‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 4)Chapitre 52 sur 107 · LIVRE S£PT1BUE. lS · texte numérisé non relu

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et maintenir tous les ordres de son royaume dans les limites qu'il leur avoit prescrites? Ce fut sanft doute ce qui. sauva la France. Car il est impos* sible de sonder la profondeur de rabime où elle seroit tombée , si ^ dans une pareille crise , il se fût trouvé des corps assez imprudens, et des su* )ets assez pervers , pour électrîser la multitude , et Tenflammer contre le gouvérnementé La plus légère commotion intérieure auroit suffi pour sé-^ parer toutes les parties de cette machine aiTaiS"» sée y et les livrer sans défense aw^ arlnées étrangères.

Le motif, ou plutôt le prétexte de la rupture du congrès de Gertruydemberg, avôit été le jfiste refus de Louis XlYy de se charger lui-même de détrôner son petit-*fils. Fénélon avoit applaudi , eommetorus les Français, à ce refus magnanime ^ et partagé le désespoir généreux de leur Roi» résolu à périr sous lés ruinés de la monardbie , plutôt que de souscrire à cette indigne abjection. Mais Fénélon pensoit cpxe Philippe Y jétoit obligé, XLI. en conscience et en honneur, de prévenir un si croitouePhi. cruel malheur, en abdiquant volo^dtairèment lar ^^pp® ^ ^^^^ couronne d'Espagne* Nous avons à ce sujet deux Mémoires très-curieux de Fénélon et du duc de Chevreuse.

Fénélon avoit établi dans son Mémoire tous les

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iiioti& puisés 'dans Tordre des lois de la nature, de la )astice , de la politique et de la reconnoissance y qui défendoient à Philippe Y de compromettre, pour son seul intérêt, par une opiniâtreté peu réfléchie et peut*être inutile, lliéritage de sa propre maison , et la couronne de son aïeul , de son père , de son frère aîné«

Quelque plausibles que fussent ces considéra* tions , elles n'avoient pas entièrement persuadé le duc de Chevreuse , qui leur opposa des considérations également puissantes dans un Mémoire que nous avons sous les yeux.

Ce que nous admirons le plus dans cette correspondance intime entre deux hommes vertueux et éclairés ^ qui discutent une question d'un si graiid intérêt, c'est l'esprit de religion, de justice et de vérité , qui dirige toutes leurs vues , toutes leur» pensées, tous leurs argumens. On observe l'e^èce de scrupule avec lequel ik pèsent toutes leurs vaisons au poids du sanctuaire. Rien peut-être n'est plus honorable pour la religion, que de voir combien ses principes et ses maximes peuvent influer: utilement sur la politique , en rectifiant tout ce que les passions humaines y ajoutent si souvent d'injuste et d'immoral. ,

M. de Chevreuse prétendoit que Louis XIV ne pouvoit conseiller à son petit*fils^ et encpre moins

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exiger de lui, qu'il renonçât à la couronne d'Espagne , parce que Philippe V avoît un droit légi^ limement acquis à cette monarchie.

C'est la nature et la légitimité de ce droit que Fénëlon discute dans sa réponse (i) à M. de Chevreuse; et il porte dans cette discussion une supériorité de vues, de raisons et d'idée^, une simplicité et une clarté qui prouvent qu'il n'étoit pas moins familiarisé avec toutes les questions politiques qu'avec les controverses théologiques.

Tous les droits prétendus par la postérité de Louis XIV sur la couronne* d'Espagne, étoient fondés sur la nullité de la renonciation de la rdne Marié -Thérèse, épouse de Louis XIV.

Mais si Philippe IV ri'avoit pu légitimement faire renoncer sa fille Marie-Thérèse , Philippe II n'avoit pas eu davantage le droit de faire renoncer sa fille Catherine , mariée au duc de Savoie.

jOr, si la renonciation de cette dernière étoit nulle, le duc de Savoie étoit en droit de réclamer en sa faveur la coutume de Brabant ^ bien plus légitimement que ne l'avoit fait Louis XIV, à la mort de Philippe IV. Catherine étoit fille d'un premier lit , au lieu que Philippe III, dont des- Cendoient Philippe IV et Marie-Thérèse , n'étoit

(0 Mémoires manuscrits de Fénélon sur la succession d^Espagne.

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que da second lit. Louis XIV étoit donc obligé , par une conséquence même des principes qu'il avoit établis en 1667, à restituer le Brabant au duc de Savoie.

Fénélon fait ensuite sentir Fabsurdité de tous ces argumens de jurisconsultes , qui prétendent appliquer à dés traités solennels , sur lesquels reposent le sort des peuples , la tranquillité des empires y et l'équilibre de l'Europe ^ des lois particulières , plus ou moins obscures , des coutumes locales 9 qui ont eu pour objet de régler les limites d'un champ ou d'un pré , ou des transactions privées entre des familles et des propriétaires.

La renonciation de Marîe/Thérèse servoit de fondement au traité des Pyrénées ^ et assuroit la paix et la liberté de l'Europe entière.

Ce n^«fst point là une question du droit civil ^ mais du droit des gens, qui est d'un ordre supé* rieur.

Ce n'est que par abus que les filles^ mariées dans les pays étrangers , succèdent aux droits de leurs pères.

Une nation n'appartient point en propre à une fille comme un pré ou une vigne. Une nation n'est point une dot.

Lorsqu'un pareil abus est autorisé , il faut au

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