LIVRE SEPTIEME. SOI
Un tableau particulier^ très-étcndu, règle tout UX.
ce qui a rapport à la noblesse (0. Il propose une blesse.
recherche rigoureuse dans les provinces j de tous
ceux qui usurpoient le titre de nobles, et indique
les moyens de remédier à cet abus. Il pourvoit
à Téduçation de la noblesse, et lui prépare les
moyens de se soutenir au service et à la Cour. Il
veut que dans chaque famille noble il y ait un
bien fonds substitué à jamais,, comme les majo-
rats en Espagne. Il demande pour la noblesse la
liberté de commerce en gros, sans déroger, et
celle d'entrer dans la magistrature. Il interdît les
mésalliances, ainsi que les anoblissement, ex*
eepté le cas de services signalés rendus à F Etat.
U défend aux acquéreurs des terres des familles
nobles d'en prendre les noms. Il supprime les ducs
à brevet , ne veut que des ducs et pains , en règle
le nombre , qui ne pourra jamais être augmenté^
qu en cas d'extinction d'un titre. Il réserve l'ordre
du Saint-Esprit pour les seules maisons distinguées
par leur éclat, par leur ancienneté, sans origine
connue. Il destine l'ordre de Sainte Michel à
» le temps de Gharlémagiie , les assemblées de la nation, qaoi- » que fréquentes et ordinaires, ne se faisoient que poiur donner » conseil an Roi, et que lui seul, âécidoit ».
( Discours sur les UherUs de F Eglise gallicane, )
(0 Voyez les Pièces justificaUt^es dq livre septiëine, n.<> YIJ.
honorer les services de la bonne noblesse in/érieurcj et propose différens ordres de chevalerie , avec des inarques distinguées pour les lieutenans généraux y les maréchaux de camp, les colonels.
Gonnoissant tout le prix de ces différentes monnoies d'opinion , Fénélon se montre attentif à n'attribuer à la noblesse et au militaire que des privilèges purement honorifiques, sans aucune attribution de pouvoir réel, ni aucune exemption des charges publiques.
l'X- Il déploie une très- grande sévérité contre la
Delabàtar> jj^^ bâtardise, pour réprimer le vice et le scandale.
Il veut qu'on ôte aux bâtards des rois le rang de princes, qu ils n'avoient jamais eu avant le règne actuel y et aux bâtards des princes le nom , les armes et le rang de gentilshommes.
l'Xî- Dans un 'vaste tableau (0, où tous les traits ne
Eglise. soï** qu'indiqués, Fénélon propose toutes ses vues
au sujet de la religion et de l'Eglise. Ce tableau embrasse une multitude de questions; il seroit impossible d'en donner le précis ; on ne pourroit en détacher une seule proposition sans affoiblir l'effet de toutes les autres, parce qu'elles s'enchaînent mutuellement , comme les corollaires d'une démonstration géométrique. Il faut par^courir le tableau^ tout entier , pour se faire une
(0 Voyez les Pièces justificatit^es du livre septième , n." YIII.
riVlLE SEPTIÈME.' ^2o3
juste idée de la manière dont Fénélon avoit em* brassé ce su|et important , qui appartient en même temps à la doctrine , à la discipline , à Tbistoire y à la politique et à la jurisprudence. Ce qu^on doit le plus y admirer, c'est Fexacte précision avec laquelle il fixe les droits , les limites et les rapports de sa puissance spirituelle et temporelle.
Un objet non moinsimportant , celui de Tordre lxii. judiciaire (0, n'avoit point écbappé à la pré- . ^.^}?^ ®
' ' * rr r |udiciaire.
voyance de Fénélon , et on sera étonné de la multitude des idées qui auroient pu paroître hardies et hasardées dai^s son siècle , et dont Texpérience a consacré la sagesse, Futilité et la nécessité*
U commence par déterminer les droits, les Conseillers fonctions et les devoirs du chancelier de France , sur cette classe de magistrats qui sont immédiatement placés sous ses yeux , et qui exercent la portion du pouvoir judiciaire que le souverain s'est réservée.
Fénélon désire que les charges de maîtres des Maîtres des requêtes ne soient plus le prix de l'argent j et ^^^^^^' quelles soient confiées à des magistrats choisis dans tous les tribunaux du royaume.
Il veut que, selon Vancien usage, on em^oie
(0 Voyez les Pièces jnsUficaUves da livre septième, n.^IX
mens.
2û4 HISTOIHE DE FÉNÉLON^
de temps en temps des conseillers d'Etat dans les proi^inces ^ pour réformer les abus.
Des parle- Quant aux parleipens, Fénëlon vouloit qu'on amenât /^eu à ;9e£i la suppression de lapaulelie; qu'on diminuât le nombre des charges de magistrature ; que les offices de judicature fussent à "vie sur la tête des juges intègres et suffisamment instruits^ que les enfans succédassent a leurs pères, lorsçuils s'en montreroient dignes; et quon leur affectât des gages sur les fonds publics,
R Au reste ^ dit Fénélon, peu de lois. Lois
» assez claires pour éi^iter les difficultés sur les
» testamens, sur les contrats de mariage, sur les
» ventes et échanges , sur les emprisonnemens
» et décrets; enfin, peu de dispositions libres ».
Premiers fl recommande la plus grande attention dans
procureurs 1^ choix des premiers présidens et procureurs
généraux, généraux, et la préférence en faveur des nobles,
il mérite égal. Il exige pour tous les principaux
offices de la magistrature ^ Tâge de quarante ans
et au-delà.
Prësidiaux, Point de présidiaux; leurs droits attribués aux
bailliages.
bailliages.
Suppression jy^jj^ justice féodale aux seigneurs particu-
des justices j */ c *
féodales. liers , ni au Roi dans les villages de ses terres \ leur conserver la justice de police , les honneurs de paroisse^ et les droits de chasse \ tout le reste attri-
bué aux Bailliages. Régler les droits de chasse entre les seigneurs et les yassaux.
« Plus de grand conseil^ plus de cour des Suppression
de difFérens
» aides ^ plus de trésoriers de France^ plus tribunaux. » d'élus ». /
Etablissement d'un bureau de jurisconsultes Bureau de choisis, auprès du chancelier de France, pour '^^ ^™ ^^ revoir et corriger toutes les coutumes, pour abréger la procédure , pour retrancher les procureurs.
Les états provinciaux dispenseroient de la c
^ * Suppression
nécessité des iniendans pour radministration dés des intenprovinces. Des missi dominici seulement de temps en temps.
On sera surtout frappé des vues étendues que LXIV.
^ . Du COOh"
Fénélon avoit sur le commerce (0 dans un temps mercc. où ce que l'on appelle aujourd'hui la science écônomique n'étoit ni connue ni même soupçonnée.
Pour prévenir Y usure ^ il croit que le moyen B*»^'"®'* le plus efficace seroit de réserver le commerce de Targent à des banquiers bien famés et autorisés. Il propose une espèce de tribunal de confiance et de censure, pour fixer, autant qu'il sera possible, la distinction si difficile et si délicate dans un^ multitude de cas particuliers, entre le gain éCu^ sure et le g(^in de vraie mercature.
^0 Voyc;8 les Pièoes justificatives dn livre septi(hne> n.» X.
lo8 HisTOias DE riNthOJXf
proposées dans un plan aussi étendu ^ et de censurer avec amertume , par les motifs les plus opposés, et dans des vues absolument contraires , Tensemble et les détails du système politique de Fénélon» L'expérience a pu nous donner , depuis quelques années^ bien des lumières qui manquoient à nos pères, et qui nous manquoient à nous-mêmes. ^
Mais pour en juger sainement , et pour être ^ \e ne dis pas impartial, mais exactement juste, il faudroit se transporter au temps où vivoit Féné» Ion ; il faadroit se rappeler que , lorsqu'il propo^ soit des états généraux et des états prosfinciaux, Louis XI Y vivoit encore; que Tautorité royale étoit dans toute sa force; que la France étoit accoutumée à des idées d'ordre et de soumission ^ qui ne laissoient entrevoir aucune disposition à llndépendance et à l'anarchie ; que le souvenir des troubles où les maximes républicaines des Calvinistes avoient plongé la France pendant tant d'années, n'étoit point encore entièrement effacé ; que toutes les idées de religion et de morale domi-» noient encore dans toutes les classçs de la société; que l'éducation publique et particulière étoit tout à la fois chrétienne et monarchique ; qu'enfiu l'esprit public n'étoit pas perverti par les doctrines impies çt séditieuses qui n'ont commence
LITRE SÊPÏIEMXJ SOgf
à 56 propager en France que Yers le milieu dû dix-huitième siècle.
On doit aussi observer qtte l^eitéduliôn de^ |)Iàiï8 de Fénélon devdit être l'ouvrage d'uti pJrince qui drrivoit ail trône d^ns toute la forcé et la maturité de l'âge; d*un prince éprouvé pôr lé lâàliieilt' et les conti'adictions ; qui se Voyôit déjà envi-* rotiné de toute la considération , qùé de gratides vertus et de grands talens auroierit ajoutée à Féclat et àla puissance du trône ; qui se^eroit vu âetondé par rdpiniori publique ; dont la fermeté bien connue aut*oit écarté les grande 6bstâbles et Véh pe^ tites intrigues, et dont les ihii&istrés auroiént été les hommes les plus vertueux et les plus éclaité* de Ik nation. Quelle force un coticourS aussi rare d'hommes y de moyens et de circonstances, n'auroit-il pas donfné à la puissance àbriveraine, inspii^e par iin ardent amour de Tiordi^è et de li justice!
Enfin il est essentiel de reraar'quêr et dé se? ressouvédh' que la forme que Èénélon propdsôilî pour la composition des états généraux j ne laissôit point à redouter ïe déchaînement de éës pa5r^ sions haineuses , qui ont déôhiré la Frafrice et mis en pièce la mopardiie.
Si , malgré toutes ces Consid^râtît>tiS , qifil estpeut-être plus facile de rejeter âVëè humetfr, que^
, Fénélok. Tom, IV* i4
aïO HISTOIRE DE FÉNÉLON,
de discuter avec une entière impartialité, le sentiment, toujours présent y des grands malheurs qui ont suivi des essais dangereux , portoit nos lecteurs à penser que Fénélon s'étoit laissé entraîner au mouvement de son cœur, et à la séduction d'une imagination trop confiante , nous ne chercherions point à combattre cette espèce de méfiance assez excusable à une génération à peine échappée aux plus terribles convulsions; nous ne chercherions pas même à établir par le parallèle affligeant des temps et des personnes , que ce qui pouvoit être tenté avec succès par le duc de Bourgogne, de voit nécessairement renverser le trône à une époque bien diûérente. Nous nous bornerions seulement à représenter aux. censeurs trop sévères, quau moment oii Fénélçn s^abandonnoit à ses vertueuses illusions, il n*étoit peut-être personne en France, àTexçeption du duc de Bourgogne et de son précepteur, qui eût seulement Vidée de s'occuper du soulagement du peuple. Il nous semble qu'un sentiment aussi estimable doit suffire pour mériter la reconnoissance publique à l'homme qui manifestoit des intentions si bienfaisantes.
Si , de ces considérations générales, nous passons à l'examen des détails du plan de Fénélon, on sera du moins forcé de reconnoitre qu'il ren-
LIVUE SEPTIÈME. 211
ferme > 3Ur l'admiaistpation publique , des vues bien plus étendues qu'il n appartenoit au temps où il éciivoit»
Ce qu il dit sur le commerce, et sur la juste liberté que le gouvernement doit lui accorder , sans cliercher à intervenir dans toutes ses opérations par une influence indirecte , et des régiemens oppressifs y a été depuis liautement proclamé par tous les bons esprits , et même adopté assez généralement;
Les changemens qu'il proposoit dans la magistrature, ne tendoient quà la suppression d'un grand nombre de places inutiles , que le malheur des temps y et les besoins d'argent, bien plus que rintérêt des peuples, avoient forcé de créer.
L'établissement des éUUs provinciaux étoit sollicité par l'opinion publique, quelques années avant la révolution, avec une ardeur qtii indiquoit tous les avantages que l'on auroit pu en Retirer, en les modifiant avec sagesse.
L'expérience de tous les bienfaits que le Languedoc recueilloit de son administration, avoit laissé une profonde impression dans .l'esprit de Fénélon; et c'est ce qui le faisoit insister cons- ^tamment à proposer les états de Languedoc ^our
Lodèle des états provincieaix ; il falloit en effet
le la constitution de cette province eût en elle*
2ia HISTOIRE DE FÉNÉLON,
même un principe actif d'ordre et d'amélioration, puisque les progrès successifs et rapides dé la pros< pérîté du Languedoc frappoient tous les regards, et excitoient la jalousie des provinces voisines. Les administrateors du Languedoc pouvoient dire avec confiance à leurs détracteurs : Venez, voyez et jugez.
L'établissement des états provinciaux auroit probablement dispensé Fénélon de recourir à l'essai si terrible et si dangereux des étais gêné-raux. Les étals provinciaux suffisoient pour procurer au gouvernement tous les secours, tous les moyens de force, de crédit et de prospérité qu'tt pouvoit désirer; et sans doute il auroit hésité à mettre en présence du ti'ône une puissance formidable, dont les moindres mouvemens dévoient produire des effets terribles.
Quant à ce qui regarde les ministres de la re* ligion, leur juridiction, l'exercice de leurs fonc-
tions, leur soumission à la puissance publique, l'indépendahce du ministère pureiàent spirituel , il est impossible de s'exprimer avec plus d'exactitude et de désintéressement. On voit également qu'il reconnoissoit l'obligation incontestable où éloit le clergé de cohtribuer aux charges de l'Etat sur ses revenus. -Fénélon n'étoit pa's éloigné de rétablir l'aftcieh' usage des élections canoniques,
en en combinant la forme avec la juste influence qui doit appart^pûr au souverain ^ sur le choix <les premiers membres du premier corps de TEtaL
On ne n<anquera pas de se récrier suria.grande faveur que Fenâon p^^roît accorder au préjiftg$ de la naissance ; mais il pensoit <;omme Montesr quieu a depuis pen$é*et écrit, qu U ne peut exisr ter de monarcliie sans noblesse ; il vivoit dan3 une monarchie où la. noble^^se létoit établie , et il 3;ravaillpil pour un monarque.
Ce qu'il y am^oit de fins raisonnable à dire, <:*est que Fénâon auroit peiit-étre renoncé lui-même à Texécution d'une partie de ses plans , si la Providence TeAt. placé k la. tête d» gouvernement. Rien n'0st en effsl plus différent de former des pl^ns dans là solitude de ses pensées , diin^le silenqe de son cabinet > oà, l'esprit: ne voit qm c^ qui est niile e{; raisonnable, oii le ccnur n'éprouve que des. sentimens vertueux, ^t s'abandonne avec douceur hl^ piarssiQndu bonheur public, o.u bien de soumettre à l'exécution toutes ces brillante théories» C'est ^alors qu'on est arrêté à chaque pas par toutes les Contradictions que suscitent les intérêts et les passions des hommes; contradictions qu'on néglige trop souvent de faire entrer dans ses calculs.; et c'est de là, pour me •servir d'une expression, très-familière à Eénélon,
2l4 HISTOIRE DE FÉNÉLON,
qui viennent tant de mécomptes qui affligent si souvent le cceur des gens de bien, et déconcertent leurs généreux efforts.