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Plus on lit ce Mémoire^ plus on reste convaincu que les conseils qu'il renfermoit étoient les plus utiles et les plus convenables aux circonstances. Il est même assez vraisemblable que le duc de Beauvilliers seroit parvenu , en les présentant comme ses propres idées, à les faire goûter au Roi et à ses ministres, si, peu de temps après, Louis XIY n'eût pas fait la faute inexcusable de reconnoître, pour roi d'Angleterre, le fils de Jacques U, malgré les engagements qu'il avoit contractés par le traité de Ryswick (i). Cette générosité impolitique souleva contre lui l'Angleterre, associa la nation tout entière à la haine de Guillaume III , et le précipita, ainsi que la Hollande , dont il disposoit en maître absolu , dans les vastes projets qu'il avoit conçus contre la France. La mort de ce monarque, qui suivit de près cet événement (ii), ne changea rien aux dispositions des Anglois et des Hollandois ; et ils se réunirent à l'Empereur, pour déclarer la guerre à la France.
Dans une situation aussi critique, et qui donnoit Mémoire une nouvelle face aux affaires, Fénelon crut de- '«"• ^ ^««/«^«^
ae 170a;
voir adresser un second Mémoire au duc de Beau- revue des génévilliers (3). J^s quatre premières pages de ce "lu a employer.
(i) Jacques II mourut le 16 septembre 1701. (a) Guillaume III mourut le 19 mars 170a. (3) Fragment (tun Mémoire sur la campagne de 170a. (Œwre$ de Fénelon; L XXII, p. 490.}
6a HISTOIRE DE FJSITJBLON.
Mémoire y écrit en entier de la main de Fénelon, manquent aux manuscrits qui nous ont été confiés ; mais il a certainement été rédigé au commencement de 1702, à Tépoque où le ix>i d'Espagne devoit passer en Italie pour y commander les armées combinées, et avant que le duc de Savoie se fut décUu*é contre la France. On y voit combien Fé« nelon redoutoit le caractère ambitieux de Yictor- Amédée ; et on peut juger de la nature de ses craintes , par les précautions qu'il recommande pour la sûreté de la personne et de la vie du roi d'Espagne.
On doit croire que Victor-Amédée étoit incapa* ble d'un crime ; mais il ne tarda pas à justifier en partie les soupçons de Fénelon , en trahissant le Roi auquel il s'étoit allié , et en prenant les armes contre ses deux gendres.
Fénelon avoit été précepteur de Philippe Y : ce jeune roi, qui montra si peu d'action sur le trône, étoit remarquable par une intrépidité héroïque dans un jour de bataille. Fénelon avoit démêlé, dès son enfance, cette partie de son caractère. « Je connois c( l'ardeur du jeune roi, écrivoit-il (1); il est capa** flc ble de s'exposer sans mesure, de ne voir plus dece vaut lui , et de hasarder tout^ quoi qu'on puisse « lui dire, dès qu^il sera embarqué et échauffé dans
(i) Mém, de 170a; ubi suprà^n, 6«
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« une occasion. Jugez combien il sera facile à des « gens malins et artificieux , de le pousser pour le « faire périr! » Peu s'en fallut que ce que Fénelon avoit para redouter ne se réalisât, peu de mois après la date de ce mémoire. Philippe Y resta, pendant tout le combat de Luzzara ( i ), exposé au feu d'une batterie ennemie, sans laisser seulement apercevoir sur son visage la plus légère impression d'inquié» tude ou d'embarras.
Dans la revue des différents généraux françoîs , auxquels il étoit question de confier le commandement des années, on observe avec peine , en relisant ce Mémoire de Fénelon, combien les bons généraux, les généraux universellement estimés des officiers et des soldats, étoient devenus rares , malgré les guerres continuelles qui avoient rempli tout le règne de Louis XIV. C'étoit à la même époque , que madame de Maintenon écrivoit au duc de Noailles : « Nous avons des courtisans , et pas un « capitaine. » Les jugements de Fénelon sur quelques-uns d'entre eux, paroîtront peut^tre sévères ; mais si l'on interi*oge avec attention les mémoires des contemporains, on verra qu'ils ne sont que justes. On doit même être étonné de la sagacité avec laquelle il avoit su , du fond de la retraite où il avoit passé la plus grande partie de sa vie, discerner les
(x) x5 aoât 1703.
64 HISTOIRE DIB F£NELOK.
vertus j les qualités et les défauts de tant d'hommes, dont son état et ses occupations paroissoient peu le rapprocher. Il n'est pas un seul de ses jugements que l'histoire et la postérité n'aient confirmé.
Fénelon témoigne, dans ce Mémoire^ un vif désir de voir employer, d'une manière digne de sa naissance, ce jeune prince de Conti , que les exploits les plus brillants, de grands talents et la voix publique appeloient depuis longtemps au commandement des armées, et qui en fut toujours exclu par le profond ressentiment qu'avoit laissé , dans le cœur de Louis XIV, le souvenir d'un seul acte de désobéis* sance.
Il recommande avec soin qu'on évite d'associer le duc de Vendôme au duc de Bourgogne, dans la même armée. Tous les malheurs de la campagne de Lille , en 1 708 , prouvèrent dans la suite combien étoit juste la prévoyance de Fénelon. Ce n'est pas qu'il ne rendit justice à la valeur du duc de Yendôme, et à son génie naturel dans un jour de bataille ; mais, comme Fénelon l'observe dans le Mé' moire dont nous donnons le précis , on avoit tout à redouter ce de son esprit roide, opiniâtre et hasarcr deux(i). »
Fénelon insistoit surtout avec ardeur pour qu'on employât le maréchal de Gitinat , dont l'absence à
(i) Mém, de 1702; ubi supra, n. 8, p. /ig4*