‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 62 sur 75 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Lettre de Féoelon à rAcadémie française. — Son opinion sur un dictionnaire. — Plan de Fénelon sur les travaui auxquels devrait se livrer FAcadémie. — Correspondance de Fénelon avec le duc d'Orléans. — Du culte religieux. ~ Il considère lu culte religieux sous le rapport de Dieu et de Phomme. ~ Du culte inlérieur et du culte extérieur. — Ces deux culies sont inséparables. — De l'immortalité de TAme. — Du libre arbitre. » Réflexions sur la correspondance de Fénelon avec le duc d'OrléaAs.

Au milieu d'occupalions si sérieuses, de devoirs si importants , Fénelon eut encore à se livrer à une occupation et à remplir un devoir d'un genre bien différent. L'Académie française travaillait à donner une nouvelle édition de son dictionnaire, et elle chargea M. Dacier, son secrétaire perpétuel , de demander à Fénelon ses vues et ses pensées sur le plan qu'elle devait suivre. Il ne crut pas pouvoir se dispenser de déférer au vœu d'une compagnie célèbre dont il était membre ; il imagina même de profiter de cette occasion pour donner plus d'étendue aux. vues de l'Académie, et pour lui proposer un plan utile au progrès des bonnes études , et digne de la gloire littéraire de la nation.

246 HISTOIRE 1)Ë FÉH£LON.

Ce fut sans doute pour soutenir le courage de ses collègues dans un, travail aussi aride et aussi pénible que celui d'un dictionnaire, et pour ouvrir à leur zèle une carrière plus vaste et plus utile , que Fénelon proposa à TAcadéniie ce plan dont l'exécution aurait rempli le véritable objet de son institution, et aurait servi peut-être à prévenir les abus et la corruption que l'on a reprochés à là littérature du xviii® siècle, et plus encore à c^e du xix%

Tel est Tobjet de la réponse quil adressa à M. Dacier, et qui a été imprimée 46|Mit6 «a mort, sous le titre de LeHre à fAeadéntie Française-

Cette lettre est restée comme un de nos meilleurs ouvrages classiques, et comme un des pâus propres à former le goût , par la sagesse des pria* cipes , le choix des exemples et l'applicatioii heureuse de toutes les règles qui y sont rappelées ou indiquées.

Fénelon sentait toute rinsuffisance et même rimpossibilité d'un dictionnaire permanent , car Tusage , qui est la seule loi des langues vivantes , change à chaque instant ces langues, et par conséquent leurs dictionnaires. Aussi rAcadémie estelle encore occupée aujourd'hui de ce même travail , qui durera sans doute autantqu'elle -, chaque édition qu'elle publie diffère plus ou moins de celle qui Ta précédée , au point que la deniière ne

ressemble guère au dictionnaire qui occupait les collègues de Féneion (1).

11 désirait donc que l'Académie ne se renfermât point dans un cercle aussi circonscrit et aussi variable qu'un dictionnaire, et Tinvite à y joindre une grammaire française ,. pour faire remarquer Les règles, les exceptions, les étymologies, les sens figurés, Fartifice de toute la langue, et ses variations^ une rhétorique, mais débarrassée d'un système de règles et de préceptes arbitraires et arides *, une poétique , et enfin un traité sur thiitoire, projet seul qui aurait pu occuper une compagnie composée d'hommes aussi distingués.

U est sans doute à regretter que l'Académie française n'ait pas suivi le plan si sage et si utile que Féneion ne lui proposait qu'en obéissant à son invitation. Toutes les paities de ce plan se renfermaient dans le cercle naturel des occupations et des connaissances d'une compagnie littéraire , telle que TAcadémie française, et s'accordaient avec l'objet de sou institution

Mais le moment n'était pas favorable, l'Acadé-

. (I) EUe D^easemble pas même au diciionnairo du tempg de M. de Bausset, hislorien de Féneion et académicien lui-môme. Ainsi M. de Bausset écrit partout les imparfaits des verbes en ot<, et les pluriels des noms terminés au singulier enent ou ont , en ent ou ans, tandis que la dernière édition de l'Académie a adopté les terminaisons en ait pour les imparfaits et conserve le I au plurM des noms en ent et ant: comme le parent, les parents , Venfanl^ les enfants, au lieu de les parens , les enfans.

mie était alors divisée par une question de littéi^ature ^ c'était la dispute des aneie^u et des modernes, question assez frivole , mais qui ne laissait pas que de produii'e des esprits très-passionnés et des animosités réelles.

Les deux partis cherchaient également à s'appuyer du nom et des suffrages de Fénelon. il n'en épousa aucun \ il se borna à exposer avec impartialité ce qu^l pensait à la gloire des anciens et des modernes , sans dissimuler les justes repï^oches qu'on avait le droit de faire aux uns et aux autres; sa lettre était terminée par des réflexions si justes et si sensibles, qu'elles auraient dû rapprocher tous les partis, si Tesprit de parti pouvait jamais entendre le langage de la raison et de la vérité.

Dans le temps même où F Académie française consultait Fénelon sur des questions de littérature , un prince du sang , le duc d'Orléans, le consultait sur les questions les plus importantes de la philosophie. La manière remarquable dont Fénelon en avait traité plusieurs, entre autres celle de Pexistence de Dieu, l'estime universelle dont jouissait Fénelon et un goût particulier pour son Caractère firent naître à ce prince le désir d'entretenir avec lui une correspondance directe sur des sujets si dignes de la méditation de tous les esprits éclairés. Les funestes préventions qui s'étaient élevées à la mort du duc et de la duchesse de Bourgogne

étaient dissipées, et les amis les plus vertueux du duc de Bourgogne se reprochèrent eux-mêmes d'avoir partagé Terreur commune excitée par une douleur si légitime.

Ce prince , dont l'esprit était si étendu et le caractère si faible ; qui avait tous les sentiments d'une âme généreuse et toutes les passions d'un cœur corrompu; qui ambitionnait tous les genres de gloire, excepté celle que donne la vertu; ce prince, mélange étonnant des qualités et des vices les plus contraires , était cependant forcé de rendre hommage à la vertu , en retrouvant dans Fénelon tout ce qui la fait aimer et respecter. Aussi ne craignait-il pas de confier à Fénelon ses questions et ses doutes sur le culte de la Divinité , sur l'immortalité de Tàme et sur le libre arbitre.

Ces questions, presque aussi anciennes que le monde , ont excité dans tous les temps l'inquiète curiosité des hommes ; elles ont été l'objet de la méditation des sages ; elles ont exercé la religieuse résignation de ces 'âmes pnres et sublimes dans leur simplicité , qui , dédaignant d'arrêter leurs regards sur un monde qui passe et qui fuit , ont transporté leurs pensées et leurs espérances dans cet ordre immuable et éternel oii tous les voiles seront déchirés, et où toutes les énigmes seront expliquées.

l]ne génération folle et présomptueuse a renouvelé et agile de nos jours toutes ces questions , sur

350 HISTOIRE BB FftlfELON.

lesquelles elle a prononcé sans examen et sans âîscussîon , tandis que les plus grands génies ne les avaient abordées qu'en tremblant ; il n'est pas étonnant qu'elle ne se soit pas rencontrée avec eux dans la recherche de la vérité.

Il ne peut être indifférent à personne de savoir comment Fénelon a considéré des objets si iinpor* tattts pour tous les hommes. Son nom est cher à tous les aihis de la religion , et il commande le respect à ceux même qui ont affecté de secouer le joug de la religion. C'est pour cette raison que nous ne craignons pas de développer son opinion avec une certaine étendue. L'importance du sujet doit inspirer un grand intérêt, et la clarté qu'il a répandue sur des matières si difficiles peut soutenir Tattention.

Fénelon considère le culte religieux sous le rapport de Dieu et de Thomme.

«Dieu a dit : Je ne donnerai point nia gloire à un autre. Tout vient de lui; il faut que tout retourne à lui. Il ne peut avoir créé des êtres intelligents qu'en voulant que ces êtres emploient leur intelligence à le connaître et à Tadmirer, et leur volonté à l'aimer et à lui obéir. Nous sommes , non à nous , mais à celui qui nous a faits. Dieu , en créant 1 homme , s'est proposé , comme fin de son ouvrage, de se faire connaître comme Vérité infinie, et de se faire aimer comme bonté universelle. Dès qu'on suppose que Dieu seul doit avoir d'abord

tout notre amourcomme auteur de notre existence, et par conséquent notre premier bienfaiteur, il ne reste plus aucune question sur le culte divin, parce qu'il n'y a point d'autre culte que Tamour, dit saint Augustin , nec colitur nisi amando : c'estradoration en esprit et en vérité -, c'est l'unique fin pour laquelle Dieu nous a faits; il ne nous , a donné de l'amour qu'afin que nous l'aimions. Faites que les hommes soient pénétrés de l'amour qu'ils doivent à Dieu comme créateur et comme eottserrateur, tous les doutes sont dissipés , toutes les révoltes du cœur humain sont apaisées, tous les prétextes d'irréligion et d'impiété s'évanouissent. Je ne raisonne point ^ je ne demande rien à t'hofilme ; je l'abandonne à son amour ^ qu'il aime de tout son cœur celui à qui il doit tout , et qu il fasse ce qu'il lui plaira ; ce qu'il lui plaira ne sera que la plus pure religion ; voilà le culte parfait ; il ne fera qu'aittier et obéir. La natian des justes, dit rÉerfture , n'est qu'obéissance et amour.

«Cet amour, dira-t-on, est un culte intérieur. Mais le culte extérieur, où le trouvera-t-on ? Pourquoi supposer que Dieu le demanfie? Mais ne voit-on pas que le culte extérieur suit nécessairement le culte intérieur de Tamour ? Qu'on suppose Une société d'hommes qui se regardent comme n'étant tous ensemble sur la terre qu'une seule famille , dont le père est au ciel , n'est-il pas vrai que datis cette divine société la bouche parlera sans

cesse de Tabondance du cœur? Ils admireront sans cesse Fauteur de leur existence; ils aimeront sa bonté qui le porte à veiller sur eux comme sur ses enfants; ils chanteront ses louanges ; ils le béniront pour tous ses bienfaits ; il s'établira une généreuse émulation pour célébrer sa gloire , et une tondre compassion pour ceux d'entre eux qui méconnaîtraient les devoirs que la reconnaissance leur impose. Qu'appelez -vous culte extérieur, si celui-là n'en est pas un ?

« Il faudrait , dira-t-on , prouver qu'outre Tamour et les vertus qui en sont inséparables, l'homme doit à Dieu des cérémonies réglées et publiques. IMais ces cérémonies ne sont point Tessentiel de la religion qui consiste dans Famour et dans les vertus ; ces cérémonies sont instituées , non comme étant reflet essentiel de la religion, mais seulement pour être les signes qui servent à la montrer, à la nourrir en soi-même, à la communiquer aux autres. Ces cérémonies sont à l'égard de Dieu ce que les marques de respect sont pour un père, ce que les honneurs et les hommages extérieurs sont pour un roi. N'est-il pas évident que les hommes attachés aux sens , et dont la raison est faible , ont encore plus de besoin d'un spectacle pour imprimer en eux le respect d'une majesté invisible et contraire à toutes leurs passions? Ce sentiment est si nalurel à Thomme , que tous les peuples qui ont adoré quelque divinité ont fixé leur culte à

quelques démonstrations extérieures qu'on nomme des cérémonies. Dès que l'intérieur y est, il faut que Textérieur Texprime et le communique à toute la société. Le genre humain, jusqu^a Moïse, faisait des offrandes et des sacrifices; Moïse en a institué dans TÉglise judaïque; TÉglise chrétienne en a reçu de Jésus-Christ/ Quand Dieu n'a point réglé ces cérémonies par des lois écrites, les hommes ont suivi la tradition dès Torigine du genre humain; quand Dieu a réglé ces cérémonies par des lois écrites , les hommes ont dû les observer inviolablement; les protestants mêmes, qui ont tant critiqué nos cérémonies, n'ont pu s'empêcher d'en retenir beaucoup, tant il est vrai que les hommes en ont besoin. »

C'est avec la même clarté d'idées et la même simplicité de langage que Fénelon traite la question de l'immortalité de l'âme.

11 est très-vrai que Tâme n'a point une existence nécessaire. Dieu n'aurait besoin d'aucune . action pour anéantir l'âme de Thomme ; il n'aurait qu'à laisser cesser un moment l'action par laquelle il continue sa création en chaque moment, pour la replonger dans Pabîme du néant d'où il l'a tirée.

a Mais il s'agit de savoir si l'âme a en soi des causes naturelles de destruction qui fassent finir son existence après un certain temps , et si on peut démontrer philosophiquement que l'âme n'a point en soi de telles causes.

254 HISTOIRE DE PÉNELON.

d En TOici la preuve négative. Dès qu'on a supposé la distinction très-réelle de l'âme et du corps, on est tout étonné de leur union, et ce n'est que par la seule puissance de Dieu qu'on peut concevol^ comment il a pu unir et faire opérer de concert ces deux natures si dissemblables. Les corps lie pensent points les âmes ne sont ni divisibles, ni étendues , ni figul'ées , ni revêtues des propriétés Corporelles. La distinction réelle et rentière dissemblance de nature de ces deux êtres étant ainsi établies, on ne doit nullement s'étonner que leur union, qui ne consiste que daus une espèce de concert ou de rapport mutuel entre les pensées de Tun et les mouvements de l'autre, puisse cesser sans qu'aucun de ces deux êtres cesse d'exister. H faut au contraire s'étonner de ce que ces deux êtres de nature si dissemblable peuvent demeurer quelque temps dans ce concert d'opérations. A quel propos conclurait-on que l'un de ces deux êtres serait anéanti, dès que leur union, qui leur est si peu naturelle , viendrait à cesser ? Il y a plus-, représentons-nous deux corps absolument de m^me nature î séparez-les 5 vous ne détruisez lii Tun ni Tautre. L'existence même de l'un ne peut jamais prouver Texistence de l'autre, et Tanéantlssement du second ne peut jamais prouver rauéantissement du premier *, quoiqu'on les suppose semblables en tout, leur distinction réelle suffit pour démontrer qu'ils ne sont Jamais l'un à

l'autre une cause d'existence ou d'anéantissement.

« SI l'on doit raisonner alnsi.de deux corps (Ju'on sépare et qui sont entièrement de même nature, à combien plus forte raison doit-on raisonner d'un même esprit et d'un corps dont l'union n'a rien de naturel , tant leurs natures sont dissenlblablës en tout?

il L'union de Tâme et dii corps ne consistant que dans un concert ou rapport mutuel entre les penisëes de l'un et les mouvements de Tautre, il est facile devoir ce que la cessation de ce concert doit opé^e^. Ce concert n'est point naturel à ces deux èite^ si dissemblables et si indépendants Tun de l'autre; Il n'y a même que Dieu qui ait pu, par une vblonté purement arbitraire et toute-puissante, assujettir deux êtres si divers en nature et en opérations à ce concert pour opérer ensemble. Faites cesser la volonté purement arbitraire et toutepuissante de Dieu , ce concert , pour ainsi dire ai forcé , tombe aussitôt , comme une pierre tombe par son propre poids dès qu'une main ne la tient plus en l'air. Chacune de ces deux parties rentre dans son indépendance naturelle d'opérations à l'égard de l'autre. Il doit arriver de là que Tame, loin d'être anéantie par cette désunion , qui ne fait que la remettre dans son état natui'el, est alors libre de penser indépendamment de tous les mouvements du corps. La fin de«celte ^union n'est qu'un dégagement et qu'une liberté ; comme l'union n'est

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qu'une gène et un pur assujettissement. Alors l'âme doit penser indépendamment de tous les mouvements du corps , comme on suppose dans la re^ gion chrétienne que les anges, qui n ont jamais été unis à des corps, pensent dans le ciel.

u De son côté, le corps n'est point anéanti : il n'y a point le moindre atome qui périsse. Il n'arrive d;ins ce qu'on appelle la mort qu'un simple dérangement d'organes. Les corpuscules les plus subtils s'exhalent, la machine se dissout et se déconcerte ; mais , en quelque endroit que la corruption ou le hasard en écarte les débris, aucune parcelle ne cesse jamais d'exister, et tous les philosophes sont d'accord pour supposer qu'il n'arrive jamais dans l'univers l'anéantissement du plus vil et du plus imperceptible atome.

« A quel propos craindrait-on l'anéantissement de cette autre substance noble et pensante que nous appelons Tâme ? Comment pourrait-on supposer que le corps, qui ne s'anéantit nullement, anéantisse Tâme qui est plus noble que lui , qui lui est étrangère, et qui en est absolument indépendante?

« Il est vrai qu'en tout temps Dieu est toutpuissant pour anéantir l'âme ; mais il n'y a aucune raison de croire qu'il le veuille faire dans le temps de la désunion du corps, plutôt que dans le temps de l'union.

« On pourrait dire que l'âme n'étant créée que

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pour être unie avec le corps, elle est tellement bornée àcette société, que son existence emprun* tée cesse dès que sa société avec le corps finit. Mais c'est parler sans preuve que de supposer que Fâme n'est créée qu'avec une existence entièrement bornée au temps de sa société avec le corps. De quel droit le suppose-t-on au lieu de le prouver? On sait, et tous les philosophes conviennent que lexistence du corps n'est point bornée à la durée de la société avec Tâme. Après que la mort a rompu cette société , le corps existe encore jusque dans les moindres parcelles. On voit seulement deux choses: Tune que le ôorpsse divise et se dérange ; c'est ce qui ne peut arriver à Tâme , qui est simple, indivisible et sans arrangement; Tautre est que le corps ne se meut plus avec dépendance des pensées de l'âme. Ne faut-il pas en conclure que Tàme continue à exister de son côté, et qu'elle commence alors à penser indépendamment des opérations du corps? L'opération suit Tétre, comme tous les philosophes en conviennent; la nature de Fâme et celle du corps sont indépendantes l'une de Tautre tant en nature qu'en opérations. La fin de leur société passagère les laisse opérer librement, chacun selon sa nature, qui n'a aucun rapport à celle de Fautre.

« Enfin il ne s'agit que de savoir si Dieu , qui est le maître d'anéantir l'âme de Thomme ou de continuer sans fin son existence, a voulu cet

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anéantissement ou cette conservation. Il n'y à nulle apparence de croire qu'il veuille anéantir les âmes , lui qui n'anéantit pas le moindre atome dans Tunivers...

« 11 faut néanmoins avouer que nous devrions croire cet anéantissement si extraordinaire et si difficile & comprendre , supposé que Dieu lui-môme nous l'apprît par sa parole. Ce qui dépend de sa volonté arbitraire ne peut flous être découvert que par lui. Ceux qui veulent croire la mortalité de rame, contre toute vraisemblance, doivent nous prouver que Dieuat)arlé pour nous en assurer. Ce n'est nullement à nous à leur prouver que Dieii ne veut point faire cet anéantissement; il nous suffit de supposer que l'âme de Thomme , qui est le plus parfait des êtres que nous connaissons après Dieu, doit sans doute beaucoup moins perdre soii existence que tous les êtres qui nous environnent, et qui sont si inférieurs à l'âme. Voilà un préjugé raisonnable, constant, décisif; c'est à nos adversaires à venir nous en déposséder par des preuves claires et décisives. Or Us ne peuvent jamais le prouver que par une déclaration positive de Dieu même ; qu'on se taise donc, du qu'on nous montre une déclaration de Dieu pour cette exception à la loi générale qu'il a établie pour les êtres même physiques.

« Mais nous produisons un livre qui porte toutes les marques de divinité, puisque c'est lui qui nous

a appris à connaître et à aimer souverainement le ▼rai Dieu. C'est dans ce livi e que Dieu parle si bien 6n Dieu , quand il dit : Je suis celui qui est. Nul autre livre n'a peint Dieu d'une manière digne.de lui. Le livre que nous avons en main, après avoir montré Dieu tel qu'il est , nous enseigne le seul culte digne de lui 11 ne s'agit point de l'apaiser par le sang deâ victimes , il faut l'aimer plus que soi-même-, il faut se renoncer pour lui et préférer sa volonté à la nôtre; il faut que son amour opère en nous toutes les vertus et n'y souffre aucun vice. C'est ce renversement total du cœur de Thomme que l'homme n'aurait jamais pu Imaginer; il n'aurait jamais inventé une telle religion, q'i ne lui laisse pas tnôme sa pensée et sa volonté -, lors tnônie qu'on lui propose cette religion , avec la plus suprême autorité , son espi'it ne peut la concevoir, sa volonté Se révolte , et tout son fonds est irrltéi II ne faut pas s'en étonner, puisqu'il s'agit de démonter tout l'homme , de dégrader ce moi qui lui est si cher, de briser cette idole , de former un homme nouveau , et de mettre Dieu en la place de ce moi. Toutes les fois que l'homme inventera une religion , il la fera bien difTéronte ; Tamourpropre la dictera , il la fera toute pour lui -, celle-ci ne lui laisse rien. Celle-ci est néanmoins si juste , que ce qui nous soulève le plus contre elle est précisément ce qui doit le plus convaincre de sa .vérité. Dieu tout, à qui tout est dû, et la créa-

ture rien, à qui rien ne doit demeurer qu'en Dieu et pour Dieu. Toute religion qui ne va pas jusque-là est indigne de Dieu, ne redresse point rhomme et porte un caractère de fausseté tout manifeste. 11 n'y a sur la terre qu'un seul livre original qui fasse consister la religion à aimer Dieu plus que soi et à se renoncer pour lui. Les autres, qui répètent cette grande vérité, l'ont tirée de celui-ci. Le livre qui a fait ainsi connaître au monde la grandeur de Dieu, la misère de l'homme et un culte fondé sur l'amour, ne peut être que divin. Ou il n'y a aucune religion, ou celle-là est la seule véritable. Ce livre a fait tout ce qu'il a dit : il a changé la face du monde; il a peuplé les déserts de solitaires qui ont été des anges dans des corps mortels; il a fait fleurir, jusque dans le monde le plus impie et le plus corrompu, les vertus les plus pénibles et les plus aimables. Un tel livre doit être cru comme s'il était descendu du ciel sur la terre ; c'est ce livre où Dieu nous déclare une vérité déjà si vraisemblable par ellemême. Le même Dieu tout bon et tout-puissant , qui pourrait seul nous ôter la vie éternelle, nous la promet; c'est par l'attente de cette vie sans fin qu'il a appris à tant de martyrs à mépriser la vie courte , fragile et méprisable des corps. N'est-ce pas naturel que Dieu, qui éprouve dans cette courte vie chaque homme pour le vice et pour la vertu , et qui laisse souvent les impies achever leur

SECONDE PARTIE. 26l

course dans la prospérité , tandis que les justes vivent dans le mépris et dans la douleur, réserve à une autre vie le châtiment des uns et la récompense des autres? c'est ce que ce livre divin nous enseigne : merveilleuse et consolante conformité entre les oracles de TÉcriture et la vérité que nous portons empreinte au fond de nous-môme. »

On est étonné de voir que le duc d^Orléans ait eu besoin de consulter Fénelon sur Texistence du libre arbitre. Ce prince, qui offrait en effet un exemple déplorable de la servitude humiliante à laquelle on est condamné lorsqu'on se laisse dominer par ses passions, voulait peut-être se faire illusion à lui-même, ou du moins excuser ses égarements, en paraissant croire qu1l était entraîné par une espèce de fatalité ou par l'ascendant d'une nature plus puissante que sa raison et sa volonté.

La réponse de Fénelon ne dut pas lui permettre de conserver cette pitoyable ressource des esprits qui cherchent à se tromper eux-mêmes, et des cœurs qui s'efforcent en vain d'étouffer leurs remords.

« 11 ne s'agit point, lui écrivait Fénelon, d'examiner si Dieu n aurait pas pu créer Thomme sans lui donner la liberté, et en le nécessitant à vouloir toujours le bien , comme on suppose dans le christianisme que les bienheureux dans le ciel sont nécessités sans cesse à aimer Dieu. Qui est-ce qui

Mi HISTOIRE DE tÈnELOV.

peat douter que IHeu n'ait été le maître absolu dé créer d'abord les hommes dans cet état, et de les y fixer à jamais?

€ Mais ce qui décide est la conviction intime ou nous sommes sans cesse de notre liberté. Notre raisun ne consiste que dans nos idées claires; nous ne pouvons que les consulter attentivement pour conclure qu'une proposition est vraie ou fausse : il ne dépend pas de nous de croire que le oui est le non, et qu'un cercle est un triangle. D'où vient qu'il nous est absolument impossible de confondre ces choses? C'est que Texercice de la raison se réduit à consulter nos idées, et que Tidée d'un cercle est absolument différente de celle d'un triangle. Raisonnez tant qu'il vous plaira, je vous défie de former jamais aucun doute sérieux contre aucune de vos idées claires. Vous ne jugez jamais d'aucune d'elles-, mais c'est par elles que vous jugez ; elles sont la règle immuable de tous vos jugements •, vous ne vous trompez qu'en ne les consultant pas avec assez d'exactitude. Si vous n'affirmiez que ce qu'elles présentent, et si vous ne rejetiez que ce qu'elles excluent avec clarté, vous ne tomberiez jamais dans la moindre erreur, vous suspendriez votre jugement dès que l'idée que vous consulteriez ne vous paraîtrait pas assez claire, et vous ne vous rendriez jamais qu'à une clarté invincible. Ceux qui rejettent spéculatîvejnent cette règle ne s'entendent pBs eux-mêmes,

et suivent sans cesse par nécessité dans la pratique ce qn'ils rejettent par spéculation.

« Le principe fondamental de toute raison étant posé, je soutiens que notre libre arbitre est une de ces téritcs dont tout homme qui n'extravague pas a une idée si claire, que Tévidence est invincible. Tout homme sensé qui se consulte et qui s'écoute , porte au dedans de soi une décision invincible en faveur de sa liberté. Cette idée nous représente qu'un homme n'est coupable que quand H feit ce quil peut s'empêcher de faire, c'est-àdire ce qu'il fait par le choix de sa volonté, sans y être déterminé inévitablement et inyinciblement par quelque autre cause distinguée de sa volonté.

« Le doute ne saurait être plus sincère et plus sérieux sur la liberté que sur l'existence des corps qui vous environnent. Raisonnez tant qu'il vous pldira sttr to6 idées claires, il faut ou les suivre sans crainte de se tromper, on être absolument pyrrhotiien. Mais les pyrrhoniens, comme on a eu raison de le dire , étaient une secte de menteurs et non pas de philosophes *, ils se vantaient de douter, quoiqu'il ne fût pas plus en leur pouvoir qu'en celui des autres hommes de doutet* des vérités claires. D'ailleurs le doute universel est insoutenable*, quand même nos idées devraient nous tromper, il est inutile de délibérer pour savoir si nous les suivrons ou ne les suivrons pas; leur évidence est invincible; elle entraîne notre jugement:

264 HISTOIRE DE FÉMELON.

et si elles nous trompent, nous sommes dans une nécessité invincible d'être trompés; en ce cas, nous ne nous trompons pas nous-niêmes , c'est une puissance supérieure à la nôtre qui nous trompe et qui nous dévoue à Terreur. Nous pouvons bien suspendre notre conclusion quand les idées sont obscures et quand leur obscurité nous laisse en suspens ; mais quand elles sont claires comme cette vérité : deux ei deux font quatre, le doute serait non un usage de la raison , mais un délire.

« Au reste, il est assez inutile de raisonner et de disputer avec les hommes qui nient le libre arbitre; il suflBt de les mettre à Tépreuve dans les plus communes occasions de la vie, et où ils ont un intérêt personnel , pour les confondre par euxmêmes.

c On demande comment est-c^ que TÊtre infiniment parfait, qui tend toi^ours, selon sa nature, à la plus haute perfection de son ouvrage, a pu créer des volontés libres, c'est-à-dire laissées à leur propre choix entre le bien et le mal, entre Tordre et le désordre? Pourquoi les aurait-il abandonnées à leur propre faiblesse, prévoyant que Tusage qu'elles en feraient serait celui de se perdre et de dérégler tout Touvrage divin?

« Je réponds, V que ce qu'on veut nier est incontestable. D'un côté, on avoue quil y a un Être infiniment parfait qui a créé les hommes ; d'un autre côté, la nature entière crie que nous sommes

libres. Si rhomme borné ne peut pas comprendre comment cette liberté , source de tout désordre , peut s'accorder avec Tordre suprême dans l'ouvrage de Dieu, il n'a qu^à croire humblement ce qu'il ne comprend pas. Quand même il ne pourrait pas comprendre par sa raison une vérité dont sa raison ne lui permet pas de douter, il faudrait Regarder celte vérité comme tant d'autres de l'ordre naturel , qu'on ne peut ni éclaircir, ni révoquer sérieusement en doute ; comme , par exemple , la vérité de la matière, qu'on ne peut supposer ni composée d'atomes , ni divisible à Tinfini, sans des diflBcultés insuimontables.

« 2* 11 n'y a que Dieu seul qui puisse être infiniment parfait^ rien ne peut être égal à lui; rien ne peut même qu'être infiniment au-dessous de lui. De là il faut conclure que , nonobstant sa toutepuissance, il ne peut rien produire hors de lui qui soit infiniment parfait. Pour concevoir ce que Dieu peut produire hors de lui , il faut se le représenter comme voyant des degrés infinis de perfection audessous de la sienne. En quelque degré qu'il s'arrête il en trouve d'infinis, en remontant vers lui et en descendant au-dessous de lui. Ainsi il ne peut fixer son ouvrage à aucun degré qu'il n'ait une infériorité infinie à son égard. 11 est vrai que Dieu aurait pu créer l'homme impeccable, bienheureux, et dans 1 état des esprits célestes; en cet état, les hommes auraient été, je l'avoue, plus

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parfaits et plus participants de Tordre suprême. Mais ] objection qu'on fait resterait toujours tout entière, puisqu'il y a encore au--dessu$ des esprit$ célestes qui sont bornés, des degrés infinis de perfection , en remontant vers Dieu, dans lesquels le Créateur aurait pu créer des êtres supérieurs aux anges. Si Dieu n'a pas fait rhomme f^us parfait en le faisant impeccable , c'est qu'il ne Ta pas voulu ^ son infinie perfection ne lassujettit point à donner un degré de perfection, sans qu'A y en ait d'autres à Tinfini au-dessus de ce degré nécessairement limité par rapport à Dieu. Chaque degré a un ordre de perfection relative digne du Créateur, quoique les degrés supérieurs en aient davantage. L'homme libre est bon en soi, conforme à Tordra et digne de Dieu, quoique l'homme impeeeable soit encore meilleur.

« 3° Dieu, en faisant Thomme libre, ne Ta point abandonné à lui-même^ il l'éclairé par la raison; il est lui-même au dedans de l'homme pour lui inspirer le bien, pour lui reprocher jusqu'au moindre mal , pour l'attirer par ses promesses , pour le retenir par ses menaces, pour l'attendrir par son amour. 11 nous pardonne , il nous redresse, il nous attend , il souffre nos ingratitudes et nos mépris , il ne se lasse point de nous inviter jus^ qu'au dernier moment, et la vie entière est une continuelle grâce. J'avoue que, quand on se représente des hommes sans liberté pour le bien,

SEGOKDE PARTIE. 267

à qui Dieu demande des vertus qui leur sont impossibles, cet abandon de Dieu fait horreur^ il ^t contraire à son ordre et à sa bonté. Mais il n'est point contraire à Tordre que Dieu ait laissé au choix de l'homme secouru par sa grâce , de se rendre heureux par la vertu ou malheureux par le péché. En cet état, Thomme ne souffre aucun mal que celui qu'il ce fait à Ijui-même , étant pleinement maître de se procurer le plus grsmA des biens.

« 4® Dieu, en foisant Tbomme libre, lui a donné un merveilleux trait de ressemblance avec la Divinité dont !1 est l'image. C'est une merveilleuse puissance dans rétr« dépendant et créé, que sa dépendance n'empêche point sa liberté , et qu'il puisse se modifier comme il lui plait : il se fait bon ou mauvais à son choix, il tourne sa volonté vers le bien ou vers le mal , et il est , comme Dieu , maître de son opération intime. 11 a même , comme Dieu, un mélange de liberté pour certains biens, et de nécessité pour d'autres. Aucun des biens que rhomme connaît ici-bas ne surmonte sa volonté ; aucun ne le détermine invinciblement, tous le laissent à sa propre détermination-, il est à lui, il délibère, il décide, et il a un empire suprême sur son propre vouloir. 11 est certain qu'il y a dans cet empire sur soi un caractère dç ressemblance avec la Divinité qui étonne.

« b"" N'est -il pas digne de Dieu qu'il mette l'homme, par cette liberté, en état de mériter?

Qu'y a-t*il de plus grand pour une créature que le mérite? Le mérite est un bien qu^on se donne par son choix, et qui rend Thomme digne d^autres biens d'un ordre supérieur. Par le mérite, Thomme s'élève, s accroît, se perfectionne, et engage Dieu à lui donner de nouveaux biens proportionnés, qu'on nomme récompenses. N'est-il pas conforme à toutes les idées d'ordre et de justice que Dieu n ait voulu lui donner la béatitude qu'après la lui avoir fait mériter? Il est vrai que Thomme ne peut point mériter sans être capable de démériter; mais ce n'est point pour produire le démérite que Dieu donne la liberté ; il ne la donne qu'en faveur du mérite, et c'est pour le mérite, qui est son unique fin, qu'il souffre le démérite, auquel la liberté expose l'homme. C'est contre l'intention de Dieu et malgré son secours que l'homme fait un mauvais usage d'un don si excellent et si propre à le perfectionner.

« &" Dieu, en donnant la liberté à Thomme, a voulu faire éclater sa bonté , sa magnificence et son amour; en sorte néanmoins que si Thomme, contre son intention, abusait de cette liberté pour sortir de Tordre en péchant , Dieu le ferait rentrer dans l'ordre par le châtiment de son péché. Ainsi toutes les volontés sont soumises à l'ordre , les unes, en l'aimant et en persévérant dans cet amour; les autres , en y rentrant par le repentir de leurs égarements ; les autres, par le juste châtiment de

leur impénitence finale. Ainsi Tordre prévaut en tous les hommes. 11 est inviolablement conservé dans les innocents, réparé dans les pécheurs convertis, et vengé par une étemelle justice, qui e^t elle-même Tordre souverain , dans les pécheurs impénitents. En permettant le mal, Dieu ne le fait pas. Tout ce qui est de lui dans son ouvrage demeure digne de lui. Si Dieu n'eut pas fait Thomme libre , il n'eût pu faire éclater ni sa miséricorde , ni sa justice; il n'eût pu ni récompenser, ni punir, ni ramener Thomme égaré. 11 se devait en quelque façon ces différents genres de gloire ; il se les donne sans blesser sa bonté , qui ne manque à nul homme. Si on regarde la profondeur du conseil de Dieu dans la permission du péché , on n'y trouve rien d'injuste pour Thomme , puisqu'il ne soutire ses égarements qu'en lui donnant tous les secours pour ne s'égarer jamais. Si on regarde cette permission par rapport à Dieu même, elle n'a rien qui altère son ordre et sa bonté , puisqu'il n'a fait que souffrir ce qu'il ne fait ni ne procure; il oppose au péché tous les secours de la raison et de la grâce ; il ne reste que sa seule toute-puissance qu'il n'y oppose pas, parce qu'il ne peut point violer le libre arbitre qu'il a laissé à l'homme en faveur du mérite ; et ce qui échappe à Tordre du côté de la bonté et de la récompense , y rentre en même temps du côté de la justice et du châtiment. Ainsi Tordre , qui a deux parties essentielles ,

270 HISTOIRE DE PÊNELON.

subsiste inviolableineiit par cette alternative de la miséricorde et de la justice , à laquelle chacun doit aiq[>artenir.

Tel est le résumé de la correspondance de Fénelon avec le duc d'Orléans. Le sujet seul d'une pareille correspondance annonce le siècle où ces deux hommes vivaient, surtout lorsqu'on pense au contraste si étonnant qu'offraient leurs mœurs, leur conduite et leurs maximes. Mais telle était l'habitude de raison , de décence et d'égards , que conservaient encore pour le génie et la vertu les hommes mêmes qui s'étaient affranchis de toutes les lois de la morale dans leur conduite privée , qu'ils se croyaient obligés de respecter certains principes et de les discuter. Cette discussion même supposait des doutes , et ne ressemblait pas à la présomption tranchante et absolue qu'on a depuis apportée dans ces sortes de discussions.

Mais Fénelon dut éprouver un frémissement involontaire , et jeter un regard douloureux sur l'avenir et sur le sort de la France , en voyant le premier prince du sang , habitué dès sa jeunesse à respecter la religion , paraître douter des premiers principes de la religion naturelle , et avoir besoin d'une conviction étrangère poui* croire à l'immortalité de son âme et à la liberté de sa volonté.

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