‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 53 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

$onnages de ce poème, des allusions piquantes à la cour et aux ministres de Louis XIV 5 et, si Ton en croit M. de Saint-Simon, « le maréchal de « Noailles, qui ne Touiait rien moins que toutes « les places de M. de Beauvilliers, disait au roi « et à qui voulait Tentendre , qu^il fallait être « ennemi de sa personne pour avoir composé le « Télémaque. »

Fénelon, rassuré par le témoignage de sa conscience, avait dédaigné de se justifier contre des imputations auxquelles il se croyait supérieur* Ce silence si noble n'étonnait pas ses amis ; mais des courtisans ne pouvaient pas le comprendre, et le public n'était pas obligé de l'expliquer.

Il n'est pas surprenant que ceux même qui n'avaient aucun intérêt personnel à nuire à Fénelon, parussent persuadés que sa plume n'avait fait que retracer avec fidélité les modèles qu'il avait eus sous les yeux pendant son séjour à Versailles.

11 est difficile de savoir jusqu'à quel point Louis XiV ajouta foi aux intentions que la calomnie prétait à Fénelon dans la composition de ces portraits. Mais on ne peut douter qu'il n'ait été profondément irrité contre l'auteur d'un ouvrage dont les maximes étaient en opposition avec les principes de son gouvernement, avec les qualités dominantes de son caractère, et avec toutes les brillantes illusions qui l'avaient si longtemps séduit. Il dut reconnaître , dans l'auteur du Télé-

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maque, cet esprit chimérique et ramaneêque qu'il avait déjà cru remarquer et qui Pavait blessé. Toutes ces maximes de modération et de popula^ rite, ces tableaux si riants de la vie pastorale et du bonheur des travaux champêtres, cette haine des conquêtes, cette simplicité des rois et des grands, cette candeur et cette bonne foi dans les négociations extérieures, ne lui parurent que les jeux puériles d^une imagination peu familiarisée avec la connaissance des hommes et avec la véritable science du gouvernement.

Il fut malheureusement entretenu dans cette prévention par tout ce qui rapprochait et qui avait part à sa confiance. M"*** de Maintenon partageait cette fâcheuse prévention contre Fénelon^ elle affectait même d'annoncer hautement qu'elle ne pouvait pardonner à Tarchevêque de Cambrai d'avoir composé le Télemaque, et ses amis particuliers se croyaient autorisés à alléguer ce motif pour se dispenser de solliciter son rappel à la cour.

11 était difficile que Louis XIV ne se crût pas personnellement attaqué , lorsquUl voyait tout ce qui lui était le plus cher et qui avait le plus de part à sa confiance, se montrer encore plus sensible que lui-même à une pareille injure. Différentes circonstances contribuèrent encore à envenimer le cœur de ce monarque contre Fénelon et contre ses maximes. L'admiration générale de toute l'Europe pour Télémaq'ue: Tempressement

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