LIVRE TROISl£lf£. 2S
)» étonné totale monde par ses rugissemens con- Noailles, x3
» tmuelf^ durant plus de vingt mois. Le Pape^ TmIu^ )
» tomàté de cooipassion , vouloit qu'on supprimât
» le nom de lauteur; mais on lui fit entendre
^ que cda ^e sç pouvoit pas ,. pui^qfMe Tauteur
» même s'^oît nommé et manifesté à toute TE-
91 glise..*. Je regarde le su<ccès da TaiTaire comme
»' un mirade de la difitie Provideuoe 3 car , selon
« les règles de la sagesse humaine, ell^ ne devroit
» pas ai tAt ni si henreufiem^Di^ finir.**. J'ai un peu
» de peîiiede ce qcte U jw^m^t n^ soit pas en
». forme de Mie^ quoiqu'un iref soit essentiel-
» Lemeni la méme^chose. C'est en vérité heau-
« coi^ i^ue i'on ixit ^àtmu cette déai^io^ * attentif
» cireumstantiià 9.
L'abbé de Chasterac apprit en ce$ termes à Fénélon le jugement qnile. condanmoit :
• « Voici^ Ifonseignenr^ Ij&içmps de mcttr^-ed Lxxvi.
, 1. . . ' i> '. Lettre de
» pratique ce que ia xdigi/on yous: a ym^y^ laii p^bbé de » commpi^dre de ahis saû^t daiM;la pa^fait^ conr ^^«n^^rac à
^ Fënélon, i4
a formaté à la wolonté tJe Dieu, Voiâ la tçpips, mars 1699. «si^e l'ose dire 9 et pour tous et. pour ceux qui (Manuscr.) 3» TOUS sont unis y d*étre obéissait à Jéstis-CUrist » jusqu'à la mort, et a la mor^ d<e la eroix, afin 31 que oeux qui vivent ne vivent plus à eux-mêmes. » Vous avez .besoin de toute votre piété e% de » toutç la soumission que vous avez si souvent » promise au Pape dans tos lettres ^ pour possé-
aSa HISTOIRE DE FÉRÉLONy
» der votre ame avec patience , en lisant le bref » qu il vient de donner et de publier contre votre » livre. Il seroit inutile de vous dire ici certaines » circonstances qui ont accompagné cette déci- » sion^ et qui ne serviroient quà la rendre plus » accablante. Ze zèle de çuelques particuliers » allait jusqu'à croire rendre service à Dieu^ en » demandant encore d^ autres choses plus flétris^ » santés et d'un plus grand éclat, et le Pape a a*u 1» faire beaucoup pour vous, de leur résister lait dessus. On a cru que je devois le voir^ non- » seulement pour Fassurer de votre soumission à » son jugement y mais encore pour d'autres choses » dont je pourrai peut -être vous rendre compte » à la fin de cette lettre. Quelle différence entre » cequ*ildit en particulier, et ce que son bref fait » entendre au public ! Nous ne saurions être tous » ensemble si affligés , comme il le paroissoit lui » seul, de ce qu'il pouvoit y avoir de pénible » pour vous, dans le jugem^t qu'il vfnoit de » rendre^ il en paroissoit changé à n'être pas re« » connoissable. Il me dit plusieurs fois qu'il vous 3» connoissoit pour un grand archevêque, très- 9 pieux, très-saint, très -docte, piissin^o, son- » tissimOj dottissimo : ce sont ses propres termes ; » car il parloit italien. Je ne dois pas vous dire » ici ce que je lui répondis.
» Tous vos amis, Monseigneur , croient que
» VOUS devez recevoir ce bref avec une {Parfaite >i soumission /telle que vous Tavez promise ^ sim- >x pie et sincère; ils sont persuades mêmé^ que » plus elle paroltra simple y plus elle sera ajgrëable » à Dieu et aux hommes^ II semble qiie notre Sei- » gneur vous destine autant à édifier toute l'E- » glise par votre soumission , qu'on veut faire » croire qu'elle a été scandalisée par votre livré. » Ce seul exemple donnera une plus grande idée » de la perfection des vertus chrétiennes , ^e » tout ce que vous auriez pu dire de plus saint x> sur la religion. Je n'ai point balancé à dire que » vous rempliriez exactement toutes vos prb- » messes , parce que j'ai toujours été pénétré de » ces paroles si touchantes que je vous ai entenda )i dire plusieurs fois : Je ne me compte pour rien, » ni moi, ni mon livre; et je sais combien vous » vous êtes appliqué à regarder dans toute votre » conduite Taiiteur et le consommateur de la ibi, )»*qui par le seul plaisir de rendra gloiiie à Dieb^ » sait supporter jsa croix et mépriser la confusion. » Jésus -Christ attaché à la croix ^ exposé aux » divers jugemens des hommes y et abandonné de » son Père y me paroît aujourd'hui /Monseigneur, » le vrai modèle que la religion vous propose à n imiter , et que le Saint-Esprit veut former en » vous. G*est principalement dans des états sem^
2S4 Hlfi^TOlIlE DE FÉirÉLONy
M bkbles à celui oii la Providence vient de vous » mettre^ que le Jatte vit de la foi, et que nous % devons dire fondés et enracinés dans la oUtfritë » de Jésos^-Christ. Qui>e8t«ce qui nous en sëpa*- » rera? ']mnm |e n'ai été si étroitement uni aveo » vôui pour réterbité. Je ne voils quitte poînti » et jd trouve même quelque consolation à detf meanir ferme et ti^anquillé aojt^ pied de votre s dois, f pour donner cette manque publique de
s ta confiadce que f ai t€>tkjours eue en ;votre
s piété »* - Lxxm Fénâoh étoit déjli instruit du. désTet rendu à
Résignation
de Fénélon. ^^^^ contr6 SOU livre ^ avant que les lettres de Irabbé dé Cbanterae lui fassent parvenues. Le comté de Fénélonf^ son. frère , étoiç paittien poste de Paris pour faiî en portes la prenàère nouvelle , et û était arrivé à Gàasbrm le aS* miars, jour de r Aimoscialion ^ au ihomen t oà Farchevéque aUeit monter en dœtûre pour prêcher sof la solennité du }oar# Qoelqu'afFecté qu il fiit d'une décision «i contrsnre à son attente^ la rdjig^on: conserva ua tel empire sur cette ame vertueuse^ ^'il. se re--^ c9iie3Ht s8iidettielst quelques instans.pour dianger tout le plan du. sermon qu'il awiit préparé; il le tomna sur ta parftûte soMmissifeii' due àiràtutoriité àéÉ supérieuis. La nouveBedi^ lai condamnation de Fésiâen «toit déjà raqpideineiEi cirlnslË dastt la
LIVEÈ TSOISIÈME* îfSS '
Hombrettse assemblée qui récdutoit* Cette admi* rable présence d'esprit , ce mouvement sublime^ ce cabne religieux , qui attestoit d'avance la sou* mission de Fardievéque de Cambrai ^ et qui en étoît rengaganent solennel , firent couler de tous les yeux àe% larmes de tendresse ^ de dôdieory de respect et d'admiration.
Fénâon n'hésita pas \ il n'avoit pas hésité un seul moment ; il ne eonnoisscMt pa&#ncôre le dis« positif du jngemeDli qui le condamnent ^ et il s^occtt» poit déjà de rédiger l'acte public cle iMt soumission; Cest ce que nous voyons par la lettre qu'il écrivit à l'abbé de CbanteraCi aussitôt qu'il eut apprif de Paris que Rome l'avoit* condamné. « J'attende i^^re da » la bulle pour mesurer sur ses paroles ceHes du ^T^arsiegg.
(Manuflcr.)
4 mandement que je^ ferai. Si je puis l'avoir pat » Paris y je ne perdrai pas ui) «eul mîûfiàent pour » adresser mon acte ^ et je tâcherai de le faire le 3f pluB simple et le plua court qu'il pourra Tëfre. % Les uaages de France ^ qu'on me fefoit un orime » irrémissible de violer, ne me permettent pas de » pnbtieip mon mandement de soumission à la >i buUe^qu^elle n ait été enregistrée au parlement* » En tûot c^ , et dans tout mon procédé , je 9 veux montrer ce qui est sineèns en moi, c'est-* » àhdire un cceur qui n'a aucun ressentiment , un ^ sincère respect pour le saint Siège, et une sou-*
âS6 HISTOIKE DE FÉZIÉLONy
I» mission sans restiictioa à son jugement ^ quel-^ Wcm, an » q^q rigoureux qu'il soit.,. Mon plan est, i.o de
même y 3 avr.
1699. (Ma- ^ donner par pure religion à Rome la plus sin» niucritfl.) ^ cère Soumission ^va."" de ne songer à en tirer » aucun parti d'aucun côté; S.** d'être toujours » dans un désir ardent de ne dép^ire plus au » Roi y mais de ne point faire des démarches » qui devroient lui rendre ma conduite suspecte, 9 et me reh^^e indigne des grâces dont il iu'a » comblé ; ^.o de donner dans ^toutes les occa< » sions toutes les marques possibles d'un cœur » sans fierté ni ressentiment à l'égard de mes » parties, mais sans mettre jamais en doute la » pureté de mes sentimens pour les appaiser , «t ]» sans soufirir aucune négociation à cet égard. 3» A. cela près, je les préviendrai sans répugnance » de la manière la plus humble et la plus paci- » fiqhe ». .
Fénélon, craignant que les délibérations de la Cour pour la réception légale du bref du Pape ne traînassent en longueur, ne voulut point laisser Rome, la France et l'Europe incertaines de sa soumission au décret du saint Siège. Il étoit aussi impatient de la proclamer, que d'autres auroient pu être disposés à l'éluder. H s'étoit eij^pressé d'écrire au marquis de Barbezieux, secrétaire d'Etant , et de lui envoyer un mémoire
pour
xivue TROisxkMï* a57
pour le Roi , par lequel il demandoit d'être instruit des intentions précises de Sa Majesté , pour savoir s'il devoit reconnottre le bref par ' son mandement avant que le parlement leût enregistré. La Cour, encore incertaine de la forme qu elle adopteroit pour l'acceptation d'un bref qui ofTroit plusieurs irrégularités conti^aires il nos usages ^ ne se hâta point de répondre à l'arcbevêque de Gambjai ; et ce ne fut qu'au bout de huit jours que M. de Barbezieux lui écrivit : ce Qu'en réponse à son mémoire , le Roi lui avoit » ordonné de lui mander qu'il ne pouvoit trop » tôt finir la fâcheuse afhire dont il y étoit 3» parlé».
Mais Fénélon n^avoit pas même voulu attendre la réponse du ministre, pour faire connoitre à Rome la -sincérité de ses dispositions. Il s'étoit empressé d'envoyer à l'abbé de Ghanterac une lettre pour le Pape, et une copie du çiandement qu'il se proposoit de publier; mais il lui recommandoit de ne point les remettre ofBciellement au Pape, jusqu'à ce qu'il eût reçu l'approbation de la Cour. II avoit lieu de craindre « que ses parties ne le fissent passer pour un Lettre de Fé. n mauvais français y si on savoit qu il eut reconnu ^^ ^^ chand un jugement de la Cour de Rome , sans y avoir terac, 4 avril » été autorisé par le Roi ». Il vouloit seulement ^uscrits.) Féjnélon. Tom. II. 17
Sl58 HISTOIRE DE FÉNÉLON^
que l'abbé de Chanterac donnât à Rome une connoissance assez publique de ses dispositions , pour que le saint Siège et l'Eglise romaine fussent parfaitement convaincus de sa soumis$ion. U ajoutoit : <c Je crois que vous trouverez le projet du » mandement si simple , si net , si absolu , qu'on » ne peut équit^blement souhaiter qu'il aille plus » loin ^ je n'y ai même rien mis de tout ce qui 2> peut justifier ma pei*sonne » •
Fënélon profita également d'une occasion assez naturelle qui s'ofirit à lui , pour qu'on ne pût avoir en France la plus légère incertitude sur ses intentions. >
L'évéque d'Arras (0^ son sufTragant, lui avoit écrit, dès que le Jugement du Pape avoit été connu, une lettre pleine d'intérêt et de respect , dans laquelle il exprimoit avec une espèce de réserve la ferme confiance où il étoit de son entière obéissance. Fénélon lui fit la réponse suivante : LXXVin. ce Permettez- moi y Monseigneur, de vous dire Fénélonaré- ^ grossièrement que vous avez été trop réservé vêque d'Ar- » en gardant le silence. Qui^st-ce qui me par- » lera, sinon vous, qui êtes l'ancien de notre » province? Il n'y a rien , Monseigneur ,. que vous » ne me puissiez dire sans aMcun ménagement.
(*) Guy de Sève -de Rochechouart^noâuné & réyéché d'ArraS en 1670, ae démit em 1791.
ras.
3) Quoique je sente ce qui vient d*étre fait, je dois » néanmoins vous dire que je me sens plus en paix » que je n'y étois il y a quinze jours. Toute ma n conduite est décidée. Mon supérieur, en déci*- 3» dant , a déchargé ma conscience ; il ne me reste 3» plus qu'à me soumettre , à me taire ^ et à porter M ma croix dans le silence. Oserois - je vous dire » que c'est un état qui porte avec lui la consola- M tion pour un homme droit , qui ne veut regarni der que Dieu , et qui ne tient point au monde. » Mon mandement est devenu, dieu merci, mon M unique affaire , et il est déjh fait. J'ai tâché de » choisir les termes les plus courts, les plussim-
3» pies et les plus absolus U seroit déjh publié,^.
3» si je n'attendois les ordres du Roi que j'ai de- >i mandés à M. de Ba]i>ezieux, pour ne point bles- » ser les usages du royaume par rapport à la 9 réception des bulles et autres actes juridiques 31 de Rome. Voilà, Monseigneur, Tunique raison » qui retarde la publication de mon mandement. » Il coûte sans doute de s'humilier ^ mais la 3> moindre résistance coùteroit cent fois davan- » tage à mon cœur; et j'avoue que je ne puis » comprendre qu'il y ait à hésiter en une telle » occasion. On souffre ; mais on ne délibère pas » un moment ».
L'évêque d' Arras ^ touché de tant de vertus et
Ik^Q HISTOIRE DE FÉNÉLONy
de candeur y s^empressa de répandre des copies de cette lettre dans le public ; elle y excita la plus vive sensation y et cette impression devint un sentiment universel d*admiration , lbi^qu*on lut le mandement de Fénélon. II le publia le 9 avril 1 699, dès le lendemain du jour oii il en avoit reçu la permission du Roi par le ministère de M. de Barbezieuz.
LXXIX. (c Nous nous devons à vous sans réserve^ mes bliesonman. ^ très-chers Frères, puisque nous ne sommes plus dément de » à nous, mais au troupeaii qui nous est confié :
iOamission
an jugement » aufôinousnous regardons comme VOS sei*viteurs qui le con- ^ pour Tamour de Jésus-Clirist. C'est dans cet es-
damne. * ^
3» prit que nous nous sentons obligés d'ouvrir ici » notre cœur, et de continuer à vous faire part » de tout ce qui nous touche sur le livre inti- 1» tulé : Explietaion des Maximes des Saints. » Enfin notre très-saint père le Pape a condamné » ce livre avec les vingt-trois propositions qui en » ont été extraites par lin bref daté du 12 mars » 1699, qui est maintenant répandu partout, et » que vous avez déjà vu.
)> Nous adhérons à ce bref, mes chers Frères , » tant pour le texte du livre que pour les vingtn trois propositions, simplement , abselument et » sans ombre de restriction. Ainsi nous condam*^ iè nons tant le livre que les vingt-trois proposi--
^ tioàs, précisément dans la même forme et » ai^c les mêmes çtutlifications , simplement, T» ubsolument ^ et sans aucune restriction; de » plus noas défendons sous la même peine à tous » les fidèles de ce diocèse de lire et de garder ce » livre.
» Nous nous consolerons, mes très-chers Frères, » de ce qui nous humilie, pourvu que le minis- » tère de la parole y que nous avons reçu du Sei* » gneur pour votre sanctification, n*en soit pas » afibibli, et qpe nonobstant rhumiliation du » pasteur, le troupesiii croisse en grâce devant » Dieu.
» C'est donc de tout notre cœur que nous vous » exhortons à une soumission sincère et à une do^ » cilité sans réserve, de peur qu'on n^alière in^ j» sensiblement la simplicité de Vobéissance due » au saint Siège, dont nous voulons, moyennant » la grâce de Dieu, vous donner Texemple jus- 3» qu'au dernier soupir de notre vie.
» ji Dieu ne. plaise çuil soit jamais parlé de » nous, si ce rCest pour se souvenir qu*un pas^ » teur a cru devoir être plus docile que la der^ » niere brebis du troupeau , et qu'il n*a mis au* » eune borne à sa soumission.
» Je souhaite, mes très-chers Frères, que la » grâce de notre Seigneur Jésus*Christ , Tamour
a6a HISTOIRE de fénélon^
il de Dieu et la communication du Saint-Esprit, » demeurent avec vous tous. Amen ».
François, Archevêque, duc de Cambrai;
Fénélon, avant d'adresser officiellement son mandement au Pape, lui avoit écrit en ces termes :
« Très-saint Père , liXXX. » Ayant appris le jugement de Votre Sainteté Fénélon au » Sur mou livide, mes paroles sont pleines de dou- ^^P®' » leur, mais ma soumission et ma docilité sont
» au-dessus de ma douleur. Je ne parle pl.us de » mon innocence^ des outrages que fai reçus, » et de tant d'explications données pour justifier , 3) ma doctrine. Je ne pai4e plus de tout le passé. » J'ai déjà préparé un mandement que je me pro- » pose de publier dans tout mon diocèse , par le- >i quel, adhérant humblement à la censure apos- » tolique, je condamnerai mon livre avec les » vingt-trois propositions çùi en ont été extraites, » simplement, absolument et sans aucune omhre » de restriction, et défendrai sous les peines por- » tées par le bref, à tous les fidèles de ce diocèse , » de lire ou de garder ce livre.
» Je suis résolu, très -saint, Père, de publier » ce mandement dès que j'en aurai reçu la per- 3» mission du Roi, et je ne différerai pas un mo-