‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 3)Chapitre 8 sur 72 · V. On voit, dans toutes les lettres de Fénelon · texte numérisé non relu

V. On voit, dans toutes les lettres de Fénelon

,7/°^''" r l'intérêt avec lequel, du fond de sa retraite, U

M. le duc de ^ ^

Bourgogne, surveilloit tous les délails de la conduite de M* le duc de Bourgogne, CMtoit sur la tête de ce jeune prince que reposoient toutes ses espérances pour le bonheur de la France; et toutel les instructions qu'il lui transmettoit par M» de Beauvilliers, respirent la tendresse d'un père et la sincérité d'un ami fidèle et vertueux.

Yl. « J'aime toufours M. le duc ^e Bourgogne^

Lettre du ,, écrivoit Fénelon à M. de Beauvilliers., abnobs^

3onûv. 1699.

(ManuBcr.) ^ ^f^^t ses défauts les plus choquans. Je vous n conjure de ne vous relâcher jamais de Yoire » amitié pour lui; supportez^e sans le flatter; >> avertisse^^Ie sans le fatiguer; et bornez-*vous D aux occasions et aux ouvertures de providence, » auxquelles il faut éti^e fidèle. Dites-lui les vé^ » rites qu'on voudra que voi|S lui disiez ; mais » dites-les lui courtement , doucetuent, avec res- • » pect et avec tendresse, C*^t une proifidence » que son cœur ne se tourne peint vers ceux qui » auroient tâché dJy trouver de quoi vous perdre. » Qu'il ne vous échappe pas, au nom de Dieu; » sll faisoit quelque faute, qii'il sente d'abord

LIVEE SEPTIÈME. ai

n en VOUS un cœur ouvert comme un port dans » le naufrage. Inspirez ^ lui une piété douce, » commode j simple^ exacte , ferme , sans être » ni dpre ni scrupuleuse sur les minuties : il nj » a que l'imperfection qui exige la perfection » avec dpretéiè.

Louis Xiy donna y en 170^1 le commandement de l'armée de Flâttdre au duc de Bourgogne^ et chargea le marëcbal de Boufflers de le diriger par ses leçons et ses exemples. Le jeune prince devoit nécessairement passer par Cambrai pour se rendre à sa destination ; il demanda avec empressement an Roi son aïeul^ la permission de voir à son passage son ancien précepteur; Louis XIY y consentit y mais à une condition qui déceloit toute* la vivacité de ses premiers ressentimens contre rarchevéque de Cambrai, ainsi qite Topinion qu'il avoit de son ascendant sur son jeune élève. M. le duc de Bourgogne se hâta d'instruire Fénelon de la permission qu'il avoit obtenue et %

de la restriction qu'on y avbit mise.

A Péronne, le aS ayril 1702.

vif a Je ne puis me sentir si près de vous sans vous i^i^^é du

» en témoigner ma joie , et en même temps celle doc de Bour-

« que me cause la permission que le Roi m'a ^?*® * ^^'

• donnée de vous voir en passant; il y a mis néan- avril 1703.

(Iklaiiu&cf.)

» nu}ins la condition de ne vom point voir en » partiçtdier. Je suivrai cet ordre, et néanmoins » je pourrai vous entretenir tant que je voudrai, » puisque l'aurai avec moi Saumery, qui sera le » tiers de notre première entrevue après cinq ans y» de séparation^ Cest assez vous en dire de vous » le nommer, et vous le connoissez mieux que » moi pour un homm)e très-sûr, et qui plus est » fort voire ami. Trouvez- vous donc , je vous » prie y à la maison où je changerai de chevaux, » sur les huit heures ou huit béilres et demie. Si » par hasard trop de discrétion vous ayoit fait » aller au Gâteau , je vous ^oixae le rendez- vous » pour le retour, en vous assurant que rien n'a » jamais pu diminuer ni ne diminuera jamais la » sincère amitié que j'ai pour vous ».

Loiri^.

Ce n'étoit pas sans raison que le duc de Bour-r gogne s'étoit méfié de la délicate circonspection de Fénelon, et qu'il avoit p^évu quelle le porteroit peut-être à s'éloigner de Cambrai au mo^ ment ou il y arriveroit, pour éviter de le compromettre et de se compromettre lui - même auprès du Roi. Il avoit fait en effet toutes ses dispositions pour ne pas se trouver à. Cambrai au passage du duc de Bourgogne, et ri étoit au moment d'en prtir lorsqu'un courrier vint lui at^

porter la lettre du jeune prince. Nous trouvons cette circonstance dans une lettre lathaeCOde Tabbé de Chanterac au cardinal Gabrielli. Cette entrevue fut courte et gênée par la présence des militaires et des magistrats que le respect et le devoir avoient attirés à la maison oùle duc deBourgogne étoit descendu. Le jeune prince ne voulut point contrevenir aux ordres qu'il avoit reçus, et n'osa se permettre d'entretenir Féhelon en particulier. Cette contrainte lui inspira une espèce de réserve qui parut affliger tcyis les spec*

(<) Duz Boxganâï9f indolîs egregis, perspicads ingeniiy et sincerae in Deam pietatîs prineeps, magistrum plurimi facit^ et constantissimé amat. Çùm autem profiectunu esset in Belgium , regem avum ezorayit, ut sibi liceret hune in itinere yidere et alloqnij annnit rex, suâpté naturâ benignus, et solâ adversariormn instigatione malé afiectus in praesidem. Sed timuit ppaceps ne antistes in perlustrandis suae diœceseos parochiis frequens tùm temporis Cameraco forsan abesset; neque frustra; namque jamiam proficiscebatur. Subito Cameracum ad'venk nuntius, quem prineeps ex itinere jam incepto F'erçdanU (Pé- Tonne) celerrimé praemiserat, ut epistolam propià manu scriptam ad archiepiscopum ferret. Vetabat regius discipulus ne prae- $ul yerecundins abscederet. Asseverabat dulcissimis yoeibus se îUius yidendi désiderio flagrare. Transiit, yidit etallocutus est, sed parce ac palàm^ ne recrudescerent adyersariorum irae. Hoc nuntiom, longé latéque sparsum jucundissimé andiyit et Belgium, et Lutetia et Gallia omnis. Singuli quippé cordati bomines id optimè factnm praedicant , et summae ac princîpis laudi. du* çi|ut. Soli adyersarii boc indigno anime tuliâse yidentur.

â6 ^ HISTOIRE DE FÉirELOlTy

tateurs ; ce ne fut qu*au moment où larchevéque 4e Cambrai présenta la serviette à M. le duc de Bourgogne pour se laver les mains , que le jeune prince, en élevant la voix de manière à être entendu de tout le monde, adressa à Fénelon ces paroles remarquables , qui disoient tant de choses en si peu de mots : « Je ^ais ce que je vous dois, » vous S(wez ce que je vous suis ».

La campagne de »7oa ne produisit aucun événement remarquable en Flandre, quoique M. le duc de Bourgogne eût à combattre le fameux Mariboroug. Ce général vint prendre le commandement de Tarmée des alliés, et faire le premier essai de son talent pour la guerre, qui, réleva si rapidement au rang des plus grands capitaines. Cependant, M. le dixc de Bourgogne, selon le témoignage d*un officier distingué (0 employé dans cette armée, « fit voir dans cette prej» imère campagne toute la valeur, la fermeté et » rfaabileté qu*on n'acquiert^d^ordinaire que par » Texpérience d*un grand nombre d'années^ il >> charma les officiers et les soldats par ses atten- » tions pour eux,, et par des manières gracieuses j> accompagnées de toutes sortes de marques de » bonté ».

Un témoin encore plus imposant que le marr C>) Méinoirecr oiSttaires du marqfttfl de.Quincey.

quis de Qaincey, le maréchal de Berwick^ rappoite dans sesMémoireSp en parlant d'une aciioi^ « distinguée où le duc de Bourgogne, à let tête de sonarmée, poursuivit pendant deux lieues les ennemis jusque sous les remparts de Nimègue^ «que ». cette journée fut aussi brillante que singulière; » car c est une chose sans exemple , dit-il y qu ane ^ » armée en ait couru une autre pendant deux » lieues et Tait culbutée dans le chemin couvert » d'une place ^ presque sans coup férir >»

Louis XIV I voyant qu'à Ja fin de cette campa^ goe les ennemis s'attachoient à former des sièges qui ne promettoient rien de décisif, et qui n'offroient à son petit-fils aucune occasion de se signaler, crutdevoirlerappeler à Versailles vers les premiers jours de septembre. M* le duc de Saur*gogne craigjiit de réveiller la jalousie des ennemis de Fénelon, et de donner de l'ombrage an Roi son^ grand-* père, en paroissant rechercher ane se-^ conde entrevue avec lui à son passage à Cambrai ; il lui écrivit de Malines, le 6 septembre 170S1 :

a Je ne saurois repasser à portée devons sans Leure du » vous témoigner le déplaisir que j'ai de ne point ^^^ ^^^^^^' » user de ma permission, et de ne point vous nelon. » revoir, ainsi que je l'avois espéré. Cette lettre (^^"«cr.) 2> vous sera rendue par un moyen sûr; ne cbfg:«* u gez point de réponse par écrit cël«i q«i vous

a8 HISTOIRB 0E FÊNBLONy

» la rendra,, e£ si vous m'en faites, que ce soit » par M. de Beau%filliers , et sans y mettre de » dessus. Je vous prie (rétre persuadé de la canti- » Duation de mon amitié pour vous, qui assuré- » ment ne peut être plus vive, et qui a toujours » été telle y comme je ne crois pas que vous en » doutiez^ et de vous ressouvenir incessamment de » moi dans vos prières. Peut-être sera-t-il encore » mieux que je ne vous voie pas la veille ou le » jour même que farriyerois à F^ersailles ; cela ^ nest pas la mente chose quand on doit être » quelque temps dehors , et les idées sont plus ef- -a facées. Adieu , mon chef archevêque ; il nest » pas besoin de vous recommander le secret sur 9 cette lettre y ni de vous assurer de la tendre » amitié que' je conserverai en Dieu pour un » homme à qui foi tant d'obligations qu'à vous».

Louis.

On voit jusqu'à quel point le duc de Bourgogne redoutoit les sinistres interprétations qu'on pouvoit donner aux témoignages les plus indifTérens de son intérêt pour l'archevêque de Cambrai. Féneloh ne reçut point à temps cette lettre; et prévenu que le prince alloit descendre à la poste de Cambrai, il s'y rendit pour remplir un devoir que la bienséance seule lui auroit prescrit, indépendamment de tout autre motif. C'est ce quQ

tooos apprêtions par one kttre de FàidoD à

M. de BeaoYiUiers.

« J'ai va notre cher prince on moment i il m*a vni.

» paru engraissé . d'une meiUeore couleur, et ^^^^ ^

» fort gai ; il m'a témoigné en peu de paroles la je Be«uvil<-

» plus grande bonté; il a beaucoup pris sur lui ^^"> 7 *^P*

tombro 1 702* » en me voyant; U me semble que je ne suis ton-

» ché de tout ce qu il fait pour moi que par rap*

» porta hd, et au bon cœur qu il montre par^là.

» Il m'avoit écrit de Malines, par M. Denonville^

» une lettre que celui-ci m'a rendue depuis le

» passage du prince. Je garderai là-^dessus le plus

D profond secret. Je ne saur'ois recevoir tant de .

» marques de sa bonté sans lui en témoigner ma

» reconnoissance ^ en lui retraçant la conduite

» qu'il doit tenir, et en lui rappelant toujours ce

» qu'il me semble qu il doit à Dieu. Vous devez

» redoubler de fidélité pour le secourir sans ti-

» midité ni empressement naturel ».

La manière dont M. .le duc de Bourgogne s'é-*

toit conduit pendant la campagne de 1702, lui

avoit concilié l'estime générale; il avoit fait voir^

dans toutes les occasions ou il s'étoit trouvé, qu'on

peut allier les vertus militaires aux vertus austères ^

de la religion; en un mot, il avoit condamné au

silence ses vils détracteurs, qui s'àttacboient à le

représenter comme un4>rince dont l'esprit et le

'io HISXOIAE D£ FÉNBLOIT^

caractère étoient téitécis par les pratiques minutieuses d'une dévotion puérile et exagéra.

Fénelon craignit qu'il ne se laissât séduire par ces témoignages équivoques d'un &ux enthousiasme; il écrivit à M. de BeauvilUers : Leure de « Àyes soiu de l'intérieur encore plus que de PëiidonàM. ^ l'ext^iaur de M. le duc de Bourgogne, afin

de BeauYil- ^ ^

liers, a; jan- » que ks goûts naturels y la vivacité de ses pas* .vier 1703. ^ sions, et le torrent du monde ne l'en traînent

■(Maniucr.) ' . i» • • ^

9 pai. Je ne lui compte pas tant d avoir méprise n le monde, qui étoit contre lui, que }e lui comp- « terois de vivre détaché *du monde y quand le » monde lui applaudit et le recherche avec em- » pressôment; il faut bien faii^ pour le monde, ft sans y tenir, el c'est de quoi on ne vient point » à bout, si Dieu ne le soutient par sa main toute-- » puissante. Qu'y a-t-il de plus flatteur que d'être » né un si grand prince, et. cependant de ne de» » voir les hommages du public qu'à sa bonne » conduite et à ses talens, comme si on étoit un » simple panrticulier ? Mais quel malheur si on » s'appuyoit sur ce foible roseau ! L'e^me des 3» hommes vains est vaiue, et elle se perd ,en un » jour« Si ce prince etoit livré à son propre cœur, » loin de Dieu «t de l'ordre des grâces qu'il a » éprouvées, tout se .dessécheroit pour lui, et » le monde méme^ qui lui auroît fait oublier

LIVUE SEPTIÈME. 3l

» Dieu y serviroit à Dieu dUnstrument pour se » venger de son ingratitude. J'aioierois mieux » mourir que d'apprendre jamais une si déplo- » rable nouvelle; il; est certain qu'en manquant » à Dieu y il tomberoit dans un état où il man*- » queroit ensuite bientôt au monde , et oâr le » monde se dégoûteroit promptement de lui».

On s'attendoit qu en i^oi^ M. le duc de Bour^ gogne commanderoit Tarmée de Flandre caspme Tannée précédente î on préféra de le nommer généralissime de Tarmée d'Allemagne. Ce qui surprit le plus dans cette* disposition, c'est que cette armée étoit très-foible, composée en grande partie de nouvelles levées, et ne paroissoit pas offrir des moyens suffisans pour tenter quelqu'en* treprise importante. On crut asseï généralement que U motif secret de ce changeB^^ent de destina* tion avoit été de suspendre entre le duc de Bout* gogne et Fénelon ces relations de cpnfiance et d'intimité, qu'il leur étoit plus Sicile d'entretenir, loin de la surveillance de la Com*^ pendant le séjour du jeune prince dans les Pays*Bas. '

Heureusement pour le d|^ de Bourgogne, on lui donna, pour le seconaer dans ses opérations militaires, le maréchal deVaûban, qui, seul, pouvoit suppléer au défaut d'une armée plus considérable. Aussi cette campagne fut-elle aussi bo-*

3â HISTOIRE DE FlÊNELOiff,

^ • norable par la prise importante du Vieux-Bri-* . sach, ^que par Tespèce d'audace que le jeune prince çiit à s'exposer à tous les périls. Le Vieux- Brisàch avoit appartenu à la France, et le maréchal de Yauban étoit parvenu à le rendre presque imprenable par les fortifications dont il Tavoit environné. Le maréchal . de Vauban se tronvoit alors appelé à employer les ressources de son génie pour renverser les remparts que son génie avoit créés. Ce fîit à cette occasion qu'il dit à M. le duc de Bourgogne : « Oh ignoré , Monsei- » gneur, si vous savez prendre les villes que j*ai » fortifiées ; vous allez nous l'apprendre ». IX. Ce fut pendant le siège du Vieux-Brisach, que

Trait de j^ j^^ j^ Bourgogne eut occasion de montrer

clcmence de ....

w. le duc de que Ics' principes de religion, que Fénelori avoit Bourgogne, gî profondémeot gravés dans son cœur, respiroient toujours la douceur , l'indulgence et l'humanité. Un espion ennemi , qui s'étôit introduit dans son camp, fut découvert et arrêté; le jeune prince crut qu'à raisoi^ de quelques circonstances particulières on pouvoit sans inconvénient lui épargner le dernieid^upplice. On voulut le détourner de cet acte de clémence, en lui faisant observer que cet espion étoit huguenot. « Cest » pour celUf répondit-il en riant, qu'il a besoin » de temps pour s'instruire e« se convertir».

Le

LlVRB «BPTillME. 33

Le Vieux-Brîsach fut pris le 23 septembre 1703, après qqatorze jours de tranchée ouverte, et le duc de Bourgogne demanda au floi la permission d'entreprendre le siège de Landau ; mais Louis XIV, instruit que ce jeune prince s'étoit exposé avec témérité au* siège du Vieux-Brisach, craignit qu'il ne se compromît avec trop d'imprudence à celui de Landau , dont l'e^fc-eprise étoit encore plus hasardeuse, 'et dont le succès paroissoit trop incertain dans une saison aussi avancée ; il eut ordre de revenir à Versailles , et de remettre au maréchal de Tallard le commandement de l'armée et la conduite du siège de

Landau.

Fénelon, privé de la consolation de voir M. le duc de Bourgogne en Flandre, lui fit passer par M. de Beauvilliers ses avis et ses instructions sur la conduite ^lu'il devoit tenir à l'armée d'Allemagne. On retrouve toujours le sentiment et le langage d'un père jusque dans les conseils qu'il lui donne sur des soins et des attentions qui peuvent paroître indifférens dans des particuliers, mais qui ont souvent tant d'influence sur la réputation des princes, san^ cesse exposés aux regards et à la censure publique.

<i Quand M. le duc de Bourgogne sera à l'ar- » mée, disoit Fénelon, il aura raison de ne vou- Fénelow. Tom. IV. 3

34 histoihb de fénelon,

"» loir souffrir aucun excès de vin à sa table; maiji » il lui convient fort de contkiuer cette longue » société de table et celte liberté de conversation » pendant les repas , qui a charmé les officiers » dans la dernière campagne. Il est bon de con-^ » tinuer cette affabilité aux autres heures de com- ^ merce. Le prétexte naturel de se renfermer 9> pouiilicrire à la Gour^ lui donnera toujours des » heures de retraite pour les choses plus so- » lides,

» Quand il y. aura à Tarmée quelque désordre » de moeurs y il peut donner des ordres généraux ;• bien appuyés pour les réprimer sévèrement, . » mais il ne faut point qu'il descende dans les dé- )) tails'> on Taccuseroit de tomber par scrupule >x dans la rigidité et la minutie ; il faut même * » qu il tourne ses ordres du côté de la discipline » militaire, qui a besoin de celte fermeté.

» Il faut qu'il n'effarouche point M. le maré- » chai de Villeroy (0, qui est homme de repré- » sentation, de plaisir et de société; il peut lui » témoigner de l'estime, de l'amitié, et même de » la confiance et du goût; par-là il l'apprivoisera » avec sa piété gaie et sociable, et il l'engagera

(i) On croyoit alors que M. le maréchal de Villeroy seroit employé à Farinée d^ Allemagne, avec M. le duc de Bourgogae ^ mais ce fut le maréchal dé Tallard.

» à apprivoiser aussi le public, où ce maréchal » sera cru.

» Edén, je vous conjure de n'oublier rien pour » faire en sorte que notre jeune prince ménage » sa santé; qu'il s'épargne à l'armée toutes les fa- » tigues inutiles; qu'il dorme, qu'il mange bien , )> et qu'il marche toujours en présence de Dieu » avec la paix d*une bonne conscience ».

Tels sont les détails touchans dans lesquels Fénelon ne craignoit pas de descendre pour envr^ ronner M» le duc de Bourgogne de cette bienveillance universelle que trop de princes négligent souvent de rechercher, parce qu'ils sont aussi indilTérens à la gloire de la mériter qu'à la dou^ ceur del' obtenir.

Le duc de Bourgogne se montra fidèle aux con*

seils de Fénelon , et l'affection de sou armée en

fut*la récompense : c^est un témoignage que lui

a rendu l'homme le plus sévère .dans ses juge-

mens. « M. le duc de Bourgogne , écrit«M. de

» Saint-Simon, s'acquit beaucoup d'honneur pen-

» ^ant sa campagne d'Allemagne, par son appli-

» cation, son assiduité au2C travaux; avec une

» valeur simple et naturelle, qui n'affectoit rien ,

M qui alloit partout où il convenoit, sans s'aper-

» cevoir du danger. La libéralité, le soin des

)> blessés^ Taffabilité, lui acquirent les cœurs de

36 HISTOIBB DE FÉNBLON,

» toute Tai mée. Il la quitta à regret , sur les or-^ , w dres du Roi, pour retourner à la Cour, où il » arriva le 22 septembre à Fontainebleau (0 ».

C'est à la suite de la prise du Vieux -Brisacb, que nous placerons une lettre remarquable du duc de Bourgogne à Fénelon. Elle fera voir jusqu'à quel point ces mêmes principes de religion , qui lui inspiroient tant d'indulgence et de bonté pour les autres, le rendoient sévère pour lui- . même. C'est au moment où il arrivoit de. cette campagne d'Allemagne où il avoit mérité et obtenu de justes éloges ; c'est au moment où il étoit reçu par le Roi son grand-père avec la plus tendre affection, et où toute la Cour, à l'exemple du monarque , s'empressoit de l'accabler d'une admiration peut-«tre exagérée, que le jeune prince se renferme dans le secret de son cabinet pour déposer en liberté, dans le sein de son vertueux précepteur, ses peines, ses inquiétudes et ses scrupules.

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