‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 4)Chapitre 67 sur 107 · SEUL EST ÉTERNEL · texte numérisé non relu

SEUL EST ÉTERNEL

Il n'y avoit pas trois mois que Fénélon avoit rédigé les plans de gouvernement dont nous ve-* nous de donner le précis, qu'une maladie terrible, imprévue, inexplicable} enleva dans le court espace de quelques j,ours , le duc et la dudiesse de Bourgogne,, et le duc de Bretagne leur fils dîné (3). On auroit pa croire» avaqt les événemens dont nous avons été nous-mêmes témoins, que jamais une plus grande catastrophe a'ayoit porté le deuil dams le palais des rois. '

Ainsi périt à la fleur de son âge (3) un prince

(0 Toyex les Pièces Justificatives daliTre huitième, ii.« m, eat la découyene récente des restes 'de Péntélon.

(«) La duchesse de Bourgogne mourut le la février, le dac de Bourgogne le 18 février^ et le duc de Bretagne le 8 mars 1712»

C^) M. le duc de Bourgogne n'avoit que vingt-neuf ans.

3l6 HISTOIRE DE FÉIïÉLOIfy

dont la mort fit couler les larmes de toute la France y et dont le nom n'est encoi*e prononcé ^ après un siècle entier, qi^avec Texpression de la douleur, de rameur, et de la vénération.

« Quel amour du bien (') ! quel dépouillement » dé soi-même! quelles recherches ! quels fruits! » quelle pureté d'objet! osëréis^je le dire> quels )j effets de la divinité dans cette. ame candide, » siniple, forte, qui, autant quHl est donné à » rhomme ici bas , en avoit conservé Tirnage ! » Grand Dieu ! quel spectacle vous donnâtes en » lui ! et que i^'est-il permis encore d'en révéler » des parties si secrètes et si sublimés, qu'il n'y a » que vous qui puissiez les dx>anet' et enconnoître » 1:ôot le prix ! quelle imitation de J&us-dhrist »' sur là croix î ôri ne dit pas seulement à Tégard » dé la mort ét'des souffrances ; sott arûie s^^eva >j bien au-dessus. Quel surcroît de détachement ! >i quels vifs élans d'actions de grâces d'être pré- 3) selpvé du sceptre et du compte qu'il en faut ^ Vendre ? qiielîe soumission j et combien par- » faite! quel ardentamour dé Dieu! (|uel péfçàht » regau'd sur son néant et ses péchés ! quielle ma- V gnifique idée de l'infinie miséricorde ! quelle ^ religieuse et humble crainte ! quelle tempérfe

' CO Mémoires de S^iiot-Simon, tom. k", pag. 363.

LIVIIE S£]>T1ÈME. 2X7

» confiance! quelle sage paix! quelles lectures I 3> quelles prièi?€^ CQUtinueUes ! quel ardent désir 9 des derni/ers sacremens ! quel profond recueilr vilement! quelle invincible patience! quelle » dpuceui* I quelle constante bonté pour tout ce » qui Tapprochoit ! quelle charité pure qui le )i pressait d'aller à Dieu ! la France enfin tomba » SQMS ce dernier diâtiment ; Diea lui montra un » prince quelle ne meritoit pas^ la terre n^en D étoit pas digne; ilétoit mûi* déjà pouir Téter- 3> nité 4.

Tels sont les accens lamientables que le desespoir et la dodLenr arrachoient'à un komme du monde , témoin de ce triste événement ; c'était dans la solitude^ dans ces papiers, * uniques et secrets dépositaires de ses sentii^ens et de ses regrets , que M. de Saint-Simon clierc^oit à squ**lager^oA ame jcjppsessée ^ en- peîgnapt leuluc de Bourg<^gpç :S0U$ des traits si ^ purs et si atÉachans. Voilà jce qi^^ ipensoit de ce piince un «homme connu par i^on. inflexible rigidité^ et q^i ci^aignoit tellement de flatter , que souvent il étoit injuste.

On doiit :no^s p!ar4Qwer de |i|Ous être étendu a^eç un iiiWi*é)^ douloureux sur ce triste sujet. La vie et la mort du duc de Bourgogne ont été la vie et l^ mort de Fénéjon.

Les mêmes lettres qui apprirent à Fénélon que

ai8 HISTOIRE SE FÉNÉLONy

madame la .duchesse de Bourgogne nétoit plus, lui apprenoient que la vie du jeune prince lui^ même étoit menacée ; il parott que dès le pre^» mier moment y Fénélon prévit qu on avoit tout à craindre; il connoissoit cette ame passionnée ^ ce cœur profondément sensible^ ce caractère mélancolique, inaccessible, aux vaines distractions d'un monde quil méprisoit, et qui ne trouvoit de charme et de consolation que dans le funeste plaisir de se nourrir de sa douleuç. • - LXVn. Fénélon laisse percer sa vive inquiétude dans

FcncI * 5 cette lettre si courte. « Je suis consterné de la février 171a. » maladie de M. lô Dauphin; iljra déjà tjuelque

(Maniucr.) ^ . . , , -

^ ' » temps que je crains pour luit un sort funeste,

]> Si Dieu n est plus en fureur contre la France,

» il reviendra ; mais si la fureur de Dieu n'est

» point appaisée y il y a tout à craindre pour sa

» vie. Je ne puis rien demander; je tremble sans

» qu'il me soit permis de prier. Mandez -moi la

3» suite de sa maladie ; vous savez coiûme je m'y

» intéressé; hélas ! hélas ! Seigneur , regardez-

» nous en pitié ».

Quelques symptômes un peu moins alarmatis

firent descendre une lueur d'espérance dans le

iusur de Fénélon. « Je commence à espérer , écri«

» voit-il le 16 février (0, que M. le Dauphin ne

(0 Manoscrits.

)) mourra point ; mais il me reste au fond du » cœur une secrète appréhension que Dieu ne )> soit pas appaisé contre la France. Il y a long- » temps qu'il frappe, comme dit le prophète^ et )) sa fureur n*est point appaisée ».

Le duc de Chevreusé , trop porté à se flatter par cette sorte de confiance , que des demi-con* noissances en médecine (0 inspirent quelquefois aux gens du monde , avoit acbevé de rassurer son ami sur l'état du feune prince ; à cet espoir consolant, Fénélon renaît lui-même à la vie, et dans l'enchantement d'une si douce illusion, il s'occupe avec une sollicitude paternelle à verser dans le cœur du duc de Bourgogne le» tendres et religieuses consolations que sa douleur démandoit.

«c On ne peut être plus touché que je le suis de Lettre de

Fénélon au

» la perte que le P. P. vient de faire, et de la vive ducdeChe- » douleur qu'on dit qu'il en ressent: je suis fort vreusci, 18

* ^ ' iévT. 1712.

» alarmé pour sa santé; elle èstfoible et délicate; (Manascr.) » rien n'est plus précieux pour l'Eglise, pour » l'Etat, pour tous les gens de bien. Je prie et » fais prier Dieu pour' le repos de l'ame de la

(0 « M. de Chevrense, tonjonrs tranq[uiUey tonjonrs es|»érant, » toujours voyant tout en beau, essa^ra de nous prouver par ses 3j raisonnemens de physique et de médecine , qu^il y avoit plus u à espérer qu^à craindre, avec une tranquillité qui m'excéda ».

{^M€m, de Saint-Simon, tom. i.*'', pag. 35i..)

220 ^ UISTOI&E DE FÉIIÉLON^

» priacesse, pour la santé et pour la consolation j» du prince. Vous connoissez son tempérament; 9 il est très- vif et un peu mélancolique. Je crains » qu'il ne soit saisi d'une douleur profonde e% » d'une tristesse qui tourne sa piété en dégoût, » en noirceur, et en scrupule. Il faut profiter de » ce jqui est arrivé de triste pour le tourner vers » une piét(ésim]^e, courageuse, et ^'u^age pour » sa place. Dieu a ses desseins; il faut les Siuivre; » il faut soutenir, soulager, consoler^ encourar

» ger son cœur désolé J'espère qu'au bout de

» quelques jours sa santé se rétablira, et que » Dieu lui djCMinera, malgré sa juste douleur, la » force d^ rentrer dans les besoins très-pres$ajK » de l'Etat ».

Féoâon euvoyoit en même temps au duc de Chevi^usie un. écrit que nous copions sur le manuscrit original de la main de Fénélon; il l'invitoit à le mettre sous les yeux du jeune prince, lorsqu'il seroit en état d'entendre la voix douce et paissante de la religion.

Lxviii. « J'ai prié et je prierai ; je fais même prier pour Consola- ^ j^ princcssc que nous avons perdue. Dieu sait gîeusesdeFé- » si le prince est oublié. Il me semble que je le

de ^ Bour o^ * ^^*^ ^^^^ Tétat oh saiut Augustin se dépeint gnc. » lui-même (0 : Mon cœur est obscurci par la

(Manuscr. )

(') Qup (l<;dore conte^ebratam est cor meum, et quidqaid as-

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