‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux;Chapitre 35 sur 56 · HISTOIRE DE FÉ^ÉLON · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE FÉ^ÉLON

lippeaux tradaire cette lettre (0 comme une si^u^ mission apparente et forcée. Il s étonne de ce que Fënëlon parle de sa douleur, des iHitrages qu'ila reçus, de la pureté. de ses intentions, de^ ses efforts pour justifier ses seniimens par ses eJBplications*

Le même abbé Phélîppeaux ne trouvoit dans le mandement de Fénélon ^ dans ce mandement dont toutes les expressions parlent à Famé et au ceeur (^) ^ çu'un langage sec et plein de paroles vagues, qui pouyoient n'exprimer qu^une sour mission extérieure et forcée.

Mais on doit vanter la douceur et la modéra*

tion de Fabbé Ehélippeaux, en comparant son

style à celui de labbé Bossuet.

Lettre de « Je me suis procuré une copie de la lettre

\ ^ » de M* de Cambrai au Pape, Je vous avoue

8uet a son «

oncle y 5 mai s qu*au lieu d*en être édifié , j*en fus scandalisé

^^' 91 au dernier point II ne me fut pas difficile

» d'en découvrir tout l'orgueil et tout le venin ;

» et il me semble qu'il n'y a qu à la lire sans

» passion pour en être indigné ».

On s'afflige de voir Bossuet lui*méme partager

Lettre de jusqu'à un certain point cette préyention. « La

Bossuet , la ^ ig^j.g de M. de Cambrai à M. d'Arras est ici

avril 109g.

» prise fort diversement. La cabale l'exalte, et

(0 Relation da Quiétisme. — (*) lUd.

» les gens désintéressés y trouvent leaucoup )i d'ambiguïté et de faste ».

Bossuet se montre encore plus sévère pour le mandement de Fénélon que pour sa lettre à Tévêque d'Ârras. <c On est très-ëtonné que M. de Lettre de » Cambrai y très-sensible à son humiliation ^ ne ^°^°* **°" » le paroisse en aucune sorte à son erreur.. ...• avril 1699. » qu il veuille qu'on ne [se soux^ienne de lui que » pour reconnoitre sa docilité j supérieure k » celle de la moindre brebis du troupeau; c'est*- » à-dire qu'il veut qu'on oublie tout , excepté » ce qui lui est avantageux. Enfin ce mandement » est .trouvé fort sec, et Ton dit qu'il est d'un » homme qui n'a songé qu'à se mettre à couvert a> de Rome sans avoir aucune vue d'édification »•

Mais ces réclamations ^ concentrées parmi le très-petit nombre de personnes qui avoient pris une part si active à la condamnation de l'arche* véque de Cambrai , furent étoufi^es par la voït unanime de Rome , de la France , de l'Europe, de toute la chrétienté. Le mandement de Féné-» Ion est resté dans l'opinion de ses contemporains et de la postérité , comme le monument le plus honorable de sa gloire.

Le chancelier d'Agu^sseau peut être regardé comme un digne interprète de l'opinion publi-

, - . T^i.y^. 1 lier d^Agues-

que. « Liircheveque de Cambrai ( écrit ^ grand ^^^^

Jugement du chance-

â66 HISTOIRE DE FÉNÉLONy

» magistrat) (0^ qui avoit combattu comme un » lion pour la défense de. son ouvrage^ tant » qu'il avoit espéré de vaincre , ou du moins de 31 n'être pas vaincu j prit en homme d'un esprit » supérieur le parti de se soumettre d'abord » comme la plus humble brebis du troupeau»

» Ce fut l'expression dont il se servit dans l'acte » de sa soumission ; il n'attendit pas même que » le Roi eût fait la moindre démarche pour au- » toriser le bref dans ses Etats ^ quoiqu'aucun » décret de la Gour de Rome ne puisse y être -» reçu sans l'aveu de son souverain. U fit, en » prévenant cet aveu W , une de ces fautes heu- » reuses qu'il n'appartient qu'aux grands hommes » de hasarder; et ne pouvant plus éviter la con* » damnation de tous ses confrères ^ il se hâta de y> s'assurer au moins l'honneur de s'être cori- » damné le premier. Son mandement court et » touchant consola tous ses amis , affiigea 'tous » ses ennemis , et démentit la prédiction faite » par l'évêque de Meaux dans la chaleur de la » dispute j çue si Varche^êçue de Cambrai était » condamné^ on verroit bientôt renaître la dis^ s> tinction du fait et du droit, et toutes les autres

(0 Mémoires da chancelier d'AgaesBeanytom. xiii, pag. i8i, (>) On a vu que Fénélon n'avoit pablié son mandement q[a*a<prés à?oir reçu rautoiûation du Roi;

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» subtilités ^ont on ne fait que trop d'usage » dans les discussions thëologiques (0 ».

Fënélon eut tout lieu de s'applaudir d'avoir exprimé dans les termes les plus simples et les plus précis son adhésion au jugement qui le condamnoit. C'est ce qu'il fit observer dans une secqnde lettre à l'évêque d'Arras; ce prélat l'avoit probablement instruit des réflexions critiques de Bossuet. « En vérité , je n'ai rien tant à cœur que . ^^^^ » d'aller droit jusqu'au dernier soupir de ma nélooàré?é- » vie...«. Je serai aussi ferme conti^e mon livre , ^^ » que j'ai été ferme jusqu'au deraier moment de » la controverse pour soutenir ce qui me paroi»- » soit devoir le justifier..... Je n'ai voulu dans » mon mandement supprimer que les choses qui 3> auroient pu servir à m'excuser envers mon » troupeau. Il m'a paru que cette brièvetéVen- » doit mon acte plus simple , plus humble, plus 3> précis et plus décisif. Si je m'y fusse étendu da- 9 vantage, quelle critique n'eût • on pas faite de

(') Lorsque le mandement de Fénélon fut réimprimé k Lour Tain 9 le doctear Stejaert, en aatoriaant cette réimpression en qualité de censeur, fit une application heoreose d*un passage de Tacite, à rexemple de soumission que Farchevéque de Cambrai ?enoit de donner : Pro quo exemplum tfucenmUty id oUm pro exemplo erit^ ce que nous sommes aujourd'hui en peine d'autoriser par des exemples, en sera un pour la postérité.

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» mes paroles les plus simples , les- plus inno* 3» centes et les plus* soumises ».

Aussitôt que Fëvéque de Chartres eut connois* sance du mandement de Fénélon ^ il s'empressa de faire les avances à un confrère vertueux qu ii avoit toujours tendrement aime, quil n'avoit combattu qu'à regret /et quil n'avoit jamais LXXxn. cessé d'estimer ; il lui écrivit : « Monseigneur , je

Chartr«^féli- " ^^^ ^^^^ ^ ^ soumissiofi parfaite que vous cite Fénélon » témoignez au bref de Rome. J'ai toujours pris

sur sa 80U. i % . i .

mission. ^ ^^^ de part à ce qui vous touche , que je ûe » puis vous exprimer assez combien mon cœur 3» est touché de l'action humble et généreuse que « » vous venez de faire. Je l'ai toujours attendu

» de votre piété. Je prie Dieu de tout mon cœur , » Monseigneur y qu'il achève en vous ce qu'il y a » fait par sa grâce, en vous soutenant jusqu'à la » fin dans les sentimens que vous faites paroitre » à toute l'Eglise y du plus sincère retour , et » qu'il vous comble de plus en plus des consola^- » tions qu'il mérite ».

liXXXill. Fénélon lui répondit : c< Monseigneur y je reçois Fénélon ^' ^ ^ ^**^^ ^^ moment la lettre que vous m'avez fait l'évéque de » l'honneur de m'écrire , et je me hâte de vous

Chartres. ♦ /. .

» en faire mes très -humbles remercimens. Quoi- » que j'aie tâché de ne regarder que Dieu dans » ce que je viens de faire, je suis néanmoins fort

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