DU LIVRE HUITIÈME
N« I. — Pàob 46i.
) Sur les MiMonis dd doc db Saint-Simoii.
L'usage que le cardinal de Bausset a fait de ces Mémoires daus VBUioire de Fénehn^ et les réflexions dont il accompagne presque toujours les citations qu'il en tire, sufBroient peut-être pour fixer l'opinion du lecteur sur l'autorité de ces Mémoires, et sur la juste défiance avec laquelle ils doivent être lus. Il résulte des réflexions répandues sur ce sujet dans f Histoire de Féneton, que les Mémoires du duc de Saint-Simon , précieux à certains égards, souvent même attachants par la variété des détails , l'originalité du style, la finesse des observations , et la vivacité des portraits, sont presque toujours empreints d'un caractère de malignité, qui rend leur autorité naturellement suspecte à un lecseur impartial.
Lorsque le cardinal de Bausset portoit ce jugement sur les Mémoires de Saint-Simon , il ne connoissott que les éditions iocoroplètes qui en avoient paru de son temps , et dans lesquelles on avoit prudemment omis un grand nombre de passages, plus fortement empreints du caractère passionné de leur auteur (i).
(i) La prcnutère édilion des Mémoires dm due de Smimi-Simom, pvbliée ptr Soulatic, {Pmris, 1788 et 1789, 7 vol. 10-8°,) et qoel^aet amret p^bUéet avait
J>a UVAS HUIXIBME. 499
Mais la publication éea éditions complètes qui ont paru depuis, a fourni de nouvelles preuves à l'appui du jugement porté par le cardinal de Bausset, Noua croyons utile d'entrer, à ce sujet , dans quelques détaik, soit pour confirmer ce jugement, soit pour prévenir les difficultés que ponrroit fiiire naître, dans l*es« prit de quelques lecteurs, l'ppposition qui se trouve, sur plusieurs points importants , entre VffUtoin de FUnehn et les Mé* moires du due de Sai'mt»Slmoit.
il est impossible, en effet, de lire attentivement ces Ménoires, sans être frappé des préjugés dont l'auteur est imbu , et qui lui inspirent la plupart de ses jugements. Naturellement porté à la critique, et même à la satire la plus amère, entiché de sa noblesse, passionné pour la cour et les distinctions, jaloux et soupçonneux contre tous ceux qu'il regarde comme ses ennemis ou ses rivaux; tel est constamment le duc de Saint-Simon, non-seulement au jugement de critiques sévères ou suspects de sévérité, mais au jugement de plusieurs écrivains naturellement portés à vanter son mérite, au jugement même de Soulavie, son premier éditeur, et deMarmontel, qui l'a souvent pris pour guide, et presque copié dans ses Mémoires sur la régence du due d'Orléans (i). Ajoutex à cela l'esprit de secte, qui lui fit embrasser avec ardeur le parti de Vappel, et juger avec une extrême sévérité les adversaires de ce parti, principalement les Jésuites, les Su]piciens,et tous les prélats qui jouèrent un r6Ie plus ou moins important, dans l'afTaire de la Constitution Unigenitus.
Avec de pareilles dispositions, il est aisé de comprendre combien le duc de Saint-Simon devoit être porté à rezagération et à la partialité. Aussi lui arrive-t-il souvent de louer et de blâmer sans mesure, de rapporter comme des faits constants les anecdotes les plus invraisemblables, de présenter sous le point de vue le plus odieux les actions les plus indi(Yl§rentes, de fouiller jusque dans les intentions, pour ternir la gloire des
1899, ■# renfensMl q>e dat «itrtiU piqf on molaf étefidni, mu HaiioD , ni ordre de dates. La pfemièf» éditioB conplète, pabliéeen 1839 el i83o, {Paris, ai Tol. iB-8«.) a été rtprodaile en i84«. {Paris, 40 vol. gr. ia-i8.) (torr.)
(i) Voyei \m livMigaages de Sealane et de MamoMel, eitÀ par M. Ficot , Mim, peur servir à VBist, eeeiis, du xviu* siècle, t. IV, p. a6a. ^
500 PIÈCES JOâTIFlCA^TIVES
personnages les plus respectables, et obscurcir Téclat des plas pures vertus.
Déjà plusieurs écrivains recommandables ont signalé ces défauts si choquants dans les Mémoirts de Saint-Simon, et appuyé leurs observations, par de nombreux exemples (i). Mais nous ne craignons pas de dire, que, pour bien apprécier ces Mémoires^ et pour avoir une juste idée du caractère malin et passionné de leur auteur, il suffit d'en parcourir les principaux articles con* cernant Thisloire de Fénelon et des personnages qui figurent dans cette histoire (s). Le lecteur en jugera par quelques traits, que nous choisissons parmi une infinité d'antres, qu'il seroit trop long de signaler en détail.
On a vUf dans le premier lirre de cette Histoire^ quel avoit été le goût de Fénelon pour la retraite et l'obscurité, pendant la pre* mière et la plus grande partie de sa vie; combien il étoit éloigné de toutes les prétentions de l'ambition et de tous les manèges de Tintrigue, avant l'époque où des circonstances tout à fait indépendantes de sa volonté le produisirent À la cour. On se rappelle en particulier le reproche peu bienveillant que l'archevêque de Paris (M. de Harlay) lui fît un jour, de vouloir éire oublié; on se rappelle encore, qu'il dut à la seule recommandation de Bossuet l'honneur d'être chargé par Louis XIY, de la mission du Poitou, dans laquelle il se conduisit avec tant de sagesse et de désintéressement. On se rappelle enfio, qu'il dut à la seule recommandation du duc de fieauvilliers, sa nomination à l'emploi de précepteur du duc de Bourgogne; nomination qui fut faite par le Roi, non-seulement à Tinsu de Fénelon, mais encore avant qu'il pût savoir que le duc de Beauvilliers, son ami, avoit été nommé gouverneur. Qu'où juge, d'après cela, de la confiance que mérite le duc de Saint-Simon, lorsqu'il représente Fénelon comme un homme dévoré d'ambition dès sa jeunesse, frappant successivement à toutes les portes, pour se faire ouvrir les routes
(t) Memoinê de 11. Picot, uhi swprà. — ffist, de mmdame de Mmimtemem, par le doc de NoaiUet; 1. 1*', p. aS5-a97 ^ ei alibi pauim,
(s) Yoyct et ptrticolier les paiMgca toivaoU des Mémoires de SmMhSimtem, t. II, p. io5«ixo, t35-i39i UI, ix-a9; IV. 93'*98« XYU» 175*197; UU» i33-i4Si
DU LIVBE HUITIÈMC. 5oi
de la faveur ; s'adressant d*abord aux Jésuites, puis aux JansénisteSy enfin aux Sulpiciens, dont il obtint la protection, en modifiant la doctrine qu'il avoit d'abord professée avec les partisans de Tévéque d*Ypres (i). Telle fut, selon le duc de Saint-Simon, l'origine de la fortune de Fénelon. Lié, par la protection des Sulpiciens, avec les ducsdeBeauvilliers et de Chevreuse, il cultiva soigneusement leur faveur et celle de madame de Maintenon, pour satisfaire les projets ambitieux qu'il savoit cacher avec art, sous les apparences de la modestie (i). Toute la suite de sa vie, s'il en faut croire le même auteur, répondit à ce beau commencement. Enhardi par ses succès auprès de madame de Maintenon, il se fiatta de la dominer bientôt sans partage, en culbutant l'Mque de Chartres , qu'il regardoit comme un rival dangereux , et qui, malgré ses rares vertus, n'étoit lui-même, selon le duc de Saint-Simon, qu'un courtisan plus adroit que les autres, sous une apparence de bonhomie, et sous un extérieur de cuistre (3). En un mot, la passion de plaire et de s'élever • continue le duc de Saint-Simon, fut toujours le caractère dominant, quoique sagement dissimulé, de l'archevêque de Cambrai ; et sa piété même n'étoit qu'un voile et un instrument de son ambition , jusque dans un âge où l'expérience et la réflexion auroient dû le détromper entièrement des illusions du monde (4).
Assurément, s'il y eut jamais un portrait de fantaisie, un portrait inspiré par la prévention et la malignité, c*est celui que le duc de Saint-Simon nous trace de Fénelon, contre le témoignage unanime de ses contemporains , de ceux mêmes qui ont été à portée de le voir de plus près, et qui étoient moins intéressés à le flatter. Quelle valeur peut avoir, contre de pareils témoignages, celui d'un homme, qui, de son aveu, n*a jamais eu aucun rapport avec Fénelon , et ne Va jamais connu que de visage (5)? Si le duc de Saint-Simon n*eût été aveuglé par ses préventions, se fût-il jamais permis de si odieuses insinuations,
(X) Mèm. de Saint-Simon, t. U « p. xo5, etc. t. XXII , p. i34- (a) Jbid. t. II, p. xo8, 109.
(3) IhiJ. p. x35. etc.
(4) Ihid. C. XVII » p. 177 , etc. t. XXII, p. i36, etc.
(5) IHd. t. XYll , p. z83.
50l PliCtS TUSTlfltATlttS
oa ptutAt des l»lomiiIeft si mfttiirestes , contre Tarclievéque de Cambrai, sans égard pont le témoignage du duc de Beauvilliers et de tant d'autres personnages respectables, qui, après avoir connu si longtemps et observé de si près l'archevêque de Cambrai, ne virent jamais >en lui que la plus sublime piété ^ et ny soupçonnèrent pas mime l'ambition (i).
La malignité du duc de Saint-Simon ne lui inspire pas seulement des portraits de fantaisie, et les insinuations les plus calomnieuses contre des personnages respectables; elle lui fait adopter, avec une aveugle confiance, les bruits les plus mal fondés, et les anecdotes les plus invraisemblables, contre les objets de sa haine et de son ressentiment. L'histoire de la controverse du qulétisme en fournit, à elle seule, une foule d'exemples. .
On a vu, dans le second livre de cette Histoire , que madame Guy on, à peine sortie de la Bastille, en t688, fut présentée à madame de Maintenon par la duchesse de Béthune, qui l'introduisit en même temps à Thôtel de Beauvîlliers ; qu'avant cette époque, Fénelon ne la connoissoit point ; qu'il eut d'abord peu de penchant pour elle, et même de grands préjugés contre sa conduite et sa doctrine, d'après ce qu'il en avolt appris, et ce qu'il lui avoit entendu dire à elle-même ; enfin, qu*il ne lui accorda son estime, à l'exemple de plusieurs autres personnages respectables, qu'après lui avoir fait expliquer à elle*-même, dans un sens raisonnable, ce qui paroissoit excessif dans son langage et sa doctrine (a). Tout ceci résulte clairement du témoignage des auteurs conteropo» rains, et des plus anciens historiens de Fénclou, dont le cardinal de Bausset ne fait, à cet égard, que reproduire le récit. Comment croire, après cela, le duc de Saint-Simon, lorsqu'il avance, sans aucune preuve ni témoignage positif, que madame Guyon fut introduite par Pénelon, dans la famille des ducs de Beauvîlliers et de Chevreuse , et auprès de madame de Maintenon ellemême ; et que Fénelon, dès lors engoué de madame Guy on, conduisoit, sous la direction de celle prophétesse , le petit troupeau qu'il avoit déjà formé à la cour (3) ?
(x) Mém. de Saint-Simon, t. XXII. p. liS.]]
(a) Ci-^fesans, lir. II, n. at M 12.
(3) Mém, de Saint-Simon, t. II , p. xo8 et x6^.
DU UVaS HDITIJtMfi. 5o3
On a vu AUSSI y dans le cours de YMiêtoirti que les enquêta sévères qui furent faites, à diverses reprises, sur les mœura de madame Guyon, n'avoient abouti qu'à établir son innocence; et que Bossuet lui-même lui avoit rendu hautement justice sur ce pointi dans l'assemblée de 1700(1). Comment excuser, après cela, le duc de Saint-Simon, de reproduire encore les plus odieux soupçons contre les mœurs de madame Guyon, jusqu'à faire entendre qu'elle ne les avoit épurées qu'eu apparence , pour ne 'pas se compromettre dans l'esprit des ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, de l'archevêque de Cambrai et de leurs vertueux amis (9)?
i. Veut-on une preuve encore plus marquée, de l'excessive légè» reté avec laquelle le duc de Saint-Simon adopte, sans examen et sans discernement, les anecdotes lesplus calomnieuses? « Lanau- « vaise foi de madame Guyon, dit- il, jointe au peu de fruit des
• Conférences d'Issf , et le célèbre tour que fit si prestement M. de m Cambrai , de se confesser à M, de Meaux , pour lai fermer ht « bouche f mit enfin la main de celui-ci à la plume, pour exposer
• au public la doctrine, la conduite et les procédés de part et « d'autre, depuis la naissance de cette affaire (3). •
Qui ne croiroit, à entendre ce récit, que le célèbre tour^ attribué ici à l'archevêque de Cambrai, est un de ces faits notoires et avérés, qu'il est impossible de contester avec tant soit peu de vraisemblance? Mais comment n*étre pas justement indigné d'une si odieuse calomnie, lorsqu^on la voit démentie par Bossuet lui-même, qui déclare expressément^ daus le plus célèbre et le plus répandu de ses écrits sur le quiétisme , n'avoir Jamais eu* tendu Pénelon en confession (4)?
S'il est un fait constant et indubitable dans l'histoire de cette controverse, c'est que les examinateurs nommés par le Pape, pour examiner le livre des Maximes ^ furent très-partages, après un examen de quinze mois; que, d'après les règles ordinaires de la
(i) Q-dotiu, lif. II, n. 19; Ut. 111, d. xa4 et i34. (1) Mém, de Saint-Simon, t. III , p» la.
(3) Ibid,
(4) Remarques sur la Réponse de Pénelon h la Maticu , srt. l•^ | 3 , p. 16, etc.
5o4 PIECES JUSTIFIGA.TIVES
congrégation da Saint-OlBce, le livre ne devoit pas être condamné; que le Pape désiroit en effet ne pas prononcer sur ce livre; et qu'il ne s'y détermina enfin^ que par égard pour les instances de Louis XiV, qui regardoit ce jugement comme nécessaire à la paix de l'Église de France (i). Mais le duc de Saint-Simon étoit si peu instruit de cette affaire, qu'il avance du ton le plus décisif, et comme un fait constant, que le livre des Maximis choqua tout le monde ^ et que les connaisseurs crurent f trouver un pur quiéUsme^ délié ^ affiné^ mais qui sautoit aux yeux {%). Heureusement le duc de Saint-Simon se contredit ici de la manière la plus formelle; car, dans l'endroit même où il prétend que ce quiétisme sautoit aux yeuXf il reconnolt expressément que le livre des Maximes ne pouvott être entendu que par des théologiens ^ et encart après trois ou quatre lectures; que les ignorants n'y entendotent rien; que les autres avaient beaucoup de difficulté à le contprendre; enfin ^ qu'il n'entreprend point de décider si la doctrine de M, de Cambrai et de madame Guyon étoit ou non quiétiste, ni en quel degré, ou si elle ne tétoit point du tout (3). On voit que le duc de Saint^imon soutient ici, avec le même ton de confiance, le blanc et le noir^ le oui et le non^ sur la question fondamentale de la controverse dont il s*agit.
Un des écrits qui firent dans le temps plus d'honneur à Féne- Ion, et qui mirent dans le plus grand jour la candeur et la droiture de ses dispositions par rapport au livre des Maximes, ce fut sa lettre du 3 août 1697, adressée au duc de Beauvilliers, et dans laquelle il promettoit d'avance, de se soumettre sans réserve au jugement que le saint-siége prononceroit sur son livre (4). Toutefois, le duc de Saint-Simon trouve encore ici le moyen de noircir la réputation de Fénelon, en assurant, contre la notoriété du fait, que cette lettre (adressée, selon lui, au duc de Chevreuse)
• parut une espèce de manifeste , d'un homme qui épanche sa
• bile et ne se ménage plus, parce qu'il n'a plus rien à es-
• pérer (5). ■
(i) Ci-deMoa, Ht. III, o. ga, 99, etc. (a) Mém. de Saint^imon, L III, p. 14.
(3) Ibid. p. x4 et ai.
(4) Ci-dasiit, Ht. III, a. 4? «t 5o.
(5) Mém» dé Saint-Simon i ubi suprii, p. 99.
DIT LIVBE HUITliME. 5o5
Il seroit aisé de multiplier beaucoup les exemples du même genre ; mais ceux que nons venons de citer sont plus que suffisants, pour faire connoitre l'esprit des Mémoires de Saint^Siman , et pour montrer combien un lecteur impartial doit se défier, nonseulement des jugements de cet auteur, mais encore des faits qu'il rapporte avec le plus de confiance. Malgré tout l'intérêt que présentent quelquefois ces Mémoires , d'autant plus attachants qu'ils sont plus passionnés, la gravité de l'histoire ne permet pas d'en invoquer l'autorité, en matière importante, à moins qu'elle ne soit confirmée par des témoignages moins suspects. ■ Son
• ouvrage, selon la judicieuse remarque de l'historien de ma-
• dame de Maintenon, ressemble trop à un libelle, pour faire « autorité. Il eût été à désirer que quelque bon esprit y eût joint « une analyse des raisons qui empêchent de s'y fier entière- ■ ment; mais l'ouvrage, tel qu'il est, n'est point un livre sérieux, « encore moins une source sûre à consulter; c'est une lecture « admirable parfois, souvent fatigante, et qui n'a de succès au-
• jourd'hui, que parce qu'elle calomnie en détail un temps dont « la splendeur importune notre moderne vanité (i). •
N* II. — Page 471.
Procès 'Verbaux constatant V exhumation des cendres
de Fénelon, en i8o4*
L'an douiième de la république françoise, le i5 messidor, à cinq heures de relevée, nous Pierre-Joseph Douay fils, jurisconsulte, et maire de la ville de Cambrai, étant informé, par le commissaire nommé par notre arrêté du huit de ce mois , que le travail ordonné par suite des lettres à nous adressées, tant par M. le sous-préfet de l'arrondissement, que par M. le procureur impérial près le tribunal civil, étoit au moment d'être achevé, et que déjà les trois premiers fours du caveau, qui se trouvoit placé an-dessous du mattre-autel de la ci-devant église métropolitaine
(i) Bût. de madame de MaùUêmm, par le dac de NoaiUes, t. !*% p. 997.
So6 PrfeCfiS ItJBTIPICATIVK
de cette rllle f étoient désencombrés; nout nous sommet êm» pressé d*en faire part aux chefs des autorités de rarrondisaemenl et de cette ville : et» nous étant rendu sur les lieux, nous avons entendu, en présence desdits chefs, la dédaration des té* moins qui suivent :
Le sieur Bernard Canonne, cultivateur, demeurant à Saubeotr, a déclaré qu'en l'an deux , il fut chargé par radministration du directoire du district de Cambrai, en sa qualité d'administrateur adjoint, de l'exécution d'un arrêté du comité de salut publie , lequel ordonnoit le transport à Douai , chef^lieu du départe* ment, de tous les cercueils de plomb qui existoient dans la Tille de Cambrai ; que par suite de cette mission, il s'est transporté dans l'église métropolitaine, et s'étant fait conduite dans le caveau au-dessous du mahre-autel, où se trou voient déposés dans différents fours les corps des[ci-devant archevêques de Cambrai, il en a fait extraire différents cercueils qu'il a trouvés intacts; mais qu'il se rappelle parfaitement que , parvenu au troisième four, à main droite en descendant, où se trou voit renfermé le corps de Fénelon, comme l'indiquoit Tépitaphe inscrite sur la pierre qui servoit de clôture audit four, et ayant fait enlever ladite pierre par trois ouvriers, nommés Antoine Noreux de Cambrai , Plantagenet et un de ses camarades, ces deux derniers attachés à un corps de canonniers en garnison en cette ville, il remarqua, à l'instant même que l'air eut pénétré dans ledit four, que le cercueil en plomb étoit entier et se trouvoit dessoudé ; de sorte que 4e dessus étoit détaché des côtés et tombé dans le fond, ce qui occasionna une exhalaison méphitique qui Tobligea de se retirer pour un moment; mais que l'instant d'après, étant revenu, l'un des ouvriei*s s'est introduit dans le four, en a distrait les lames de plomb qui avoient formé le cercueil, lesquelles ont été chargées sur des voitures avec; les autres cercueils I et les os ont été amoncelés et laissés dans le même four.
Ajoute ledit Canonue, que tous les cercueils, à l'exception de celui de Fénelon, ont été chargés sur trois chariots, intacts et MUS aucune ouverture ; de aorte qu'il n'est demeiifé dans
bù ttVAte HtJitiftttË. S07
tout le cateau que les seuls restes de Fénelon \ et i ligné «tee nous.
^gné: BsAlTAnD GâfrotHX, Doitit fils.
Antoine Noreux , boucher à Gambnil, lequel à dédale qu'en l'an deux, au mois de pluTiôse , ouTriet^ attaché à l'administration du district de Cambrai, Il fbt requis par le sieur Canonne , par suite des ordres du gouYernement, d'extraits des fours de la métropole les cercueils en plomb qui s'y trouVoient > pour les envoyer à l'arsenal de Douai ; que s'étant fait accompagner de deux ouvriers, nommé Plantageneti et un autre dont II a «>ub]ié le nom, tous deux canonniers en garnison en cette ville, il s'est introduit dans les fours susdits, oîk il a remarqué qu'il se trouvoit six à sept cercueils de plomb, lesquels Airent 'chargés sur des voitures en bon état, à l'exception de celui de Fénelon ; lequel étant ouvert, il en fut extrait les ossements de ce grand homme, qui Airent amoncelés dans le troisième four, et le plomb transporté sur les voitures. Laquelle déclaration a été affirmée par ledit Noreux, qui Ta signée avec nous.
Signé : Aittoike Noreux, t)ouAT fils.
Rt à l'instant, MM. Dumolard, sous-préfet; Beltnas, évéque de Cambrai ; Burgairolles , colonel commandant d'armes \ Bolletix, président du tribunal d'arrondissement; Defoy, juge; Farèz, procureur impérial ; Cacheux, magistrat de sûreté; Bé* thune^Hourier, adjoint du maire ; Lequeut-Frémtcourt, président du tribunal de commerce ; Servois, chanoine, vicaire général; Bocquet, commissaire de police; Delcroix, receveut* de la commune ; Defremery-Déhollain, secrétaire greffier de la mairie ; Palombini, colonel du deuxième régiment de hussards italiens, stationné à Cambrai ; Demaidy, capitaine commandant le quatrième bataillon du train d'artillerie ; de Neufien, colonel retiré du corps du génie; Defranqueville , propriétaire, membi*e du conseil des secours ; Alexandre Frémicourt, ttftm; béthuUe de rOffre, idem ; Richard Frémicourt, président du conseil d'arrondissement ; Demadre, membre du conseil des secours ; Canonne, membre du conseil d'arrondissement; Raparlier, juge de paix;
5o8 PliCBS JUSTIFICATIVES
Lemoîne et Leroi, ootaîres publics ; Bruneau et Aimé Bris, membres du conseil municipal; Goussaut, juge suppléant; Piquet- Bris, contrôleur des contributions; Liénard, receveur de Tarrondtssement; René Marchand, bibliothécaire; Lepère, chef de bureau; Pierre Fleury, marchand menuisier;
Sont descendus dans le caveau, où ils ont vu extraire du troisième four à droite, les restes de M. de Fénelon, archevêque de Cambrai, mort en cette ville le 7 janvier 171 5, consistant en un crâne des mieux conservés , en une quantité d*os détachés les uns des autres, dont plusieurs annoncent une prochaine décomposition, et en quelques planches et morceaux de bois de chéoe pourri, lesquels ont été recueillis avec vénération, et déposés dans une bière neuve , préparée à cet effet, que Ton a fermée i vis, et sur laquelle le scel de la mairie a été apposé avec des bandes de papier double, signées de MM., Belmas, Dumolard , Douay fils, Boileux et Lequeux ;
Après quoi la bière a été déposée dans le même caveau, sous la garde d'un factionnaire, pour y demeurer jusqu'à l'époque ûxée pour la translation solennelle qui en sera faite; avons ordonné la continuation du désencombrement dodit caveau , avec les formalités prescrites par notre arrêté susdaté. De tout quoi le présent procès-verbal a été signé par toutes les personnes qui y sont dénommées, les jour, mois et an que dessus.
{Suivent les signatures,)
Et le ai du même mois de messidor, six heures et demie du soir,
Nous Pierre-Joseph Douay, jurisconsulte, maire de la ville de Cambrai, sur l'avis à nous donné par le commissaire chargé de la fouille du caveau des archevêques, que l'opération étoit terminée, et après avoir invité tous les chefs des autorités constituées, ainsi que MM. Evrard et Burard, docteurs en médecine et en chirurgie, de venir reconnoitre et constater les restes précieux de l'immortel Fénelon, nous nous sommes rendus audit caveau; où étant, il nous a été représenté,
i" La partie inférieure de la tête, se rapprochant très-bien du crâne;
DU LIVRE HUITIÈME. Sog
a<* Les os des jambes, des cuisses, ceux du bassin , avec les deux fémars;
3® Les os des bras ; ^
4* Les vertèbres;
5* Les côtes;
6® L'omoplate;
'f Une partie du sternum ;
8"* Les phalanges des pieds;
9" Une ceinture de soie blanche, presque pourrie et consommée;
lo** Un tunicaire de même étofie, et dans le même état;
1 1' Enfin, la pierre sépulcrale qui a servi à fermer l'entrée du four, cassée en plusieurs morceaux qui ont été rapprochés , et sur lesquels se trouve gravé ce qui suit :
Hic jacet
Fnncitctis de Salighac de la Motre de FÉjrELOir,
Arehiepiscopus Cameracensis, defanctus die septimA
Janoarii 17 15, è priori tnmnlo translatus
Die a8* martii 1790.
Tous lesquels objets ont été reconnus et déclarés appartenir à M. de Fénelon.
Nous avons, en conséquence, fait reconnoitre les scellés apposés, le 1 5 de ce mois, sur le cercueil renfermant le crâne et les os recueillis ledit jour; et après les avoir trouvés sains et entiers, ils ont été levés; le cercueil ouvert, nous y avons fait déposer avec vénération tous ces précieux restes.
La bière a été ensuite refermée , et le sceau de la mairie y a été apposé avec quatre bandes de papier double, signées de MM. Dumolard, sous -préfet; Belmas, évéque; BurgairoUes, commandant d*armes; Boileux, président du tribunal ciyil, et de nous.
Elle fut déposée dans le même four, sous la garde d*un factionnaire, où elle demeurera jusqu'à l'époque fixée pour la translation solennelle.
De tout ce que dessus, nous avons rédigé le présent procèsverbaly qua mctaiciars les fonctionnaires publica présentai at met*
$IQ PlècSS JUSTIFICATIVE
sieun l€9 docteur» ont sigoé avec nous, les jour» mois et ap que dessus.
Nous Béthune-Hourier , premier adjoint du maire de Cambrai, chargé de veiller à la conservation du tombeau de FéneioD, accompagné du commissaire de police, nous nous sommes transporté au caveau où se trouve ce tombeau. Nous avons remarqué que les eaux pluviales, tombées en abondance depuis plusieurs jours, y avoient pris leur écoulement , et s'élevoient dans le souterrain jusqu'à la hauteur d'environ trois décimètres. Nous avons examiné le cercueil dans lequel sont renfermés les ossements de Fénelon ; nous nous sommes aperçu que les bandes de papier y servant de scellés, étolent dans un état de moiteur qui en faisoit craindre la rupture; et, considérant que l'état de l'atmosphère fait penser que les pluies pourraient continuer, que l'arrêté du préfet suspend la cérémonie de la translation pour un temps indéterminé; déclarons qu'à l'instant le présent procès-verbal sera remis au maire, pour être pris par lui telles mesures qu'il jugera convenables.
Signé : BiTHUSB-Houaisa.
A Cambrai, le 27 thennidor an xa, deux heures do relevée.
Le maire de la ville de Cambrai ,
Vu le procès-verbal tenu par le premier adjoint de la mairie et le commissaire de police ;
Considérant qu'on ne pourroit sans danger laisser plus longtemps le tombeau de Fénelon dans l'endroit où il se trouve;
Considérant qu'il n'existe, dans l'enceinte de l'ancienne cathédrale, aucun local pour recevoir ce tombeau ;
iRHÂTB :
Que le cercueil de Fénelon sera porté demain , vert quatre heures du matin, à l'oratoire de la maison de Vanderburch, où il restera déposé jusqu'à l'exécution de l'arrêté de H. le préfet, du aidecemgis^
W UVRS MI/ITI&IIE. Su
Que cette traoslatioD se fera S4P» pompe, eo notre pré* seoce et celle du commissaire chargé de l'exhamation des restes de M. de Féneloo» par notre arrêté du 8 messidor dernier ;
Que le conseil des secours sera invité à déléguer deux de 9e§ membres, pour recevoir le tombeau, reconnoitre l'état des scellés y apposési et se rendre responsables du dépôt;
Qu'il sera tenu procès- verbal du transport et dudit dépôt; et que M. le commandant d'armes sera invité de faire placer une sentinelle à la porte de la maison de Vanderburch.
Le présent arrêté et la copie du procès-verbal seront adressés de suite à M. le sous-préfet, arec invitation d'approuver les mesures qui précèdent.
Signé: Doday, fils.
A Csmbnâi le »9 tbenpidof de Tan la.
L'an 19 de la république françoise, le a8 thermidor, cinq heures du matin.
Nous Pierre-Joseph Douay,fils, maire de la yille de Cambrai, aocompagné de M. Henri Béthune-Hourier, notre premier adjoint, et d'André Delcroix, receveur de la commune, commissaires nom<^ mes par notre arrêté du 8 messidor dernier, pour diriger les opérations relatives à l'exhumation des restes de Fénelon ; en présence du sieur Bocquet , commissaire de police, et du sieur Lacassagne, adjudant-major de la place, pour mettre à exécution notre arrêté d'hier, nous nous sommes transporté au caveau servant à la sépulture des ci-devant archevêques de Cambrai ; où étant, avons fait extraire le cercueil contenant les ossements de Fénelon, que nous avons trouvé scellé par des bandes de papier très-humides, et déjà couvertes de moisissure, mais encore entières; nous Tavona fait transporter soigoeusement à l'oratoire de la maison de Vanderburch, où nous étions attendu par MM. de Neuiien et Frémicourt, membres et commissaires du conseil des secours de cette ville.
Après leur avoir fait reoonnoltre que les scellés étaient en^
5ia PIECES JUSTIFICATIVES
tiers, lesdits sieurs noas ont déclaré les prendre sous leur respoosabililé, et s'obliger à les représenter dans le même état.
A rinstant, M. l'adjudant-major a placé une sentinelle à la porte de la maison de Vanderburcb, pour la sûreté de ce précieux dépôt.
De quoi le présent procès-verbal a été rédigé et signé à Cambrai, les jour, mois et an que dessus.
Signé: BÉrnuKE-HonHisA , Bocquit, Dbi.cboix , Lacâssaghb , Douât, fils.
Arrêté du préfet du département, du%\ thermidor an it.
Le préfet du département du Nord, actuellement à Donkerque, Après avoir reçu les ordres de Sa Bfajesté FËmpereur, arrête :
Aet. P'.
Il sera élevé dans la ville de Cambrai, avec Fapprobatioa de Sa Majesté TEmpereur, un monument ou mausolée pour recevoir les cendres de l'immortel Fénelon, mort en cette ville en l'année 1715.
E Le maire de la ville de Cambrai présentera les plans et dessins de ce monument, avec les états et devis estimatifs de la dépense à faire; il les soumettra au sous «préfet , qui fera ses observations, et adressera le tout au préfet avec son avis.
En attendant l'érection de ce monument, les cendres de Fénelon, recueillies par les soins et la sollicitude des autorités constituées de la ville de Cambrai , seront transférées de leur ancienne sépulture dans l'église cathédrale de la même ville, pour y rester déposées jusqu'à l'époque où elles pourront être placées dans le mausolée destiné à les recevoir.
DU L1VE£ HUlTiÈMli:. 5l3
La traoslalioD prescrite par rarlicle précédent sera laite avec la pompe, la décence et la vénération que comporte la nature de cette cérémonie, et que doivent inspirer les talents et les vertus de Tillustre prélat, dont la mémoire doit être honorée dans cette circonstance.
Le plan, le programme et le détail de cette cérémonie seront soumis à l'examen et à l'approbation du préfet.
Le présent arrêté sera adressé sur-le-champ au sous-préfet de Cambrai, qui est chargé d'en surveiller l'exécution.
Signé: Dimwasmà.
Fait à DuuLerquc, le ai thermidor an la.
riN DU lOME QUATRUUIE ET OUINlEa.