‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 47 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE. l · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. l

qu'il avait appelé lui-^même au partage de sa sollicitude pastorale.

Enfin , le jeudi 12 mars 1699 , le pape signa le décret convenu et arrêté d'avance. Il fut imprimé le jour même, publié et afiiché dans les principales places de Rome. Le cardinal de BouUlon et Tabbé Bossuet dépêchèrent des courriers extraordinaires pour en porter la nouvelle au roi et aux trois prélats.

L'abbé de Chantérac écrivit de son côté à Fénelon une lettre touchante pour lui apprendre sa condamnation , et l'exhorter à recevoir le bref avec une parfaite soumission, simple et sincère comme il l'avait promise.

Fénelon n'avait pas besoin qu'on lui rappelât cette promesse. Avant d'avoir reçu la lettre de l'abbé de Chantérac, le comte de Fénelon, son frère , était parti en poste de Paris pour lui en porter la première nouvelle , et il était arrivé à Cambrai le 25 mars , jour de l'Annonciation , au moment où l'archevêque allait monter en chaire pour prêcher sur la solennité du jour. Quelque affecté qu'il fût d'une décision si contraire à son attente , la religion conserva un tel empire sur cette âme vertueuse , qu'il se recueillit seulement quelques instants pour changer tout le plan du sermon qu'il avait préparé. La nouvelle de la condamnation de Fénelon avait déjà rapidement circulé dans la nombreuse assemblée qui l'écoutait. Cette admirable présence d'esprit , ce mouvement sublime , ce calme

religieux, qui attestait d'avance la soumission de l'archevêque de Cambrai , et qui en était rengagement solennel , firent couler de tous les yeux des larmes de douleur, de respect et d'admiration.

Fénelon n'hésita pas; il n'avait pas hésité un seul moment; craignant que les délibérations de la cour pour la réception légale du bref du pape ne traînassent en longueur, il ne voulut point laisser Rome , la France et l'Europe incertaines de sa soumission au décret du saint-siége. 11 écrivit sur-lechamp à M. de Barbezieux , secrétaire d'État, pour obtenir la permission de publier son mandement de soumission. 11 reçut cette permission le 8 , et le lendemain , 9 avril 1 699 , parut ce mandement , dans lequel nous remarquons les passages suivants.

Après avoir annoncé aux fidèles de son diocèse la condamnation de son livre , par le bref dont nous avons parlé , il ajoute : « Nous adhérons à ce bref, a mes chers frères , tant pour le texte du livre que « pour les vingt-trois propositions, simplement, « absolument et sans ombre de restriction. Ainsi « nous condamnons tant le livre que les vingt-trois u propositions , précisément dans la même forme « et avec les mêmes qualifications , simplement , ab- <c solument et sans aucune restriction... C'est donc « de tout notre cœur que nous vous exhortons à « une soumission sincère et à une docilité sans réi< serve... A Dieu ne plaise qu'il soit jamais parlé « de nous, si ce n'est pour se souvenir qu'un pas-

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