‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 4)Chapitre 77 sur 107 · LIVRE SEPTIÈME. aSi · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. aSi

3» La preuve est encore bien plus diflEicile con- » tre une personne d*un si haut rang. Qui est-ce » qui ne craindra point de succomber dans une » si odieuse accusation?

» Chacun craindra une prompte mort du Boi, » ou une indulgence de sa part pour sauver Thon* * » neur de la maison royale. Chacun craindra un n ressentiment éternel de cette maison. Les espé- » rances de récompenses où de protection ne sont » nullement proportionnées à de telles craintes; » dès qu'on viendra à chercher les témoins en » détail^ chacun reculera.

9 Si par malheur le crime étoit vérifié ^ feroit- ^ on mourir avec in£atmie un petit-fils de France, » qui peut parvenir bientôt par droit de succès- » sion à la couronne? Pourroit-on avec sûreté le » tenir en prison perpétuelle? n*en sortiroit-il » point quand son gendre et sa fille auroient Tau* » torité?

» Supposé même qu on eût la force cde le dé- » clarer exclu de la succession y quelles guerres » n'y auroit-il pas à craindre, si le cas amvoit? » De plus y on ne pourroit pas exclure son fik » qui est innocent. Que n'y auroit-il pas à crain* » dre du père du Roi, lequel père auroit été ex^ » clu avec infamie de la royauté?

» Toute recherche y ou moUe^ ou superficielle,

^52 BISTOIIIE X>£ TÈUttOify

1» OU rigoureuse, et sans un entier succès pour » achever de le perdre , produiront à pure perte » des maux infinis. D'un côté, *il seroit impla- » cable sur une recherche infamante; de l'autre, ^) il seroit triomphant ^ sur ce qu'on n'auroit pas ' j» pu le convaincre. Il seroit exclu de la régence, » et il en auroit néanmoins toute l'autorité ef- 3» fective sous le nom de son gendre, qu'il goih* » verneroit par sa fille.

» // ne faut point compter sur Vindignation » publique ; l'horreur du spectacle récent excite » cette indignation ; elle se ralentira tous les i> jours. Un petit -fils de France , calomnié si » horriblement^ et sans preuves claires, excite^ 4 roit bientôt une autre indignation. De plus, » les mœurs présentes de la nation jettent cha^ » cun dans la plus violente tentation de s'atta- » cher au plus fort par toutes sortes de bas^ » sessesj de lâchetés, de noirceurs et de trahie y> sons.

» Ce prince, s'il étoit poussé à bout, trouve- » roit de grandes ressources par la foiblesse pré- 31. sente, par le déclin d'un règne près de finir, par » son esprit violent , quoique lé^r, par ses grands » revenus, par Tappui de son gendre, par Tirré* » ligion de lui et de sa fille , par les conseils af- ^> freux qui ne lui manqueroient pas«

LlVVLÈ.SZVTlkUt. !ki3

^ Si où Tezclut du conseil de régence , il pa-* fi roitra que le Roi le tient pour suspect. Cette ez^ » dusion sera regardée par-là comme trë»-flétris* » santé. En ce cas , son intérêt est qu'on fasse n une recherche au l'on succombe ; alors ^ il » reviendra après la mort du Roi contre cette » exclusion flétrissante et calomnieuse. Il n*en » faut pas tant y quand on est le plus fort, pour » renverser ce qui paroft odieux et irrégulier ^

» Dans la recherche, on ne pourroit guère » découvrir le crime de N.... sans trouver que » sa fille a été complice de son action^ en ce cas, » que feroit-on d'elle? Elle peut devenir reine; » sa condamnation pourroit mettre M. le duc de » Berriy devenu Roi, hors d'état d'avoir* jamais » des enfans.

jè Si le jeune Dauphin venoit à pianquer après » un éclat si horrible , le roi d'Espagne voudroit . 3» venir en France pour monter sur lei;iône, et » les Espagnols pourroient bien refuser de rece-> » voir en sa place M. le duc de Berri , gouverné >» par cette fille et par ce beau -père qui leur est » si odieux*

» En ce cas , il y auroit facilement une guerre A entre les deux frères. Le roi d'Espagne, sui- * vant les conseils de la reine son épouse et ^ de la nation espagnole , soiitièndroit que la

a54 UISTOIRE DB FÉRÉLOny

» renonciation de feu Monseigneur et de feu » M. le Dauphin étoit aussi nulle que celle de » la reine Marie-Thérèse d'Espagne ; ils vou- 9 droient réunir les deux monarchies pour ne » tomber pas dans des mains si odieuses et si » diffamées.

» Maigre toutes ces raisons de ne point faire » une recherche avec éclat , je voudrois qu'on en » fît une très-secrète pour assurer la yie du Roi » et du jeune prince , supposé quon trouve des » indices qui méritent cet approfondissement; » mais le secret est également difficile et absolu^ x> ment nécessaire.

» Ne pourroit-on point examiner en grand se- » cret le chinûste de ce prince ^ et voir le détail » des drogues qu il a composées 7 II faudroit en 9 prendre et en faire des expériences sur des cri- 3> minels condamnés à mort.

» Si par malheur le prince est coupable ^ et s'il » voit qu'on ne veut rien approfondir , que n'o- » sera-t-il point entreprendre »?

Ce mémoire de Fénéion ne fait que trop con-

noître jusqu'à quel point l'opinion publique étoit

déclarée contre le duc d'Orléans.

Lxxvm. Quelle devoit être la douloureuse perplexité

Louis XIV. ^® Louis XIV au récit de tant d'horreurs ? Les

cris de Findignation populaire avoient retenti

jusqu'à son trône ; toutes les accusations ëtoient sous ses yeux ; les rapports des médecins , auxquels il se confioit le plus, attestoient le crime , et toutes les bouches nommoient le coupable. Quelle situation pour un Roi si long-temps heureux? Il se voyoit seul dans son palais désert et abandonné; la nombreuse postérité dont il s'é* toit vu environné avoit disparu, et la solitude de ses vastes appartemens n'étoit plus animée que par la présence d'un foible enfant luttant contre la mort. A peine arrêtoit^il en ce moment sa pensée sur Texistence insignifiante du duc de Berri ; un pareil appui ne pouvoit ni assurer sa couronne , ni consoler son cœur. A ces images de mort et de deiiil y à la crise alarmante où se trouvoit la France au dedans et au dehors , à toutes les incertitudes, non moins cruelles, d'un avenir prochain , se joignoit la profonde émotion d'une amequi-n'ose ni croire, ni douter, ni pardonner, ni punir. Ce Roi si noble, si honnête, dont tous les sentimens étoient si généreux et si délicats, étoit condamné à n'entendre parler que de poisons et d'infamies ; et c'étoit un prince même de son sang, le mari de sa fille, et sa petite-fille, qu'opi lui dénonçoit comme les. auteurs de tant d'attentats.

Jamais peut-être Louis XIV n'a mieux montré

»l5â yiSTOIÀE DE FÉnÉI^ON,

là graiideur de son caractère que dans ces affreux tnomens ; seul il opposa la conviction de son ame vertueuse aux injustes clameur^ de la calomnie; il ne put croire son sang souillé de tant de trimes. Il jugea mieux son neveu que ne Vavoient jugé la Cour, Paris et la France entière ; Louis XIV, qui d'un seul trait avoit peint avec tant de justesse et d'énergie le duc d'Orléans , en l'appelant un fanfaron de vices ^ sentit qu'U étoit plus fait pour les imaginer que pour les commettre. En se refusant à le croire coupable , il ne voulut pas même paroître le soupçonner ; il ne changea rien à son accueil et à ses bontés pour lui en présence de sa Cour, ni dans l'intérieur de sa société. Son exemple avertit la Cour de se taire , et détrompa la prévention populaire ; la postérité équitable a confirmé le jugement de Louis XIV, seul contre tous ses contemporains*

On voit , par les mémoires dont nous venons de rendre compte, que le principal expédient proposé par Fénélon , pour prévenir les troubles de la minorité , pour suppléer à l'incapacité du duc de Berri , et pour mettre un frein à l'audace du duc d'Orléans , étoit la formation d'un (Conseil de régence \ mais ce conseil n*auroit pu atteindre l'objet qu'on se proposoit , qu'autant qu'il auroit été mis en activité par Louis XIV lui-

même.

taème^ et ct^à en possesfttêfi des i^es An gùater« iiedimt; 411 monkeilt <)ù «e ttio6aft*(]iié Hiirèit eu! Im yeaje feiwés.

Il est impossible de savoir si (Mtè Barrit ^' pins atL irtàitii ^olldetùMt éeabliW^ eût été asâez foj^té pùvtr garantir uti pouvoir précaire et pas'- ^ger contre les invasions d*un prince aussi auda* eietrt que le duc d^Orléans.

n est permis de présumeV que la longue obéis^ sance dont la nation avoit contracté riiàbitiide/ les pfincipes de- soumission dans lesquels tous les ordres de la magistrature étoient nourris et entretenus depuis soixante ans , le caractère dç réserve et de modération qui formoit Tesprit du dêrgéy les prévention^ mêmes du public contre les moeurs et Ta licence du duc d'Orléans ^ autoiént pu laisser encore régner liouis XlV après sa mort^ et maintenir une iQStitutîon protégée par son nonx.

Dun autre cote, on. peut croire avec autant de vraisemblance qu un prince habile et adroit,

qui n'a voit entre ie trône et luî,qu un. enfant ^

auroit eu defgrands moyens pour corrompre,

diviser et renvei^er ces foibles dépositaires d'un

pouvoir momentané y « surtout dans un temps

» oÎLy comme Tobservoit Fénélon j les mœurs de

FÉnÉLon, jTom. iv. 17

±6o HISTOIRE DE FÉNÉLON,

Oû dbit taêïùje dbdtér ^ûè M. de Bèadvilliers dit sreùlémefùt lài^é etitrévtîil- à madànkè de Hâinténoki le nlémoire sût* là fûtniatiô/b dà conseil dé iêgèhùé.f ddnt un âës priïicîpàtix attidès pottoit feidùsioà JTotitïeâè dés pvitibe^ légitimés. On côhnôis&dit âoh eittétiie affectitm pbùt le duc du Maine , qu elle avoit d^éjà éldVë ai hàdt , et qu'elle se prdpôsôit d^^evèr encore plus.

D'ailleurs Fénélon }ugeoit très -bien madame

e Maintenon ^ en la représentant , lorsqu il s a-

gissôit des grands intérêts deFEtatCO, «livrée » à des jalousies , à des délicatesses , à des om- 2) bragesy à des aversipns, à des dépits, à dès » finesses 4e femmes; ne proposant que des » partis foibles , superficiels , flatteurs , pour » endormir le Roi et. éblouir le public, sans » aucune proportion avec les besoins du mo*» » ment ».

On voit en eâet que jusqu'à la dernière année de la vie de Louis XÏV, elle pai*ut s'endormir elle-même sur les suites d'un si grand changement; elle sembioit se reposer sur son âge, encore plus avancé que celui du Koi , et qui pou • voit la dispenser de s'associer à aes évi^nemens dont elle ne devoit pas être témoin j elle s'étoit

(0 Manuscrits.

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