CHAPITRE VI
Fénelon confie son séminaire aux Sulpiciens. —Affaire de la consUtulion Unigeniius, — Assemblée du clergé de 1T13 et I7i4.-*- La bulle Unigeniius est enregistrée au parlement— Mandement de Fénelon sur cette bulle.— Fénelon pense à se donner un coad- Jaleur. — II perd en peu de temps tous ses amis. — Mort du duc de Gbevreuse. — Mort du duc de Beauviliiers. — Maladie et mort de Fénelon.— Sa lettrée Louis XIY, écrite la veille de sa mort. — Regrets universels de la mort de Fénelon. — Hommage rendu à ses cendres au .commencement du iii« siècle. — Caractère de la figure de Fénelon.
Fénelon eut la consolation , avant de mourir, d^exécuter le projet qu'il avait eu dès les premiers temps de son épiscopat, de confier la direction de son séminaire à la congrégation de Saint-Sulpice. Un motif de délicatesse Tavait empêcha de continuer ses relations avec cette société , où il avait été élevé , où il ne comptait que des amîs^ lorsque la chaleur de ses controverses avec Bossuet et le cardinal de Noailles aurait pu attirer sur elle la malveillance de ses puissants adversaires.
Mais Fénelon, peu de temps avant sa mort, avait obtenu de Louis XIV une lettre de cachet qui enjoignait à la congrégation de Saint-Sulpice de
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se charger du séminaire de Cambrai ^ et cet ordre avait été déterminé par la considération de tous les avantages qui devaient en résulter pour un diocèse si important. Il n^ut pas la satisfaction de voir cet établissement entièrement perfectionné , et ses derniers vœux , en mourant , eurent pour objet de supplier Louis XIV de mettre la dernière main à un ouvrage si intéressant pour le diocèse de Cambrai.
Fénelon vécut encore assez longtemps pour voir naître les orages qui menacèrent TÉglise de France d'une espèce de schisme.
On se rappelle que Louis XIV s'était borné à demander au cardinal de Noailles qu'il consentit, pour le bien de la paix, à révoquer l'approbation qu'il avait donnée au livre du Père Quesnel ^ ce prélat s'était constamment refusé à donner au roi un témoignage de condescendance qui aurait suffi probablement pour calmer les esprits. H est vrai qu'il avait accompagné ce refus de la déclaration qu'il souscrirait au jugement que porterait le saintsiège sur ce livre, qui était soumis à son examen. Cet examen dura près de trois ans, et le pape y apporta toutes les précautions possibles et une attention extrême.
Enfin, le 8 septembre 1713 , Clément X! publia la constitution Unigenihit, qui condamne cent une propositions extraites des Ké flexions morales du Père Quesnel sur le Nouveau Testament.
Aussitôt que la constitution Unigenitus fut arrivée en France , ou du moins avant quVlley eàt été acceptée , le cardinal de Noailles fit de lui-même ce qu'il avait si longtemps refusé aux instances de Louis XIV; il publia, le 28 septembre 1713, un mandement par lequel il révoquait l'approbation qu'il avait autrefois donnée au livre du Père Quesnel. Si les amis de la paix et du cardinal de Noailles regrettèrent qu'il n'eût pas fait , quelques années plus tôt, une démarche qui paraissait lui avoir tant coûté , au moins pensèrent-ils qu'elle allait écarter tout prétexte de division; mais ces espérances furent cruellement trompées.
Louis XIV convoqua aussitôt une assemblée du clergé pour l'examen de cette bulle. Surquarantehuit prélats qui composaient cette assemblée , quarante acceptèrent avec respect et soumission la constitution de Clément XI ; huit seulement, à la tête desquels était le cardinal de Noailles, se refusèrent à une acceptation pure et simple, et ne voulurent la recevoir qu avec des conditions ou des restrictions inadmissibles. Malgré cette opposition, les autres prélats passèrent outre, et la bulle Unigenitus fut enregistrée au parlement de Paris à la suite de l'approbation donnée par la grande majorité de l'assemblée.
Le cardinal de Noailles ne se borna pas à refuser l'acceptation de la constitution ; il publia, le 25 février 1714 , un mandement par lequel , tout en
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renouvelant la condamnation qu'il avait déjà portée contre le livre du Père Quesnel , le 28 septembre précédent , il défendait , ioui peine de nupenêe, de recevoir dans son diocèse la bulle Unigenitus sans son autorité. Il offrait peut-être le premier exemple , dans l'Église , d'un évêque qui eût défendu , iouê peine de ttupeme , de recevoir un jugement dogmatique prononcé par le saintsiége, accepté par la presque universalité des évêques , revêtu de l'autorité du roi et enregistré dans tous les parlements. En voyant cette conduite du cardinal de Noailles , on ne peut s'empêcher de la rapprocher de celle de Fénelon dans une occasion à peu près semblable , surtout quand on se rappelle que le cardinal^ qui avait été un des adversaires les plus animés de l'archevêque de Cambrai , avait dit en acceptant le bref qui condamnait le livre de Fénelon : Pierre a parlé par la bouche d' Innocent XII. Fénelon s'était soumis sans résistance , simplement, et de la manière la plus absolue, tandis que son adversaire, oubliant que Pierre venait de parler par la bouche de Clé* ment XI en condamnant le livre du Père Quesnel , donnait l'exemple d'une résistance coupable et scandaleuse à l'autorité.
Aussitôt que la constitution Unigenituê eut été acceptée par l'assemblée du clergé et revêtue des lettres patentes enregistrées , le roi la fit adresser à tous les évêques deJFrance. Tous, à l'exception
de treize, l'acceptèrent purement et simplemenu Parmi les mandements qui furent publiés à cette occasion, celui qui obtint l'approbation la plus générale et la plus éclatante fut le mandement de Fénelon. On y remarqua surtout la touchante effusion avec laquelle il s'abandonne à tous les sentiments de vénération, de fidélité et d'obéissance filiale pour l'Église romaine.
* On forma divers plans pour réduire les réfractaires à la constitution Unigenitus, On s'arrêta à celui qu'avait proposé Fénelon, c'était la convocation d'un concile national -, mais , pendant que cette affaire était négociée à la cour de Rome , Louis XIV mourut, et cet événement changea entièrement la face des affaires.
La santé de Fénelon déclinait sensiblement , et ses forces ne pouvaient plus suffire aux devoirs indispensables de son ministère. Cela lui fit naître l'idée de demander un coadjuteur pour le soulager dans ses fonctions les plus pénibles. Après les informations les plus scrupuleuses, il avait fixé son choix sur le jeune abbé de Tavanes, depuis évéque de Châlons-sur-Mame, archevêque de Rouen et cardinal. Il mit un tel secret dans ses démarches, que l'abbé de Tavanes ne connut que longtemps après la mort de Fénelon le vœu honorable qu'il avait formé pour lui.
Mais la Providence avait décidé que Fénelon ne verrait ni la fin des troubles de l'Église , ni les com*
mencements d'un gouvernement où ses principes, son caractère , ses vertus et ses mœurs auraient été dans la plus violente opposition avec les maximes qui commençaient à prévaloir. D'ailleurs il était peut-être dans Tordre de la nature qu un homme qui n'avait vécu que pour l'amitié , n'eût pas la force de survivre à tous les amis qui avaient fait le bonheur et la consolation de sa vie. Dans le court intervalle de quelques années, Fénelon eut à pleurer la mort de ses amis les plus chers. Le pre- ' mier coup qui frappa son cœur fut celui qui enleva l'abbé de Langeron. Ils avaient passé ensemble les jours heureux et paisibles de leur première jeunesse; le zèle de la religion et l'amour de l'étude les avaient associés aux mêmes travaux dans un âge plus avancé; appelés l'un et l'autre à la cour pour réducation du duc de Bourgogne , ils avaient vu leurs efforts couronnés du plus heureux succès. Enveloppé dans la disgrâce de Fénelon , l'abbé de Langeron le suivît dans son exil et s'associa tout entier à ses destinées; plus heureux que Fénelon, il n'eut pas le malheur de lui survivre , et il eut le bonheur de mourir entre ses bras. La religion seule put adoucir dans le cœur de Fénelon le sentiment d'une perte aussi cruelle ; mais , malgré sa résignation, la nature rappelait toujours à son cœur le souvenir d'un ami si cher.
Les larmes que la mort de Fabbé de Langeron lui avait fait répandre coulaient encore lorsqu'il
eut à pleurer la mort du duc de Bourgogne. Nous avons fait connaître la douleur amère dont il fut accablé à la nouvelle de ce coup terrible y qui ram-' pait^ suivant son expression, tous les liens gui latlachaient encore à la terre.
Neuf mois après la mort du duc de Bourgc^e, Fénelon eut encore à pleurer la perte d'un ami bien cher. M. le duc deChevreuse mourut le 5 novembre 1712. Fénelon avait été pour lui un ami, un père, un oracle ^ il n'avait pas un sentiment, une pensée, un vœu qu'il ne soumît à ses inspirations; il le consultait sur ses affaires domestiques comme sur les affaires publiques, sur ses relations de société comme sur les controverses religieuses-, il était le correspondant habituel de Fénelon, et son intermédiaire nécessaire entre le duc de Bourgogne et M. de Beauvilliers.
Un ami restait à Fénelon, et c'était celui dont le nom , le rang, les dignités , les vertus et la réputation avaient ajouté tant de bonheur à la vie de Fénelon; et c'était celui qui lui avait ouvert la carrière des honneurs , de la gloire , nous dirions de la fortune , si la fortune avait pu être comptée pour quelque chose par deux hommes tels que MM. de Beauvilliers et Fénelon. Mais un pressentiment secret annonçait à Fénelon qu'il allait bientôt perdre encore celui sur lequel étaient venues se réunir toutes ses affections , depuis que la mort . avait frappé ce qui lui était le plus cher.
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Les craintes de Fénelon n'étaient que trop fondées. Après une maladie de langueur, causée par ses malheurs domestiques et par la mort si rapide et si imprévue du duc de Bourgogne, le duc de Beauvilliers succomba le 31 août 1714, à Page de 66 ans , et Fénelon ne lui survécut que quatre mois.
La mort de M. de Beauvilliers fut le dernier coup qui acheva d^accabler Fâme trop sensible de Fénelon ; sa faible complexion ne put résister à l'impression d'une perte aussi douloureuse. Il ne vit , il ne voulut voir dans ces scènes lugubres que l'ordre de la Providence qui brisait tous ses liens , pour ne lui laisser plus rien à regretter sur la terre, et l'avertir de tourner toutes ses pensées vers rétemité. Il rassembla le peu de forces qui lui restaient pour remplir les tristes devoirs de Tamitié envers M"^ de Beauvilliers*, mais il cherchait en vain à lui inspirer un courage qu'il n'avait plus pour lui-même*, à travers toutes les consolations par lesquelles il cherche à adoucir sa douleur, il laisse apercevoir le pressentiment de sa fin prochaine: «Dieu veuille mettre. Madame, « lui écrivit-il , Dieu veuille mettre au fond de (( votre cœur blessé sa consolation ! la plaie est «horrible, mais la main du consolateur a une « vertu toute-puissante. Non , il n'y a que les sens <( et l'imagination qui aient perdu leur objet. Gen lui que nous ne pouvons plus voir est plus que «jamais avec nous-, nous le trouvons sans cesse
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«dans notre centre commun-, il nous y voit, il < nous y procure tous les vrais secours. Pour moi , « qui étais privé de le voir depuis tant d^années, « je lui parle, je lui ouvre mon cœur, je crois le « trouver devant Dieu. » Puis il ajoute ces paroles remarquables, qui semblaient annoncer sa mort prochaine : Nom retrouveront Hentâi ce que nous n'aurons point perdu ;nou9 en approchons tous les Jours à grands pas/ encore un peu, et il n'y aura plus de quoi pleurer. Le T' janvier 1715, trois jours après la date de cette lettre, Fénelon tomba malade et mourut.
La douleur dont Fénelon avait été accablé depuis la mort de M. de Beauvilliei*s n'avait pu rengager à suspendre un seul moment Texercice des devoirs de son ministère. Quelques semaines avant sa maladie , il faisait une visite épiscopale dans * son diocèse. Sa voiture versa dans un endroit dangereux; personne ne fut blessé; mais il éprouva une commotion qui l'obligea de revenir à Cambrai. Dans la soirée du 1" janvier 171 ô, la fièvre se déclara accompagnée de douleurs très-aiguês. Fénelon vit que son heure était venue. Pendant les six jours que dura sa maladie, il ne voulut être entretenu que de la lecture de TÉcriture sainte. Il se faisait souvent répéter les derniers versets du chapitre IV et les neuf premiers du chapitre Y de la seconde Épitre de saint Paul aux Corinthiens. Les deux derniers jours et les deux dernières
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nuits de sa maladie, il demanda avec instance qu^on lui récitât les textes de l^Écriture les plus convenables à Tétat ou il se trouvait. Hépétezmoi, répétez-moi, disait-il de temps en temps, eei divine» parolei,- il les achevait avec les assistants, autant que ses forces le lui permettaient. On voyait dans ses yeux et sur son visage qu'il entrait avec ferveur dans'^de vifs sentiments de foi, d espérance, d'amour, de résignation, d'union à Dieu, de conformité à Jésus-Christ, que ces textes exprimaient. Le troisième jour de sa maladie, il voulut recevoir le viatique*, et comme on lui représentait que le danger ne paraissait pas assez pressant : « Dans Tétat où je me sens , dit-îl , je n'ai point d'affaire plus pressée. » Il se fit porter aussitôt, de la petite chambre qu'il occupait habituellement, dans sa grande chambre, afin que tous les membres de son chapitre pussent y entrer et être présents à cet acte de religion*, et, avant de recevoir le viatique, il adressa à tous les assistants quelques paroles d'édification.
La veille de sa mort, il reçut l'extrême -onction ; et immédiatement après il dicta à son aumônier une lettre qu'il adressa au Père Le Tellier, pour la mettre sous les yeux du roi. Elle était conçue en ces termes :
« Je viens de recevoir Textréme-onction. C'est .(( dans cet état, mon R. P., où je me prépare à « aller paraître devant Dieu, que je vous prie in-
« stamment de représenter au roi mes véritables « sentiments.
c( Je n'ai eu que docilité pour TÉglise et qu'hor- (( reur des nouveautés qu'on m'a imputées. J'ai u reçu la condamnation de mon livre avec la sim- « plicité la plus absolue.
« Je n'ai jamais été un seul moment en ma vie « sans avoir poUr la personne du roi la plus vive « reconnaissance, le zèle le plus ingénu, le plus « profond respect et l'attachement le plus invio- <( lable.
(c Je prends la liberté de demander à S. M. deux (( grâces, qui ne regardent ni ma personne, ni « aucun des miens.
« La première est qu'il ait la bonté de mè don- « ner un successeur pieux, régulier, bon et ferme « contre le jansénisme , lequel est prodigieuse- « ment accrédité sur cette frontière.
« L'autre grâce est qu'il ait la bonté d'achever a avec mon successeur ce qui n'a pu être achevé « avec moi pour MM. de Saint-Sulpice. Je dois à « S. M. le secours que je reçois d'eux. On ne peut <( rien de plus apostolique et de plus vénérable. « Si S. M. veut bien faire entendre à mon succès- « seur qu'il vaut mieux qu'il conclue avec ces « Messieurs ce qui est déjà si avancé , la chose u sera bientôt finie.
« Je souhaite à S. M. une longue vie, dont a l'Église, aussi bien que l'État, a infiniment be-
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« soiii. Si je puis aller voir Dieu , je lui demanderai « souvent ces grâces. Vous savez , mon révérend « Père, avec quelle vénération...
« Signé Fb., archev. de Cambrai. »
Nous ignorons quelle impression cette lettre fit sur Louis XIV, lorsque le P. I^ Tellier la mit sous ses yeux. Elle dut sans doute lui inspirer quelques regrets du long et profond ressentiment qu'il avait conservé contre un évèque dont les dernières paroles exprimaient avec tant de vérité la reconnaissance, rattachement et la fidélité.
Rien ne fut plus touchant que le spectacle qu'offrit la nuit qui précéda sa mort. Toutes les personnes de sa pieuse famille, qui s'étaient réunies à Cambrai , vinrent Tune après Tautre demander et recevoir sa bénédiction. Quelques autres personnes de la ville, qu'il dirigeait, se présentèrent aussi pour recevoir sa dernière bénédiction. Ses dôme»* tiques vinrent ensuite tous ensemble, en fondant en larmes, la demander, et il la leur donna avec amitié. L'abbé Le Vayer, supérieur du séminaire , récita ensuite les prières des agonisants , en y mêlant de temps en temps des paroles courtes et touchantes de l'Écriture*, le malade fut environ une demi-heure sans donner aucun signe de connaissance , après quoi il expira doucement à cinq heures et quart du matin (7 janvier 1715).
La mort de Fénelon excita des regrets sincères et universels dans toute la France. Les amis de
FëneloDy suivant l'expression du duc de Saint- Simon, tombèrent datif t abîme de V affliction la plus amère. Lorsque la nouvelle de cette mort parvint dans les pays étrangers , elle y fut peutêtre plus vivement ressentie qu'en France même, où tous les esprits étaient aigris et divisés. Toute l'Europe fut frappée de la perte d'un homme qui avait illustré son siècle par un grand caractère, des vertus éclatantes et des ouvrages qui dureront autant que la langue dans laquelle ils furent écrits.
Le pape Clément XI donna des larmes sincères à sa mort , et parut regretter de ne l'avoir point nommé cardinal, dans la crainte de déplaire à Louis XIV. La même crainte empêcha le chapiti*e de Cambrai de laisser prononcer, suivant Tusage, l'oraison funèbre d'un prélat qui avait illustré leur Église , et l'Académie française , par un motif semblable , n'osa pas prononcer le nom de Télémaque en faisant l'éloge de Fénelon.
Ainsi Fénelon a été le seul archevêque de Cambrai dont il n'y ait point eu d'oraison funèbre à Cambrai -, et la première compagnie littéraire du royaume se condamna au silence sur un des plus beaux morceaux de la littérature française. Mais l'attendrissement que le nom seul de Fénelon excite encore dans tous les cœurs, après plus d'un siècle , sera toujours la plus belle et la plus durable de toutes les oraisons funèbres.
Dans les temps désastreux de la terreur révolu-
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iionnaire , quand tout ce qui avait excité le respect et la vénération était indignement profané , quand les églises étalent démolies ou servaient de temple à Timpiété , quand les autels étaient renversés, et que des mains sacrilèges ne respectaient pas même les tombeaux., celui de Fénelon ne fut pas épargné. Mais aussitôt qu'un gouvernement régulier eut succédé à Fanarchie, on donna Tondre d'élever, dans la ville de Cambrai , un monument destiné à recevoir les cendres de l'immortel Fénelon. Les dispositions de cet arrêté portent entre autres : < Qu'en attendant Férection de ce monument, les cendres de Fénelon, recueillies par les soins et la sollicitude des autorités de Cambrai, seraient transférées dans Téglise cathédrale avec la pompe, la décence et la vénération que comporte la nature de cette cérémonie, et que doivent inspirer les talents et les vertus de Tillustre prélat dont la mémoire doit être honorée dans cette circonstance. •
Comme il ne se trouvait point de local dans Tenceinte de la cathédrale pour recevoir le cercueil de Fénelon , on le transporta à l'oratoire de la maison du Vauderbarch, où il resta déposé jusqu'à 1 érection du monument qui a été élevé.
M. de Saint-Simon trace ainsi le portrait de Fénelon : « Ce prélat était un grand homme, maigre, « bien fait, avec un grand nez, des yeux dont le « feu et Tesprit sortaient comme un torrent, et
€ une physionomie telle que je n'en ai vu qui y « ressemblât, et qui ne pouvait s'oublier, quand « on ne l'aurait vue qu'une fois.
• Elle rassemblait tout, et les contraires ne s'y « combattaient points elle avait de la gravité et de € Tagrément, du sérieux et de la gaieté; elle sente tait également le docteur, l'évêque et le grand «seigneur. Tout ce qui y surnageait, ainsi que « dans toute sa personne , c'était la finesse , l'es- « prit, les grâces, la décence et surtout la no- « blesse. II fallait faire effort pour cesser de le « regarder. Tous ses portraits sont parlants , sans « toutefois avoir pu attraper la justesse de Thar- « monie qui frappait dans l'original , et la délica- « tesse de chaque caractère que ce visage rassema blaît; ses manières y répondaient, dans la même « proportion, avec une aisance qui en donnait aux « autres , et cet air et ce bon goût qu'on ne tient « que de Tusage de la meilleure compagnie et du • grand monde , qui se trouvait répandu de soi- « même dans toutes ses conversations.»
Fénelon n'était âgé que de soixante-quatre ans et cinq mois; mais un travail continuel dans tous les genres , une sobriété peut-être portée à l'excès, les grandes traverses qui avaient agité sa vie, et surtout la douleur d'avoir perdu en un petit nombre d'années ses amis les plus chers, avaient entièrement détruit sa santé.
FIK.