‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 4)Chapitre 79 sur 107 · PIW DU LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

PIW DU LIVRE SEPTIÈME

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1 Afri>is qpe F^nëlon «*einployoit avecf tant de zèle et de sollicitude à détourner, pi^rla salutaii^ influence de ses conseil^ , les ms^lieuFS <fai menaçoient l'Eglise et IXtat, il eut à reipplir un dsr voir d'un genre àiSér£aat. L'académie française s'occupoitàdonner une «nouvelle édition de son Dictionnaire j et eljie chargea M. Dader, son secrétaire perpétuel f de demander à iEénélon ses vues et ses pensées sur le plan ^qu'elle devoit i suivre. H ne crut pas poiivxûr se dispei^er de déférer au vceu d'une compagnie célèbre , dont ^ étoit membre; il imagina même de profiter d'une occasion si naturelle pour donner plus d'éte^idue aux vues de l'académie , et pour lui proposer un plan utile au progrès des bonnes études et d^e de la gloire littéraire de là nation.

Fénélon se ressouvint peut-être .alors des plai- *^nteries de madame de Maiiitenon (')^ qui pa-

(*) F'qyez tom. i.*', pag. a35.

a66 «HISTOIR-E BEtp^HÉLOlV,

' '' roissoit attacher assez peu d'importance aux tra- Fénélon à vaux de racadémle française. Ma<jlame de. Main* racadémie tenou , qui écrlvoit avec tant de goût et de pu-

françaûe. .

retéy sans avoir probablemenj; jamais ouvert le dictionnaire de Facadémie, ëtoit peut-être excusable de ne pas apprécier le mérite d*un travail si nécessaire , pour fixer la tradition des usages et des règles, consacrés par l'exemple et Tautorité des meilleurs écrivains ; mais le public étoit bien plus injuste encore que madame de Maintenon, dans les reproches qu'il hasardoit quelquefois, sur l'espèce de stérilité dont paroissoit frappée la première compagnie littéraire du royaume. On oublioit trop légèrement que tous les titres de gloire qui ont honoré les grands hommes sortis de son sein, appartenoienk en quelque sorte à l'académie elle-même.

On pouvoit en effet, on devoit même supposier, que le génie naturel des grands écrivains, qui ont jeté tant d'éclat sur le siècle de Louis XIV, avoit été puissamment secondé par la noble ému- . lation qu'ils avoient puisée dans une association, née, pour ainsi dire, avec Louis XIV, et environnée de sa gloire et de sa ptotectieii. MaisU malignité se plaisoit à établir un parallMe peu équitable entre les savantes et utiles recherches,' que deux autres compagnies littéraires publioient

dans leurs mémoires , et le travail sec et pénible d'un dictionnaire d'autant plus difficile à conduire à sa perfection , que les caprices et la mo* bilité de Tusage le condamnent sans cesse à subir de nouvelles variations.

Ce fut sans doute pour soutenir le courage de ses estimables collègues , dans cet ingrat emploi de leurs talens, et pour ouvrir à leur zèle une carrière plus vaste et plus utile ^ que Fénélon pro^ posa à l'académie un plan , dont l'exécution aurait rempli le véritable objet de son institution, et auroit servi peut,- être à prévenH les abus et la corruption que l'on a reprochés à la littérature du dix-huitième siècle.

Tel est l'objet de la réponse qu'il adressa à M. Dacier, et qui a été imprimée , depuis 'sa mort, sous le titre de Lettre h V Académie fran-çaisè. " •

Cette lettre est restée comme un de nos meilleurs ouvrages classiques, et comme un des plus propres à former le goût , par là sagesse des prin* cipes, le choix des exemples et l'application heureuse de toutes lès règles qui 7 sont ou rappelées ou indicAiées. Mais Fénélon ne l'avoit point écrite pour qu'elle devînt publique ; sa modestie ne lui auroit point permis de substituer son autorité i. celle de la compagnie littéraire , qui rendoit un

a68 HISfOI&E DE FÉZfÉI^ONy

liommage honorable à son goût et à ^s lumières^ La persuasion où il étoit ^uil .parloit à des col* lègues et ^ des amis , daijis le seci^et de la coa^ fiance ji et avec le seul désir de concourir à leurs

vues pour la gloire des lettres ^ lui donna le droi^ et le courage de proposer à Taçadémie une oocupajtion véritablement digne d'elle ; mais , comme il le déclare lui*méme , « ce n'est qu avec la ptlis » grande déÇance de ses pensées, et une sincère )> déiéreoce pour qeux qui daignoient le con* »/luUer». « *

Il est facil^e s^apercevoir , dès les premières lignes de la lettre de Féoélon, qu'il s'étdit fait, sur l'utilité d'un dictionnaire , une opinion qi^'oi^ trouvera peut-être trop sévère , mais qui parottra cependant asseai juste à ceux qui n'apportent ni prévention ni#enthousiasme dans les objets les plus chers de leurs études et de leurs occupations. If- Il convient ff que le diçtionpaire, auquel l'aca-

Du Diction- , . . .«i ^ • i • * n

naire. ^ demie travaille , mérite sans doute qi^ on 1 a*

2> chève; mais il ne dissiqiule pas que l'usage ^ » qui change si sojuvent pour les li^ngues vivantes, » pourra changer ce que ce dictionnaire aura » décidé ».

U croit bien que les Français l^^ plu$ polis peuvent avoir quelquefois besoin de recourir à pe dictionaaire, par rapport à dei terjpoues sur les-

quels ils doutent ; mais^ ce tjui est remai*quablie, ce^ qu'il fait consister son piuiâ grand ttiërité dans Futilité dont il peut être poluMfes ëtMhgers, curieux de notre langue , ou pour aider la postée rite à expliquer no^ meilleure aùtefdrs ,- lorsque ûotre langue aura cessé d^etré feh^usage. C'^t à ce sujet quAl observe y avec râisoit, combien UQtis devons regretter dé tfavbiï^ point dé* dittionriaired grecs et latins , fkitè ](]iar1esancien£râéxiiêâ.

On voit , dès ce d^bùt , combien Fénelon dësiroit que Facad^iiiite ne se rèùfernrât point dans tin sujet attssi clrtotïi^rit trt àtrs^i tangible qu'un Hctionnidré^ et il rinrvit^ i. jbitidfè au di/cttàn- TudtiB^ xm^^ràmmitiré firàtiçuisÈ ^ jiôtir faire remarqua lés règles , les ielceptkitïs, lès étymologies y bs sens figures ]4*artifiee de toute ta langue^ él ses tariàtforii. •

Péfaëlon jrt-dpbsè. également k Fîacàdémkr dé "^jôitidre à la grdttiràairè, mt t^éiorii^ué : mais il toriq[ue. observe qu'on doilrbièn moins traiter cette khé-^ torique, jous là fôritiè tlHrii système é<îc et aride de préceptes ^rbitràirèis , t|ue sotrs célfe tf un recueil qui rkssèmblëroit tbus tes ^tis b%àux pré^ cejftès d'Arifetote , dé Cîfcéroii , de Qmriiilîëh , de Luciéil , dé lortgili , lavec ï% testes mêmes dé céfs auteurs. Ces textes formerolent fes pi-încîpatii omeuiens dé tiétte rhétorique^ tt t^irbi^nt Ips

^70, HISTOIRE DE FésrÉLONy

plus beaux modèles de Féloquence. ce E^ ne pre- 3> liant que la fleur la plus pure deFantiquité, D on feroit un ouvrage < court, exquis et oeli* » cieux ».

Mais il ne se borne pas à inviter raca^émie y française à faive entrer, dans le plan jde ses tra*

vaux, le projet d'une grammaire et dJiune rhéto^ riqne^ il désire quelle s'occupe égaltement du projet d'une poétique et S nist traité sur l'histoire» jj ' ^^ La partie de cette lettre qui concerne la poétiqae. ~ tiçiic^ est peut- être un des morceaux les plus agréables de la littérature française, et les plus propres à fonner le goût des jeunes gens. On y observe, a'^ec une surprise mêlée d'admiration, combien Fénélon, déjà parvenu à ^n âge assez avancé, et presqu'uniquen^nt occupé, depuis trente ane des études les plus graves de la religion, et des discussions les plus épineuses de la ( théologie, étoit encore rempli de ce goûi si pur

de la- littérature grecque et latine , qui répand tant decharme sur tous ses écrits, et donne tant de grâce à toutes ses expressions. II. mêle à chacune de ses réflexions sur la poésie, quelques versde Virgile et d'Horace j et jamais on n'en a fait peut-être, dans un ouvrage aussi court, un choix , plus heureux et plus abondant. Ce qui frappe sur* tout , dans ces fragmens de Virgile et d'Horace ,

si bien assortie à son si|}ety c'est qû'ik respirent ^

cette sensibilité y qui étoit Timpression dominante

de son ame et de toutes ses afiections : c'est tou-

jours son attrait pour les plaisirs purs et innocens

de la can^agne , et pour le bonheur d'une con^

dition privée ; c'est toujours la, simplicité des

mœurs antiques qu'il fait contraster avec les ora*

ges des Cours et le tumulte insexisé des villes. On

ne peut même s'empécber de sourire, dé l'aimable

dépit, avec lequel il dit anathéme h ceux qui ne

sentent point le charme de ces vers de Virgile i

fVnl!unai« senez, htc, inier âxntiina nota Et fontes saccos^ frigiu captabis opacoxn.

On voit que Fénélon ne pouvoit avoir bonne opinion des coeurs froids et glacés; que le spectacle de la nature^ dans sa pureté^ sa fratcbèur et son intiocence, laisse insensibles à ces délicieuses émûtiotiÀ. La complaisance aVeé laquelle il cite sans cessé Virgile , annonce comUen il étoit pénétré de la- perfection inimitable d'un auteur avec lequel il avoit tant de oonformit&^ par le goût/ l'ame et le caractère,

Fénélon propose eijfiri à l'académie française j> «T' . ^ un projet qui seul anroit pu occuper dignement une compagnie composée de tant d'hommes distingués, cekii d'un traité sur Vhistoire, ■ « H. y a trè^-^peu d'historiens, selon lui, qui

aja UI8TOIKE DE FÉirÉLOHy

» soient exempts de grands <téfaiits. L*bistdire est » néanmoins très-importante ; c^est elle qui nous A montre lés^ grands exefmples i qm fak sérVir les i> vices mêtàës des m:écbans à Titistnictîon des » bons ; qui débrouille les origines et qni expfi- » que par quel chemin les peuples ont passé d'une » forme de goÙTernetnent à une autre, lie bon 9) bistorrén n'est d'aucun temps, ni d'aucun ptiys; » quoiqu'il aime sa patrie, il ne la flatte jamais * en rien ; il évite égalfetnent le panégyrique et »les satires i il ne mérite d'étré cru qu'autant 3> qu'il se borne à dire sans flatterie et sans tbali* » gnité le bien et le mal. La principale perfection n d'une histoire consiste dans fprdre et l'arran* » gement. Pour parvenit* à ce bel ordre , l'iusto*» » rien doit embrasser et posséder, toute s(m bi^ » toirem aoit la voir jtoute entière çoon&ed'^ne » seule viie« L'historien qui a un vrai géi^rie^ choi^ » sit sur vingt endroiteicelui oi^ un fait sera mieux M placé pûiur répandre la hiixâèir^^ s^t (6us Ic^ aur » très. Souvent un fait montré p^r! avance de » loin y débrouille tout ce qu'il pr^are ;; Souvent » un autre fait sera mieux dans son tout-, étant » mis en arrière^ en se présenîtant pluitard, il « viendra pins à propos pour faire kuaitrp d'autres » événemens. Une circonstance bi$n: choisi^ ^ vin » mot bien rapporté ^ un geste qui a rapport au

» génie y

* tlVKE HUITlisME» S'jS

m géûie, où à Thumeur d'un homme ^ est un trait 3» original et précieux dans riiistoire. Il peut » mettre devant les yeux cet homme tout entier. » C'est ce que Plutarque et Suétone ont fait par* » faitement$ c'est ce qu'on trouve avec plaisir » dans le cardinal d'Ossat; vous croyez voir Clé- » ment YIII qui lui parle tantôt à cœur ouvert ^ » et tantôt avec réserve ».

Il est sans( doute à regretter que l'académie française n'ait pas suivi le plan si sage et si utile ^ que Fénélon ne lui proposoit qu'en obéissant à son invitation. Toutes les parties de ce plan se renfermoient dans le cercle naturel des occupa^ tions et des connoissances d'une compagnie, litté-» raire , telle que l'académie française , et s'accor-* doient avec l'objet de son institution^

Mais le moment n'étoit pas favorable ; cette ^' ^

Dispute dea

compagnie étoit alors divisée par une question anciens et de littérature ; la dispute des anciens et des mo- ^^ moderdernes commençoit à exciter une controverse très-vive et très-animée parmi les gens de lettres» Les anciens et les modernes avoient pour partisans et pour adversaires les membres les plus distingués de l'acad^ie ; et cette question assez frivole produisoit des écrits très -passionnés et des animosités réelles.

Les deux partis cherchoimt également à s'ap- Férélok. Tom. IV. i8

2^4 HISTOIRE DE FÈHÊhoif,

puyer du nom et du suffrage de Fénélon* Il n^en épousa aucun ; il se borna à exposer avec impar* tialité ce qu'il pensoit à la gloire des anciens et des modernes, sans dissimuler les justes reproches qu*on avoit le droit dé faire aux uns et aux autres. Il termina même sa lettre à l'académie française par des réflexions si justes et si sensibles y qu'elles auroient dû rapprocher tous les partis , si l'esprit de parti pouvoit jamais entendre le langage de la raison et de la vérité. Sa kttre étoit adressée directement à M. Dacier, alors secrétaire perpétuel de l'académie française y et partisan exagéré des anciens. Il pai'ôît qti'ielle né ramena point M» Dacier à cette admiration jUBlé et raisonnable qu'il est permis d'avoir pour tes grands gé^ nies de l'antiquité) sans la transformer en un culte aveugle et superstitieut.

Cette controverse littéraire ne faisoil encore que de naître y lorsque FénélOû écrivit sa lettre à l'académie ; il se flatta que Lamotte y plus modéré par caractère que M. Dacier y entendroit plus facilement son langage et ses s^ntimétis. Lamotte faisoit profession d'avoir aulâiât d'attachement pour la personne de Fénékm^ qilf'il atdif d'estime et de respect pour nii prélac aifssi distingué dans la république des lettres par se# ^rits y qu'il l'étoit dans l'Eglise par l'édat de sa dignité et de

livue HtriTiÈMS. 27S

ses ver tas. Lorsqu*après la tnort dé FH^nëlon f Lamotte fit imprimer le recaeil de ses |>ropres ouvrages ) il crut leur donner plus de prix en y faisant entrer cette correspondaàce arec Tardiez vêque de Cambrai. Il déclare lui-même dans Yaifis qu'il plaça à la tête de cette correspondance, ce çuUT aimait à se faire honneur devant )> le public de V amitié d'un hommô si respect » toile »•

Dans le temps même où Facadémie françaisisi consultoit Fënëlon sur des questions de littéral tare , un des princes les plus distingués par soti esprit, et par un mélange de qualités l>riliantes et de vices boùteux (0 , le consultoit sur les ques^ tiens les plus importantes <le la philosophie 1 cal: dans ce siècle extraordinaire > la philosophie avoit toujours un caractère religieux, et ceux lûémc^ que leurs passions învitoient à se soustraire au joug importun lîe la religion , se croyoîent obligés de Tinterroger et de Tentendte avant que de la con« damner.

Cette disposition universelle dé toUs les e^itSs il'atiroit jamais permis à cette époque d^agiter une question de philosophie , sans l'appuyer sur la base fondamentale de la crdyancé d*un Di^u ; c'est aussi en ce sens , stiivant Tobserva^n d*im

(*> M. le duc d'Orlëans.

2^6 BISTOIEE DE FÉNÉLOlfp

auteur moderne (0, <c que la religion entre tlans » toute bonne philosophie , et c est par cette- rai- » son que la philosophie du siècle de Louis XIY 3» fut souvent sublime; si elle sVgara quelquefois ^ » ce fut presque sans danger , et toujours sans » scandale ».

Féné^on s'étoit occupé dès sa première jeunesse de cette véritable philosophie , appliquée à la religion , qui embrasse dans ses sublimes méditations tout ce qui est digne de fixer l'intelligence humaine depuis l'existence de Dieu jusqu'à la nature de notre ame et ses destinées; questions toujours si attrayantes pour les esprits raisonnables qui aiment à y trouver le fondement et là sanction de toutes les vérités morales. Une ame qui sent et qui réfléchit ^ ne peut jamais trouver le repos et le bonheur dans les fatigantes agitav tions du doute et de l'incertitude.

« Cette curiosité est inséparable de la raison j» humaine y et c'est parce que celle-ci a des » bornes et que l'autre n'en a pas. Cette curiosité » en elle-même n'est point un mal ; elle tient à ce » qu'il y a de plus excellent dans notre nature ; » car s'il n'est donné de tout savoir qu'à celui qui » a tout fait , l'homme s'en rapproche du moins •y autant qu'il le peut^ en désirant de tout con-

(0 M. de Laharpe.

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