‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 139 sur 157 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

a et la république des lettres ont faite, en la personne « de M. Tarchevéque de Cambrai. Dans un siècle a oïl le mérite véritable est si rare, il n'y a point a dlionnête homme qui ne doive regretter un si « véritablement grand personnage. Sa réputation « vivra autant qu'il y aura sur la terre des hommes « sensibles au vrai mérite et à la vraie vertu; et, « soit dit à la honte de notre nation , peut-être « sera-ce chez nous que sa mort sera le moins a pleurée. d

« Ce prélat, dit le duc de Saint-Simon (i), étoit « un grand homme maigre , bien fait, avec un « grand nez , des yeux dont le feu et l'esprit sorte toîent comme un torrent, et une physionomie ce telle que je n'en ai vu qui y ressemblât, et qui « ne pouvoit s'oublier, quand on ne l'auroit vue « qu'une fois.

« Elle rassembloit tout , et les contraires ne s'y « combattoient point; elle avoit de la gravité et « de Tagrément, du sérieux et de la gaieté; elle « sentoit également le docteur, l'évéque et le « grand seigneur. Tout ce qui y surnageoit, ainsi « que dans toute sa personne, c'étoit la finesse, ce l'esprit, les grâces, la décence, et surtout la « noblesse. Il falloit faire effort pour cesser de

Portrait

de Fénelon ,

par le duc

de Saint-Simon;

conjectures

de cet auteur,

sur la faveur

destinée à Fé-

nelon sous la

Régence.

(i) Mémoires de Saint-Simon, t. XXII, p. i35« Voyez les Pièces Jusiificatiçes de ce Vlir livre, n. I.

46a HISTOIRE DE FÉMELON.

« le regarder; tous ses portraits sont parlants , « sans toutefois avoir pu attraper la justesse de « Tharmonie qui frappoit dans l'original , et la « délicatesse de chaque caractère que ce visage « rassembloit. Ses manières y rëpondoient dans la « même proportion, avec une aisance qui en dona noit aux autres, et cet air et ce bon goût qu'on c ne tient que de l'usage de la meilleure compac gnie et du grand monde, qui se trouvoit répandu « de soi-même dans toutes ses conversations. >

Fénelon n'étoit âgé que de soixante-trois ans et cinq mois ; mais un travail continuel dans tous les genres, et qui employoit tous ses jours et la plus grande partie de ses nuits, une sobriété portée peut-être à l'excès , les grandes traverses qui avoient agité sa vie, et surtout la douleur d'avoir perdu en un petit nombre d'années tous ses amis les plus chers, avoient entièrement détruit sa santé.

Le duc de Saint-Simon, ami et confident du duc d'Orléans, et à portée d'être instruit de ses dispositions les plus secrètes, ne paroit pas douter que ce prince, à son avènement à la régence, n'eût rappelé Fénelon à la cour, pour occuper les premières places. Mais ce fut sans doute par une sage disposition de la Providence, que Fénelon fut préservé de l'embarras de refuser, ou de la honte d'accepter la confiance et la Êiveur d'un prince qui professoit le mépris de la religion et de la morale.

Page 1