‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 22 sur 157 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

c rai avec moi Saumery (i), qui sera le tiers de

« notre première entrevue , après cinq ans de se"

• parât ion. C'est assez vous en dire, de vous le

« nommer ; et vous le connoissez mieux que moi ,

c pour un homme très-sûr, et, qui plus est, fort^

« votre ami. Trouvez-vous donc, je vous prie^ à la

a maison où je changerai de chevaux, sur les huit

« heures ou huit heures et demie. Si par hasard

« trop de discrétion vous avoit fait aller au Cateau,

« je vous donne le rendez-vous pour le retour, en

« vous assurant que rien n'a jamais pu diminuer, ni

« ne diminuera jamais, la sincère amitié que j'ai

« pour vous.

(c Louis, j»

Ce n'étolt pas sans raison que le duc de Bourgogne s'étoit méfie de la délicate circonspection de Fénelon, et qu'il avoit prévu qu'elle le porteroit peut-être à s'éloigner de Cambrai, au moment où il y arriveroit, pour éviter de le compromettre et de se compromettre lui-même auprès du Boi. Il avoit fait en effet toutes ses dispositions, pour ne pas se trouver à Camhrai au passage du duc de Bourgogne; et il étoit au moment d'en partir, lorsqu'un courrier vint lui apporter la lettre du jeune prince. Nous trouvons cette circonstance dans une lettre latine de l'abbé de Chanterac au cardinal Gabrielli (a). Cette

(i) Ancien sons -gouverneur du duc de Bourgogne.

(2) Corresp. de Péneton; i. Il, p. 454* CeUe leUre, écrite

70 HISTOIBE DE SÈNVLOJX.

entrevue fut courte , et gênée par la présence des militaires et des magistrats, que le respect et le devoir avoient attirés à la maison oii le duc de Bourgogne étoit descendu. Le jeune prince ne voulut point contrevenir aux ordres qu'il avoit reçus , et n'osa se permettre d'entretenir Fënelon en particu* lier. Cette contrainte lui inspira une espèce de réserve, qui parut affliger tous les spectateurs. Ce ne fut qu'au moment oîi l'archevêque de Cambrai pré^ senta la serviette au duc de Bourgogne pour se laver les mains , que le jeune prince , en élevant la voix de manière à être entendu de tout le monde, adressa à Fénelon ces paroles remarquables , qui disoient tant de choses en si peu de mots : « Je sais ce que « je vous dois ; vous savez ce que je vous suis. » Conduite du duc La Campagne de 170a ne produisit aucun événedam Mi^ ment remarquable en Flandre , quoique le duc de campagne ; Bourgogne eût à combattre le fameux Marlborough, ".°^^'' Ce général vint prendre le commandement de Taravec Fénelon. niée des alliés, et faire le premier essai de son talent

pour la guerre , qui l'éleva si rapidement au rang des plus grands capitaines. Cependant, le duc de Bourgogne, selon le témoignage d'un officier distingué (i) employé dans cette armée, a fit voir dans

en 170a, est la même dont nous avons cité quelques frag-* ments dans le quatrième livre de cette Histoire, ( T. III, p. 5 y etc.) (ÉoiT.)

(i) Mémoires mUUaires du marquis de Quineey.

liIVRX SSPTiàlfR. 71

< cettQ première campagne toute la valeur, la ferc meté et l'habiletë qu'on n'acquiert d'ordinaire a que par l'expérience d'un grand nombre d'années } «i il charma les officiers et les soldats, par ses atten- « tions pour eux , et par des manières gracieuses , « accompagnées de toutes sortes de marques de c bonté* »

Un témoin encore plus imposant que le marquis de Quincey , le maréchal de Berwick , rapporte dans ses Mémoires , en parlant d'une action distinguée, oîi le duc de Bourgogne , à la tête de son armée , poursuivit pendant deux lieues les ennemis jusque sous les remparts de Nimègue , a que cette journée « fut aussi brillante que singulière; car c'est une fc chose sans exemple , dit-il, qu'une armée en ait V couru une autre pendant deux lieues, et l'ait culc butée dans le chemin couvert d'une place , presa que sans coup férir. »

Louis Xiy voyant qu'à la fin de cette campagne, les ennemis s'attachoient à former des sièges qui ne promettoient rien de décisif, et qui n'offroient à son petit-fils aucune occasion de se signaler, crut devoir le rappeler à Versailles, vers les premiers jours de septembre. Le duc de Bourgogne craignit de réveiller la jalousie des ennemis de Fénelon^ et de donner de l'ombrage au Roi son grand-père, en paroissant rechercher une seconde entrevue avec

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lui ^ à son passage à Cambrai ; il lui écrivit de Malinesy le 6 septembre 1702 (i) : « Je ne sauce rois repasser à portée de vous, sans vous té- <x moigner le déplaisir que j'ai^ de ne point user a de ma permission , et de ne point vous revoir, c( ainsi que je l'avois espéré. Cette lettre vous sera « rendue par un moyen sûr; ne chargez point de ce réponse par écrit celui qui vous la rendra ; et si « vous rrC en faites y que ce soit par M. de Beau^ c< vilUersj et sans y mettre de dessus. Je vous prie ce d'être persuadé de la continuation de mon amitié «c pour vous, qui assurément ne peut être plus a vive, et qui a toujours été telle, comme je ne « crois pas que vous en doutiez , et de vous ressou- « venir incessamment de moi dans vos prières. Peut- « être sera-t'il encore mieux que je ne vous voie m paSj la veille ou le même jour que farrii^erois a à Versailles. Cela n* est pas la même chose y quand « on doit être quelque temps dehors; et les idées « sont plus effacées. Adieu, mon cher archevêque; « il n* est pas besoin de vous recommander le se^ « cret sur cette lettre , ni de vous assurer de la a tendre amitié que je conserverai en Dieu, pour « un homme à qui foi tant d obligations qiCà a vous*

a Louis. »

(î) Corresp. de Fénclon, t.I, p. 137.

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