis XIY et Fénelon , sur des questions si délicates. L'étude de l'histoire nous révèle sans cesse que les événemens et les circonstances amènent successivement daiks la science de gouverner les peuples, des exceptions et des modi* iications qui sont encore plus commandées par la loi impérieuse de la nécessité, que par- les théories assez insignifiantes des publicisies.
Nous nous bornerons à observer qu'en ne voit jamais Féoelon accuser Louis XIV d'avoir ruiné sa nation par le faste de ses bâtimens y comme tant d'écrivains n'ont cessé de le répéter depuis soixante ans.
Ce fut presque au moment où Fénelon arriva à la Couv, que Louis XIV suspendit les travaux de tout genre qu'il avoit entrepris depuis vingt-sept ans , et qui on(/ valu à la France tant de monumens utiles et glo^ rieux; ainsi, en supposant même que ce prince eût 'excédé les bornes qu'une sage économie prescrit à la magnificence des princes, l'eÔbrt qu'il fa isoit- sur luimême pour renoncera des goûts qui lui étoient chers ^ mer i toit de justes éloges, et dev oit interdire aux cen^ seurs les plus chagrins tout retour sur le passé.
Mais on verra que Louis XIV, loin d'avoir mérité des reproches pour ce qu'il a fait , a droit à notre ad-
^7P PIECES lUfiTlFIGATlVES
xnîration , pour avoir tant fait atec- des moyens aussi
bpr«ués,
. Ce nVHque depuis la mort do ce prince qu'on a im^taé. iotts .ces calculs exagérés ^ dont on s^est servi pour égarer ropinioh publique^ et en (brmer un titre 4'acçusation contre le trône et la -monarobie. . .U paroîtra toujours extraordinaire que dès le premier mdiïient o|f quelques écrivains , peu k portée d'être instruits, hasardèrent tant de fables ridicules, il ne soit venu dans Tidée d'aucun des ministres qui ont en part au gouvernement, sous Louis XV et sous Louis XY I i de rectifier* des erreurs qui n'étoient pas sans danger, parce qu'on étoit parvenu à les rendre populaires. . '^ ^
Tous les titres, toutes les pièces justificatives des dépenses de Louis XIY^ pour des bâ'timehs, les étals de 'toutes les sommes qui leur avoient été affectées, et de leur emploi pour chaqtie nature de dépense, étoient conservés avec la "pliis régulière exactitude dans les archives de l'administration. Il sdffisott d'en publier le simple résultat, pour faire tomber, en un moment, toutes) ces déclamations qui avoîent pénétré jusque dans les classes les plus élevées de la société.
Mais un citoyen estimable, et à portée d'être instruit, par la nature de ses emplois, a fait ce que le gouvernement avdit eu le tort, de n^liger. Jl a eu le cou<« rage de faire Tapologie de «Louis XIV à une époque où le trône de Louis XIV étoit renversé , ou sa postérité ëtoit proscrite , et où l'oubli de tant de bienfaits
^embloit accuser la France eatièrc de la plus coupfible iogratitude.
Ce fut en 1801 , que feu M. Guillaumot , ancien architecte des bâtiment du Roi ^ et directeur de la manufacture des Gobelins , lut dans une séance publique d^ 1^ Société des sciences , lettres et arts de Paris ^ le Mémoire dont nous allons donner le précis littéral ^ et il le fi( iii^priiiier peu ^e t^emps après.
M^lis ce Mémoire est resté presque inconnu, quoique plusieurs journaux en aient reudu compte dans le (emps y il est naéme devenu si rare , qu'à peine existe-t «il dans quelques cabinets.
Il nous a paru si intéressant par son objet ^ si curieux et si exact dans tous ses détails , que nous n'avons pu résister au désir de le placer à la suite de V Histoire de Fénelon^ quoiqu'il n'ait qu'un rapport très-indirect avec ce qui en lait le principal sujet.
Il est si souvent question de Louis XIV dans V Histoire de FéneloUj qu'on nous saura peut-être gré d'avoir profité de ce prétexte, pour veiller à la conservation d'un écrit si honorable pour la mémoire de ce prince.
M. Guillaumot rapporte d'abord à quelle occasion il se livre aux recherches dont il rend compte dans son Mémoire.
Lorsqu'on 1789, on voulut disposer peu à peu J es esprits à abjurer les sentimens d'amour et d'affection que les Français avoient toujours montrés à leurs rois^ on imagina les fables les plus insensées pour tromper le peuple.
47^ PIÈCES JVSTiriCJLTlYES
Le célèbre Mirabeaa, dès le mois de jaillet r s'exprima en ces termes daps sa dix-neuvième Z< à ses commettons :
« Le maréchal de Belle-Isle s'arréu d'effroi , qo » il eut compté jusqu'à douze cents millions , des » penses faites pour Versailles, et il n'osa sonder 9 qu'au fond de cet abîme ».
On ne sait ou Mirabeau avoit puisé cette anecdot* M. Guillaumot remarque avec raison que le maréi de Bélle-Isle n'éloit point , par son ministère, à po de prendre une connoissance positive des dépenses < département qui lui étoit entièrement étranger.
Un écrivain plus récent porta encore plus loin Mirabeau l'exagération de tous les calculs. II évali quatre milliards six cents millions les seules dépe du château de Versailles. ^
M. Guillaumot, plus à portée que l'un et Fai d'acquérir des notions certaines, voulut les puiser d la seule source où il pouvoit trouver la vérité. Il ce puisa toutes les archives du département des h mens, et elles lui oiTrireut tout ce qu'il cherchoit ^ réduire à leur juste valeur tant d'assertions men< gères.
On reste frappé d*étonnement et d'admiration , apprenant que toutes les dépenses du château et jardins de Versailles , de la construction des églises Notre-Dame et des Récollets de la même ville, Trianon , de Clagny et de Saint- Cyr, du château , jardins et de la machine de Marly, de l'aqueduc Maintenon , el des travaux de la rivière d'Eure , i
deroit condaire ses eaux à Versailles , enfia des châteaux de Noîsy et de Moalinenx , ne se sont élevées , dans l'espace de vingt*sept ans, depais 1664 jusqu/à 1690^ époque où la guerre fit suspendre tous les travaux , qu'à la somme de cent soixante et onze millions trois cent Cinq mille trois cent qutUre-vingl'huit livres deux sous dix deniers , valeur d^àujourd'hui à cin^ quante-deux livres le marc.
£t il faut observer que dans cette somme sont compris le prix de l'indemnité des terres , que Louis XIV réanit au parc de Versailles , les frais d'achat et d'acquisition des tableaux aticiens et modernes , des statues antiques, des grands Ouvrages' d'argenterie, des étoffes d'or et d'argent pour les meables, du cabinet des médailles y des cristaux ^ agathes et autres raretés , enfin deux ndlliens pour lés honoraires des contrôleurs , inspecteurs et autres préposés à la conduite des travaux pendant ces vingt*s6pt années.
Pour plus d'exactitude, M. Guillaumot réanit queN ques autres dépenses' qui avoient eu lieu pour le château de VersaiHes, avant '1664 , et il en résulte définitivement que toutes ks sommes consacrées aux grands travaux, dont nous venons de (tAve la longue en omé-^ ration, se réàrnsénl k ôent-quatre-vingts^pt millions, soixahte-dix^'huèt^mUle cinq ceHt trente ^ sept lisires treize sous deux deniers, '
M. Guillaumot a porté ses recherches encore plus loin, il a voulu connottre, et il a fait connoîtré les sommes précises qu'ont c6dtS un grand nombre de bâtimens* élevés par -Louis XIV, qui faisoient alor^^
474 PlkCBt JUtTiriGATIVES
partie de radmînistEalioo des bâthneiia sou» la dii tiou de Colbert et de liouvoisy et«|ui eo pot été distr depuis, lekque.ULpttvre, lesTaileries^ TObseï Jtoire, les Invalides , la place Yeadôme, l'église Capiicioes de la même place,* le oaoal de Laoguec les secours accordes à diven^es màmtfactuKes des ] vioceSy les oorrages de tapisserie des G<^eHiis tapis de la Savonnerie , \pi pensiopt e| graiifica( aux savans et gens de lettres*
Or, tontes ces dépenses réunies, qui embras uni d'objets divers, si importans à la prospérité royaume tel que la France , ne se sonl élevées qu somme de trois ceni sept nùUions, monnoie d'auj d'huî , l'argeoi à cinquante-deux livres le marc.
C'est avec cette somme de trois cent sept milli que Louis XIY et Colbert ont illustré la France . prospérer k% sciences, les lettres, les aru et les nnfactures, et qu'ils ont occupé des millions de I dont les coosoinmations ont tourné au pro6i de Tj culture ) et dont une partie a servi à encourager récompenser les savans , les gens de lettres et le tistes qui ont le. plus honoré la nation par «les d d'œuvre en tout genre. .
On a dit que Louis XIY avoit bnilé les mémoire dépens(BS des travaux qu'il avoit (ait exécater. C assertion n'est pas plus fondée en vérité que la 1 de douze cent millions de Mirabeau , et ccUe de çi. milliards six cent millions d'un antre ëcxîvaÎB.
C'est sur les Mémoires originaux, que M. GfUi^c a relevé lui-même tous ses calculs. Ces Mcmewes <
au: LIVRE HUITIÈME.. 4?^
teiit encore, (st sont dissëniin^s dap» diyers bureaux: rien ne seroit plus facile c^ue de le^ réunir.
Nous croyons devoir présenter ici le ,rés|:^Ua^ ^^ chaque dépense, article par article , .tel qwe M. Qpillaumot l'a copie sur les M^^ires originaux.
Dépenses de Fersailles ,et ses. de'pend^ncesy compris TrinnoUy Saint'Çyry et les églises de Notre-- Dan^ :€t des RépolletSj ^^puis ifjô^ jusifu^en i6go. .
Maçonnerie de VersailleB et çe^ dépendances, coqi-
pris celle de'Trianon, SainuÇyr^ et des églises de
lyotcerBame e( des Rë^col- . • .
lets ........ 4a,37a,oi|4!'*- 8*- a'*
€harpenterie. . . , . . 5^107,376 a 10 Couvertures.. . . ... 194379^^9 ^^ 6
Plomberie. • . ... 99ii6,i54 5 »
Menuiserie. . .... . . . 5,33a,844' 4 ^
Serrurerie .• .• . 4>^78>i^4. 7 ^
Vitrerie. , , 601,757 i 6
Glaces 443,a6a 3 »
Peinture, dorur^f^ .sans, les . ,
acba^ts de tableaux. .. . . 3,353,573 3 4 Sculptures, sans les achats
d'antiques.' ^ • - • • • 5,392,i4o \i 6 Marbrerie. . . .. • .. .• 10,087,004 n 4
Bconzes S,753,oq8 la 6
'. i - t . . 9»7572)ft»9 '6 . a
47^ FlkCES YUSTIPXCATXTBft '
De tatitre part. . . . 9i,57Î,6a9'»- 6'*' ToTtax de fer et de plomb, compris ceux de la machine
de Marlj 4?53o,3!i9 ii
PavÀy carreaux et ciment. . 3,53499^9 6 Jardinage, Ccmuines et rocaille ^finA^^ ^^
Fooilles de terre et convois
de glaise r «,076,070 3
Ouvrages à journée. . . . a,763^4o^ 1 ^ Diverses dépenses extraordinaires « 3,598,i!i3 5
Le château de Clagny. . . ^yi^g^isS^ t9
La machine de Mari j, sans les
conduites comprises dans les
dépenses de Versailles. , 7349>7î*8 17
L'aqueduc de Maintenoa^ et
travaux de la rivière d'Eure.
Le château de Marly. . • .
L'indemnité des terres. . •
Achat de tableaux anciens et
figures antiques ....
Etoffes d'or et d'argent. . .
Grands ouvrages d'argenterie.
Cristaux, agathes, etc. .
Honoraires des architectes. «
Dépenses faites avant 1664. •
Total. . . .
i7,aa5,99o
ii,8a4,îio8
îi,i5i,346
i,ii3,i38
M. Guîllaiimot donne ensuite avec la même exactitude et la même fidélité l'état détaillé des dépenses que fit Louis XIV, dans le cours des mêmes vingtsept années, pour des monumens, constructions et travaux d'un intérêt général pour son royaume.
Au Louvre et aux Tuileries, ai ,211 7,938"''
A Saint-Germainen-Laye. • 1^,91 i,it23
A Fontainebleau. . • » . 5;547949^
A Chambord ...... l,45i,4o3
Arc-de-triomphe de Saint- Antoine i,027,5ii
A l'Observatoire i,45o,!248
Aux Invalides. . . . . . 3,4^0,664
A la place Vendôme, fonte de la statue , et couvent des
Capucines ....'.. 4>ï*5,398
Au Val-de-Grâce 74o>567
Aux Annonciades de Meulan. 176,825 Au canal de Languedoc . • 1 5,473, 1 1 1 Aux Gobelins et à la Savonnerie 7,291,886 10 1
Aux manufactures des provinces 3,959,980 18 >»
Pensions et gratifications aux
gens de lettres 3,414)^97 ^ ^
On a vu que les dépenses de Versailles , Marly et
autres montoient à . . • 187 ,078, 557"'- 13** a*
Ainsi , dit M. Guillaumot , le total général de ce que Louis XIV a dépensé en bâtimens de tout genre s'est
lo*-
ro
la
4S0 PIÈCBS IDSTXPICAT. DU UV. HUITIBMK.
De Pauire part. . >. . ^64^789,135"^' ig»* I
Total. . . . 307,575,654 10 I
Nous n'avons pas besoin de rappeler que cette son est fixée d'après la valeur actuelle du marc d'argei 5a livres, tandis qu'à l'époque où ces dépenses fui acquittées , le marc d'argent étoit tout au plus à vie six livres, ce qui réduiroit ces trois cent sijc mUlk il environ cent cinquante millions.
On peut actuellement apprécier le mérite de tant déclamations, qu'une génération peu reconnoissa a eu l'indiscrétion de se permettre contre la méiiK d'un roi qui sera éternellement la gloire et l'honn du, nom français.
FlJf DU TO]f£ QUATRIÈME BT DERHIEA.