LIVRE HUlTiRME
étoieht parvenus k orner ce jeune prince de toutes les vertus que la nature sembloit lui avoir refusées; et ils avoient dirigé l'ardeur de son génie vers tous les genres de connoissances qui dévoient ^en faire le roi le plus accompli. Fénelon et l'abbë de Langenon avoient trouvé, dans le cœur de leur jeune élève, la plus douce récompense de leurs travaux; et après le duc de Beauvilliers et Fénelon, l'àbbé de Ijangeron étoit celui de tous ses instituteurs que le duc de Bourgogne chérissoit avec le plus de tendresse. Enveloppé dans la disgrâce de Fénelon, l'abbé de Langeron le suivit dans son exil , et s as» socia tout entier à ses destinées; jamais il ne ra«mena ses regards et ses pensées vers une cour trop peu reconnoissante ; mais jamais il n'accusa son injustice, par des regrets ou des plaintes. Il n'avoit vécu à Versailles que pour Fénelon ; il vivoit avec Fénelon à Cambrai; il ne manquoit rien à son cœur. Plus heureux que Fénelon, il n'eut pas le malheur de lui survivre, et il eut le bonheur de mourir entre ses bras.
f^ religion pouvoit seule adoucir, dans le cœur de Fénelon, le sentiment d'une perte aussi cruelle. I L'impression de cette tristesse religieuse se fait sentir, dans la réponse qu'il fit , le 1 7 janvier 1711, à la sœur Charlotte de Saint-Cyprien , religieuse carméUte , qui lui avoit écrit , à ce sujet, une lettre de condoléance. Il a Je n'ai point, ma très-hono^
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« rée sœur (i), la force que vous m'attribuez. J'ai « ressenti la perte irréparable que j'ai faite, avec oc un attachement qui montre un cœur très-foible. « Maintenant mon imagination est un peu apaise sée ; et il ne me reste qu'une amertume et une es- « pèce de langueur intérieure. Mais l'adoucissement tr ne m'humilie pas moins que ma douleur. Tout ce « que j'ai éprouvé dans ces deux états n'est qu'ima- « gination et qu'amour-propre. J'avoue que je me « suis pleuré, en pleurant un ami qui faisoit la dou- «c ceur de ma vie, et dont la privation se fait sentir ce à tout moment. Je me console, comme je me suis «c affligé, par lassitude de la douleur, et par besoin « de soulagement. L'imagination, qu'un coup si « imprévu avoit saisie et troublée, s'y accoutume (c et se calme. Hélas ! tout est vain en nous, exce cepté la mort h nous-mêmes, que la grâce y « opère. Au reste, ce cher ami est mort avec une (C vue de sa fin , qui étoit si simple, si paisible, que et vous en auriez été attendrie. I^ors même que sa a tête sebrouilloit un peu, ses pensées étoient toutes « de foi, de docilité, de patience et d'abandon à « Dieu. Je n'ai jamais rien vu de plus édifiant et de Cl plus aimable. Je vous raconte tout ceci , pour ne a VOUS représenter point ma tristesse, sans vous
(i) Corres}\ t. V, p. 385. La sœur Charlotte de Saînl-Cyprien, û cjui cette lettre est adressée, est la même dont il a été question plus haut, t. Il, p. ai. (ÉoiT.)