nsCES JD^STIFIC&TITBS
ajouta aux copies et aux exemplaires , même imprima , des présentes lettres signées de la main d'un notaire public, et scellées du sceau d'une personne constituée en dignité ecclésiastique, tant en jugement que ddiorS) A p&F toute la terre, comme on l'auroit à ces mêmes lettres représentées et produites en origîpal. Donné à Rome, it Sainte-Marie Majeure, sous l'anneau du pécheur, le i3.* jour de mars 1S99, et l'an 8.' de notre pontificat.
Sifflé, S. F. , cardintU Albako, Xâ doctrine condamnée par le bref d'Innocent SU, peut se réduire à ces deux points :
I ,« U est des âmes tettement embrasées de l'amour de Dieu, tellement soumises à sa sainte volonté, que si ^ dans un état de tentation , elles venoient à croire que Dieu les a condamnées à la peine éternelle , elles fèrMe&t à Dieu le sacrifice absolu de leur salut (■).
a.o D est en cette vie nn certain état de perfection dans leqnel S. n'y a plus lieu pour les personnes qui sont en cet état , ni au désir de la récompense, ni à la crainte des peines.
On voit làdlement combien de pernicieuses conséquences pouvoient résulter de cet,te doctrine; com-
(■) On d()it obMrrw ior ae premier point , qm la ptapait ihi pcrnmius qui biioitiit à la jostics de Dieu le-ucnifice de Imr saint, neconsentoifatànufini la peine étMnrile.^uesoaf U GondittoQ ^'bb BÙlieii àp cctis p«i«i; effet n« « d'aimer Dieu.
BU LIVRE TROlSlisMB. ^']%
bien eUfi est opposée à ce que l'Eglise nous enseigne sur la n^cf^sit^ de Fespérance , et à tout ce qu'ont pratiquë.les. plus grands saints.
Ces propbsitionè du livre des Maximes des Saints j prises à la rigueur , et dans le sens littéral , présentent cette mauvaise doctrine ^ et elles ont été par conséquent justement condamnées.
Il est cependant vrai que Fénélon a déclaré constamment .et jusqu'à la fi» dé sea jours , qu'il avoit toujours eu cette doctrine en horreur , et en mime temps qu'il étoit pleinem/enl; et siilcèrement soumis à la coB«t damnation des propositions ex^aites de son livre.
Cela paroit d'abord renfermer une contradiction; mais cette contradiction apparente se. lève facilement^ en supposant que -Fénélon ne. s' étoit pas assez bien expliqué dans son livre ^ fue les expressions dont il sytoit servi n étaient point propres pour un ouvrage dogmatique^ comme il ^ea isonvâneit lu^méme , et que l'Eglise avoit pu et dû, danff sa sagesse , rejeter et condamner des expressions Jimii^pes, dont on ahusoit^
On observa en effets dans le temps , que les diffé* rens écrits que Fénélon publia pour sa défende ^ et où il développa s^v.^ pluf d'étendi^e et de clarté ses véri*^ tables ^sçotimens y ne renferment point les erreurs con* damnées dans son livre > et même 1^ combattent; qu'en conséquence , le saint Siège n'enveloppa poînl ces écrite, dans la condamnation et la prohibition du livre d^s Maximes des Saints, et même n'en défendit point la lecture.
Il faut remarquer avec soin que VùrAour pùr^ ou de-
sirUéresséy c'est-à-dire, cet amour par lequel on aîmc Dieu pour lui-même, et sans aucun rapport à notre béatitude, cet amour, .dont Fénëlon a été un si sëlë défenseur, n'a point été condamné, ni dédaré chimérique par le bref du Pape.
n est vrai que Bossuet, dans les commencemens de cette controverse, parut nier la possibilité de cet amour. Mais depuis les conférences d'Issy, il souscrivit pleinement à la doctrine reçuedaps l'Ecole, selon laquelle, l'amour pur et désintéressé , est non-seulement possible , mais de précepte pour tout fidèle , plusieurs fois pendant la vie^
' Mais quoi qu'il en soit , on convient géuéraTement que cet amour est possible ; qu'on peut en produire quelques actes , et même en avoir l'habitude.
Le docteur Habert, qui nte peut pas être soupçonne de partialité pour Fénélon , et qui avoit sur beaucoup d'autres points des opinions bien différentes des siennes , dit expressément (0 , « que saint Bernard et y tous les Catholiques soutiennent que l'homme dans « cette vie peut demeurer long -temps dans le degré » où il aime Dieu pour Dieu , et non pour lui-même. n'&mctus Bema'rdus et omnes CathoHti asseruntho- » ndnem in hdc vïtd dià stare posse in eo grtuhij in » quo diUgit Deum^ non jam propter se, sed propter » ipsum »• ' <
Il suffit de reconnoître en même temps que le Chrétien qui aime Dieu purement pour lui-même , peut et
(>) Théolog. t III } p. 60Q.
BV LiVftB THOISIÈMEw S^S
doit, 9XL moins de temps en temps , joindre aux actes de cet amour pur des. actes d* espérance die là vie ëter«
ncUe.
fl n'est pas indiffèrent de connoître Topinion du plus célèbre et du plus, raisonnable de tous 1^ métaphysiciens sur une question , qui , dans son principe , appartient autant à la métaphysique y qu'elle appartient h, la théologie par ses conséquences religieuses' et morales.
Yoiei ce qu'on Ut dans une lettre de Leil^nitz à Thomas Bumet.
« On agite en Angleterre une question sur l'amour 9 de Dieu, qui est aussi agitée en France entre l'ar- 9 chevèque de Cambrai, précepteur du duc de Bout- » gogne , et Tévéque de Meaux , ci-devant précepteur » du Dauphin. Hy a long- temps, gue foi examiné 9 cette matière; car elle est de grande importance, et » j'ai pensé que pour décider de telles questions , il % faut avoir de bonnes définitions. On trouve une dé- 9 finition de Vamour dans la préface de mûn Code » diplomatique, où je dis s amare, est felfcitate altcr » rius delectari} aimer, c^est trouver son plaisir dans » la félicité d'autrui; et par cettç définition , on peut » résoudre cette grande question; comment l'amour » véritable peut être désintéressé, quoique cepei^w dant il soit vrai que nous ne faisons rien que pour » noue bien 5 c'est que toutes ces choses que nous dé.- » sirons par elles-mêmes et sans aucune vue d'iatérêt , » sont d'uoe nature k nous donner du plaisir par leur.s » excellentes qualilésj dç sorte que la félicité dp l'ob-
» jet aime entre dans la nôtre. Ainsi on voit que la » définition termine la dispute en peu de mots »•
On voit par ce passage dé Leîbnitz qu'il croyoit, par sa définition dapur amour y avoir terminé on prévenu 1% controverse de Bossuet et de Fénélon, longtemps avant qu'elle éclatât. Il supposoit qu'il y avoit un malentendu entje ces deux illustres adversaires. Fénélon soutenoit que nous pouvons aimer Dieu sans aucun rapport k notre intérêt ou à notre avantage ) et c'est cettie espèce' d'amotir qu'il appelle le par amour. Bossuet 'affirmoit 9 d'après l'amour que nojtis avons nécessairement pour nous* même, que notre intérêt ,^ notre pro^Nre avantage étoit inséparablement uni k l'amour y ou que nous trouvions toujours notre propre avantage dans l'amour que nous avions j>ouc les objets ^tîngués de nous. Leibnit^s , d'a^ès sa définition , les concilie y et croit qu'ils avoient raison l'un et l'autre. Il écrivoit au mois de juin 1698, à M. Magliabecd, bibliothécaire du grand-dùc de T^tscane y dan^ le temps Hxéme oà l'on étoit occupé à Rome à l'exam^i du livre des Maximes des Saints:
« Telle est la nature de l'amour véritable , qu^il a » des fondemens distingués de la considération de notre 9 intérêt particulier (ou bien qu'il n'est point fondé » sur la considération de notre intérêt propre ) y non )» pas cependant que cet avantage ; cet intérêt propre 3) puisse en être séparé'. Car ainsi i|tte j'en ai donné la 1^ définition dans un de mes ouvrages/ aimer, c'est » être tellement disposé qu'on trouve son plaisir dans » la félicité d'un autre. C'est ainsi que la vue d*un
DU LIVRE TEOISIÈME. 3^^
» tableau de Raphaël nous inspire une sorte d'amour , » parce que sa beauté nous donne du plaisir y quoique » d'ailleurs le tableau ne nous procure aucune uti« » lité (1) ».
LeS)nits s'explique encore davantage en un aut]^ endroit :
« L'incomparable M. de Fénëlon s'est rendu {dus 9» cher à l'univers, en lui donnant le Téléfnaque y qu'en » publiant son sentiment sur le pur amouTy quoiqu'il » fidlle aussi avouer que m le père Lami y bénëdic* » tin, qui a défendu ce sentiment^ ni M. l'évéque de » Meaux,* et Malebrandie qui Toni oombatta , n'ont » point assez bien traité la question, et ne l'ont point » présentée sous le jour convenable , parce qu'ih n'ont » pas donné une définition juste et exacte Au véritable » amour. Je l'ai donnée , cette définition , dans la pré- » face du Code diplomatique du droit des gens y publié » quelques années avant la dispute des deux prélats. 9 J'y disois que l'amour est le plaisir que nous donne
«c (0 Equidem ea est natura veri amori?, ut ab eo quod a> interest commodi priyaii respecta separatas habeat ratio- » nés \ non ità tamen , ut à bono amaniis possit divelli. Nam M ut ego olim in libro edilo definire memini, amare, est eo » esse animo , ut in «Iterius felicitate sis respecturus volap* 9 tatem tuam. Prorsùs ut picturam Raphaelis imagine quà- 9 dam amoris prosequeremur ^ etsi nullos census fructusque » ferret ex prsstantià ejus ( quando feliritalis ipsa capaz non » est), Yoluptatem capiendo. ». (QEuyrea.de Leibnitz, t. r, p. lao.)
378 PIÈGES JtJSTIPICATlVÉS
» la félicité d*im aatre^ qui devient par-là notre pro- » pre félicité (0.
i> J'y avois dit que l'amour avoit lieu quand on pre- » noit plaisir dans la félicité d'autrui , et qu'on se ren- » doit cette félicité propre, et que, lorsque l'objet » que l'on aimoit étoit capable de félicité , Vaffection » qu'on lui portoit deyenoit un amour véritable; d'où » il suit que l'amour d'autrui ne peut pas être séparé » de notre véritable bien , ni l'amour- de Dieu de notre » félicité. Mais il me paroît en même temps certain, » qu'en mettant à part le plaisir qu'on goûte dans la » félicité d'autrui , on peut encore en tirer «me utilité » propre; mais cette utilité n'entre point dans la conr » sidération du pur amour j quoiqu'on ne doive ni l'em » exclure ,-ni la rejeter C^) ».
« (') Flàs placuit orbi incomparabilis Feneloniiis, Telema" y> cho édite , quàm senlentià de amore puro vulgat& ; quam* y> qaàm fatendum quoque nec pro eo delendendo monacham y> benedictinum D. Lami, nec pro eo impùgnando epiâcopimi » Meldensem et Malebranchium fecisse aatis, et in débita lace » postlisse, eo qnod rectametaccuratamyeriamorîs.definitioneni » non dederunt. Ea in praefatione Codicis juris gentium dipio- » matici, aliquot anté hanc litem motam priùis èditi^ declarata » est, esse nempé amorem delectationem in fèlicitate ahe- » rius » (Tome v, p. 189. )
«t (3) Âdeoque felicitatem alterins addiscendi in suam , alque » ciim res polçhra felicitatis est capax, transire afiectom in 3) amorem. Undé sequitor amorem alterius à noslro bono , et y) amorem Dei à felicitate nostrà non posse separari : veriim 3) hoc quoqne certam est utilitatem praeter delectationem in
DU tIVRE TROISIÈME. 3^9
. Fontendle ,■ dans son éloge de Leibnitz , a observé cette conformité . de sendmens entre le philosophe d'Hanover et le pape Innocent XII. « La théorie gé- » nérale de jurisprudence y quoique fort courte, dit » FopteneUe, étozt si étendue, que la question du » quiétisme , alors fort agitée en France^ s'y trouvoit » naturellement dès Feutrée , et la décision de Leib- » nitz fut conforme à celle du Pape d.
On remarquera seulement une légère méprise de Fontenelle. Il sup'pose que la question du quiétisme étoitjbrt agitée en France y lorsque Leibnitz publia sa ' théorie générale de Jurisprudence. On a vu, par le témoignage de Leibnitz lui-même , qu'il avoit composé cet ouvrage quelques années avant que la controverse sur ce sujet eût été élevée^ et que même il avoit exaininé cette matière comme étant de grande importance, long-temps auparavant,
N.' XI. — PAGE 3o8.
. . Il paroit que les ennemis de Fénélon avoient eu wi moment le projet et Fespéraiice de le Dure traduire comme i|n accusé devant. l'assemblé dû dergé (de 1700 ) ; mais sans doute on fut arrêté par l'irrégularité d'une pareille mesure, qui auroit. révolté, tout le corps épi^opal :. c'est ce que l'on peut conjecturer par les expressions d'une lettre manuscrite de Fénâon^ à,l'abbé de Laqgeroii , du i .«r juillet ( 1 700 ).
01 alterios felicitate ad amorem parom non- pertlaerey quàmyis » eanecexcludeada, uec.rejifÊieiiudacsit.». .
38p PIEGES ItTSTIFlCATIVES
« J'ai reçu une lettre d'avis secret d« Paris (0 , qui j» porte qu'ils veulent m'obliger ( apparemment par » quelqu'ordre du Roi ) à alleit à l'assemblée dé Saint- » Germain, pour y renouveler, avec des explications » plus amples et plus précises!, ce qu'il» prétendent » que je n^ai &it que par artifice dans mon mandement » et dans le procès* Verbad de notre assemblée. Ce pro* » cédé seroit bien extraordinaire ; mais vous voyez par » expérience qu'ils sont capables dës excès les plus « irréj^ers. Si vous appreniez quelque chose, je vous » conjure de tn'èn avertir , surtout par rapport aux ;0 f(Hni%alités de dtdit que j'aurois k observer. Du reste, « je demande à Dieu qu'il me mette un voile sur les » yeux pour ne rien prévoir. Duhitur enim vohù in i> Md kord {jjÀdd leqttammi, et spirkus ejus loqueiur