‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 46 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

écrire par Louis XIV une lettre au saint-père , pour se plaindre de la lenteur qu'il apportait à prononcer dans cette affaire. Cette lettre fut envoyée au cardinal de Bouillon pour qu'il la remît lui-même; une autre lettre , conçue en termes assez durs , était destinée au cardinal, et on le rendait, pour ainsi dire , responsable de révénement.

On ne se borna pas à un témoignage aussi éclatant des véritables intentions du roi. Vers les premiers jours de janvier 1699, Louis XIV se fit apporter le tableau des officiers de la maison des jeunes princes : il raya de sa propre main le nom de Tarchevêque de Cambrai de l'état des appointements affectés aux fonctions de précepteur, et lui en ôta le titre. On est surpris de voir un prince tel que Louis XIV croire punir un homme tel que Fénelon en lui retirant une pension. Avait-il donc oublié que ce même Fénelon avait sollicité comme une grâce, quatre ans auparavant, la permission de verser cette pension dans le trésor royal pour le service de la guerre , et que Louis XIV avait jugé peu convenable à sa dignité d'accepter cette offre généreuse ?

Cependant on procédait à Rome avec beaucoup d'activité au jugement du livre de l'archevêque de Cambrai. Les cardinaux de la congrégation du Saint-Office s'assemblaient , en présence du pape, deux fois la semaine et souvent trois. Au reçu de la lettre du roi, qui manifestait son impatience

d'une façon vive et pressante , le pape ordonna aux cardinaux de redoubler d'activité , et de tenir régulièrement trois congrégations par semaine.

Plus le moment approchait où il allait prononcer, plus le souverain pontife était flottant et indécis.

Après de longues discussions , qui avaient rempli trente-sept séances , les cardinaux étaient enfin parvenus à terminer leur examen. Des trente-huit propositions soumises aux examinateurs, ils en avaient condamné vingt-trois. Mais de nouvelles difficultés s'élevèrent sur la forme à donner au décret. Pendant cette nouvelle discussion, on proposa au pape , qui adopta avec empressement cette idée, de prononcer des canons, au lieu d'une censure du livre de Fénelon. Ces canons auraient rcmfeimé la doctrine de l'Église opposée à celle de Molinos et des quiétistes : Fénelon y aurait souscrit sans difficulté ^ on se serait contenté de prohiber le livre, sans attaquer la réputation de l'archevêque.

Mais ce n'était pas ce que voulaient les ennemis de Fénelon : aussitôt que la nouvelle du projet de prononcer des canons se fut répandue , les intrigues recommencèrent avec plus d'activité que jamais. Louis XIV adressa un mémoire fulminant au pape à ce sujet; les cardinaux eux-mêmes furent d'avis qu'il était plus convenable de prononcer une censure du livre. Dès que le pape connut le sentiment des cardinaux , il ne voulut pas contredire ceux

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