LXXXIV. Conduite de Bossuet
TiXXXV. Réponse de Fénélon à M. de Beauvil-
lierg^ 2S| mars 1699 271
LXXXYI. Rome applaudit à la soumission de Fénélon • • • 276
LXXXTD. Bref du Pape à Fénélon 282
LXXXVIII. Difficultés sur la forme d'acceptation
du bref en France 285
LXXXTX. Mémoire de Bossuet contre le projet d'ent^oyer des commissaires du Roi aux assem- • blées métropolitaines ^^7
X SOMIIAIRE DU LIVRE THOIsIèiME.
XG. Le Eoi convoque toutes les assemblées mëtropo*>
litaiaes pour l'acceptation du bref du Pape. Pa^. '289 XCI. Procédé offensant de ïévéque de Saint-x
Orner pour Fénélon 293
XGII. Lettre de Fénélon au marquis de Barbe-
zieux 3oo
X€in. Louis Xiy donne des lettres-patentes pour
Tenregistrement du bref. Soi
XCIV. Réquisitoire de M. d'Aguesseau. . . . Boa XCV. L'assemblée du clergé de 1 700 se fait rendre
-tïompte de toute Taffaire du livre de Fénélon* 807 XCVI. Les Jansénistes et les Protestans sont mé-
contens de la soumission de Fénélon. . • . 3og XGYIL Réponse de Fénélon au P. Gerberon . • 3io XGYin. Sincérité de la sc^umission de Fénélo\i. 3i4 XGIX. R^exions générales sur les résultats de
la controverse du quiétisme. . • • • • • 3i6
PI£GES JUSTIFICATIVES DU LIVRE TEOISIÈOSS. . • . 33 f
Suite de la Controverse de Bossuet et de Fénéhn.
Fénélov. Tom. II.
&ute de la Controverse de Bàssuei et de Fénélon.
iKMÉDiATEHcifT apfès Ics eonféreiices d'Issy^ Bossuet s'était occupé avec ardeur d*étudier à foDd tous les auteurs mystiques qui avoient parlé ou traité de TEiat d'oraisom Xes trente^quatre ^ articles lui avoient paru suffisans pour arrêter les principaux abus qui commençoient à s'introduire ; mais ces articles se réduisoient à quelques principes généraux , qui ne formoie^t pas un corpâ de doctrine assez développé pour l'instruction des fidèles y et la Conduite des ministres de TEglise. Ce fut Tobjet d'un travail considérable et d'une'^ infinité dé recherches ^ qui occupèrent Bossuet plus d'un an. Il s'étoit déjà assuré de l'approba- , tion du cardinal de Noailles et de l'évéque de Chartres^ et il ne lui venoit pas même dans l'esprit que Fénélon osât lui refuser la sienne. Mais
4 UI9T0III& DE FÉIXÉLOVf
dans cette dernière supposition , il étoit dëcidé à Tattaquer personnellement ^ et il paroissoit peu redouter rév^nement d'un : combat qui devoit ajouter un nouveau triomphe à sa gloire. La malignité a supposé à Bossuet des sentimens peu dignes d'une si grande ame ^ et des vues ultérieures d'ambition , .qui ne s'accordoient* pas plus avec son âge déjà avancé^ qu'avec l'histoire du reste de sa vie.
U avoit déjà prévenu Fénélon qu'il travaillait à une Instruction sur les Etats d^ oraison^ et qu'il se proposoit de la soumettre à son examen. Fénélon lui avoit répondu de Cambrai (0 : ce Quand » vous voudrez y je me rendi^ai à Meaux et à Ger- )> migny^ pour passer quelques jours auprès de i> vous y et pour prendre à votre ouvrage toute » la part que vous voudrez bien m'y donner. Je 3) serai ravi y non pas d'en augmenter l'autorité^ » mais de témoigner publiquement combien je » révère votre doctrine ».
Madame Guyon n'étoit point encore arrêtée C^^), lorsque Fénélon écrivit cette lettre. On a vu, par la lettre de Fénélon à madame deMaintenon (3),. combien cet événement, auquel Bossuet avoit eu
{^) i8 décembre 1695.
{?) Elle ne le fut que quelques joun. après.
(3) Du 6 mars 1696 , (lom. i.", p. 363).
LIVRÉ TlLdlSlÈMB, 5
tant de party. avoit altéré ses dispositions envers lui. G'^st ce qui se fait assez apercevoir dans sa lettré à Bbssuet^ du 9 mai i6g6. «Si vous àvez^ » Monseigneur y quelque chose à m'envoyer, je » yous supplie de né me l'envoyer pas sitôt. J'ai 3» attendu à Cambrai le plus long-teinps qu'il pi^a » été possible ce que vous m aviez fait Thoiméur )»* de me promettre. Je suis occupé à la visite de » mon diocèse;; quand elle sera finie ^ j'irai faire » un tour à Versailles^ et je crois qu'il vaut mieux » remettre à ce temps-là ce que vous voulez que. » je fasse ».
Bossnet fut sans doute un peu surpris de cette réponse vague et dilatoire; du moins on peut le présumer par une seconde lettre de Fénélbn ^ du a4 mai 1696 : « Si j'avois reçu pendant le carâme 1* ce que vous voulez que je voie, j'aurbis été dilir » gent à vous en rendre compte. Dè^que je serai D débarrassé de ma visite, je partirai pour aller à » Versailles recevoir vos ordres ; en attendant ,^e li vous supplie de croire , Monseigneur, que je » n'ai besoin de rien pour vous respecter avec un » attachement inviolable. Je serai toujours plein » de sincérité pour vous rendre compte de mes » pensées , et pletn de déférence pour les sou- » mettre aux vôtres. Mais ne soyez point enpeifle » de moi. Dieu en aura soin. Le lien de la foi
6 HISTOI&X DB FÉRÉLONy
3> nous tient unis pour la doctrine j et pour le s> cœur, je n'y ai que respect , zèle et tendresse » pour vous. Dieu m*est témoin que je ne ments » pas».
Fe^élon y à son retour à Paris , fat assez positivement instruit de Fesprit dans lequel Bossuet avoit composé son ouvrage y pour se décider à ne point y attaclier soo nom. 11 ne put d'ailleurs ignoi^r que cette approbation ne lui étoit demandée y gufi pour arracher de hti une véritahte rétractation sous un titre spécieux; et Bossuet hiimême ne le dissimula pas dans la suite. Fénélon prévit et il dut prévoit que son refus alloit rengager dans une controverse très-délicate et trèsanimée avec un homme aussi imposant par son génie et ses talens, que par la considération dont il étoit environné. Il sentit qu il avait deux objets indispensables à. remplir^ Tun pour Tintérêt de sa propre réfutation, et Tautre pour celui de sa tranqi^lité.
Il crut donc devoir s'attacher d'abord à ne pas laisser subsister le plusfoible nuage sur l'exactitude de sa doctrine et la sincérité de ses senti- Inèns. Ce fut dans cette vue qu'il rédigea une explication très-détaillée des trente-quatre articles d'Issy. Il exposa avec candeur ses maximes sur la charité et sur Y oraison passive. U soumit
LIV&E TROISIÈHE. ^
fotiie explication au cardinal de Noailles et à M. TroQson ^ l'un et Feutre avoient assisté aux conférences dlssy ; ils connoissoient les véritables principes de la matière*^ et l'eqprit des trente- ^atre articles qui étoient leur ouvrage* L'un et l'autre approuvèi^nt l'explicatioti de Fénélon, et n'y remarquèrent aucune «rreur. C'est uu fait important qui n'a jamais été contesté ; et une lettre manuscrite de M. Tronson (0 nous eiLofire la preuve.
Mais il restoit à Fénélon un second objet à l. remplir^ non moins important soûs un autre rap- ^^^1*^^ ^ port ; c'étoit de prémunir l'esprit de madame de madame de Maintenon contre les impresâoiu; que Bossuet ^'^^l diercheroit à lui donner , ëa lui dénonçant le «erd'appron-
^ j, ,. • !• • ver le livre de
refus d approuver son Itvre comme un mdice cer^ Bossuet tain de sa complicité avec madame Guy on : il mit un soin particulier à justifier les motifs de ce refiis, en les exposant avec autant de franchise que de fermeté. Il réunit , le 2 août 1696, à Issy, chez M. Tronson , les ducs de Beauvilliers et de Cbevreuse , le cardinal de Noailles et l^évéque de Chartres, et il leur lut son mémoire, dont no ils avons la copie originale. On y remarque en tête ces mots écrits de la main de Fénélon : Mémoire ipiejejis pour montrer que je ne de^is pasap"
(0 Du a^ mars «696.
-6 MISTOIILE BE FÉNÉItON^
pmuver le liure de M. de Meaax, et que M* de Paris fit apprmwer pwr madame, de Maintenon.
Ce n est pas sans intention. que nous appuyons sur ces circonstances, dn verra que ce mémoire , qu'il adressa à madame de Maintenons sous la forme d'une lettre , fut la principale pièce dont Bossuet se servit dans sa Relation sur le Quîéy tisme^ /pour traduire Fénélon devant le publie comme complice , et4)Our ainsi dire^ comipç faur
teur de tous les égaremens de madame Guy on (i)« Fënélon exposoit dans ce mémoire le» coi]|sidérations impérieuses qui ne lui permettoient pas d'approuver le livide de Bossuet ; mais il y prenoit en même temps l'engstgement formel de rendre cotnpte au public de sa doctrine sur les jnatièresî contestées^ et de soumettre cette espèce de pro-* fession de foi au jugement du cardinal de Noailles^r de. M. Tronson et des ecclésiastiques les plus ver-, tueux et les plus éclairés du diocèse de Paris. Le >'cardinal deNoailles, l'évéque deChartres^ et ma-: dame, de Maintenon eUe-même^ parurent con-
(0 L^extrême étendae de ce ikiémoire ne aons a pas peimis de rinsérer dans le corps de rouvrage j il auroit suspendu uop Ipng-temps la Aiite des faits historiques : mais ceUe pièce es( trop importante pour ne pas la mettre sous les yeux des lecteurs ; on verra qu'elle se lie nécessairement à la suite des é?é< nemens. Qn la trouvera aux Pipce^justtficaUves du livre .trei-» fliéme, n.<* l.
LIVRB TROISIJËMIS. 9
vainoos'de la forcé dea raisons présentées par F^nélon ; et- l'engagement qu'il prenoit , acheva de }fs convaincre de sa bonne foi. -
Fénelon, se confiant en leurs dispoûtions, se hâta d'annoncer à Bossuet sa détermination. Il ^toit au moment de partir pour Cambrai ; et en partant y il remit le manuscrit de Bossuet au duc de Chevreuil avec^ lettre suivante (0 pour ce prélat : > . . '
«c JTai été très-fâché> Monseigneur^ de ne pou- n. » von: emporter à Cambrai ce que vous m avez j^^^ ^^^p, j> fait riionneur de me confier; mais M, le duc de prouver le » Cbevreuse s'est chargé de vous expliquer ce qui saet. » m'a obligé à tenir cette conduite. Il a .bien » voulu y Monseigneur^ se charger aussi du dépôt, » pour le r^qiettre jQii dans vos mains à votre re- » tour de Meaux , ou dans celles de quelque per- » sonne que vous aurez la bonté de lui nommer. » Ce qui est trè^certain , Monseigneur, c'est que » j'irois au*dévant de tout ce qui peut vous plaii'e, » et vous témoigner nion extrême déférence, si » j'étois libre de suivre mon cœur en cette occa-^ » sion. Tespère que vous serez persuadé des rai* Ji sons qui m'arrêtent, quand M. le duc de Che- » vreuse vous les aura expliquées^ Comme vous j> n'avez rien dé$iré que par bonté pour moi, je
(0 BiL^. ao&t 1696.
lO HISTOIRE DE WÈJtÈLOV^
» crois que vous voudrez bien entrer dans des » raison3 qui me toudient d*une manière capitale ; » elles ne diminuent en rien la reconnoiss^ce , » le respect y la déférence et le zèle avec lesquels » je vous suis dévoué n.
m. Bossuet peint assez naturellement danssa Itelar
tement de ^^.^^^ ^ Quîédsme, Timpressiou que fit sur lui Bossucu cette lettre de Fénélon, loriqu*elle lui fut remise par le duc 4^ Ghevreuse. « Quoi ! M. de Cambrai » va n^onti^er que c'est pour soutenir madame » Guyon qu'il se désunit d'avec ses confrères! » Tout le monde va donc voir qu'il en est le prod tecteur ! ce soupçon qui le déshonoroit dans tout » le public y va donc devenir une Certitude ! quel » seroit l'étonnement de tout le monde de voir 9 parottre à la» tête de mon JUvre l'approbation de I» M. l'archevêque de Paris et de M. de Chartres » sans la sienne ? n'étoit^e pas mettre en évidence » le signe de sa désunion d'avec ses confrères , ses y consécrateurs, ses plus intimes amis? Quel scan-^ » dale ! quelle flétrissure à son nom ! de quels » livres vouloit^ii être le martyr? pourquoi ôter » au public la consolation de voir dans l'appra- » bation de ce prélat le témoignage solennel de » notre unanimité >k
Fénélon répondoit qu'il n'étoit point le protecteur des en^eurs de madame Guyon ^ mais son