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n n'est que trop singulier. Le Roi peut manquer » tout-à-coup; il faut mettre pendant sa vie cette » machine en train, et l'avoir affermie avant qu- il » puisse manquer. On peut laisser Tenfant dans » les mains dés femmes , et lui donner des hommes 1» qui iront le' voir tous les jours , qui Faccoutu* » nieront à eux y et qui commenceront insensi* » blement son éducatioh ».
Le quatrième mémoire (0 de Fénélon est peutêtre le monument le plus effrayant que puissent offrir les annales de Thistoire ; il avertit à jamais les princes du prix qu'ils doivent attaêher à une bonne réputation , et que Topinion publique se venge toujours cruellement à leur égard) dli mépris qu'ils montrent pour l'opinion publique* Quand on voit un prince , tel que le duc d'Or- LXXVii. léans f naturellement humain et généreux ^ doué ^'Oricaas. de toutes les qualités aimables qui concilient kg coeurs et les affections ; un prince qui ne se permit jamais un acte de rigueur ; qqi dédaigna de se venger de ses ennemis et de ses calomniateurs^ aussitôt qu'il en eut le pouvoir ; qui porta même la clémence à un degré très-reminrquable; lorsqu'on voit un tel prince accusé , pat* toute une
(0 Ce mémoire est intitulé : Recherches de Fénélon n*ose
achever ; il craint àe souiller sa plume en indiquant la nature àvL crime.
«48 HISTDIUE DE FÉNÉLON,
nation y des crimes les plus lâches et lès plus atroces, on est d'abord tenté d'ïtftrlbuer un pareil déchaînement aux manœuvres profondes de la haine et de l'ambition. Cependant , il est certain que le duc d'Orléans n'avoit point d'ennemis ; son seul , son plus dangereux ennemi , étoit luimême; s'il fut infustçnient accusé , il ne dut s*en prendre qu'à lui seul. On le jugea tel qu'il aflfec-p toit de s^ montrer ; en refusant de croire à la vertu et à la probité, U mérita qu'qn doutât de sa vertu et de sa probité , et , comme le dit Fér. nélon , il ren4it çroja^le tout ce ^uon a le plus 4e peine à croire.
Il falloit que les horribles soupçons qui accu-* soient le duc d'Orléans du plus grand des crimes, fussent bien généralement répandus, et offrissent lous. les caractères de la vraisemblance, pour avoir pu rendre nécessaires'Ies terribles précautions consieilléea dans ce mémoire.
Ni Fénéloa, ni le duc de Beauvilliers, ni le duc de Chevreuse n'étoient prévenus contre ce prince, On voit même, dans les Mémoires de Saint-Simon > qu'ils l'avoient servi futilement auprès du duc de 3p>urgogne, dans nu temps où une intrigue imprudente en Espagne, avoit déjà jjeté sur lui le soupçon d'un grand attentat. C'étoit le généreux intérêt du duc de Bourgogne
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qui Tavoit alors garanti de rindignation de Louis XI Vy du courroux du premier Dauphin, du juste ressentiment de Philippe Y , et des. insinuations plus dangereuses encore de madame de MainteBon et de la princesse des Ursins. Le duc d'Or* léans f touché des vertus de Fénélon , du charme et de l'agrément de son esprit ^ frappé de la supé* riorité de son génie, entretenoit même avec lui une correspondance intéressante sur les objets les plus sublimes de la religion et de la philo« Sophie.
Ce n'étoit donc que malgré leur penchant na-* t-urel que Fénélou et ses amis se voyoienty pour ainsi dire, enjtratnés par la clameur universelle à le présumer coupable. Le mémoire de Fénélon peint la pénible anxiété d'un esprit qui n'ose croire ni à l'innocence, ni au crime, et qui s'épouvante lui-même de la nécessité de sonder ces affreux mystères. Chaque ligne de ce mémoire excite dans l'esprit du lecteur une espèce d'effroi ]
involontaire sur cet amas de soupçons atroces et de suppositions honûbles, que le cri universel d'un peuple égaré pat* la douleur, semble élever contre des personnages si augustes par leur nais** sance et leur rang,
« Ce seroit une grande injustice (0 , dit Féné^
(0 Manuscrite.
2t5o HISTOIRE D£ FÉNÉLON^
» Ion 9 €t un grand malheur^ que de soupçonner, » sur des imaginations populaires, sans un solide » fondement.
» S'il n'est pas coupable, on prépare à pure i> perte une guerre civile , en le tenant pour sus- » pect , et en Texcluant.
» S'il est coupable y il est capital de mettre en )i sûreté la vie du Roi, et du jeune prince, qui » est à toute heure en péril.
» S'il n'est pas coupable, et s'il est bien inten- » tionné, il seroit convenable de le traiter avec » confiance, et de l'engager par honneur.
D Ce qui me frappe , est que sa fille ( la du- » diesse de Benn ), qui est dans l'irréligion la . » plus impudente, dit^on, ne sauroit y être sans » lui, et qu'étant instruit de tout ce qu'on dit de » monstrueux de leur commerce, il n'en passe » pas moins sa vie seul avec elle. Cetie irréU- » f^wn j ce mépris de toute diffamation^ cet i >» abandon à Mme si étrange personne, semblent
» rendre croyable t(Mt ce qu'on a le plus de » peine a croire. Il est ambitieux et curieux de « l'àuenir.
)» Il y a des crimes qu'on ne peut jamais s'assu- » rer de prouver judiciairement, qu'après l'en* » tière instruction du procès. Il est terrible de » commencer celui-ci dans l'incertitude.