LIVRE SEPTliHE. I
a sur ia commission qu'il avoit eue d'aller occuper ce le poste de Givrer, au centre des lignes près de a Mons. 11 est fort à désirer que vous et M. le duc « de JBeauvilliers soyez au fait^ et qu'on y puisse « mettre M. Voysin (i), en cas qu'on voulût le prë- « venir en mal. La probité , le bon sens , la bonne « volonté et la valeur de M. le chevalier de Luxem- « bourg, méritent qu'on ait attention à lui laisser a faire son chemin pour le service. »
Nous avons encore une autre lettre de Fénelon qui atteste l'opinion qu'il avoit du mérite et des qualités du chevalier de Luxembourg, depuis prince de Tingry. a On vient de me dire, écrit Fénelon au duc « de Chevreuse (ï2) , que M. le maréchal de Choiseul c doit être mort. Te prends la liberté de vous conju- « rer de servir M. le chevalier de Luxembourg, pour c le gouvernement de Yalenciennes. Il est aimé tenc drement des peuples; et c'est par une douceur « soutenue de noblesse , de bonté et de désintéres- « sèment, qu'il se rend aimable. Je serai ravi de le c voir dans cette place. Ne pourriez-vous point , « mon bon duc , presser un peu en sa faveur « M. Voysin ? »
Au reste , il n'étoit pas nécessaire d'être l'ami du
(i) M. Voysin avoit remplacé M. de Chamillard dans le département de la guerre, le 10 juin 170^.
(a) Lettre de Fénelon au duc de Chevreuse , 16 mars 1711. (Corresp. t. I*% p. 437.)
1^4 HISTOIRE DE FEHELON.
chevalier de Luxembourg, pour rendre justice à ses grandes qualités. Les ennemis mêmes de la France avoient rendu un hommage honorable à ses talents. Le prince Eugène , digne juge du mérite militaire , voulut y après la prise de Namur en 17041 oit le chevalier de Luxembourg avoit secondé avec tant de zèle la belle défense du maréchal de BoufBers, les conduire lui-même à Douai. Il les plaça Tun et l'autre dans le fond de son carrosse, se mettant seul sur le devant , et fit commander Tescorte par le prince d'Auvergne , déserteur du service de France.
Fénelon eut le bonheur de jouir du succès de ses vœux pour le chevalier de Luxembourg , qui fut nommé au gouvernement de Yalenciennes. Soit que cette grâce méritée ne fût que le juste prix de ses services , soit que l'utile influence des amis de Fénelon eût contribué à faire valoir un droit légitime , le chevalier de Luxembourg ne pouvoit que se trouver heureux de réunir aux titres que lui donnoient sa naissance et ses services , le suffrage d'un ami tel que Fénelon.
Etat déplorable Cependant la France sembloit toucher à une de la France qj.\^ ^q^i l'effet inévitable devoit être sa ruine
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négociations totale. Nous avons un Mémoire , écrit de la main de
pour la paix, p^nelon , qui peut donner une idée plus exacte de
la situation désespérée oii elle se trouvoit alors ,
que tous les récits des historiens , que les Mémoires
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mêmes de quelques contemporains (i). Ceux-ci ne sont pas toujours à portée d'être bien instruits; ils se livrent souvent à une exagération amère , qui devient une espèce de maladie générale , lorsqu'un gouvernement est descendu au dernier degré du découragement et du malheur. Fénelon étoit placé au centre des événements , sur le théâtre même de la guerre. Il connoissoit également les dangers et les ressources; et sa correspondance intime avec les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, servoit à l'éclairer sur la partie des affaires publiques qui n'étoit pas immédiatement sous ses yeux. Il rédigeoit ce Mémoire pour ses deux amis, avec lesquels il ctoit dans l'habitude de dire tout ce qu'il pensoit , tout ce qu'il sentoit. 11 n'avoit nul intérêt à exagérer la grandeur du mal , ni à affoiblir l'efficacité des remèdes qui auroient pu l'arrêter : cet écrit n'étoit point destiné à être public; ainsi , il n'a pu être dicté ni par l'humeur, ni par l'esprit de parti. 11 fut probablement rédigé dans l'hiver de 1709 à 1710. Le voyage de M. de Torcy à La Haye y est rappelé; et le congrès de Gertruydenberg, qui eut lieu au mois de mars 17 lo^ n'étoit point encore assemblé. Ce Ménvoire découvre toute la profondeur de l'abîme où la France étoit tombée , puisque les meilleurs citoyens , les âmes les plus fortes et
( j) OEiwr<s de Fénelon ; t. XXII, p. 498.
les plus généreuses , consentoient à des sacrifices qui inspirent encore , au bout d'un siècle , un sentiment d'indignation. L'expédient que propose Fénelon, de faire enlever le roi d'Espagne, pour échapper à l'humiliante condition que les ennemis avoient osé proposer à Louis XFV, de détrôner lui-même son petit-fils , est une preuve irrécusable de l'état d'abaissement où se trouvoit réduit ce monarque , naguère si puissant , si heureux , si enivré de sa gloire.
L'étendue de ce Mémoire ne nous permet pas de le transcrire en entier dans cette histoire. Les fragments que nous allons en donner, suffiront pour révéler les sentiments de douleur et d'inquiétude qui oppressoient Tâme de Fénelon. Ils peuvent également intéresser sous un autre rapport; ils peuvent servir à soutenir le courage dans l'adversité, et à faire attendre avec patience des temps plus heureux. On croit souvent que rien n'égale, que rien n'a jamais égalé l'excès des injustices et des infortunes dont on est la victime ; mais en revenant sur les différentes époques de l'histoire, on acquiert la triste conviction de l'indélébile perversité de l'espèce humaine, et de l'héritage de malheurs que chaque génération transmet à la génération suivante.
« Comme cliacun de nos ministres , dit Fénelon , a traite en particulier avec le Roi ce qui regarde sa <c charge, je crains que chacun d'eux ne soit guère