‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux;Chapitre 45 sur 56 · N.» V.-PAGE · texte numérisé non relu

N.» V.-PAGE

Lettre de Fënélon h madame de Maintenon,

^gjuittet 1697.

« Puisque vous jugez , Madame, qu'il seroit inutile 9 que vous eussiez la bonté de m'honorer d'une au- » dience (0 y je n'ai garde de vous importuner là-dessus» » Je m'en abstiens par respect, et je m'adresse à Dieu, » afin qu'il vous fasse entendre ce que je ne puis plus » espérer de vous représenter. Je vous supplie très-

y» humblement, Madame , de croire qu'il n'y a aucun 9 mot dans les lettres que j'ai eu Fhonneur d'écrire » au Roi et à vous , qui tende à me plaindre de M. l'ar- 9 chevéque de Paris , ni à mettre en doute ses bonnes 9 intentions sur la paix. Je n'ai qu'à me louer de lui » sur les peines que je lui ai causées , et sur les ser- 9 vices effectifs qu'il a tâché de me rendre ; mais on 9 ne lui a permis de suivre aucun des projets qu'il avoit » arrêtés avec moi pour l'explication de mon livre.

(0 Manuscrits.

» Toutes les mesures prises entre nous y ont toujours ?» été renversées depuis six mois; enfin , il n'4 pas été » libre ^e discuter avec moi le détail de mon livre , » et de m'aboucher avec .les théologiens qu'il a con- 9 suites y avant que de rendre ma dernière réponse » au Roi. Après une telle expérience y j'ai cru lui de- » voir demander deux choses : la première, est un » projet par écrit des paroles précises qu'on voudroit » que je donnasse au public sur mon livre, pour exa- 9 miner si je dois les accepter; la seconde, est d'être » assuré qu'il ait un plein pouvoir pour finir avec moi, » en prenant le conseil des plus habiles docteurs. Il » n'est pas juste qu'on tire de moi , par M. l'arche- » vlque de Paris, toutes les paroles qu'on pourra tirer, 9 sans s'engager réciproquement. Après avoir fini avec » lui , je serois à recommencer avec M» de Meaux. » M. l'archevêque de Paris n'a pas jugé à propos de 9 me donner par écrit un projet d^ paroles précises 9 qu'on me demande; il m'a déclaré d'abord, de vive 9 voix , et puis par écrit, qu'il n'avoit aucun pouvoir 9 pour me répondre d'aucune décision. Loin de me 9 plaindre de lui, je le plains, mais je suis encore plus 9 à plaindre ; dans cette situation , je ne sais plus à qui 9 parler. Il ne me reste , Madame , qu'à demander la 9 liberté de partir pour Roihe : je le fais avec un ex- 9 tréme regret ; mais on prend soin de faire tout ce 9 qu'il faut pour me jeter malgré moi dans cette ex- 9 trémité. Je ne puis donc cesser de faire au Roi les 9 plus humbles, les plus respectueuses et les plus 9 fortes instances. Je ferai ce voyage avec défiance de

9 moi-même,

BU LIVRE thoisième» 353

9 moi-même y sans contention, pour me détromper , » H je me trompe y et pour trouve^ ce que je ne puis » trouver e.n France ; je veux dire quelqu'un avec » qui je puisse finir. Il ne s'agit pas seulement de mon » livre f il s'agit de moi qu'il faut détromper à fond » du liv^e, s'il est mftavaist Pour le livre même, per- •» sonne ne peut en défendre la cause que moi seul ; je » n'ai y ni ne saurois trouver personne qui voulût aller » en ma place défendre une cause qu'on a rendue si » odieuse et si dangereuse à soutenir. Youdroit - on » rassembler toutes choses contre moi > et m'oter la » liberté de me justifier ? Si on veut supposer sans » preuve que ma doctrine n'est que nouveauté et » qu'erreur y avant que l'autorité légitime l'ait dé- )> cidé, on suppose ce qui est en question , pour en^ » gager le zèle du Roi à m'accabler. En ce cas , je n'ai » qu'à adorer Dieu , et à porter ma croix. Mais ceux> » qui veul^t finir ainsi l'affaire par pure autorité, » prennent le chemin de la commencer au lieu dé la » finir. Pour moi , Madame , j'espère , non de mes m ferces, mais de la grâce de Dieu, que je ne monti^- » rai , quoi qu'on en fasse , que patience et fdteieté à » l'égard de ceux qui m'attaquent, que docilité et sou- » mission sans réserve pour l'Eglise , que zèle et atta- » chement pour le Roi , que reconnoissance et respect » pour vous jusqu'au dernier sfupir ».

VÈjxthov. Tom. II. a3

N." VI.-PJLOE 8l.

Sur VabbéBossuet et sur l'abbé Phélippeaûx.

Nous nous abstiendtona de manifester noftre opitiion sur l'abbë Bossuet ^ par respeci: pDor le nom qu'il portoit, et pour )e caractère dont il fut rey^étu après la mort de Louis XIY. Quelqiies fragmens de ses lettres, que nous n'avons pu nous dispenser de rapporter, suffisent pour donner une idée de sa violence et de ses «mportemens ; si on veut en prendre une connoissance plus détaillée, il faudra qu'on ait la patieye de lire sa volumineuse correspondance (O, qui dépare d'une si iStrange manière l'édition de Bossuet donnée par dom Déforis.On ne concevra jamais comment les éditeurs ont en l'inconvenance de mêler aux œuvres d'un si grand homme, des lettres aussi peu intéressantesçour la postérité, que peu honorables pour celui qui les a écrites.

L'abbé Phélippeaux achevoit ses études en Spr« bonne ^ Iprsque Bossuet, présidant à tgie thèse qu'on y soutenoi): , entendit cet ecclésiastique disputer ayec une sagacité et un i^exi% qui le frappèrent. Il lui fit proposer de s'attacher à lui. L'al^bé Phélippeaux accepta avec autant d'enipressement que de reconnoissance une proposition aussi flatteuse. Bossuet le donna ison neveu, pour le diriger dans ses études théolo-

(0 Tomes xiii, xiv et zv de Tédition des €Ea?re8 de Bossuet; 1/1-4*.

. DU LIVRE THOISIEME. 355

giques. L'abbé Phëlippeaux se trouvoit à Rome avec l'abbé ^Bossuet, à l'époque où TafTaire du livre des Mojnmçs des Saints y fut portée. Êosstiet désira de les y retenir pour y suivre , en sOti nom , k controverse qui âlloit s'ouvrir «atre Féil^lon et lui au tributial dit saint Siège. Les contaoissauces théoiogiques de l'abbé Phélippeaux lui furent d'un grand secours auprès des eiâininateurs et des cardinaux de la congrégation du Saint- Office; àiais il parott que cet ecclésiastique, malgré l'attachement et la reconnoissance qu'il devoit à Bos- «uet, s'étoit permis d'entretenir, à' son insu, une correspondance secrète avec le cardinal de Noailles, dont a recberchoit le crédit et la protection. L'abbé Bôssuet découvrit celte infidélité de l'abbé Phélippeaux, en décachetant utte de seà lettres (0. On voit que ni l'un ni l'autre ne se piquoient d'une extrême délicatesse. ' A son retour en France, l'abbé Phélippeaux composa sa Relation du QiâéAsme, ouvrage qui décèje la partialité la plus tnanjnée, et l'acharnement le plus odieux contre Fénélon« Mats il ne le fit point imprimer; il ordonna même, •en mourant ^ à la personne dépositaire de son manuscrit, de ne le publier *que "vingt ans après sa mor4. On se conjfi[>rma à ses intenw tiotis; Tabbé Phélippeaux ihourut en 1708, et on fit imprimer sa Beiadon du Quiétismc en lySa, On ne peut douter que le but de l'auteur n'ait été de flétrir la réputation de l'archevêque de Cambrai, en posant les fondemens d'une fausse^tradition ; il osoit espérer

(>) Voyez les lettres de Pabbé Bossuet, t. zy. ^

356 PIEéfcS JUSTIFICATIVES

qa'à mesure que le temps auroit &it disparoître tons les contemporains dont le témoignage et rautoritëpottvoient aider à -ëclaircir la vérité , on seroit plus disposé il accueillir ses odieuses imputations*

Cet ouvrage (0 , imprimé âandestinement en i'jSiïf fut flétri «t supprimé par un jugement de la police et un arrêt du conseil j qui ordonnèrent qu'il seroit brnlé patr la main du bourreau^ trois particuliers, convaincus d'avoir participé à l'impression de ce libelle , furent

condamnés à être mis et attachés au carcan.'

L'abbé de laBletterie fit paroitre, dès 1783 €i fj^Sy trois lettres 9 où il réfute, avec autant de modération que d'évidence , les calomnies que l'abbé Phélippeaux avoit avancées contre Fénélon et madame Guyon. Le ;témoignage de l'abbé de la Bletterie est d'autant plus remarquable, qu'on l'avoit accusé, peut-être injustement, d'être attaché à un parti qui a toujours affecté de déprimer Fénélon. Ces lettres de l'abbé de la Bletterie .sont très-curieuses , et sont devenues très-rares. Cependant^ après de nomlweuses recherches, nous avons pu nous en procurer un exemplaire , et nous avons observé avec satisfaction qu'elles confirmoient .entièrement tous les faits et tous les jugemens que nous avons exposés sur Fénélon et sur madame Guyon.

(0 Relation de rorigine , du progrès et de la condamnation daqaiétûme, répandu «n France, i73a, îh-6.*, 2 parties, mm nom d^aateur , de Tille , ni d*imprimeur«

DU LlTllB T-ROISISITF.. 95^

N-^ VIL — PJLGB iS^.

Sur les motifs de la disgrâce deFénélon auprès de

madame de Mai^tenou*.

Op. a prétendu , dans un grand nombre de mémoires manuscrits et imprimés, que l'une des principales, causes qui contribuèrent le. plus à aigrir madame de Maintenon contre Fénélon, fut l'opposition qu'il avoit apportée à la déclaration publique de son mariage. U est certain que beaucoup» de personnes en France et^ dans les pay& étrangers ^ crûrent adopter cette conjecture dès les premiers temps de la. disgrâce de l'ar-, <:hevéque de Cambrai. On en trouve des traces dans les. lettres d|M'^^bé Bossuet et de l'abbé de Chanterac. Elle fut même propagée par ses ennemis,, pouc le * rendre encore plus odieux à madame de Maintenon , et adoptée peut-être trop légèrement pair des anm impirudens de Fénélon , qui crusept rendre Rome plus £aLvorable à sa cause, en le représentant comme une victime sacrifiée au ressentiment d'une &mme. puisf saute. On étoit si étonné de voir madame de Mainte^ non ^. prononce si vivement contre Fénélon^ après en avoir été L'amie la plus déclarée, qu'on s'obstinoit à attribuer un &i grand changement à un motif plus impérieux que celui, d'une simple différence d'opinion sur nn point obscur de théologie. Mais cette^ anec-* dote ne nous paroit appuyée sur aucune observation

PIECES JUSTIFXQÀTIYES

qtii puisse même lui donner de la vrai^mblance. Elle contrarie toiles les naticiis historique^ . çue les mémoires du temps nous offrent sur Iç caractère et la cobduhe siottteBue de madame déMaintenoB j jusqu'au dernier moment de sa vie. C^est surtout par sa modestie, son dësintëress«ment et sa modération , qu'elle a toujours mérité les plus gusuods ^oges. La femme. qui a appiorté une attention suivie et presque minufîeuse, à détruire touteèi les prewres qui auroienfr pu constater son état après sa mort^ ne? peut être socqpçonnée d^avoir amItttioBBé un titre et d^ bomieurs , dont eUe n'avoir m le âérn-y va le besoin. La femme que son goÀt et son: caeactère arroient postée à se. concentrer dan» ta- retraite, aumîKeumème de la Cour, et qui se tFduyoil: encore importunée* des assujettissemens auxquels- sa position la cond^mnoit, deroiè'^îen plus i^ottter que rechercher la représenta Cîoik- extérieure aMadbtée ao- titre dto^ reme. Le yéritable goàt de madftufte de MaîntenoB eut été celui' d^une yie indépendante, et elle U'^a jimaii» pu e» jouir: son véritable attrait- eut été pour une- soctélïé kitime entre un petit nombre d'amis, teHe qu'elle en- avoît 'connu le charme dans quekpies courts interValles> de sa- première jeu- Besse. Elle avoit d'aâteurs trop d'bspril^et de tact pour ne pas senlSr qao le vain- tfti>e dé reine n'aurmtr rien ajbuté à son crédit réel,, ni- à> la confiante-dé Louis XIV, et qu'une ambition aussi- déplacée- auroit blessé toutes tes idées de dignité et dé convenance auxquelles ce monarque étoit si attaché.

DU XIVRE TROISIÊMB. SSq

Enfin y si un pareil projet avoit jamais été mis en délibération ^ ce n'eût point été Fénélon que Louis XlV auroit consulté sur un sujet sidâkat ^ et <{i3ii Sup]poBôiX la confiax^ce la plus' intime;. Ce j^riùte n'eut j^imiaiscé genre de confiance pour Pénélbiiy et si étt^ ^eki' falpH porte à qufilqu^s témbiguages ^ &A seroit fond^ à tràitd «que Louis XIV avoit su y pe^^fent (^ielq^é feih^s^ mauvais gré jil madame de MaintienM d^ là^ ^é vénitien et de la faveur si' marquée qù'élfe t^ieëorâdît à Fénélon.

L'abbé de Saiùt-Pièr^e 4ittribttê (0 la prétendue intention de madame de Maintenon de se faire déclarer reine, auji conseâsde^ la maréchale deNoaiiUs, dont lejUs a»oit épousé sm tdèee; mais Fabbë de Saint*: Piei^re paroit àvoii: ^gnoté* que e*étoic Fénélbn luimême qui â'W>k inspivé' à madsoftiè dé Maintenon la première idée d«j marîev su'niice au^eomte dlAyen^iet n'a pas fait àateniîon qiie]i»rM{tàe''ce lusarit^er ftic déclaré et ai|idu>.FéBéleu>n'étoît f^ k Ik Gôur.^

Sv qael<p]f UA sv^dit' pu* Atffe^ exa^vën^CTit mMittlV de la véritié du tettë attei;dl^tiEPy c'ràt^ éljé te- lièia^quîs de Fénâbn ,> ^i tfvoivpttsé sa jeunési» aupris^ de l'anîliëvéqne de Cambrai, et qoi< s'étoit dccupé- ^et tant de soin k rassembler tous* les moténauidtt^ l'tdBtbitte déson onde. Nous: avoBsuneiéttre-'dirliii écrit» fc dé sujet à MvDùpùf, qui aVoit\)éeii dhiiatla ftos grande iutt-* mité avec M;> :<fe JieatiWUets et Fénâou; Il étoit* même, coimnei on Vai TU, -employé dans l'éducftlMm

(') Atmakspolitiipieé, tèittr it^ p^ge-659, anu^ i^t^^ '-

de M. le duc de Bourgogne / sons le titre de ^ntilhomme de la Manche. Nous avons une lettre du marquis de Fénélon ^ oui il interroge M. Dupuy sur cette prétendue déclaration du mariage ^ et de l'influence qu'on lui âvoit supposée sur la di^ràce de l'archevêque de Cambrai. M. Dupuy lui répond en détail sur plusieurs autres faits ; et quant à cette dernière anecdote y ' il se horne à rapporter quon Va dit dans le temps, mais qu'on fien a aucune preuve.

^ N.^ VIIL — PAGE l80é

Les écrivains ecclésiastiques paroissent s*étre partagés sur la sincérité des protestations de Synésius. Le cardinal Baronius s'est dédarë pour l'opinion que nous avons rapportée dahs V Histoire de Fénélon. Mais le pèrePetaUy éditeur des œuvres de Synésius, pense que se& protestations étoient sincères , qu'il resta attaché à ses opinions, et qu^il ne se sépara point de sa femme. Luc Holsteiiius a publié à Borne une dissertation ou il a exprimé le même sentiment que le père Pptau^.Mais quelque imposante que soit l'autorité du père Petau en une pareille matière, elle a été contredite p^r plusieurs canonistes estimés. Les auteurs ec* désiastiques sont également partagés sur la nature des opinions de Synésius. B patoft qu'elles participoient en quelque sorte des idées platoniciennes sur la më« teinpsycose, et de la résurrection des origénistes dans une autre. chair. On sait que beaucoup de Pères grecs

Bt; UVllE TROISIÈME. 36l

ëtoient imbus de la doctrine de Platon ; ils le considéroient comme celui des philosophes de Tantiquitë , qui avoit donné les notions les plus sublimes de la divinisé , et les plus conformes à celles que toutes les pages des livres sacrés expriment dans un langage si magnifique. Synésius avoit occupé sa jemiesse aux études de la philosophie j et ses ouvrages attestent le» progf-ès qu'il y avoit faits. Il n'est pas étonnant , qu'avant d'avoir reçu la consécration épiscopale , il se soit montré ^attaché à quelques opinions singulières y -qui lui étoient d'autant plus chères /^ qu'il les regar4oit comme le fruit d'un long yravail , et le résultat de profondes méditations. Mais sans entrer dans un examen critique des preuves que les auteurs dont nous venons de ps^ler allèguent pn faveur de leur sentiment sur ce £ait singulier de L'histoire^ecdésiastiqûe.^ on peut, sans inconvénient (0 , on doit même croire avec Texact et judicieux abbé Fleury : a que Théophile et les évé- » ques d'Egypte s'assurèrent de la docilité de Synésius »• et de sa foi dans les points essentiels, avant que de » lui imposer leîs mains ; et que son mérite extraor- » dinaire , joint à la nécessité des temps et des lieux , » les obligea de se dispenser de langueur des règles v. L'événement justifia la»' {sagesse de cette conduite. Synésius montra dans toute la suite de sa vie et dans l'exercice de son mipistère des vertus vraiment épiscopales , et a laissé une mémoire honorable.

(0 Histoire ecclésiastique, liv. aa> ti^o 41 «

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