LIVRE SEPTIEME
Tarmëe se fit si cruellement remarquer dans la suite, pour la gloire de la France, et qu'on eut la coupable obstination de laisser dans une inaction plus honteuse pour l'honneur du nom François que pour ce grand homme lui-même. On voit, par la manière dont Fénelon s'exprime dans ce Mémoire et dans quelques-unes de ses lettres, la profonde estime qu'il avoit pour le maréchal de Catinat. U existoit en effet bien des rapports touchants entre ces deux âmes vertueuses, maigre le contraste de leurs manières et de leurs formes extérieures. Par une triste conformité, l'un et l'autre eurent le malheur de rencontrer des ennemis puissants qui redoutoient leur ascendant ; l'un et l'autre finirent leur honorable carrière dans la retraite, bien moins à plaindre sans doute que le prince dont on avoit surpris l'opinion et aigri les préventions.
Fénelon prévoyoit avec douleur, que, tandis qu'on négligeoit les services de Catinat, on céderoit à la crainte de contrister le maréchal de Villeroy, et qu'on sacrifieroit le sort des armées et le salut de la France à une si frivole considération. C'est en effet ce qui arriva, quoique l'imprudence avec laquelle il s'étoit laissé surprendre à Crémone, eût assez démontré qu'il n'avoit ni les talents d'un général, ni la confiance des soldats.
Mais l'objet sur lequel Fénelon insiste avec le Féneioaioii-
„ ,„ c haitc que le duc
66 HISTOIRE BE FimLLOV.
de Bourgogne plus de vivacité dans ce Mémoire , est le défaut de
*1lne tmél*-^ convcnance et l'espèce d'ignominie qu'il y auroit, à
sa vive soUicU laisser le duc de Bourgogne dans une honteuse
tade pour oisivcté à VcrsaiUcs ; tandis que le roi d'Espagne ,
le jeune pnnoe. ' * r o ^
son frère , étoit à la tête d'une armée en Italie , que l'Empereur envoyoit son fils , le roi des Romains y commander sur le Rhin ^ et que Guillaume m j déjà mourant , se flattoit encore d'être en état de porter la guerre dans les Pays-Bas. Il revenoit à demander qu'on associât le maréchal de Catinat au duc de Bourgogne, dans le commandement de l'armée : c'étoit de tous les généraux qui existoient , le seul qui inspirât une entière confiance à Fénelon. ce Dans la disette de sujets où nous « sommes y écrivoit-il, le maréchal de Catinat ne « doit pas être laissé en arrière (i). Quand même « il auroit fait bien des fautes (a) , ce que je ne < sais pas , il faudrott en juger par comparaison « aux autres j et malheureusement il ne sera toute jours que trop estimable par cet endroit- là. » Fénelon n'eut pas la satisfaction de voir ses vœux entièrement accomplis. Louis Xiy, à la vérité , donna en 1701 une armée à commander au duc de Bourgogne ; mais il n'employa point Catinat.
(1) Mém. de 1702; ubisuprà, p. 494*
(a) Les courtisaus avoient attribué aux fautes du maréchal de Catinat , les malheurs de la campagne d'Italie en
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On yoit^ dans toutes les lettres de Fënelon^ Tinterêt avec lequel, du fond de sa retraite, il surveilloit tous les détails de la conduite du duc de Bourgogne. Cëtoit sur la tête de ce jeune prince que re^ posoient toutes ses espérances pour le bonheur de la France ; et toutes les instructions qu'il lui transmettoît par le duc de Beauvilliers^ respirent la tendresse d'un père et la sincérité d'un ami fidèle et vertueuXé « J'aime toujours M. le duc de Bourgogne, écri-> < Yoit Fénelon au duc de BeauviUiers (i), nonob- « stant ses défauts les plus choquants. Je vous con- « jure de ne vous relâcher jamais de votre amitié
or pour Im Supportez- le, sans le flatter; aver-
«r tissez-le, sans le fatiguer; et bornez-vous aux oc- « casions et aux ouvertures de providence, aux- « quelles il faut être fidèlcé Dites -lui les vérités « qu'on voudra que vous lui disiez ; mais dites-les* n lui courtement , doucement , avec respect et avec « tendresse. Cest une providence , que son cœur ne « se tourne point vers ceux qui auroient tâché « i/y troui^er de quoi vous perdre. Qu'il ne vous « échappe pas, au nom de Dieu ! S'il faisoit quelque « faute , qu'il sente d'abord en vous un cœur ouvert,
c comme un port dans le naufrage Inspirez'lui
« une pieté douce , commode , simple , exacte , « Jerme^ sans être ni dprcj ni scrupuleuse sur les
(1) Lettre du 3o nov. 1699. (Corresp, t« I, p. 79.)
68 HISTOIRE DE FEITELON.
« minuties : il ri y a que t imperfection^ qui exige la