LIVRE SEPTiinCE
Il semble qu'en peignant sous des couleurs si douces et si sensibles le tableau de la vie de Féne* ton, le duc de Saint-Simon ait voulu reposer son imagination, et sa plume trop souvent trempée dans le fiel de la satire. ^y
Mais Fénelon ne se bornoit pas à des œuvres de u procure charité envers les particuliers. Ce fut à sa gén^ro- ** ' «««mw site personnelle, que l'armée du Roi dut une grande armées du Roi ; partie de ses subsistances, pendant la campagne qui "^^ ^^|^ ^ suivit l'hiver de 1709. Par respect pour le nom Mariborougb. seul de Fénelon , les généraux ennemis avoient épargné les terres et les magasins de l'archevêque de Cambrai. S'ils apprenoient que quelque lieu à por« tée de leur armée, lui appartenoit en propre, ils y mettoient aussitôt des gardes, et en faisoient conserver les grains et les bois, avec le même soin qu'ils auroient pu apporter à la sûreté des domaines et des palais des souverains dont ils commandoient les armées; les bourgs et les villages de Fénelon devenoient des lieux d'asile, de refuge et de sécurité, pour tous les habitants des environs (1).
(i] Voyez, à l'appui de ces détails, la Fie de Féneion ^ par le marquis, aoo petit-Deveu. La Hajre^ "^ikli in-ia; p. 75 , etc. — Histoire de la vie et des écrits de Fénelon , par le chevalier deRamsay; Amsterdam , 1727^ p. i55, etc. — Recueil des principales vertus de Fénelon , par l'abbé Galet; chap* 10. {Corresp. de Fénelon; t. XI, p. 180, etc.)
(ÉOIT.)
l68 HISTOIRE ]>E FÉNKLOir.
Mais le duc de Mariborough porta la délicatesse de ses soins pour Fénelon, jusqu^à une recherche de prévoyance et d'attention , dont il n'est peut-être pas un autce exemple dans Thistoire. A la fin de la campagne de 1711, l'armée des alliés se trouvoit, par sa position , à la vue des remparts de Cambrai y et elle séparoit l'armée de France de la petite ville de Cateau-Cambrésts, principal domaine des archevêques de Cambrai. Cateau-Gambrésis étoit rempli des grains de l'archevêque, et de ceux que les habitants de la campagne y a voient déposés, sous la protection du nom de Fénelon. Mariborough les fit d'abord conserver par un détachement qu'il y envoya; mais quand il prévit que la rareté des subsistances, dont sa propre armée commençoit à manquer, ne lui permettroit pas de refuser à ses soldats la liberté de se pourvoir dans les magasins de Cateau-Cambrésis, il en fit avertir Fénelon; on chargea sur des chariots tous les grains qui s'y trouvoient ; et Mariborough les fit escorter par ses propres troupes, jusque sur la place d'armes de Cambrai, devenu le quartier général de l'armée Françoise.
Cet hommage honorable rendu à la vertu d'un simple particulier, par des étrangers acharnés à la ruine de la France, servit à sauver la France ellemême. Fénelon livra tous ses magasins aux ministres de la guerre et des finances ; il ne se réserva