DU TOME QUATRIEME
DU LIVR£ SEPTIÈMIU
N° I. — PAfiE ao.
Notice bibliographique sur les différentes éditions de
/'ËrOfSN os GORSGIBHCB ftVB LU BBTOIRS DB 1.1
mcftAvrà (i).
Ce fut eu 1734} que le marquis de Féneloo fit imprimer cet ouvrage, pour la première fois, à la suite d« la belle édition in-fol. du Télémaque^ imprimée à Amsterdam, chez Wetstein-et Smith. Le marquis de Féneloo eut à éprouver, dans cette circonstance, des contradictions et même des chagrins, qui exigent quelques détails qu'on ne trouvera pas sans doute déplacés dans les Pièces justificatives de VBisloire de Fénehn, Noua puiserons ces détails dans les pièces originales que nous avons entr» les mains (a).
Le cardinal de Bissy, évéque de Meaux, avoit chargé dom
(r) Dam les éditions précédentes de V Histoire de Pénelon, cette Nolice étoil jointe à celte que le cardioal de Baosset avoit donnée sur les différentes édiliona èa. Télémaque, dans les Pièces justificatives du lirre IV* (n. I.) Nous avons auppriaaé tout ce qui regarde le Télémaque, pour les raisons que nous avons indiquées plus haut (tome UI , page 80, note x.) Nous conservons senlemeot ici ce qui regarde V Examen de conscience, et quelques antres pièces qne le marquis de Fénelon joignit a la première édition de cet ouvrage. (ÉoiT.)
(3) Ces pièces se conservent aujourd'hui à la bibliothèque du séminaire de Sains* Sulfite, (Éorr.)
48o PIECKS JUSilFlCATlVKS
Toussaint Ouplessis, Bénédictin de la congrégation de Saint- Maur, d'écrire l'histoire de Téglise de Me^ux. L'article de Bossuet, qui a répandu tant d'éclat sur le siège de Meaux , devoit naturellement former une partie intéressante de cette histoire. Il étoit impossible de parler de Bossuet, sans parler de ses démêlés avec Fénelon. Ce religieux trouva dans les ouvrages de Bossuet, dans tous les monuments qu*il avoît laissés, et dans les témoignages des contemporains qui avoient vécu à Meaux avec ce grand homme, tous les matériaux qu'il pouvoît désirer. Mais un sentiment assez naturel d'impartialité lui fit penser quHl ne lui étoit pas permis de mêler le nom de Fénelon à ses récits, sans chercher auprès de sa famille ou de ses amis, des éclaircissements et des lumières sur ses controverses avec Bossuet. Il s'adressa donc au marquis de Fénelon, qui lui communiqua une partie dés papiers dont il étoit dépositaire. On peut voir, par toutes les pièces que nous avons rapportées sur l'afTaire do quiélisme, que le marquis de Fénelon put le mettre à portée de connoitre bien des faits et des détails encore inconnus au public, et qui lui laissèrent unç impression favorable sur la conduite, les procédés, les intentions et les vertus de rarchevcque de Cambrai. D'ailleurs le nom et la gloire de Fénelon éloient devenus une espèce de gloire nationale. L'historien de Meaui rédigea donc l'article de Bossuet, dans une disposition qu'il croyoit entièrement impartiale ; il parla de Bossuet avec la juste admiration qui lui étoit due, et de Fénelon avec cet intérêt qu'inspire toujours la vertu malheureuse et persécutée. VIfisioire de l'Égdse (le Meaux parut en 1731, en deux volumes in-4*.
L'évéque de Troyes (ce même abbé Bossuet dont nous avons tant parlé) crut la mémoire de son oncle outragée, parce quecellc de Fénelon étoit respectée. Il voulut en tirer une vengeance assez conforme à l'opinion que l'on a pu prendre de lui dans sa propre correspondance. On fit imprimer clandestinement, eu ijSs, le manuscrit de l'abbé Phélippeaux, que nous avons fréquemment cité, sous le titre de Relation du Quiétisme, Le marquis de Fénelon, comme nous le voyons par ses lettres manuscrites, fut profondément alTecté d'un outrage aussi cruel à la réputation d'un oncle vénéré. Il dédaigna de répondre et de faire répon-
DV LIVRE SEFfl^ME. 4^1
dre à un libelle dont Tauteur étoit encore inconnu à la plus grande partie du public. Le neveu de* Bossuet avoit cru honorer la mémoire de son oncle, en faisant publier un libelle contre Fénelon. Le neveu de Fénelon voulut ajouter de nouveaux titres à la gloire de Parchevéque de Cambrai , sans attaquer celle de Tévéque de Meaux. Cétoit rendre le plus noble hommage à la mémoire de ces deux grands prélats, en montrant que Fénelon fut digne d'avoir été l'élève et longtemps l'ami de Bossuet, et que le précepteur du duc de Bourgogne méri toit de succéder au précepteur du fils de Louis XIV. Le marquis de Fénelon avoit entre ses mains un manuscrit précieux de l'archevêque de Cambrai. Cet écrit, connu depuis sous le titre d^ Examen de conscience <tun Boi^ ou sous celui de Directions pour Ut conscience d'un Roi^ avoit été composé pour le duc de Bourgogne. Heureusement il ne s'étoit point trouvé dans la cassette de ce prince, au moment de sa mort (i). Le ressentiment que le Téténtaque avoit excité dans l'esprit de Louis XIV, permettoit de craindre qu'il ne se trouvât également blessé par cet Examen de conscience. Le duc de Bourgogne se contentoit de le live fréquemmeni, et le laissoit déposé entre les mains du duc de Beauvilliers. Celui-ci, en mou-
(i) On lit dans la note 6, placée à la suite de V Éloge de Fênelnn, par M. l'abbé *Maunr, depuis cardinal , le paxsage suivant:
« Cet ouTrage {les Directions pour la conscient d'un Roi), partage en ■ trenie-sept directions, fut le Truit de la correspondance secrète que Tarehe- « vèqne de Cambrai entretint avec M. le duc de bourgogne ; et après la mort « de ce prince, on le trouva dans ses papiers. I.e Roi lut ces Directions avec «• madame de Maintenon , qui écrivit la lettre suivante à M. de Beauvilliers.... »
l.e billet de madame de Maintenon , rapporte à la suite de cette note, est celui qui est cité textuellement dans le livre YIl* de V Histoire Je Fénelon, n. 77, p. 376. Ce billet suppose asscx clairement que le manuscrit des Directions pour la conscience d'un Roi ne se trouvoit point dans la cassette du duc de Bourgogne. Madame de Maintenon , qui s'étoit montrée si olTensée des prétendues allusions da Tèlémaque, Tauroit paru bien davantage des rapprocliements plus marqués qu^offre V Examen de conscience. Elle n'auroit pas écrit au duc de Beauvilliers, qu'elle avait un grand regret que le Roi eut brûlé lui-même tous ces papiers. Elle regrettoit cet papiers, parce qu'on n'y flattait point le jeune prince, et qu'on ne lui donnait point des conseils timides i mais si elle càl conan les Directions pour la conscience d'un Roi, elle anroit peutpèlre sn mauvab gré à Fénelon des ^vérités sévères, qui a*adrtasoieot indircctaneot à Lonis XIV.
(iVbltf de l'auteur.)
T. IV. 3i
48!1 PlèCfiS lUSTIFICàTIVES
ratit, le laissa à la duchesse de BeauviUiers, qui crut devoir le remettre au neveu de Tarchevéque de Cambrai. Cet écrit étoit une espèce de secret, renfermé entre un petit nombre d*aniis» religieusement attachés à la mémoire deFénelon.
V Examen de conscience d'un Roi éloit di^e d*un évéqae qui pensoit que les rois sont soumis, comme les autres hommes, aux loiè de la justice et de la morale, et que les intérêts de la politique ne peuvent pas justifier leur infraction, au tribanal du Roi des rois.
Le marquis de Fénelon crut qiie cet écrit» dont le sujet avoit tant de rapport avec les maximes du Télémaqut, et avoit été composé pour Tinstruction du même prince, pouvoit naturellement entrer dans la magnifique édition que Wetstein et Smith préparoient à Amsterdam, et contribueroit à lui donner on nouveau prix. Il se proposa en mêifie temps d'y ajouter an Eécit aMgê de la vie de Fénelon, et un Mémoire pour la défense de madame Guy on. Sans attaquer Bossuet dans ces deux récils, il se bornoit à rétablir la vérité des faits, dénaturés avec tant de mauvaise foi dans la Relation de Tabbé Phélippeanx, qui avoit paru l'année précédente. Le marquis de Fénelon étoit alors ambassadeur de France à la Haye. L'autorité attachée à son caractère, et sa résidence sur les lieux, lui donnèrent la facilité de suivre les détails de cette édition , avec tout le zèle et toute Tardeur que lui insptroit sa vénération pour son oncle. L'impression du Télémaque, de V Examen de conscience d'un Roi^ do Récit abrégé de la vie de Fénelon^ et de VJpotogie de madame Guron^ étoit achevée, et annoncée dans quelques journaux étrangers; tous les exemplaires alloient être envoyés à leur destination, lorsque le ministère de France en fut instruit. Le cardinal de Fleury ordonna aussitôt à M. de Chauvelin(i), garde des sceaux et inînift> tre des affaires étrangères, d'en témoigner son mécontentement au marquis deFénelon, et de lui enjoindre, de la manière la plus formelle, de supprimer tous les exemplaires de V Examen de conscience d'un Roif de la Fie de Fénelon, et de V Apologie de smdame Guyon,
(i) Germaio-Loiiis de ChinTeKn , garde des eceaiu. et minietre des albira étrangèrn, depuis 1727 josqu'co 1737, époque de si disgrâce; nort en i^ds.
DU LlVftK SfiPTli;M£. ^S'i
Nous voyons, par tes lettres originales de M. de Chauvelîn, écrites dans les mois de septembre, octobre et novembre 1733» que le ministère, déjà excédé de toutes les querelles excitées à Toccasion de la Bulle Unigenitus^ craignit de voir renaître de nouvelles disputes au sujet du quiétisme, entre les partisans de BosBuet et les défenseurs de Farchevéque de Cambrai. Quant à X Examen de conscience d'un Roi, le ministre pensoit (1) que cette monde, très-édifiante entre un confesseur et son pénitent^ pouvoit contrarier, en quelques circonstances, les vues politiques du gouvernement. Il faisoit entendre que la nécessité de conserver la tranquillité des peuples, Téquilibre des empires, et de prévenir de plus grands malheurs, oblige quelquefois les chefs des nations de déroger à ces maximes d'une stricte justice, qui doivent régler toutes les transactions particulières.
Le marquis de Fénelon se conforma religieusement aux ordres du ministère. Il fut même obligé de faire des sacrifices considérables (a), pour indemniser les imprimeurs , des dépenses déjà faites pour l'impression de ces trois pièces, et surtout pour le tort qui devoit en résulter pour le débit d'une édition à laquelle elles dévoient ajouter tant de valeur. Mais ces sacrifices n*étoient rien pour lui , en comparaison d'un sacrifice bien plus pénible pour son cœur. II est facile de juger, par sa correspondance avec le garde des sceaux (3) , combien il lui en coûta de sacrifier V Examen de conscience d'un Roi, qui montroit jusqu'à quel point Fénelon portoit la délicatesse de conscience en politique et en morale; et les deux écrits si modérés qu'il avoit cru devoir publier, pour venger la mémoire de son oncle des calomnies odieuses répandues dans le libelle de l'abbé Phélippeaux. Le ministère sentit lui-même que si des motifs de sagesse et de tranquillité lui avorent prescrit de demander au marquis de Fénelon un sacrifice si pénible pour lui, la justice exigeoit qu'on ne laissât pas outrager impunément la mémoire d'un homme aussi vertueux et aussi recommandable que l'archevêque de Cambrai. Le livre de l'abbé Phélippeaux fut,
(i) Maniuerits.
(a) LeUres mtniucrites da roarqnis de Fénelon.
(3) Maniucriti.
4ii4 PIÈCES JUSTIFICATIVES
comme on Ta déjà dit, flétri par un jugement de la police cl un arrêt du conseil , Touvrage brûlé par la main du bourit>au, et trois jiarticuliers, accusés de l'avoir imprimé, furent condamnés à être attachés au carcan.
Malgré tous les soins que s*étoit donnés le marquis de Fénelon pour obtenir une suppression aussi entière et aussi rigoureuse qu'il Tavoit exigée des librtiires, on conçoit facilement qu'il a dû échapper quelques exemplaires où l'on c:it parvenu à conserver les pièces retranchées. Nous voyons d'abord , par une lettre du marquis de Fénelon, qu'il avoit demandé à l'impriineur, de lui en réserver deux exemplaires, qu'il désirait de garder comme un monument précieux pour sa famille. Mais ce qu'il y a de plus singulier, c*est qu'ayant fait présent au garde des sceaux, Chauvelin, d'un exemplaire de cette belle édition in-folio, ce ministre, qui avoit ordonné au nom du gouvernement la suppression des pièces dont nous avons parlé, lui fit écrire par son secrétaire de confiance (i), pour le prier de vouloir bien ajouter ces mêmes pièces à son exemplaire. Peut-être aussi les imprimeurs ne remplirent-ils pas avec une entière fidélité l'engagement qu'ils avoient pris. C'étoit sans doute un de ces exemplaires qui- se Irouvoit dans le cabinet des livres de M. Gaignat , dont parle De Bure dans sa Bibliographie insinictive (a). «Tous les exemplaires de cette magnifique édition ori- « gin a le finissent ordinairement à la page 3g5 ; mais l'exem- « plaire de M. Gaignat éloit différent des autres, en ce qu'il « renferme, de plus, quelques pièces particulières dont voici l'énu- « mération :
« i'' Examen de conscience pour utt Roi; partie de 40 P*S^ m d'impression.
- a" Récit ubrégé de In vie de Jeu M, de Fénelon; partie de 43 « pages.
« 3** Chn pitre de la généalogie de M, de Fénelon , avec ta liste de m ^es ouvrages; partie de 10 pages.
• 4° Mémoire concernant la personne, les éctits et la vie de ma'
(i) Manucrits.
(a) Biklicgr. iiutr, a. 3771. BelUt4cUrûs, t. Il, p. ia6.
DU LIVA£ SEPTIÈME. 4^5
« Home Guyon; partie dé 3 pages , à deux colonaes et en petits
• caractères. •
De Bure ajoute en forme de note : « On croit commnnément « que ces quatre parties séparées a voient été imprimées dans la
• vue d*étre annexées à la fin de cette belle édition du 7V//-
• maque , mais que la famille de Tauteur en obtint la snppresw sion par des raisons particulières. »
On a vu, par ce que nous avonS rapporté, que la famille, bien loin d'avoir demandé cette suppression, en avoit été très-altligée; mats cette note de la Bibliof^rapAie insiruciive indique en même temps, qu*on n*étoit pas encore exactement instruit de tout ce qui s*éloit passé à roccaston de celle belle édition îH' folio.
^ Après la mort du marquis de Fénelon(i], V Examen de conscience fut imprimé à Londres , en 1747 (in-f 9), par les soins de lord Granvitle, d'après un exemplair de l'édition de 1734, échappé à la proscription. La même année, l'ouvrage fut imprimé à Paris (in-ia), sous la nibrique de La Haye, et sous le titre de Directions pour la conscience d'un Roi, par les soins de Prosper Marchand, d'après un exemplaire venu de l'hôtel de Beauvilliers (3). Enfin, on l'a réimprimé à Paris, en 1774* J^ous le titre de Directions, etc. , avec le consentement exprès du Roi, comme les éditeurs eureol soin d'en avertir. Une note manuscrite de M. le comte Desèze, publiée en iSaa. par M. Billccocq , bâtonnier de Tordre des avocats, nous apprend, en ces termes, l'occasion de cette nouvelle édition : « Louis XVI ayant , par hasard, « dans les premiers moments de son avènement au trône, décou-
• vert les Directions pour la conscience d'un Roi, qui éloient dans « ce lemps-Ià devenues fort rares, et en ayant été extrêmement
• content, chargea l'abbé Soldini, son confesseur, de les faire > réimprimer, en lui disant : Comme Je suis résolu de rem/tlirtous m mes devoirs, je n'ai pas d'intérêt à en faire un mystère au public :
(1) Le roarqaîs de Fénelon fut lue à la bataille de Raucoai, le 11 octobre
(1) Voyez, aar ces différeotes éditiona, VHist. litt^r. de Pètulon , uhi tuprà. — Barbier. Dietionn» det anonymes, n. 3917. ^ Quérard, La France litt^' mire t art. Fénelon.
• il serait fâcheux d'ailleurs ^ pour mes successeurs, quun umui « boH livre vint à se perdre. Admirable exemple, ajoute Tillustre « défenseur de Louis XVI, admirable eiemple de sagesse et de « courage, donué par un prince » qui, par ses vertus et par ses « malheurs, sera l'objet éternel des souvenirs et des regrets de
• toute la France (s), »
^ Nous ne terminerons pas cet article » sans relever la singulière méprise d*un auteur estimable , relativement à cet important ouvrage. Voici ce qu'on lit, sur ce sujet, dans l'ouvrage de G. de Real , La Science du goui'ernemeni : « Ce n'est assurément
• point le fameui archevêque de Cambrai qui a composé les « Directions pour la conscience d'un Roi g il s'en faut beaucoup m que le style ressemble au sien , et que le fond de l'ouvrage soit « digne de lui. » (T. VIII, p. 338.) Ces assertions singulières, il faut l'avouer, font aussi peu d'honneur au goût de récri%ain, qu'à ses connoissaoces bibliographiques. La méprise est d'autant plus étonnante, que l'auteur avoit sous les yeux, et cite luimâmeen cet endroit, l'édition des Directions donnée à La Haye (ou plutôt Paris) en 1747 (in-it), dans laquelle on a reproduit la liste des ouvrages de Fénelon , placée à la suite de l'édition de 1734 , par 4e marquis de Fénelon. Voici ce qu'on lit , dans ce catalogue, à l'article des Directions : • L'ouvrage a été imprimé « sur le manuscrit original , tout écrit de la propre main de « M. l'archevêque de Cambrai. » Ce témoignage, décisif en luimême, est d'ailleurs confirmé par le manuscrit original des Diree» fions, qui se conserve aujourd'hui à la Bibliothèque du Roi.
(i) Cette Noie de M. Biltecocq te trouve dîna la a* et la 3* éditios de mi ouvrage intitulé : De la Religion chrétienne , relativement h VLtat, aux fit' milles et aux individus, chap. i**. La 3* édition e<t de 1824, ÎB-S*.
DU LIVRE SEFTIKME. 4^7
N» n. — Pagb 1 54.
Sur le comte (VArtaignan , depuis maréchal de Itfon'
tesqmou.
Les services que le camte d'Artaignan rendit l'année suivante (1709) à la bataille de Malplaquet, où il commandoit sous les ordres des marécliaux de Villars et de BoufHers, lui méritèrent le titre de maréchal de France. Il prit alors le nom de maréchal de Montesquiou. Ce fut en cette qualité qu'il commanda, en 1713, avec le maréchal de Villars, à la bataille de Denain; on peut même dire qu'il décida, par une utile opiniâtreté, le gain de cette bataille qui sauva la France.
Ijt maréchal de Montesquiou avoit observé ■ que les ennemis ^ « alors occupés au siège de Landrecy^ tiraient tons leurs vivres de « Marchiennes, et que la sàretè de leurs eomn^s nétoit protégée que « par un gros corps de troupes^ qu'ils avoient mis à Denain. Le m maréchal de Montesquiou, sentant l'importance d'enlever ce poste, « pour oter les vivres aux ennemis , proposa au maréchal de Fil' m lars d'aller l'attaquer par une marche secrète. Le maréchal de m Fillars ne goAta point son avis. Cependant le Roi ordonna à ses « généraux de secourir Landrecy, à quelque prix que ce fût. Le m maréchal de Villars étoit fort indéterminé sur l'attaque des « lignes, qu'il trouvoit trop hasardeuse. IjC maréchal de Mon- « tesquiou saisit ce moment, pour lui proposer encore d'attaquer « DeuRin; ce qu'il n'approuva pas d'abord; mais, après qu'il eut m réfléchi une demi'heure sur cette proposition , il vint au maréchal m de Montesquiou , et lui dit qu'il adoptait son plan. Le maréchal de m Montesquiou lui fit observer^ que le seul mojen d'en assurer le • succès, étoit de garder le secret le plus absolu; qu'il ne fallait le m confiera qui que ce fut, pas même à un officier général ^ parce m que tout tenait à dérober huit heures de marche à l'ennemi, jiprès m ai'oir répondu à quelques difficultés que le maréchal de Fillars lui «• opposait encore, l'affaire fut résolue ^ et on adopta absolument,
488 PIÈOBS JUSTIFICATIVES
dans tous les détails, le plan et la marche tracés par le maréchal de Montesquiou. Le prince Eugène, trompé par cette manœuvre inattendue, ne put arriver au secours de Denain ; il en étoit encore à une demi-lieue, lorsque 'le maréchal de Montesquiou résolut de le prévenir, en attaquant Denain, sans attendre même le corps d*armée du maréchal de V'îllars. Dans le temps qu'il se mettoit en mouvement , le maréchal de Villars , qui avoît vu Farmée du prince Eugène marcher à grande hâte vers Denain , em*oya MM. de Nangis et de Contades au maréchal de Montesquiou , pour lui dire de retarder^ et qu'on lui conseiihitde se retrancher; mais ne pouvant approu\>er ce sejitimtnt^ le maréchal de Montesquiou persista dans son projet d* attaquer Denain , tyoyani qu'il n'y avoit pas un seul moment à perdre. Sur quai M. dr Omtades le sollicita si vii*ement , d'amitié, de ne point attaquer sans parler encore au maréchal de Villars qui n était point âoi' gné^ l'assurant qtCil étoit un homme perdu , si l'attaque ne réussissoit paSf que le maréchal ele Montesquiou y consentit^ et fut trouver le maréchal de Villars qui n étoit plus qu'à cinq cents pas de lui, et qui lui demanda s'il étoit encore dtavis d'attaquer, malgté Parrivée du prince Eugène qui accourait avec toute son armée, Ije maréchal de Montesquiou eUt encore à combattre quel" ques objections du maréchal de Villars, qui se rendit enfin, en lui disant : Puisque vous êtes d'avis d'attaquer, marchons! » La bataille de Denain fut gagnée ; tout le monde sait quelles en furrnt es suites pour le salut de la France.
Ces détails sont tirés du rapport fait au chapitre du Saint- Esprit, par les maréchaux de Tallard et d*Huxelles, en présence du maréchal de VillaYs, lorsque le maréchal de Montesquiou fut nommé chevalier des ot*dres du Roi , en 1724.
DU LIVAE SEPTIËME. 4^9
N*» III. — Page a4o.
Sur les dépenses en bâtiments^ reprochées à
Louis XIV (i).
Il On a pu remarquer, dans le cours de cette Hisioire, combien Louis XlVy faute de bien connoitre les maximes politiques de rnrcfaevéque de Cambrai, les croyoit opposées à ses principes de gouvernement (a). Mais on a pu voir aussi, que, dans la réalité, cette opposition n'étoit pas, à beaucoup près, aussi grande qu'on Ta sotivent prétendu (3). |
Quelle qu'ait pu être cette opposition, il ne nous appartient pas de nous ériger en juges et en censeurs de deux hommes tels que Louis XIY et Fénelon, sur des questions si délicates. L'étude de l'histoire nous révèle sans cesse, que les événements et les circonstances amènent successivement , dans la science de gouverner les peuples, des exceptions et des modifications qui sont encore plus commandées par la loi impérieuse de la nécessité, que par les théories assez insignifiantes des publicistes.
Nous nous bornerons à observer que Fénelon, || quoique trèsopposé au luxe des princes, comme à celui des particuliers (4), || n'a jamais accusé Louis XiV d'avoir ruiné sa nation par le faste de ses hdtiments , comme tant d'écrivains n'ont cessé de le répéter depuis soixante ans.
(i) Ces réfleiioa» du cardinal de Bausset ont été depiiii coa6rnées par pla- Meors écritains, qni ont fait, «or te même sujet, des recherches plus étendues. Vojez en particulier Peignot, Documents authentiquée sur les dépensée de Louis XI y. Paris, 1837, in-8*. — Ossude , Le SièeU des heaux^rts et delà gloire i ou la mémoire de Louis XI F justifiée des reproches de ses détracteurs. Paris, i838, in-S". V Ami de la Religion a rendu compte de cet ouvrage, dsns le n. du 7 août i838. (Tome XCVUI , p. 243, etc.) — Voyei encore , i ce sujet, VHist. de madame de Maint enon, par le duc de Noailles, t. II, p, 89, etc. (Édct.)
(a) Ci-dessos, t. III, p. x5-90.
(3) G-dessos, t. IV, p. 4 1 eic<
(4) Télémaque, liv. XVII, p. 461. — Examen d&conseience, art. a, n. I2»
490 PlisCES JUSTIFICATIVES
Ce fat presque au moment où Fénelon arriva à la cour, que Louis XIV suspendit les travaux dé tout genre ({u'il avoît entrepris depuis vingt-sept ans , et qui ont valu à la France tant de monuments utiles et glorieux. Ainsi, en supposant même que œ prince eût excédé les bornes qu'une sage économie prescrit à la magnificence des princes, l'effort qu'il faisoit sur lui-même, pour renoncer à des goûts qui lui étoient chers , méritoit de justes éloges , et devoit interdire aux censeurs les plus chagrins tout retour sur le passé.
Mais on verra que Louis XIV, loin d'avoir mérité des reproches pour ce qu'il a fait, a droit à notre admiration, pour avoir tant fait avec des moyens aussi bornés.
Ce n'est que depuis la mort de ce prince, qu'on a imaginé tous ces calculs exagérés , dont on s'est servi pour égarer l'opinion publique, et en former un titre d'accusation contre le trône et la monarchie.
Il paroitra toujours extraordinaire, que dès le premier moment où quelques écrivains, peu à portée d'être instruits, hasardèrent tant de fables ridicules, il n^ soit venu dans l'idée d'aucun des ministres qui ont eu part au gouvernement, sous Louis XV et sous Louis XVI, de rectifier des erreurs qui n'étoient pas sans danger, parce qu'on étoit parvenu à les rendre populaires.
Tous les titres, toutes les pièces justificatives des dépenses de Louis XrV pour des bâtiments, les états de toutes les sommes qui leur avoient été affectées, et de leur emploi pour chaque nature de dépense, étoient conservés avec la plus régulière exactitude, dans les archives de l'administration. Il suffisoit d'en publier le simple résultat, pour faire tomber, en un moment, toutes ces déclamations qui avoient pénétré jusque dans les classes le$ plus élevées de la société.
Mais un citoyen estimable, et à portée d'être instruit par la nature de ses emplois, a fait ce que le gouvernement a voit en le tort de négliger. Il a eu le courage de faire l'apologie de Louis XIV, à une époque où le trône de Louis XIV étoit renversé, où sa postérité étoit proscrjtat et où l'oubli de tant de bienfaits sembloit accuser la France entière de la plus coupable ingratitude.
DU {.lYBE S£PTI£MJi. 49'
Ce fut en iSoi, qiM feu M. GuîHaumott ancien «rebitecte des liAtiinents du Rolt et directeur de U manufacture des Gobelins , lut , dans une aéance publique de la Société det •ciencesy lettres et arts de Paris, le Mémoire dont nous al* Ions donner le précis littéral | et il le fit imprimer peu de tempa après.
Mais ce Mémoire est resté presque inconnu, quoique plusieurs journaux en aient rendu compte dans le temps; il est même devenu si rare, qu'à peine e^iste-t^il dans quelques cabinets,
Il nous a paru si intéressant par son objet, si curieux et si exact dans tous ses détails, que nous n'avons pu résister au désir de le placer à la suite de VHUioire de Fénelon, quoiqu'il n'ait qu*un rapport très-indirect avec ce qui en fait le principal sujet.
Il est si souvent question de Louis XIV dans VHisioitt de Fénâm loH , qu'on nous saura peut-être gré d'avoir profité de ce pré* texte, pour veiller à la conservation d'un écrit si honorable pour la mémoire de ce prijnce.
M. Guillaumot rapporte d'abord à quelle occasion il se livre aux recherches dont il rend compte dans son Mémoire, Lorsqu'en 1789 , on voulut disposer peu à peu les esprits à abjurer les sentiments d'amour et d'afTection que les François avoient toujours montrés à leurs rois , on imagina les fables les plus iosen» sées pour tromper le peuple. Le célèbre Mirabeau, dès lé mois de juillet 1789 » s'exprima en ces termes, dans sa dix-neuvième Ijettre à ses eommettaniâ : « Le maréchal de Belle-Isle s'arrêta «d'elTroi, quand il eut compté jusqu'à doute cents militons ^ « des dépenses faites pour Versailles, et il n'osa sonder jusqu'au • fond de cet abime. •
On ne sait où Mirabeau avoit puisé cette anecdote; et M. GuiU lanmot remarque avec raison, que le maréchal de Belle-lsie n'étoit point, par son ministère, à portée de prendre une cooooissance positive des dépenses d*un département qui lui étoit entièrement étranger.
Un écrivain plus récent porta encore plus loin que Mirabeau l'raagération de toua les calonls. Il évalue à quatre milliards six cents millions^ les seules dépenses du château de Versailles.
M. Guillaumol , plus à portée que l'un et l'autre d'acquérir deâ notions certaines, voulut les puîser dans la seule source où il pouvoit trouver la vérité. Il compulsa toutes les archives du département des bâtiments; et elles lui offrirent tout ce qu'il cherchoit , pour réduire à leur juste valeur tant d'assertions mensongères.
On reste frappé d'étonnement et d'admiration, en apprenant que toutes les dépenses du château et des jardins de Versailles, de la construction des églises de Notre-Dame et des Récollets de la même ville , de Trianon , de Clagny et de Saint-Cyr , du château, des jardins et de la machine de Marly, de l'aqueduc de Maintenon , et des travaux de la rivière d'Eure , qui devoit cxhiduire ses eaux à Versailles, enfin des châteaux de Noisy et de MouUneux, ne se sont élevées, dans l'espacj de vingt-sept ans, depuis 1664 jusqu'à 1690 , époque où la guerre fit suspendre tous les travaux, qu'à la somme de cent soixante et onze millions^ trois cent cinq mille trois cent quatre-vingt-huit livres deux sous f/ix deniers, valeur d'aujourd'hui à cinquante - deux livres le marc.
Et il faut observer que, dans cette somme, font compris, le prix de l'indemnité des terres que Louis XiV réunit au parc de Versailles, les frais d'achat et d'acquisition des tableaux anciens et modernes, des statues antiques, des grands ouvrages d'argenterie, des étoffes d'or et d'argent pour les meubles , du cabinet des médailles , des cristaux , agates et autres raretés , enfin deux millions pour les honoraires des contrôleurs, inspecteurs et autres préposés à la conduite des travaux, pendant ces vingtsept années.
Pour plus d'exactitude, M. Guillaumot réunit quelques antres dépenses qui avoient eu lieu pourle château de Versailles, avant 1664; et il en résulte définitivement, que toutes les sommes con* sacrées aux grands travaux, dont nous venons de faire la longue énumération, se réduisent à cent quatre-vingt-sept millions^ soixante et dix-huit mille cinq cent trente-sept livres treize sous dettx deniers,
M. Guillaumot a porté ses recherches encore plus loin; il a voulu connoitre, et il a fait connoitre les sonraies précises