LIVRE HUITIÈME
Comment un évêque du caractère et de la piété de Fénelon, ne se seroit-il pas trouvé déplacé dans une cour où l'on s'étoit affranchi de tout respect pour les mœurs et les bienséances? Comment Fénelon au«> roit-il pu se flatter de fixer j par l'ascendant de sa vertu, un prince dont les grandes qualités étoient eHacées par la plus honteuse foiblesse, et qui s'ëtoit laissé dominer par un ministi^ dont la fortune a été un des grands scandales de l'histoire ? On vit, sous cette même régence, le chancelier d'Aguesseau compromettre sa réputation et sa dignité dans cette cour si peu digne de lui; il fallut qu'il survécût trente ans à cette courte éclipse de sa vertu, pour en recouvrer tout l'éclat. Et quelle différence entre les fonctions purement politiques du chancelier d'Aguesseau , et les devoirs sacrés qu'un évêque tel que Fénelon auroit eu à remplû*, dans un temps où l'Église étoit menacée d'un schisme, et l'Etat d'un bouleversement total; où une politique coupable signoit des traités qui préparaient une guerre civile à la France ; où chaque jour voyoit éclore des lois qui portoient le deuil , la douleur et la ruine dans toutes les familles ; où l'on auroit peut-être proposé à Fénelon, d'attacher son nom à une déclaration de guerre contre le roi d'Espagne, son élève!
Ah ! que les amis de la vertu et de la mémoire de Fénelon ne regrettent point pour lui une mort
Difficulté de
donner
un suooesseur
à Péndon.
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peut-être prématurée! Elle lui a épargné la douleur d'avoir vu cette époque de licence et de désordre, qui a dénaturé le caractère national, et dont notre génération a si cruellement expié les excès. Fénelon a assez vécu pour sa renommée et pour sou bonheur ; avec Fénelon s'éteignit un siècle de grandeur et de gloire.
1 11 parut si difficile de lui donner un succès* seur digne de le remplacer, que Louis XIY, qui lui survécut huit mois , mourut sans avoir nommé a l'archevêché de Cambrai. La difficulté de cette nomination avoit tout à la fois pour causes , la situation du diocèse de Cambrai relativement au jansénisme, et les rapports nécessaires de rarchevêque avec le gouvernement impérial (i). Dans ces coojonctures , il falloit nommer au siège de Cambrai, un prélat qui joignit à une grande fermeté pour le maintien de la foi, toute la prudence nécessaire pour concilier , dans les actes de son administration, le respect dû au gouvernement françois, avec les ménagements dus à une puissance étrangère. Par suite de ces difficultés , et du délai qu'elles occasionnèrent dans la nomination du successeur de Fénelon , le chapitre de Cambrai fut sur le pomt de rentrer, en J 7i5, dans son ancien droit de nommer l'archevêque ; droit dont il n'avoit été dépouillé que par un Induit personnel accordé à Louis XIV,
(x) Voyez ci-dessus, p. 396, note t.