‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 4)Chapitre 48 sur 107 · LIVRE SEPTIÈME. 1^'i · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. 1^'i

bandonner FEspagne à ses propres forces , ou plutôt à sa seule foiblesse. Il est vrai que les alliés eux-mêmes, honteux d'avoir seulement osé laisser entrevoir une idée aussi monstrueuse, qui putrageoit la nature, et qui avoit excité une profonde indignation dans le cœur de tous les Français, avoient ensuite affecté de la désavouer. Mais les mémoires de M. de Torcy, faits pour inspirer une entière confiance par la candeur et la bonne foi qu'ils respirent, ne, permettent pas de douter que les ennemis de la France n'eussent insisté sur cette condition avec la plus odieuse persévérance.

. M. de Beauvilliers fit souvent valoir au conseil la force des considérations exposées dans ce mémoire, sans laisser soupçonner qu'elles lui et oient in^irées par Fénélon. Le Roi et les ministres n étoient eux-mêmes que trop convaincus de la nécessité d'acheter la paix à quelque prix que ce fût. Louis Xiy se détermina, malgré les hauteui^ rebutantes de ses ennemis, à demander la reprise des négociations. Le congrès de Gertruydemberg s'ouvrit i et on eut tout lieu de reconnottre que le prince Eugène et Marlboroug, étoient trop intéressés à la continuation de la guerre, pour ne pas apporter les plus grands obstacles à la conclusion de la paix. Les conditions, présentées à

l44 HISTOIEB DE vtjSthOVf

ce congrès par les ministres des alliés ^ furent encore plus dures que celles qu'on avoit demandées un an auparavant à M. de Torcy ; les négociations furent entièrement rompues, et la France parut être arrivée à son dernier jom\ C'est alorg que toute espérance fut éteinte dans le cœur de tous les Français sincèrement attachés à rbonneur et au salut de leur patrie.

C'est aussi à cette époqpe que nous devons placer quelques fragmens d'une admirable letti*e de Fénélon. Elle peint sous les couleurs les plus sombres les profondes agitations de son ame , et les tourmens d'une imagination frappée par la grandeur du péril , et qui recherche avec anxiété quelque moyen de salut.

Il falloît que Fénelon fût bien convaincu que tout étoit perdu , et qu on devoit tout risquer pour sauver quelques débris d'un si grand naufrage ^ pour oser concevoir Fidée qu'il propose aux ducs de Beauvilliers et de Chevreuse ; il faut le dire y puisqu'on peut le dire aujourd'hui sans inconvénient, Fénâon ose déclarer que, parvenu au point où des maux extrêmes exigent dps remèdes extrêmes, on doit renoncer avec courage aux formes accoutumées d'un gouvernement qui ne peut plus se soutenir, ni se défendre ; en un

mot, il pense, et il prononce que le moment est

venu

Page 1