LIVRE SEPTIEME
i> puisse faire, une attention et des égards par
» respect pour la confiance que le Moi a en elle.
» Ainsi y il est à propos quil aille chez elle de
3> temps en temps d'une manière honnête et pleine
» de considération , sans paroitrë changer ; mais
» il ne convient pas qu'il y demeure oisif et
» rêveur dans un coin, comme un enfant , ou
3» comme un pauvre homme bizarre , qu'elle ne
» daigne pas entretenir ^ il ne doit pas choisir ce
» théâtre-là pour montrer ses rêveries, ses cha-
» giins, ses humeurs; s'il veut avoir de telles
A heures, il faut qu'il aille les cacher dans son
» cabinet ; en un mot , il faut qu'il s'accoutume
» à quelque dignité, et qu'il y accoutume les
» autres. Le moment de son retour de l'armée
» est favorable pour prendre un bon pli ; il ne
» reviendra de long- temps, s'il perd une si belle
» occasion; plus il montrera de force, d'égalité
» et de raison, plus madame de Maintenon chan*
» géra pour le bien traiter, et tous les autres
» compteront avec lufi ; sinon, tout ce qu'il vient
» de faire à l'armée se perdra dans l'antichambre
» de madame de Maintenon, et on l'avilira de
» plus en plus ».
On croit entrevoir dans cette lettre que madame de Maintenon avoit plus d'éloignement que de goût pour M. le duc de Bourgogne. Plus me-
fiante que Louis XIV^ elle ne doutoit pas qu'il n'eût conservé pour Farchevéque de Cambrai un sentiment de confiance et de préférence dont elle étoit peut-être jalouse , et qui ne lui permettoit d'envisager l'avenir qu'avec une espèce d'inquiétude.
/M. Sur « ]vi. le duc de Bourgogne , continue Fénélon,
son maintien , -
à la Cour. ^ ^ ^^ familiarisé à l'armée avec beaucoup de » gens ; toutes les glaces sont rompues avec eux ; » il n'a qu'à être avec ces mêmes personnes à » Versailles à peu près comme à l'armée. Peut-il » croire ou dire qu'il lui soit impossible de con-
» tinuer de prendre sur lui ce qu'il a déjà pris si
» long-temps et avec tant de succès; mais il faut » deux choses : l'une, qu'il proportionne ses ou- » vertures et ses manières obligeantes , pour le » reste des courtisans y à celles qu'il vient de ' » prendre avec les officiers de l'armée ; la seconde » chose , que vous lui ouvriez de temps en temps » les yeux sur lest divers caractères des gens qui » l'environnent, et sur ce qui s'est passé autrefois, » ou qui se paSse actuellement dans le monde , » afin qu'il ne tombe point en mauvaise compa- » gnie , et que faisant grâce à tout le monde en » gros, il sache faire justice au mérite de chaque » particulier. Je suppose qu'il se réservera tou- » jours des heures pour prier , pour lire , pour