‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 4)Chapitre 12 sur 107 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

» Ma volonté d être à Dieu se conserve^ et même » se fortifie dans le fond; mais elle est traversée « par beaucoup de fautes et de dissipation. Re- » doublez donc , je vous prie , vos prières pour » moi : fen ai plus de besoin que jamais, étant » toujours aussi foible et aussi imparfait ; je le )> reconnois tous les jours de plus en plus ; je re- » garde cependant cette lumière comme venant » de Dieu qui me soutient toujours et ne m'aban* » donne pas absolument , quoique souvent je ne » me sente que de la froideur et de la paresse , » qu il faut tâcher de surmonter moyennant sa » grâce. J'ai eu aussi quelque temps des scrupules V qui f quelquefois , m*ont fait de la peine : voilà » à peu près Tétat ob je suis présentement. Aidez- ^ moi donc de vos conseils et de vos prières. Pour » vouSj mon cher archevêque , vous êtes tous les y^ Jours nommément dans les miennes : vous » croyez bien que ce nest pas tout haut, Remer- » ciez Dieu aussi des bons succès dont il nous a » favorisés, et demandez4ui la continuation de » sa protection dans une situation oOt les afiaires » en ont un pressant besoin. Je ne vous dirairien TU de ce que je suis a votre égafd; je suis toujours » le même, et je désirerois bien que ce ne fût pas » h aUer en Flandre ou non^ quil tint de vous » voir ou de ne vous voir pas. Tout cela sera

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9» quand Dieu voudra. Si Fabbé de Langeron est » à Cambrai, dites- lui un petit mot de ma part, )) en lui recommandant le secret » •

Cest par ces traits si simples et si naturels ^ qu'on explique Tidée attachante qui est restée de la mémoire d*un prince qui, dans Tâge des passions f dans le charme du sentiment si vif qu'il avoit pour une épouse adorée , et au milieu de toutes les séductions dont il étoit entouré , avoit su conserver une affection si tendre pour le précepteur dont il étoit séparé depuis six ans , pour un homme odieux au Roi son aïeul , et dont il n'osoit même prononcer le nom. Quelle opinion doit-on se former de Famé et du caractère d'un prince capable d'une amitié si fidèle et si courageuse , et du vertueux instituteur qui avoit formé un pareil élève?

M. le duc de Bourgogne fut cinq ans à la Cour sans être employé dans les armées. La perte de la bataille d'Hoechstaedt , en 1704; celles de Ramillies et de Turin, en 1706, avoient découragé Louis Xiy, et il n osoit ,plus compromettre la gloire de son petit -fils avec des ennemis que la fortune avoit rendus aussi entreprenans qu'ambitieux. C'est dans l'intervalle de ces cinq ans que nous retrouvons, dans les lettres de Fénélon aux ducs de Chevreuse et de Beauvilliers , des parti-

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cularités qu'il est intéressant de faire connottre : elles feront voi^ qi^ les principes et les instructions de Fénélon convenoient également au rang où la Proyideiice avoit fait naître M. le duc de Bourgogne^ au trône qu'il devoit un jour occuper, et aux vertus qui font les grands hommes et les grands princes. Cest par ces instructions qu'oa jugera si ses instituteurs méritoient le reproche de l'avoir élevé dans le goût des pratiques minutieuses, et dans les maximes d'une dévotion ignorante et superstitieuse. G'étoit au duc de Bourgogne lui-même que Fénélon prescrivoit cette grande règle de conduite : « La religion ne con- Lettre de » siste pas dans une sa^upuleuse observation de ducd^oiû- » petites formalités ; elle consiste pour chacun 6ogi^<^* ^ dans les vertus propres de son état. Un grand 9 prince «ne doit pas servir Dieu de la même ^ façon quun solitaire ou un simple particu* M lier ».

Mais ce n'étoit pais à des maximes vagues et générales que Fénélon bornoit son attention inquiète et surveillante. Du fond de sa retraite de Cambrai , il dirigeoit toutes les pensées., tous les sentimens, tous les mouvemens, toutes les actions du jeune prince. Les ducs de £eauvilliers et de Chevreuse lui transmettoient un récit fidèle et impartial de tout ce que la conduite de M. le duc

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de Bourgogne pouvoit offrir de répréhensible ou d'estimable^ et c'étoit de Cambrai que revenoient à Versailles les avis , les instructions , les reproches et les encouragemens. Un archevêque proscrit, exilé y odieux à la Cour ^ étoit Toracle de riiéritier du trône. Louis XIV n'avoit pu qu interdire au duc de Bourgogne la douceur de vivre avec Fénélon; il étoit au-dessus de son pouvoir d'empêcher que Tame du duc de Bourgogne fût toujours en présence de celle de Fénélôn ; on va voir s'il étoit digne de tant de confiance , de soumission et d'attachement.

XL « Je suis ravi de tout ce que j'entends dire de

FénélonàM. *^ M. le duc de Bourgogne ; tâchez de faire en sortc de Beauvil- j, qy^ ^^uj^ ^^i g^ squ^ charmés à l'armée , le re-

lierS) 1703,

3» trouvent le même à la Cour; je sais qu'il y a » des différences inévitables ; mais il faut rappro- » cher ces deux états le plus qu'on peut ; il est » donc essentiel que vous souteniez M. le duc de » Bourgogne y afin qu'il ne retombe pas dans son yy premier état ; il y a plusieurs choses à lui insi- » nuer, mais doucement ^ et en se proportion^ » nan^t à ses besoins.

^^' » Il faudroit trouver un milieu , afin qu'il ne

Instructions

pour M. le » fût ni trop, ni trop peu chez madame de Mainduc de Bout- ^ tenou ; il ne doit jamais lui montrer aucun éloi-

gogne , sur '

madame de » gnemeut y ikdoit même lui montrer, quoi quelle

Maintenon.

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