PREMIÈRE PARTIE. l
procher de M. le duc de Bourgogne un homme qui pouvait se ressouvenir de leurs procédés.
Telles étaient les dispositions de la cour envers Fénelon, lorsqu'un événement imprévu vint au secours de tant de passions et d'intérêts divers, et dispensa pour toujours les ennemis et les rivaux de Fénelon du soin pénible de veiller à sa perte : elle fut irrévocablement prononcée dans le cœur et Tesprit de Louis XIV par la publication du Télemaqtte.
Tout le monde sait que Finfidélité d'un domestique , que Tarchevéque de Cambrai avait chargé de tirer une copie de son manuscrit, ût connaître au public un ouvrage qui a valu à son auteur une gloire qu'il n'avait pas ambitionnée, et des malheurs qu'il ne méritait pas. Le copiste infidèle eut assez de goût pour apprécier les beautés de l'ouvrage et trop peu de délicatesse pour résister au désir d'en tirer avantage. Dès le mois d'octobre 1698, il fit circuler, avec beaucoup de mystère , dans quelques sociétés, une copie du manuscrit de Fénelon, sans en faire connaître Tauteur. Encouragé par le succèl remarquable qu'obtint cette lecture, cet homme vendit son manuscrit à la veuve de Claude Barbin, imprimeur au Palais. L'imprimeur, persuadé que l'auteur, quel qu'il fût , n'avait ni l'intention ni l'ambition de se faire connaître, demanda et obtint facilement sous son propre nom un privilège comme on était dans l'usage d'en ac-
corder, sans beaucoup d'examen, à des imprimeurs connus, pour des ouvrages de littérature qui n'offraient rien de contraire à la rdigion et aux mœurs- On commença donc à imprimer le Télénaque sous le titre de S%»ite du quatrième livre de FOdysêée, ou leê aventurée de Télétnaque, fils cTUlyne/ à Paris, chez la veuve de Claude Barbin, au Palaie, 1699^ avee privilège du roi, du 6 avril 1699.
Pendant Timprçssîon de Touvrage , et avant la fin du premier volume , la cour fut instruite que le Te'lémaque était de Farchevéque de Cambrai, i^s exemplaires des feuilles déjà imprimées furent saisis, le$ imprimeurs maltraités , et on usa, au nom de Louis XIV, des mesures les plus sévères pour anéantir un ouvrage qui devait ajouter tant de gloire au siècle de Louis XIY. Mais quelques exemplaires qui avaient échappé à la police, tout imparfaits qu'ils étaient , se répandirent avec rapidité. Bientôt les presses de Hollande s'en emparèrent, et à peioe pouvaient-elles suffire à l'avidité du public.
Le succès prodigieux du Telemaque, en t'rance et en Europe, fut ce qui contribua le plus à aigrir Louis XIV contre son auteur: on s'était empressé de lui dénoncer cet ouvrage comme la satire la plus éclatante de ses principes de gouvernement et des événements de son règne. On s'était étudié à chercher dans la conduite et le caractère des per-