‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 48 sur 157 · LIVRE SEPTIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. l

sacrifiés à l'ambition du prince Eugène, et à l'avarice de Marlborough. La stupide insolence des Hollandois se vengeoit des anciennes hauteurs de Louis XIY. Peu accoutumés à vaincre, ils croyoient avoir gagné les batailles d'Hoechstœdt, de Ramillies, d'Oudenarde, et de Malplaquet, parce qu'ils soldoient les armées commandées par Eugène et Marlborough. La bataille deMalplaquet (i) avoit cependant rendu le courage aux armées françoises ; et vingt-deux mille ennemis laissés sur le champ de bataille , avoient fait payer bien cher aux alliés l'honneur de la victoire.

Ce fut au milieu de tant de désastres, que Fénelon, placé sur le principal théâtre de la guerre, montra ce beau caractère et ces grandes vertus qui ont autant honoré sa mémoire, que les productions de son génie. Son palais et sa ville de Cambrai devinrent l'asile des généraux, des officiers et des soldats malades ou blessés, a Sa maison ouverte, et sa tf table de même, dit le duc de Saint-Simon (a), ff avoit l'air de celle d'un gouverneur de Flandre, et « tout à la fois d'un palais vraiment épiscopal ; et ff toujours beaucoup de gens de guerre distingués, cr et beaucoup d'officiers particuliers, sains, ma- « lades, blessés, logés chez lui , défrayés et servis , « comme s'il n'y en eût qu'un seul; et lui ordinai-

(i) Du II septembre 1709.

(2) Mémoires de Saint-Simon; t. XVII, p, 177 et 178.

l66 HISTOIRE DE F^BLOIfl.

9 rement présent aux consultatioiis des médecins c et des chirurgiens ; faisant d'ailleurs, auprès des « malades et des blessés, les fonctions du pasteur le « plus charitable; et souvent il alloit exercer le < même ministère dans les maisons et les hôpitaux <c oii Ton avoit dispersé les soldats; et tout cela ce sans oubli, sans petitesse, et toujours prévenant « avec les mains ouvertes. Aussi étoit-it adoré de a tous... Une libéralité bien entendue, une magnia ficence qui n'insultoit point , et qui se versoit sur ff les officiers et les soldats, qui embrassoit une a vaste hospitalité, et qui pour la table, les meubles, 9 et les équipages, demeuroit dans les justes bornes a de sa place; également officieux et modeste, sea cret dans les assistances qui pouvoient se cacher, (c et qui étoient sans nombre; leste et délié sur les ce autres, jusqu'à devenir l'obligé de ceux à qui il a les donnoit, et à le persuader; jamais empressé, a jamais de compliments; mais une politesse qui, tf en embrassant tout, étoit toujours mesurée et ce proportionnée : en sorte qu'il sembloit à chacun ce qu'elle n'étoit que pour lui , avec cette précision

a dans laquelle il excelloit singulièrement L'ad-

a miration et le dévouement pour lui étoient dans a le cœur de tous les habitants des Pays-Bas , quels ce quMls fussent, et de toutes les dominations qui ce les partageoient, dont il avoit l'amour et lavénéce ration. »

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