LIVRE T110I3IEMS. S
)> aise j Monseigneur ^ de voir par les termes dont s» vous vous êtes servi, combien vous Fapprouvez. » Trouvez 'bon y s'il vous plaît ^ que )epr^ine la » liberté de me recommander à vos prières ^ et u que je vous assure, de la sincérité du respect » avec lequel je serai toute ma vie »• Il eût été à désirer que les deux autres prélats euss^oit prévenu Fénélon par des avances aussi franches et aussi religieuses ; ils avoienit tous les honneurs de la victoire ; ils étoient en possession du crédit et de la laveur; et^ selon les règles de la délicatesse e| de la générosité, ils ne pouvoient que s'honorer '
eux-mêmes en faisant les premiers pas.
Le cardinal de Noailtes fut probablement re»
tenu par cette espèce de tinûdité qui lui étoit na* turelle , et peut-être aussi par le sonvenir de quel*» ques procédés dont il craignoit que Fénélou' n eût trop fidèlement gardé la mémoire. .
Bossuet crut beaucoup faire en aUant chez LXXXiV. M. de Beauvilliers , peu de jours après J'arrivée je Bosmet. du bref de Rome, lui déclarer <c.qu!il.avoit vu » avec peine une lettre de M. de Cambrai au 3» nonce y dans laquelle ce prélat Faccusoitderé* » pandre de tous cotés que sa soumission neseroit » qu'apparente et extérieure , que cela étoit bien » éloigné dé sa pensée, et quil sonhaitoitque 9 M. de Cambrai en fût instruit^ afin de prévenir
fk'JO HIStOI&B DE FÉNÉLONy
» ceux qui tâchoient de Taigrir . contre lui ». Comment Bossuet pouvoit-^il ci*oû*e qu une de-* marche aussi insignifiante, après des procédés aussi véhémenSy pbuvoit suffire pour guérir les plaies d*un cœur aussi sensible et aussi délicat que celui de Fénélon ?
Cependant M. de Beauvilliers se crut obligé d-en rendre compte à son ami. Nous avons encore sa lettre , écrite de sa main j elle achèvera de faire connoître le caractère et lame de cet homme respectable.
Lettre de « M. de Meaux sort de chez moi, il y a environ viûiers àFé- ^^ ^^^ heure; il m'a fait compliment sur la sounélon, 37 j, mission que j'avois marquée au décret du Pape (Maniiflcr. ) '> sur votre livre, et de la diligence avec laquelle, » suivant qu'il est ordonné aux fidèles, fen ai » remis entre les mains de M. Tarchevéque de » Paris l'exemplaire que f avois eu lors de Fimn pression. Je lui ai répondu que cétoit la suite » naturelle de la disposition oii.favois toujours. » été d'acquiescer pleinement à la décision du » saint Siège, et que je ne faisois en cela que ce » qui. est d'obligation pour tout fidèle. J'espère ^ » mon cher archevêque , quejvçus serez et parot- «> trez, à la face de toute l'Eglise , dans la même. » soumission. (Pardonnez-moi le mot d'espérer; » il ne signifie pas assez, et on doit, je crois ,
< LIVRE TEOISIÈME. 3^1
» pour VOUS faire justice, mettre qu'on est certain.) » A propos de soumission, M. de Meaux m*a » chargé de vous mander que, dans une lettre » que vous avez écrite depuis peu à M. le nonce, » vous lui aviez imputé d'avoir rénan<bi que votre » soumission ne seroit qu'apparente, et point » intime , ni sincère. Il dit qu'il n'a jamais tenu à » qui que ce soit un discours semblable; qu'il se » le reprocheroit, et auroit tort devant Dieu et » devant les hommes d'avoir de vous un pareil » sentiment. Comme rien ne l'oblige à cette ex-/ » plication, surtout à présent que la chose est » jugée , je ne vois que la vérité seule qui doive » l'obliger à parler comme il fait, et à s'adres- » ser à moi pour me prier de vous l'écrire.
» Je souhaite, mon cher archevêque, que » vous retrouviez le calme après d'aussi rudes et » d'aussi longues tempêtes que celles que vous » avez essuyées, et je prie Dieu d'être votre force » et votre consolation ».
La réponse de Fénélon est remarquable.
« J'ai reçu votre lettre , mon bon duc , avec LXXXV. » une extrême consolation; tout ce qui me re- Fénélon à M. » nouvelle les marques de votre amitié adoucit ^« Beauviln ma peme. Ce que vous me mandez que vous 1699. » avez fait pour obéir au Pape, en vous défai- (Manascr.) » sant de mon livre, m'édifie et ne ine surprend
27^ HISTOIEB DE FÉNÉLONy
9 pas. Je connois votre attachement à une obëis* 9 sancesimple^ et je nepourroisvousreconnoitre » à une autre conduite. Vous savez bien que je 19 n'ai jamais estimé , ni toléré aucune piété qui » n*a pas ce sc^ide fondement;
» Pour moi ^ je tâche de porter ma croix avec » humilité et patience. Dieu me fait la grâce » d'être en paix au milieu de Famertume et de la » douleur. Parmi tant de peines , j*ai une conso- » lation peu propre à être connue du monde, » mais bien solide pour ceux qui cherchent Dieu » de bonne foi; c'est que ma conduite est toute ^ décidée^ et que je n'ai plus à délibérer. Il ne me 3» reste qu'à me soumettre et à me taire ; c'est ce » que j'ai toujours désiré. Je n'ai plus qu'à choisir » les termes de ma soumission ; les plus courts , 1» les pins simples y les plus absolus, les plus éloi- » gnés de toute restriction , sont ceux que j'aime » davantage. Ma conscience est^déchargée dans a» celle de mon supérieur : en tout ceci , loin de » regarder mes parties , je ne regarde aucun » homme ; je ne vois que Dieu, et je suis content » de ce qu'il fait.
» Quelquefois j'ai envie de rire de la crainte
n que certaines personnes zélées me témoignent
» que je ne pourrai peut-être pas me résoudre à
» une soumission. Quelquefois, je suis impor*
» tune
. iiv&E tp&oisikue. 273 •
» tuné de ceux qui m'écrivent de longues exhor-^ » talions pour m'engager à me soumettre ; ils ne » parlent que de la gloire qui se trouve dans n cette humiliation y et de l'acte héroïque que je » ferai. Tout cela me fatigue un peu , et je suis » tenté de dire en moi-même : Qu'ai-je donc fait » à tous ces gens-là pçur leur faire penser que » j'aurai tant de peine à préférer r autorité du » saint Siège à mes f cibles lumières^ et la paix » de l'Eglise à mon Uyre? Cependant , je vois bien » qu'ils ont raison de supposer en moi beau- » coup dlmperfection et de répugnance à faire 9 un acte humiliant. Ainsi je leur pardonne » sans peine ^ et je vais même jusqu'à leur savoir » très-bon gré de leurs craintes et de leurs » exhortations.
^ » Pour ce qui est de la peine dans un acte de » pleine et absolue soumission, ye dois vous dire » simplement que je ne la sens point du tout. » L'acte a été dressé dès le lendemain de la » nouvelle reçue; mais j'ai cru devoir le tenir en » suspens jusqu'à ce que je sache la forme de pro- » céder. Les bulles ne sont reconnues en France » qu'après qu'elles ont passé au parlement. Je ne » sais s'il faut garder la même forme pour un » bref qui contient un jugement doctrinal contre » un archevêque. Dans le doute , je suspens mon Féziélon. Tom. u. 18
^74 HISTOIKE BE FÉNÉLOV,
» mandement ; car personne , quoi qu^on en pmsse » dire ^ n est plus zélé français que moi. Dès ^e » j'aurai su la règle , mon acte paroitra. Vous j» remarquerez y s'il vous plaît, que je n^ai reçu » le jugement dii Pape , ni de Rome , ni de M. le » nonce ; mais enfin , je ne perdrai pas un mo- » Qient, dès que je serai assuré de ne point blesser » les usages de France ; je n ai de consolation n qu à obéir y et si on m'avoit connu tel que je 9 suis à cet égard>là, on n'auroit jamais eu les » vaines alaimes qu on s'est laissé donner.
)» Pour M. Tévéque de Meaux, j'avoue qu'il B m'est impossible de concevoir comment il a pu 9 vous dire qu'il anroit un reproche à se faire » devant Dieu et devant les hommes , s'il mettoit » en doute la droiture de mon cœur et la sincé- » rite de ma soumission. A-^t-il déjà oublié toutes » les duplicités aiTréuses qu'il m'a imputées à la » face de toute l'Eglise ^ jusque dans son der- » nier imprimé? Quinze jours ne peuvent pas » m'avoir changé en un honnête homme. Mais ii •M n*est pas question d'approfbndir ses paroles, et SI j'en laisse lexamen entre Dieu et lui ; nous n'a- » vons plus rien k démêler entre lui et moi. Je • prie D^eu pour lui de très-bon coeur ^«t je lui » souhaite tout ce qu'on peut souhaiter à ceux s> que l'on aime selon Dieu »*
LIVKB TROISIÈME. .2^5
On voit en effet, par la coi^respo^dance de Bossaet avec son neveu, qu'il aurait été assez dispose à renoiiveler des combats d'écrits avec Fénélon, et même à attaquer ce mandement comme insuffisant; mais il ne put s'empêcher d'être frappé de l'applaudissement universel avec lequel ce mandement avoit été reçu à Paris , à Kome , dans lespays-étràngers, àVersailIes même. U ne pouvoit plus d'ailleurs se flatter du concours dû cardinal de Noailles et de l'évêque de Chartres; l'un ef l'autre, satisfaits d'être délivra honorablement d'une controverse à laquelle ils n'avoient pris part qu'avec une répugnance marquée , n'étoient plus disposés à prêter leur nom et leur crédit à Bossuet. Madame de M aintenon elle-même étoit excédée depuis long-* temps de cette interminable guerre.
Ce changement dq scène $e laisse apercevoir da0s une lettre de Bossuet à son neveu (0. « Mal*- 9 gré tous les défauts du mandement de M. de » Cambrai , je vtois que Rome^ doit «en conten- » teVy parce qu après tout j Vessentiely estric^ 41 rie, et que T obéissance y est pompeusement n étalée. U faut d'ailleMrs se rendre facile, pour » le bien de la paix, à recevoir les soumissions » de M. de Cambrai , et à finir les affaires 3 ainsi,
(0 Da 19 avril 1699. '^<^™* ^^9 ^^^^ ^^ dom Déforis.
276 HISTOIRE DE PÉNÉSiONy
» ces réflexions (0 seront pour vous et pour » M. Phélippeaux seulement ».
Le Pape et toute TEglise romaine attendoient ^ avec autant d'impatience «que d'inquiétude , la résolution que prendroit l'archevêque de Cambrai sur le bref qui le condamnoit. On étoit, à la vérité , rassuré par la piété si connue de Féné- Ion y et par les promesses solennelles qu'il avoit si souvent données de son obéissance et de sa soumission ; mais on ne fut entièrement tranquille et satisfait à Rome y que lorsque l'abbé de Chanterac eut été autoiîsé à annoncer^ au nom de l'archevêque de Cambrai y une adhésion simple et absolue /et une pleine soumission au jugement du saint Siège.
. Aussitôt que l'abbé de Ghanterac eut remis au Pape la lettre de Fénélon, et son mandement du 9 avril ^ Innocent XII s'empressa de les transmettre à la congrégation des cardinaux. Il y joignit également la lettre (s) de remerctment que le Roi Itn avoit écrite , au sujet «de son bref de condamnation.
liXXXVI. Les cardinaux éprouvèrent une sensible conso-
Rome applaudit k la lation à la lecture de ces lettres. Par un bonheur
(OLes réflezioiur crititpies qu'il avoit faites dans %w Iiettres anr le mandement de Fénélon.
(>) Du 6 avril 1699.
bien rare dans les annales de TEdise, ils voy oient soumission leur jugement consacré par l'approbation d*un monarque puissant qui Favoit sollicité avec ar* deur, et par l'adhésion d'un archevêque illustre» dont la vertu empruntoit un nouvel éclat de son bumble et volontaire soumission. Ceux d'entr'eujc qui n'avoient exercé qu'avec douleur un ministère rigoureux , durent s'applaudir d'avoir assez bien auguré des principes religieux de Fénélon ^ ' pour présumer qu'il sacrifieroit sans peine ^ à la paix de l'Eglise y les sentimens qui dominent si souvent la plupart des hommes.
La juste impression que produisirent sur tous les cardinaux la lettre et le mandement de l'archevêque de Cambrai /les porta à voter unanimement que Sa Sainteté seroit invitée à faire une réponse honorable à ce prélat.
~ Le Pape se fit un sensible plaisir de déférer au vœu des cardinaux , en cherchant à donner à Fénélon les témoignages les plus honorables de sa bienveillance et de sa satisfaction ^ et il chargea le cardinal Âlbani de l'exécution de ses* ordres. Le cardinal Albani se trouvoit heureux d'avoir à remplir un ministère si conforme à son vœu personnel ' et à ses sentimens d'estime pour Fénélon ^ et il prépara au nom du pape un bref rempli des expressions les plus flatteuse^.
2^8 HISTOIRV DE FÉBfBLON,
Mais Tabbé Bossuet , toujours fidèle à la liai&e , envia cette foible consolation à Fënélon. A peine le jugement avoit-il été rendu , qu'il s'étoit oc* cupé à le frustrer d'un tëmoignage«cpi6 la justice réclamoit autant que la bienséance. Il osa même exprimer à son onde (') le vœu indécent de faire intervenir le nom du Roi, pour interdire au Pape la liberté d'écrire à Un archevêque docile et soumis. Il n'auroit pas même borné ses vues, s'il en eàt été le maître ^ à priver le Pape de la liberté d'adresser à Fénélon quelques expressions vagues et insignifiantes. Il inspiroit à son oncle l'idée de le faire dépouiller de l'archevêché de Cambrai (a). U est difficile de savoir jusqu'à quels excès son caractère haineux Tauroit porté ^ s'il eât eu autant de pouvoir que de malveillance.
Mais il réussit au moins à intimider le Pape et les cardinaux par la crainte de déplaire au Roi , et à faire changer les expressions les plus essentielles du bref qu'on se proposoit d'écrire à l'archevêque de Cambrai , et gui étoit déjà arrêté et minuté. Ce n'étoit pas tout-à-fait sans raison que l'abbé Bossuet craignoit qu'on n'y eût inséré des expressions qui fendoient à justifier les intentions et les sentimens personnels de Fénélon ; car le
tO Voyez ses lettres des sS et a4 ^^ra 1 699. (*) Voyez sa lettre da a4 mars 1699.
LtTKX TROISIÈME- 279
Pape avoit déclare hanteipent en plusieurs occa«
sionSy depuis le jugement du la mars 1699 « que Lettre Je
• t»*i j* -• «^jjr Pabbé de
» ni loi y m les cardinaux n aidaient entendu con- 0,^^^,^ » damner les explications 4fUe V archevêque de (Manuscr.) » Cambrai avait données de son livre ».
Tandis que Tabbé Bossuet employoit des manœuvres et des intrigues pour empêcher le Pape de donner quelques témoignages de satisfaction à Tarchevéque de Cambrai , Fénélon écrivoit à Fabbé de Cdianterac (0 r te Ne demandez pour ]» moi y an Pape^ ni louanges^ ni bons offices. Si » ma patience y mes instructions et mon exemple 9 ne peuvent pas me soutenir au milieu de mon » troupeau y de vaines louanges ne me soutien* » droientpas. Je ne souhaite point un bref pour 31 ma réputation y car elle ne me parent pas noir* » cie parmi les giens neutres. Je vois même que » tout ce diocèse demeure édifié de ma conduite^ » et bien disposé pour moi. De plus , je crois qu'il » faut se laisser dans les mains de la Providence » quand il lui plàtt de nous humilier. Je né veux % donc point que vous fassiejs là moindre dé- 31 marche pour un bref avec quelque louapge » vague sur ma soumission ; mais si on se porte » de soi-même à J'écrire, |*en serai bien aise, » parce que ce sera une acceptation authentique
(0 II avril 1699. (Manuscrits.)
a8Ô HISTOIRE DE féhélon^
, » de ma soumission^ après laquelle je pourrai » respirer en repos »•
Le seul intérêt qui occupoit alors Fénëlon y étoit Timpatience d'être réuni à Tami vertueux qui avoit tant souffert pour lui. Toutes ses lettre» à Tabbé de Chanterac, depuis le jugement du 1 21 mars, respirent cette touchante affection et cette tendre sollicitude que la reconnoissance exaltoit liettredeFé- encore avec une sensibilité plus pénétrante. « U
nëlon à Fab- .
bédeChan- ^ ^^ tarde beaucoup que vous soyez parti de terac, a^ j, Rome; c'est un séjour trop amer pour vous
mars 1699. m m. m.
(Manoscr. ) » dans les circonstances présentes. Il n'y a qu'une » éeule chose qui me consoleroit de voir votre re^ » tour retardé; ce seroit^ si les eaux de Baïes^ » dans le royaume de Naples, pouvoient guérir » vos jambes ; cette raison seroit plus forte que » toute autre. Pensez-y bien, mon cher abbé, je » vous en conjure , et ne ménagez rien là-dessus. » Votre retour fera ma plus sensible consolation. » Je ne vous dois pas moins que si les plus grands » succès avoient suivi votre travail. J'ai compris )) tout ce que vous avez fait et souffert ; je vois » bien que vous ne nous en avez mandé que -la » moindre partie. Ma reconnoissance, ma con- » fiance , ma vénération et ma tendi*és$e pour 31 vous, sont sans bornées. Venez «u plutôt, afin - » que nous nous consolions dans le sein du véri-*
LIVKE TROISIÈME. a8i
» table consolateur ; nous vivrons etnousmour-
» pons n'étant qu*an cœur etuneame. Masantë Idem, 3o
» se soutient ;-ma paix, au milieu de tant d'amer- ?J|j^n^|^\
» tûmes, se conserve aussi. Je voudrois bien que
» ma consolation servit à vous consoler. Conser-
31 vez-vous , mon cher abbé ; si vous veniez à me
» manquer, ma croix seroit trop pesante pour ma
» foiblesse. Dieu sait combien je crois lui devoir
39 de ce qu^il m'a donné un tel bien. Vous avez fait '
» pour moi cent fois plus que je n'anrois osé at-*
j» tendre. Dieu a permis un mauvais succès ; mais
» il saura bien en tirer sa gloire ; et que voulons-
» nous autre chose ? Nous tâcheron» de servir
» Dieu.ensemble, et d'édifier ce diocèse. Venez ^
» venez le plutôt que vous pourrez ».
Cependant, le cardinal Âlbani avoit.repré^ sente au Pape que c'étoit trop assujettir le saint ^^g^ iMPiseatimens des Cours étrangères, que de ]eur montrer cette excessive timidité : qu'il . Lettre de étoi( indécent qu'un Pape n osât pas écrire ^ un chanterac k archevêque, sans convenir avec les princes de ce rénclon, 14 qu il devoit lui écrire. Le Pape parut honteux luir (Mannsc^.) même de sa trop grande circoiispection, et se dé^ termina tout-à-coup à ordonner qu'on remît le bref à l'abbé de Chanterac. Mais ce bref étoit si mutilé, si différent de celui qui avoit d'abord été proposé et admis , que les ministres du Pape con*
28^ SIS^rOIRB DE l^ÈthOTUf
venoient eux-mêmes qae l'arcbeTéque de Cambrai étoit J&spensé d y attacher une grande valeur. Voici ce bref :
LXXXVn. a Vénérable frère ^ salut* Nous avpns reçu avec Pa "p'^é- " ^^^ grande joie les lettres du mois d'avril derlon. j» nier, que votre fraternité nous a»adressées avec
» un exemplaire du mandement , par lequel , adhé- » rant humblement à notre condamnation apos- » toltque contre le livre par vous publié, et contre » les vingt-trois propositions qui en ont été ex- » traites, vous avez adressé notre décret avec une 1^ prompte obéissance et un esprit soumis , aux » peuples Confiés à vos soins. Vous avez parfaite- » ment confirmé, par cette nouvelle preuve de » votre affection sincère et de votre obéissance, » que vous devez'à nous et à nôtre siège, Fopinion » que nous avions, il j a long-temps, de votre fra- >i ternité. Nous ne nous promettions rflr moins » de vous, qui nous aviez fait connoître daii^- » ment votre bonne volonté, dès le temps que, de^ » mandant avec humilité d*être corrigé par cette » Eglise, mère et maitresJie, vous avez ouvert les » oreilles pour recevoir la parole de vérité, et » pour apprendre par notre jugement ce que » vous et les autres deviez penser de votre livre 9 et de la doctrine qu'il contient. Après avoir » donné ainsi dans le Seigneur les éloges dus au
LIVKit TR^OISIÈIIE. ^83
» «èle avec lequel vous vous êtes soumis très- » volontairement à notre décision pontificale;, » nous prions Dieu y de la plénitude de notre » cœur y de vous donner ses grâces, et de vous 79 protéger dans, les tratauz que vous entrepren- » dres pour la conduite de votre troupeau , et » d'accoinplir vos vœ.ux. Nous vous accordons^ >i vénérable frère, notre bénédiction apostolique 31 avec beaucoup d'affection. Le i a. mai, la hui- » tième animée de notre pontificat ».
Quelque insignifiant que fût ce bref, il ne laissa pas, ajoutoit Tabbé de Chanterac (0, de causer un dépit extrême aux ennemis de M. de Cambrai. Il suffisoit que le Pape lui eut écrit, ne l'eût pas traité ^hérétique, et qu'il fût content de sa soumission, ^our qu'ils fussent au désespoir; ils paroissoient irrités et confus comme si on leur eût faif un outrage; ils auroient voulu que le Pape eût rejeté son mandement. Un procédé aussi révoltant fit impression sur prestjue tous les cardinaux qui avoient condamné Fénér Ion, et ils se persuadèrent plus que jamais que l'ame de toute cette afiaire n'avoit été qu'un désir et un dessein secret de perdre l'archevêque de Cambrai. Ils s'ouvrirent alors avec plus de confiance à l'abbé de Chanterac, et le chaînèrent de
(0 i4mai 2699. (Manascriu, )
284' HISTOIRE DE FÉNÉLOU,
mander dé^ leur part à ce prélat , sans les nommer jusqu à son retour auprès d^ lui y qu'ils lui conseilloient d'observer le plus profond silence , quelque prétexte que ses adversaires pussent employer ou proposer, pour le forcer de s'expliquer davantage, étant difficile qu'en voulant expliquer sa pensée et ses véritables sentimens, il n'employât quelques expressions dont ils voudroient abuser, pour les interpréter dans un mauvais sens; que le Pape étant content de sa soumission, condamnant tout ce que le Pape avoit condamné, personne n'avoit plus le droit de lui depander ni rétractation, ni explication; que cette fermeté à ne leur plus répondre les déconcerterqit autant qu'elle lui feroit honneur. Tous les cardinaux , à l'exception d'un seul (le cardinal Gasanate), chargèrent en même temps l'abbé de Ghanterac d'assurer Tarchevéque de Gambrai de leur estime , de leur respect, de leur vénération, et de lui déclafer qu'ils se trouveroient heureux de lui en donner des preuves dans toutes les occasions. « On ne peut plus louer qu'ils l'ont fait , écrivoit » l'abbé de Ghanterac (0, votre soumission, » votre mandement, vos lettres au Pape, et toute » votre conduite. L'approbation même de votre » livre n'auroit jamais pu, selon eux, vous attirer
(>} i4 mai 1699. (Manuscrits. )
LIVRB TROISIÈIIE. a85
» autant de gloire , ni autant d'estime. Les car* » dinaux m'ont dit là- dessus des choses si fortes s» et si particulières, que je dois les réserver à » nos conversations ».
L'abbé de-Chanterac quitta Rome, pour retourner à Cambrai, le i5 mai 1699.
Cependant, on ëtoit occupé à Versailles à ré- ""^^^^T^^' gler la forme dans laquelle on accepteroit en swr la forme France le bref de condamnation du livre des /**<^<*P»"
tion du bref
Maximes des Saints. Cette acceptation présen*- en France, toit des difficultés assez graves pour le fond et pour la forme. Le gouvernement et le clergé de France vouloient maintenir l'exécution dh la célèbre déclaration de i68a. Une conséquence nécessaire de cette déclaration , est de ne regarder un jugement du saint Siège comme une règle de doctrine , qu'autant qu'il est précédé, accompagné ou suivi de l'acceptation du corps épiscopal. Cette acceptation doit même se manifester sous la forme d'un examen , qui atteste que \^ évéques ont reconnu dans le jugement du Pape la foi et la tradition de leurs églises.
Le bref présentoit également plusieurs défauts de forme.; la clause du proprio motu^ toujours si odieuse aux parlemens, paroissoit surtout élever un obstacle invincible à l'enregistrement; . mais il régnoit alors un concert si parfait entre le gouvernement, le clergé et la magistrature }
a86 HISTOIRE DB FÉRÉLO»,
Louis XIV saToit tempérer avec tant d'art et de sagesse les magnifiques idées de sa prérogative et Texercice de Faiitorité indéfinie y dont un long usage et le ccmsentement tacite de tous les ordres de l'Etat Favoient mis en posseission y qu'on parvint à concilier avec autant de dignité que de modération y le respect dÀ au saint Siège ^ lés libertés de l'Eglise gallicane^ et les formes de la législation.
On convint d'abord que l'acceptation des évéques précéderoit toute intervention 4e l'au*» torité royale y qui ne devoit apparoître que pour assurer l'exécution , du jugement canonique des évéques. Il fut ensuite r&olu que le Roi auto^ riseroit les archevêques à se réunir aux évéques de leurs métropfbles, pour procéder à l'examen et à l'acceptation du bref. U eût été peut-être plus régulier et plus conforme à la discipline de l'E^g^e de les convoquer en conciles provinciaux ; mais ilétoit entré depuis long-temps dans l'esprit du gouvernement de laisser tomber en désuétude ces assemblées vraiment cancmiques. Une espèce de tradition ministérielle, fondée sur .des : inquiétudes ou sur des considérations assez £1 voles y s'opposoit à leur restauration. Ce fiit l'ardievêque de Rheims (0 qui, au défaut des conciles provinciaux , suggéra l'idée des as«
(0 Charles-Maurice LetelUer.
LITRB THOISIÈMB. ^B'J
semblées métropolitames. Cette forme parut assez régulière , et n*ofiroit pas les incoft^éniens réels ou pi^éteudos des conciles provinciaux.
Le clergé craignit un moment qu'on ne voulût introduire des commissaires du Roi dans ces assemblées ecclésiastiques. Il est vraisemblable que quelque ministre avoit emprunté cette idée des missidominici, que les empereurs envoy oient quelquefois dans les anciennes assemblées d'évé* ques; mais ces assemblées étoient alors dans Tusage de délibérer sur des intérêts tmih ou politiques, et^ il étoit naturel que les ministres du souverain y intervinssent pour imprimer à leurs délibérations la sanctiim de l'autorité royale: LXXXIX.
Mémoire de
Bossuet rédigea et présenta au Roi, le i8 avril Bossaet cou- 1609, un mémoire (0 qui démontroit qu'il seroit ^® }^ P''°i®*
d'envoyer
aussi irrégulier que peu convenable^ :que le Roi des commisenvoyât des commissaires dans les assemblées mé- *.*"®* ^" ^°'
'^ aux assem-
tropolitaines que ^a Majesté se ppoposoit d« blées méuoconyoquer. . . poiitaine..
4c Qu'est-ce que ces commiissain^ y feroiènt ? ^disoit Bossuet. Us n'y seroient pas pour déli- •> bérer avec nons^ ni pour nous aider de leurs » lumières; ils ne pourroient donc passer que » pour des in^ectenrs envoyés ]^ar le Roi j afin
(>) Tome ZY des Œuvres de Bossuet, pag. 470^ édit. de dom «
Dé£ons.
a88 HISTOIftB DB FÉSÉLON,
» de nous contenir, pour ainsi dire , dans notre » devoir y comme si Sa Majesté, se défiant de n oeoz de notre ordre , croyoit devoir nous faire » tous veiller par des laïques, et ne pouvoit s*as- » surer de notre fidélité que par cette précaution, » qui nous déshonoreroit dans Tesprit des pen- » pies, et aviliroit notre ministère dans nos dio-
» cèses Suivant nos maximes, un jugement
» du Pape, en matière de foi, ne doit être pu* » blié en France qu'après une acceptation solen- » nelle de ce jugement, faite dans une forme » canonique, par les archevêques et évêques du » royaume. Une des conditions essentielles à cette 3» acceptation, est qu'elle soit entièrement libre. » Passeroit-elle de bonne foi pour l'être, si les 3» peuples voyoient des commissaires du Roi dans » nos assemblées »?
Louis XrV étoit habituellement dirigé par un sentiment naturel de raison, et surtout par ce sentiment et ce respect des convenances qui n'est pas la partie la moins importante de l'art de gouverner. U fut frappé du mémoire deBo^uet, et on renonça à un projet qui n'avoit: aucun fondement raisonnable.
Bossuet «voit adopté «avec d'auta[nt plus d'eoi-
prçssement l'idée de^ assemblées métropolitaines,
qu'en donnant à l'acceptation du bref du Pape
une
lIVftB TROISIÈME. t&8^
une forme régulière^ elles sembloient ajouter une espèce <i*ëclat et de solennité à son triomphé ^rsonnel (>). « Ce fut là sans doute Facte le pluft 3» sanglant de cette longue tragédie. Le corps » épiscopaly en mouvemefnt dans toutes les pro«^ » vincea^ devoit natnrellement donner aux peu» M pies une idée bien affreuse des sentimens de » M. de Clambraîy et faire i^arder. son Kti^ 9 comme Touvrage le plus pemideuic qui eût » été publié depuis plusieurs siècles ».
Le Roi fit expédier des lettres à tous les ar- XC. dievéques du royaume^ pour qu*ils eussent à yoquc^tcwu» convoquer leurs assemblées métropolitaines ; et l«« assem* celle de Paris eut Ken le i3 mai 1699. Comme politaines elle fut la premièi-e dont les délibérations furent pourFacccp.
, tation dtt
généralement connues, elle servit de modèle au brvfduPape.
plus grand nombre. <]e fut principalement sur
deux points importans*que rassemblée métropo-
litaine de Paris exerça une hifluence plus mar*
quée sur celles des provinces. La marclie qu'elle
traça fot unanimement adoptée sur le premier
de ces deux points^ la forme de Facceptation du
i^ef du Pape. C'étoit la première occasion qui
8*ofl^oit depuis la célèbre assemblée de 1682^
de mettre à exécution les maximes qu'elle avoit
(>) Mémoires chron. du P.d'Afrigsjr»«nnée 1699.
Féhélou. Tom. ii. 19
290 HISTOIEE DE FÉKÉLON,
consacrées. « Il s'excita (0,. dit le chancelier » d'Agnesseau^ une louable émulation entre les.. » différentes provinces. Chacune voulut, avpir D rhonneur d'avoir mieux soutenu le pouvoir » attaché au caractère épiscopal , . de juger ou » avant le Pape, ou avec le Pape, ou après le » Pape, et le droit dans lequel sont les.éyéques , » de ne recevoir les constitution^ des papes qu'as> vec l'examen, et par forme de jugements Ce » qu'il y eut de plus remarquable dans. ce. té- » moignage solennel que l'Eglise gallicane rendit » à sa doctrine, c'est^ qu'il fut placé dans un. » temps où nous n'avions aucun démêlé avec la S) Cour de Rome , et où le Roi vivoit dans une » parfaite intelligence avec le Pape , dont il ne » craignoit rien, et n'avoit rien à craindre; ea S) sorte que ce fut à la vérité seule, et non à la ^ nécessité des conjonctures, qu'on fut redevai» ble d'une déclarajtion des sentimens du clergé, » si authentiques et si unanimes »•
Les provinces ne furent point aussi unanimes sur un autre point , qui n'étoit pas à la .vérité d'un intérêt aussi majeur. Le Pape , en condamnant le livre de Fénélon , n'avoit rien prononcé sur les différens écrits qu'il avoit publiés pour le défendre. Ce silence pouvoit et devoifc faire
(x) QEtiyres du chancelier «TÂgaesseaa, lom. xiii.
présumer que le saint Siège n^avoit pas jugé les écrits apologétiques aussi répréliensibles que le livre même. On ne manqua pas d'observer que rassemblée métropolitaine de Paris se trouvoit composée de quatre prélats ( Paris y Meaux^ Char-, très et Blois) (0, dont les trois premiers s'étoient montrés les adversaires déclarés de Tarchevéque de Cambrai. On auroit peut-être désiré que, par un sentiment de délicatesse , ils s'abstinssent de provoquer une mesure plus sévère encore qu'un jugement déjà très-sévère. En demandant au Roi de supprimer les écrus publiés coHtre eux par Tauteur du livre des Maximes , ils parurent s'établir juges dans leur propre cause , et se ressouvenir peut-être de l'impression que ces écrits avoient laissée dans le public.
Cette considération arrêta en effet les évêques d'une grande partie des autres métropoles , qui ne crurent pas devoir aller plus loin que le jugement du saint Siège. Sur seize (?) assemblées
(>) Le cardinalde Coislin , ëvéqae d^Orléans , n*y assise points . k cause de sa dignité de cardinal, qai ne lui permettoit pas de se voir présidé par un archevêque de Paris, non cardinal.
(*)Ilyent à la vérité dix-sept assemblées métropolitaines; mais celle- d^Aix («n ne sait pourquoi) ne s^assembla qu'au mois > de janvier! 700 , et lorsque le Roi avoit déjà prononcé, par sa 1 déclaration du i4 août 1699, la suppression des ëcriu publiés par Fénélon pour la tiéfense de son livre.
'fkg'2 HISTOIRE DE FéMÉLOHy
métropolitaihes , il ii*y ^û éiit que huit qui demandèrent la suppression des écrits publies pour à défense dû livre des Maximes dés Saihis.
Arezcèptîoh de ce seul point , on remarqua dans tes délibérations de l'assemblée métropolitaine dé ^aris une modéràtioh qui faisoit d^à sehtir rinfluence de Topinion publique , et Fimpression favorable que la soumission de Fénélon avoit généralem<ent excitée* On fut surtout frappé de ces expressions du procès -verbal de rassemblée de Paris : n Pour ne pas sortir de l*Eglise » de Wance, il y a un exemple célèbre, et très- » Semblable à Tafiaire dont fl s*agit^ dans Gil- '» bert de la Porée, évéqûe dé Poitiers^ homme » de grande doctrine et de grande piété, mais a» çue sa trop grande subtilité a\H}it jeté dans » V erreur..... On a vu ayec joie la soumission de » V auteur pour le saint Siège, as^ant et après 9 le jugement,.... M. Tarchevêque de Cambrai )) sWt soumis lui-même à ce jugement, par urte "'» déclaration simple, absolue, et sans bmire » de restriction ». Toutes ces expressions si mesurées, sont un peu différentes de Topinion que Bossitet avoit d'abord manifesté» sur le mandement de Fénélon. Nous sommes d'autant plus fondés à croire que le cardinal de JhTûailles et Tévéque de Giartres firent prévaloir ce ton et
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ces sentimens de mpdér^tion , que Bossuet lifjiinéme dohs apprend^ dans une lettre à son neveu,. ^|ie le projet de 4élibér£|tion dont on lui avoit confié la rédaction, renferpioit qijielfjues expressions que se^ cçnfrèries crurent devoir rejeter, fc Entre npus^ maqd^-t-il à Tabb^ Bossuet^ Leitxe de
Y . «. « T Bossuet, 18
» on Y a adouci bien des choses »• » • /:
' «f ' '" " mai 1099.
Dans leç autres assemblées niétropqlitaines {i)^ « on eQ usa bien ou mal à Tégard de Farche-»
» veque de Çai9brai| dit un historien, selon » qiTil s*j trouva plus ou moins d'évéque;; at- » tacliés à la Cour et à soii principal adversaire. » Quelques-uns affectèrent di^ rappeler le i^ouye- » nir de ses erreurs, et les autres (et ce fut \^ » plus grand nombre) se bornèrent à faire Fé- » loge «de sa soumissioi) sans bornes ». Nous *
devons ajouter qu'elles louèrent unanimement la piété, les vertu$ et les talens de Fénélon.
Mais Fénélon étoit réservé k un genre de cou- ^^ï*
-g, S' " ' 1 •! 1 • il* Procécléof-
tradiction auqi^el u devoit peu s attendre et qui fensant'de fut une espèce de scandale pour toute FEglise. ^'^v^*ï"® **«
^ \ . , • , . Saiat-Omer
Il est vrai que ce scandale retomba ^ur celui pour Féné^ qui Favpit ^ indécemment provoqué, et devint *^'^' pour Farchevêque de Cambrai une nouvelle oc* casion de manifester la sincérité de sa soumii^sion. Ce fut dans son propre pd^s qu'un de sëâ
(0 Uéii|. citron. di;i P. d'Avrignj.
^94 HISTOIRE DE FÉNÉLONy
sufiraganSy Févéqae de Saint-Omer (0, osa se rendre inquisiteur de la conscience de son métropolitain. Tandis que tous les évéques de France applaudissoient par un concert unanime à la souniission de Tarchevêque de Cambrai, Fevéque de Saint-Omer prétendit que les termes du mandement de Féhélon n*exprimoient pas un acquiescement intérieur. Fénélon auroit pu sans doute se dispenser de répondre à une interpellation si odieuse. Les évéques de ta province n'étoient appelés que pour émettre leur jugement sur le bref du Pape, et régler la forme de son acceptation. La lettre même du Boi, qui enjoignoit à Farchevéque de Cambrai d*assembler ses sufiragans , se bomoit à Finviter à faire en commun ce quil avoit déjà fait en particulier ; mais une juste délicatesse fit dédaigner à Fénélon tous ces moyens vulgaires de repousser une injuste agression. H répondit avec calme et dignité à Févêque de Saint-Omer (*) ; « qu'il vou- >» loit bien recevoir, sans conséquence et par » pure déférence, les avis d'un confrère qu'il » respectoit sincèrement ; reprenant ensuite les
(OLonii- Alphonse de Yalbelle, nommé d'abord à réréché d'Âlethy traujiferé à ceiui de Saint-Omer en 1684 > mort en 1 708 > à Tàge de 68 ans.
(*) Procéft-?erbal de rassemblée métrop. de Cambrai.
LIYEE T&OISIÈME. 295
» termes de son mandement , il demande avec » candeur si on peut exprimer plus clairement » une soumission plus qu extérieure et de sim^ -B pie respect. Qui dit adhérer à un jugement^ % dit former un jugement intérieur', par lequel » on se conforme à celui auquel on adhère. Qui » dit condamner^ dit encore plus expressément 3» un jugement intérieur contre le livre con" » damnée surtout quand on exclut d'une ma- » nière simple et absolue toute ombre de restric» 3) tion. Il ajouta qu'il n'auroit pas cru qu'on pût n regarda comme équivoques des paroles si prémt cises, ni qu'il y eûtlieùde le soupçonner ^ad* » hérer à -un jugement du saint Siège par une » adhésion purement apparente et par conséquent v feinte ^ ni de condamner son livre de bouche, » iians le condamner intérieurement par une »^ sincère docilité pour le saint Siège , ce qui sejf roit un abus indigne dé paroles pour se jouer v- de toute l'Eglise. Il finit par protester à ses » suffràgans^ Comme à ses confrères, et ndli a> comme à ses juges en ce cas particulier^ que »' c'étoit de toute l'étendue de son cœur qu'il » avoit renoncé à toute pensée d'expliquer son » livre ; qu'il préféroit à ses foibles lumières l'au- » torité du saint Siège; qu'il étoit, Dieu merci, » incapable de revenir jamais, sous prétexte de
^^ HISTOIltE DB TisthqVf
9 ^elque double seDs, pour en ékideà* indirecte-» » ment la condamaation ; ^uà la v^riie^ il ne 9 pouvoit avouer coatre sa conscieace qu'il eût s> januM cru aucune de$ erreurs qu ou lui avoit 4 imputées , qu'il avoit peosé seulenefit que son » livre y avec les correctioufi qu'il avoit cna y >» mettre y pe poavoit sigpifier l'erreur ni la fa- « voriseri niais qu'il renonçoit à soa jugement « pour se couformer à celui du Saint-Père; qu'il » avoit tâché de recevoir , par des paroles huin* V Mes et platnement soumises, l'humiliation qui » lui vwoit du Saiut-Père^ et que si sa Sainteté 3) trouvoit sa soumission défectueuse , il étoit » prêt à l'augmenter et à la faire telle ^e le » saint Sîége le croiroit à propos »,
On conviendra que l'ami le plus dévoué de FéMlon n'auroit pas pu le servir plus utilement en cette ^cca^ion, que le fit l'évlque 'de Saint- Orner par un sentiment de maireillaiK». Véwê* qu^ d'Ai*ras s'empressa de prendre la parole (>) i^our remercier très* humblement son métro* SI politaia de la bonté ^u'il avoit eue de vouloir » bien «ea^iquer de bouche ses sentimens d'une > manière si précise et si cordiale n. il ajouta à ce témioignage respectueux pmir Fénébn quel-»
' VO Procès •verbal de TafiseBiblëe mëtropolluine de Cam* JbffQ*
LIVAE TROISIÈME. 297
ques réflexions critiques sur le procédé de Té^ véque de Saint*Omer. ...
Dans la séance du lendemaiQ, l'évéque d^ Saint-Omer , peu satisfait du mauvais succès de la scène indécente qu il avoit donnée la veille , voulut s'en venger eo demandant , à l'exemple d^ l'assemblée métropolitaine de Paris , que les écrits publiés pour la défense du livre des Maximes fussent supprimés. Fénélon ei^pôs^ modestement (0 « qu'il ne pouvoit être d'avii^ » qu'on demandât la suppression de ses écrits a> postérieurs à son livre, quoiqu'il eût con- 3» damné le livre avec une soumission sincère, » absolue et sans restriction, et auec une^doci'- » lUé sans réserue^ qu'il n'étoit point naturel » qu'il fût plus loin que le bref du Pape , qui » n'avoit ni. condamné, ni prohibé ses écrits, » quoiqu'ils fussent connus du Saint-Père et des » cardinaux qui avoient condamné son livre, ni 2> que la lettre du Roi, qui lui demandoit seule- » ment défaire weù ses confrères ce 4juïl ai^oit ^ fait en son particulier j c'est-à-dire de rece- » voir et accepter la constitution avec le respect » qui lui étoit dû; que d'mlleurs ces écrits con^ s> tenoient beaucoup d'autres choses qui ne re^ » gardoient nullement le te.xta cQndamné, ni le
(') Procés-yerbal de rassemblée métrop, de Cambrai
» jugement porté par la constitution ; entrant 3> très une discussion défaits personnels dont il » ne pourroit demander la suppression , sans » s*ôter à soi-même les seules pièces qui peuvent » montrer son innocence pour thonneur de son » ministère; qu'au reste ^ après cette déclaration » -de son sentiment particulier y il étoit prêt à » conclure y comme président y à la pluralité » des voix, au nom de rassemblée , tout ce » qu'elle feroit, même contre son sentiment » particulier ».
Les évêques d'Arras et de Tournai (0 , s'étant réunis à Tavis de l'évêque de Saint-Omer , pour demander y à l'exemple de l'assemblée métropolitaine de Paris (la seule dont les délibérations fussent encore connues), que le Roi supprimât les écrits publiés pour la justification du livre des Maximes, l'archevêque de Cambrai conclut à la même demande comme président, à la pluralité des voixj quoique contre son sentiment.
Si l'on veut se former une idée du jugement que le public porta sur la conduite et les procédés de l'évêque de Saint-Omer envers Fénélon, on peut interroger le témoignage du chan-
(0 François de Gaillebot de Lasalle, nomme à Yéyêché de Tournaien 1690, se démit en lyoS.
lithe teoisième. ^199
celier d*Aguesseau : nous nous bornerons à citer ses paroles.
« L'évêque de Saint- Orner (0, homme d'es- » prit y mais chaud comme un Provençal quil » était ^ et chicaneur comme un Normand j ne » se contenta pas de lui voir avaler doucement • » le calice; il se plut à en augmenter Tamer- » tume par les indignes tracasseries quHl lui fit » dans rassemblée provinciale de Cambrai , où » il vouloit, non-seulement que ce prélat ^e sbu- 3> mit à sa propre condamnation , comine il Va- » i/oit déjà fait de^ si bonne grâce^ mais qu'il » avouât çncore qu'il étoit tombé dans les er- » reurs que le Pape àvoit condamnées ^ faisant » ainsi le procès à ses intentions mêmes ^ en lui » arrachant la foible consolation de pouvoir dire » çuil avfoit bien pensé, s* il s' étoit mal exprimé. » L'archevêque de Cambrai répondit à ses inter- » pellaiions pressantes et odieuses a^ec une sa-* 5) gesse et une modération dignes d'une meiU » leure cause. Les autres évêques de la mémo » province ^ indignés du procédé de Vé\féque de » Saint-Omer, vinrent au secours dfe leur arche- » véque^ et se contentèrent delà protestation ^ » qu'il râtéra en leur présence, dé sa parfaite 2> soumission au jugement du saint Siège ».
(0 Œuvres da chancelier d^Agaesseau, tom. xiif , p. 182;
Barbezienz.
3oO HISTOIBE DE FÉ1CÉL0N|
Fënélon eut encore Foccasiop de se convaincre de racharnement de ses ennemis à lui supposer des torts. Le marquis de Barbe^ieu:^ , secrétaire d'Etat y excité apparemment par rarcbeyéqqe de -Rbeims , son oncle , très- opposé à ^archevêque 4e Cambrai y imagina asses légèrepient (}<^ }ui reprocher comme yn o^bU, de n'avoir pas dpnné, à Tei^emple des autres évêques , uq ^g^an^ement après la clôture de son assen^blée métropolitaine. XCn. Fénélon répondit k ce [eune ministre ce que ce Fënélon a " ^^'^^^i*^ null^m^tttpgr p.ii£/< qu'il n'ayoit pa;s fait marquis de » un secoi^d mandcpient pour la condamivation a» de son livre ; qu'il ne pouvoit ps|S être question » de faire dens^ fois )a méjpe chose ; qu il avoit 3» fait par avance ce que rassemblée avoit ensuite » réglé que chaque évéque feroit par son man- » dément particulier ; que son mandement étoit » même plus fort qn^ les autres^ en ce qu'il avoit 3» prévenvi la rè^le ^ le vœu de toutes les assem- » blé^s i^étropolitaines du royaume ^ et les dis- >> position^ de la dédaration du Eoi (0; qu'il avoit S) donné la plus grande publicité à son mande- » ment } qu iit ^^ ftvpit inêiQe fait imprimer et dis- » tribuer à ses dépens deux versions > Tune fran- ^ çaise et Fs^tre latine; <iu*au reste, il suffisoit » que Sa Majesté soiihait4t qu'il recommençât^
(ODs i^êfM 1699.