LIVRE SCFTiàME. 1S
moins l'adoucir et le rectifier , en le subordonnant aux intérêts de la nation , et surtout à Tintérêt de TEurope entière , pour en conserver l'équ ilibre. Le contrat de mariage de Marie -Thérèse n*étoit que l'accessoire. Le traité des Pyrénées étoit le principal.
L'esprit du traité des Pyrénées étoit certainement d'exclure la maison de France de la succession d'Espagne*
On auroit beau dire qu'une renonciation est nulle y lorsque la personne qui l'a faite n'obtient pas quelque dédommagement. La couronne de France étoit un assez beau dédommagement pour Marie-Thérèse.
On avoit été jusqu*à alléguer que la dot de Marie-Thérèse n'avoit pas été payée , ce qui devoit annuUer sa renonciation. Cette règle de jurisprudence, qui est très- juste pour des particuliers qui ne peuvent être dédommagés autrement des biens auxquels ils renoncent , est inapplicable à une princesse que sa renonciation seule fait reine de France.
D'ailleurs de pareilles^ipulatiohs de dots entre des têtes couronnées, ne sont qut^ de style. La France n'avoit pas plus payé les dots des filles de France , mariées en Espagne , que l'Espagne n'avoit payé celles des infantes mariées en France* .
l6o HISTOIRE DE FÉMÉLON^
Mais au pis aller , le débiteur n'étoit obligé de payer qu'après la demande.
Mais que gagaeroit-on à soutenir que Phi^ lippe IV n'avoit pas pu obliger sa fille Marie- Thérèse aune renonciation ? Il s'ensuivroit seulement que Louis XIV n'a pas pu faire renoncer M. le Dauphin ni M. le duc de Bourgogne à la succession d'Espagne ^ et que par conséquent, toute la monarchie d'Espagne appartient à M. le iDauphin , et non pas à Philippe Y.
Fénélo^ semble même élever quelques doutes sur la liberté d'esprit dont pouvoit jouir Charles 11^ lorsqu'il signa son testament ^ et sur quelques expressions de ce testament y qui paroissent plus convenir au prince électoral de Bavière qu'à Philippe V.
Si les lois civiles donnoient à Charles II le droit de rappeler ses neveux , malgré la renonciation de leur mère ^ elles ne lui donnoient pas celui de préférer le cadet à l'aîné; ou si, malgré la loi civile, il a eu ce droit ^ pourquoi Philippe IVn'auroit-il pas eu celui d'exiger une renonciation de sa fille Marie-Thérèse ?
Il expose ensuite tous les dangers qui menaceroientla tranquillité de l'Europe , si la ligne directe de Philippe V, ou celle du duc de Bourgogne venoit à manquer.
Les
LlVni: SEPTIÈME. i6t
Les éyénemens firent craindre en effet , peu de temps après, de voir justifier Tinquiète prévoyance de Fénélon , et on fut obligé de régler d'avance ^ dans le traité d'Utrecht, Tordre de succession' aux trônes de France et d'Espagne.
n fait observer que Louis XIV, et M. le Dau« phin qui étoit encore en puissance de père , n'avoient pas pu accepter. le testament de Charles II , parce que la France se trouvoit déjà liée par. un traité de partage avec FÂngletèn^e et la Hollande ; qu il auroit fallu, avant tout, sommer l'Empereur d'accéder au traité de partage , et ; que ce n'eût été que sut son refus, que Louis XIV- auroit^ pu se croire dégagé envers l'Angleterre et la Hollande.
Fénélon rappelle ce qu'il àvoit déjà dit dans un mémoire précédent : que Philippe Vue tenant la couronne d'Espagne que de la bonté de son père et de son frère aîné, la reconnoissance et son propre intérêt ne lui permettoient pas de laisser la France s'exposer à une ruine inévitable, pour s'efforcer de le maintenir sur le trôné d'Es^ pagne.'
U finit par convenir qu'il avoit d'abord ^ cru que Philippe :V avoit un véritable droit à h succession d'Espagne ; mais qu'en examinant les choses de plus près, il y avôit aperçu bientles Fénélon. Tome iv. 1 1
i6a HisTOims de fébélon,
difficultés ; que j dans tous les cas , il n^étoit pas douteux que ce prince ne fftt obligé de renon* cer à son dr(»t , bon on mauvais , sur TEspagne ^ pour sauver la France.
Tandis que Louis XIV conaentoit à rendre à ses ennemis la plupart dei conquêtes qui avoient illustré son règne, et qu'il en étoit réduit à désirer que %Qtk petit *^ consentit à descendre du XIH. trône d'Espagne, une suite d'événemens, qiie les
Grands , ♦ • «^ • ^ • . ^
cbanaemeiic bommes ne pouvoient ni prévoir m préparer,
cB Eurc^. qm'il neût pas même été permis d'annoncer, sans
passer pour visionnaire (0, devoit mettre un
terme aux calamité de la France et de TEurope*
« Dieu connott les pensées des sages du monde (^),
» et sait combien elles sont vaines. Sa seule puia-
» sance avoit placé Philippe V sur le trône d'Es-
» pagne : elle seule pouvoit Fy maintenir. Les
31 hommes n'avoient pas conduit ce grand événe-
» ment \ celui- de la paix ne devoit pas être attri-
3» bué à leur habileté ; mais avant que d'accorder
"^ ^ cette paix à la France, que Dieu par sa bonté
31 a toujours protégée, le moment devoH en être
» précédé par les humiliations d^un grand Roi.
9 Sa résignation satisfit à la justice divine , et le
9 pieu de miséricorde regarda &verablemeBt le
9 monarque et ses peuples i> . .
(0 M énoires de Torcy . ^ <•) Ibul,