‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 62 sur 157 · LIVRE SEPTIKMJ'. !lo · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIKMJ'. !lo

a vertu la plus pure, un reste d'humanité, insëpaa rable de Thomme, faisoit goûter à celui-ci un A élargissement de cœur et d'esprit imprévu, une ce aise pour des desseins utiles qui se remplissoient « comme d'eux-mêmes, une sorte de dictature enfin, « d'autant plus savoureuse, qu'elle étoit plus rare « et plus pleine, moins attendue et moins contrece dite, et qui par lui se répandoit sur les siens. Pera sécuté au milieu de la plus éclatante fortune , et « poussé quelquefois jusqu'au dernier bord du préce cipice, il se trouvoit tout d'un coup fondé sur le « plus ferme rocher; et peut-être ne regarda-t-il pas « sans quelque complaisance ces mêmes vagues, de a la violence desquelles il avoit pensé être emporté « quelquefois, ne pouvoir plus que se briser à ses tf pieds. Son âme toutefois parut toujours dans la « même assiette : même sagesse, même modération, «même attention, même douceur, même accès, « même politesse, même tranquillité^ sans le moindre « élan d'élévation, de distraction, d'empressement. « Une autre cause plus digne de lui le combloit « d'allégresse. Sûr du fond du nouveau Dauphin, il « prévit son triomphe sur les esprits et sur les cœurs, « dès qu'il seroit affranchi et en sa place; et ce fut « sur quoi il s'abandonna secrètement avec nous à a sa sensibilité.

« Chevreuse , un avec lui dans tous les temps de « leur vie, s'ffjoait avec lui de la même joie, et y

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a en trouva les mêmes motifs; et leurs familles s'ap* a plaudirent d'un consolidement de fortune et d'état « qui ne tarda pas à paroître.

« Mais celui de tous à qui cet événement devint a le plus sensible, fut Fénelon, archevêque de Cam- « brai. Quelle préparation, quelle approche d*un « triomphe sûr et complet ! quel puissant rayon de « lumière vint à percer tout à coup une demeure a de ténèbres! Confiné depuis douze ans dans son « diocèse, ce prélat y vieillissoit sous le poids inutile ft de ses espérances, et voyoit les années s'écouler a dans une égalité qui ne pouvoit que le désespé- €c rer (i). Toujours odieux au Roi, à qui personne « n'osoit prononcer son nom , même en choses in- « différentes; plus odieux à madame de Maintenon, a parce qu'elle l'avoit perdu; plus en butte que nul « autre à la terrible cabale qui disposoit de Moncc seigneur, il n'avoit de ressoui*ce qu'en l'inaltérable « amitié de son pupille, devenu lui-même victime « de cette cabale, et qui , selon le cours ordinaire a de la nature , devoit l'être trop longtemps , pour ce que son précepteur pût se flatter d'y survivre, ni (c par conséquent de sortir de son état de mort au

(i) Le duc de Saint -Siaion o'aimoit que la cour, ne voyoit (|uc la cour ; il croyoit qu'on ne pouvoit être heureux qu'à la cour et par la cour. Il ne connoissoit pas personnellement Fénelon; et il lui prête, sans s'en apercevoir, ses propres sentiments. (dFote de fauteur.)

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d monde. £n un clia d'œil ce pupille devient Dau* c phin; en un autre, il parvient à une sorte d'avantff règne

€c Dans ce grand changement de scène , il ne parut a d'abord que deux personnages en posture d'en a profiter : le duc de Beauvilliers , et par lui le duc « de Chevreuse ; et un troisième eu éloignement , « l'archevêque de Cambrai. Tout rit aux deux prec miers tout à coup , tout s'empressa autour d'eux , « et chacun avoit été leur ami de tous les temps. « Mais en eux, les courtisans n'eurent pas affaire à c ces champignons de nouveaux ministres, tirés « en un moment de U poussière, et placés au timon 9 de l'État , ignorants également d'affaires et de « cour, également enorgueillis et enivrés, incatf pables de résister, rarement même de se défier « de ces sortes de souplesses , et qui ont la fac tuité d'attribuer à leur mérite ce qui n'est prosti- « tué qu'à la faveur. Ceux-ci , sans rien changer à « la modestie de leur extérieur, ni à l'arrangement c de leur vie, ne pensèrent qu'à se dérober, le plus « qu'il leur fut possible , aux bassesses eutassées k c leurs pieds ^^

a On peut bien croire que les ducs de Beauvilliers conduite du duc « et de Chevreuse ne laissèrent pas refroidir dans ® Bourgogne,

* ^ devenu Dau-

« le cœur du nouveau Dauphin ses vifs sentiments phin.

a pour l'archevêque de Cambrai Leur premier

ff soin fut de porter le jeune prince à des mesures

ao8 HISTOIRE DE FEKELON.

ce encore plus grandes , à un air de soumission et ce de respect encore plus marqué , à une assiduité m habituelle auprès du Roi si naturellement jaloux , « et déjà éprouvé tel, en diverses occasions, par son ce petit-fils. Secondé à souhait par son adroite épouse, a il redoubla ses soins auprès de madame de Mainci tenon , qui , dans le transport de trouver un « Dauphin sur qui sûrement compter, au lieu d'un a autre qui ne l'aimoit pas, se livra à lui, et par cela « même lui livra le Bol. Les premiers quinze jours « rendirent sensible à tout ce qui étoit à Marly un a changement si extraordinaire dans le Roi , si cr réservé pour ses enfants légitimes, et si fort roi oc avec eux.

ce Plus au large , par un si grand pas fait , le « Dauphin s'enhardit avec le monde , qu'il redoucc toit du vivant de Monseigneur, parce que, quelle que grand qu'il fût , il en essuyoit les brocards « applaudis. C'est ce qui lui douuoit cette timidité a qui le renfermoit dans son cabinet, parce que ce « n'étoit que là qu'il se trouvoit à l'abri et à son « aise; c'est ce qui le faisoit paroître sauvage, et ft qui le faisoit craindre pour l'avenir, tandis qu'en « butte à son père, peut-être alors au Roi même , a contraint d'ailleurs par sa vertu ; en butte à uue «cabale audacieuse, ennemie, intéressée à Têtre ; « enfin en butte au monde en général, comme « monde , il menoit une vie d'autant plus obscure,

LIVBB SEPTIÈME. aOQ

a qu elle étok nécessaireineat plus éclairée , et d'auff tant plus cruelle , qu'il n'en envisageoit point de

« fin

€c Mais tout à coup la mort d'un père presque « ennemi /dont il prenoit la place, dissipe une in- « solente cabale, tient le monde en respect , en at- « tention, en e^ipressement ; les personnages les plus «c opposés, en air de servitude; ce même gros de. la « cour, en soumission et en crainte ; l'enjoué et Je « frivole, partie non médiocre d'une grande poui*, « à ses pieds , par ^on épouse ; et on vit ce prince « timide , sauvage , concentré , cette vertu précise , « ce savoir déplacé, cet hotnm^ engoncé , étranger a dans sa maison, contraint de tout, embarrassé ff partout ; on le vit, dis-je, se montrer par degrés, c se déployer peu à peu , se donner au monde avec ff mesure, y être libre, majestueux, gai, agréable; ff tenir le salon de Marly dans des temps coupés, c présider au cercle rassemblé autour de lui, comme a la divinité du temple qui sent et qui, reçoit avec a bonté les hommages des mortels auxquels elle est»

« iiE^couturaée Une* coi^versation aisée , mais

« instructive et adressée avec choix et justesse , « charma le sage courtisan, et fit admirer aux autres. « Des morceaux d'histoire convenables amenés sans « art, des occasions naturelles, des applications dé-' « sirables, mais toujours discrètes, et simplement «présentées sans les faire; des traits échappés de T. IV. 14

âlO HISTOIRB DB FÉITELON.

IX science ) mais rarement ^ et comme involontai- « rement^ firent tout à la fois ouvrir les yeux, les

« oreilles et les cœurs La soif de faire sa cour

« eut) en plusieurs, moins de part à l'empressen ment de l'environner dès qu'il paroîœoit, que de <t rehtendre^ et d'y puiser une instruction délicieuse « par l'agrément et la douceur d'une éloquence na-

«turelle, qui n'avoit rien de recherché On

<T goûtôit d*avance la consolation, si nécessaire et a si désirée, de servir Un maître futur, si capable de «t l'être par son fonds , et par l'usage qu'il montroit K qu'il sauroit en faire.

« GracieuK partout, plein d'attention au rang, à « la naissance, à l'âge, à l'acquit de chacun , choses « depuis si longtemps honnies et confondues avec « le plus vil peuple de la cour; régulier à rendre à « chacune de ces choses ce qui leur étoit dû de po- « litesse , et ce qui s'y en pouvoit ajouter avec di- « gnité; grave , mais sans rides , et en même temps «t gai et aisé ; il est incroyable avec quelle étonnante « rapidité l'admiration de l'esprit, l'estime du sens, « l'amour du cœur, et toutes les espérances furent «c entraînées ; avec quelle roideur les fausses idées «t qu'on s'en étoit faites et voulu faire, furent pré^ « cipitées , et quel fut l'empressement et l'impétueux « tourbillon du changement qui se fit généralement ir à son égard. La joie publique Bt qu'on ne s'en « pouvoit taire , et qu*oii se demandoit les uns aux

LJVAB SKt»Tl£M£.' 211

« autres, si c'étoit bien là le même homtue, et si « ce qu'on Toyoit ëtoit songe ou réalité. »

La duchesse de Bourgogne n'ëtoit pas aussi portée que son mari pour les ducs de Beauvilliers et de Cbevreuse : « elle leur ëtoit même opposée d'incli- « nation et de conduite ; et elle ëtoit entretenue tt dans cette prévention par madame de Maintenons « Leur vertu , austère au gré de la jeune princesse , « parce qu'elle n'en connoissoit que Tëcorce , lui ff faisoit peur par leur influence sur le Dauphin ; et elle les craignoit encore plus directement par un «t endroit plus délicat^ qui ëtoit celui-là même qui « ht de voit attacher véritablement à eux , si avec a tout son esprit , elle eût su discerner les ef- « fets de la vraie piété , de la vraie vertu , de la «vraie sagesse, qui sont d'étouffer et de cacher rt avec le plus grand soin et les plus extrênies préce cautions 9 tout ce qui peut altérer la paix et la

(T tmnquillité du mariage J'ai souvent observé,

tf ajoute le duc de Saint-Simon , combien les deux ff ducs étoient constamment attentifs à ne laisser rien « arriver jusqu'à M. le duc de Bourgogne, de tout a ce qui auroit pu l'alarmer sur un sujet si délice cat Ainsi la jeune princesse trembloit des avis

V fâcheux, du lieu même de sa plus entière sûreté. »

L'admirable conduite du jeune prince porta louUxiv Louis XIV à déroger tout à coup à son caractère, lassoacaugou

^ ... vernement

à l'infle&ibilité de ses maximes politiques , à cette

212 HISTOIRE DE FENKLON.

jalousie du pouvoir suprême , confirmée par uae habitude de cinquante ans. « Toute la cour fut « étrangement surprise (i), de ce que le Roi, ayant ce i*etenu un matin le nouveau Dauphin seul dans « son cabinet assez longtemps, ordonna le même tt jour il ses ministres d'aller travailler chez le jeune a prince, toutes les fois qu'il les manderoit ; et sans ce être mandés encore, de lui aller rendre compte « de toutes les affaires, dont, une fois pour toutes, (c ri leur auroit ordonne de le faire.

ce II n'est pas aisé de rendre le mouvement prodi- « gieux que fit à la cour un ordre si directement « opposé au goût, à l'esprit, aux maximes, à l'usage « du Roi, si constant jusqu'alors; qui par cela même « marquoit une confiance pour le Dauphin, qui i( n'alloit à rien moins qu'à lui remettre tacitement « une grande partie de la disposition des affaires. « Ce fut un coup de foudre pour les ministres, dont ff ils se trouvèrent tellement étourdis, qu'ils #i'en ce purent cacher l'étonnement , ni le découcertecc ment. . • Quelle chute pour de tels hommes, que c( d'avoir à compter sur tout, avec un prince qui ce n'avoit plus rien entre lui et le trône; qui étoit «c capable, laborieux, éclairé, avec un esprit juste, « supérieur; qui avoit acquis sur un grand fonds « fait depuis qu'il étoit admis dans le conseil , h qui

( 1 ) Mémoirci rie Mnl^SîMon , t. XVII , p. 1 93 , elc.

LIVIIK SKPTfKMJ*. ai3

«r rien ne manquoit pour les éclairer ; qui , avec ces ff qualités, avoit le cœur bon , étoit juste, aimoit « Tordre ; qui avoit du discernement, de Fattention, «c de l'application a. suivre et à démêler; qui savoit « tourner et approfondir ; qui ne se payoit que de tf choses, et point de langage; qui vouloit déteraii- « nément le bien pour le bien; qui pesoit tout au « poids de sa conscience; qui, par un accès facile « et une curiosité estimable, voudroit être instruit n de tout; qui sauroit comparer et apprécier les « choses, se déKer et se conBer à propos, par un « juste discernement! d Tel étoit, et tel apparut tout à coup rélève de Fénelon.

Nous avons cru nécessaii*e de rapporter ce long fragment des Mémoires de Saint-Simon; il a été écrit par un témoin oculaire, par un observateur attentif et instruit ; il a été écrit après la mort du jeune prince, et dans un temps où Tintéret et la flatterie n ont aucune part au sentiment qui l'a dicté. Il sert à expliquer les jugements contradictoires qu'on a portés sur le duc de Bourgogne, à des époques différentes; il devoit naturellement entrer dans la vie de Fénelon, puisque Fénelon avoit consacré sa vie à préparer h la France un tel Boi ; il montre enfin que le duc de Bourgogne étoit digue de concevoir et d'exécuter les plans de gouvernement que Fénelon lui proposa, et que nous ferons bientôt connoître.

21 4 HISTOIRE J>£ FENELON..

CoDseiis de Fé- Au8silât que Féoeloa fut instruit de la mort du neion au nou- premier Ûauphio, et de rélévation prématurée où

veau Dauphin; "^ ^ i> • i • i j

résultat de ces c^tte espèce d'assoclatiou à 1 empire plaçoit le dup conseils. jg Boupgogne, il crut devqir lui adresser des conseils conformes à ses aouvelles destinées. Ce n'est plus /tfentor, dont la voix douce et paternelle apprend au jeune Télémaque à régner sur les rochers sauvages de la petite île d'Ithaque; c'est un pontife, arm^ de la puissance et de la majesté de la religion, qui vient révéler, au nom du ciel, à l'héritier d'un grand empire, les devoirs redoutables qui lui sont imposés. Tandis que des courtisans adulateurs et des ministres tremblants ne parlent au duc de Bourgogne que de sa puissance et de Téclat du rang suprême, Fénelon, dans ses leçons augustes et sévères, ne lui retrace que de grands dangers et de grandes obligations. Telle est Tespèce d'impression solennelle et religieuse qu'on éprouve, en lisant la lettre que Fénelon adresse au duc de Beauvilliers , pour être • mise sous les yeux du nouveau Dauphin.

a Dieu vient de frapper un grand coup ( i ) ; mais a sa main est souvent miséricordieuse, jusque dans a ses coups les plus rigoureux. Nous avons prié dès ce la premier jour ; nous prierons encore. La mort a est une grâce, en ce qu'elle est la fin de toutes ce les tentations : elle épargne la plus redoutable

(i) Corresp, de Fénelon y t. î*', p. 45a.

LlVaS SBFTiilfKt ai 5

c tfQtatîoQ d'iei-baa, quand ello enlève un prtnce a avant qu'il règne. Ce spectacle affligeant est donpë « au monde, pour montrer aux hommes éblouisi eom» « bien les princes, qui sont si grands en apparenoe^ « sont petits en réalité. Heureux ceux qui, CQmme c saint Louis, n'ont jamais fait usage de Tautorité c pour flaUer leur amour^propre, et qui Toqt ré- « gardée comme un dépôt qui leur est eonflé pour « le seul bien des peuples ! • . • H est temps de se a faire aimer ^ craindre^ estimer^ Il faut de plus « en plus tâcher de plaire au Roi, de s'insinuer, de « lui faire sentir un attachement sans bornes^ de a le ménager, et de le soulager par des assiduités « et des complaisances convenables. Il faut devenir « le conseil de Sa Majesté, le père des peuples , la c consolation des affligés, la ressource du pauvre , « l'appui de la nation, le défenseur de TÉglise, c l'ennemi de toute nouveauté. Il faut écarter les « flatteurs, s'en défier ; distinguer le mérite , le cher-» « cher, le prévenir, apprendre à le mettre en œuvre; a écouter tout, ne croire rien sans preuve, et se « rendre supérieur à tous, puisqu'on est au*dessus c de tous. Celui qui fit passer David de la houlette c au sceptre de roi, donnera une bouche et une « sagesse à laquelle personne ne pourra résister ^ a pourvu qu'on soit simple , recueilli , défiant de «c soi-même, confiant en Dieu seul. Il faut vouloir it être le pèrcy et non le maître. Une faut pas que

ai6 HISTOIRE DE F^NELOIC.

a tout soit à un seul; mais un seul doit être à « tous y pour faire leur bonheur. »

On peut bien croire que Fénelon n'apprit pas sans la plus douce satisfaction les succès du duc de Bourgogne à la cour et dans le public, Fespèce d'autorité que sa sage conduite lui donnoit déjà dans le gouvernement et dans l'opinion, et le retour subit de tous les cœurs et de tous les esprits en sa faveur. Il porta son attention à diriger tous ses pas dans cette nouvelle carrière, qui ofTroit de grandes difHcultës à coté de grandes facilités. Dans Timpossibilité d'entretenir directement avec le jeune prince une correspondance habituelle, dans un moment oïl il étoit sans doute plus surveillé que jamais, et oii Louis XIV n'auroit point pardonné à son pctit-BIs de s'abandonner aux inspirations de son ancien précepteur, Fénelon se servoit du duc de Chevreuse, comme de l'intermédiaire le plus utile et le plus naturel, pour faire arriver jusqu'au nouveau Dauphin ses conseils, ses leçons et ses vœux, é

a II y avoit déjà des années, dit Saint-Simon (i), ce que le duc de Beauvilliers avoit initié le duc de « Chevreuse auprès du Dauphin, et qu'il l'avoit « accoutumé à le considérer comme une seule chose CE avec lui. I^e liant naturel et la douceur de l'esprit

(i) Mémoiretfhfiftc fie Saint-Simon f t. XV 11^ p. 187, elc«

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« de Chevreuse/ son savoir, et sa manière de savoir « et de s'expliquer, ses vues fleuries, quoique sujettes « a se perdre, furent des qualités faites exprès pour « plaire à ce jeune prince, avec lequel il gvoit sou- «c vent de longs téte-à-t^te, et qui le mirent si avant c dans sa confiance, que M. de Beauviliiers s'en « servit souvent pour des choses qu'il crut plus h « propos de faire présenter par son beau-frère, que « par lui-même. Comme ils n'étoient qu'un, tout « marchoit en eux par le même esprit , couloit des cr mêmes principes, tendoit au même but, et se réc féroit entre eux deux; en sorte que ce prince K avoit un seul conducteur en deux différentes per- « sonnes, et qu'il avoit pris beaucoup de goût et « de confiance au duc de Chevreuse, qui depuis « longtemps étoit bien reçu à lui dire tout ce qu'il a pensoit de lui , et ce qu'il désiroit sur sa conff duite, et toujours avec des intermèdes d'histoire, a de science et de piété. »

D'ailleurs, le caractère du duc de Beauviliiers étoit naturellement plus froid, plus circonspect et plus réservé que celui du duc de Chevreuse; il aimoit mieux attendre la confiance de son élève que la prévenir; et le jeune prince, toujours assuré de trouver dans la tendresse de son ancien gouverneur les conseils les plus désintéressés, et les consolations les plus pures, venoit entretenir sans cesse auprès de lui cet amour de la vertu et du bien public, que ses

ai 8 HISTOIllB D|! F^KfiLON.

instituteurs avoient allumé dana son cœur comme le feu sacré, symbole du salut de la patrie.

a On peut dire de ces deux beaux-frères (i), qu'ils a Q^ëtoient qu'une âme, et que M* de Cambrai en c était la vie et le mouvement. Leur abandon pour a lui étoit sans bornes ; leur commerce secret étoit a continuel ; il étoit sans cesse consulté sur grandes a et sur petites cboses, publiques, politiques, do^ a mestiques. Leur conscience de plus étoit entre ses a mains; le jeune prince ne l'ignora pas; et je me a suis toujours persuadé que lui-même le consultoit a par eux , et que c'étoit par eux que s'entreteuoit <c cette amitié, cette estime, cette confiance si liante « et si connue qu'il eut toujours pour Fénelon. Il tf comptoit les entendre tous trois quand il écoutoit « Tun d'eux. »

Ce cpncert si parfaitement établi, dont aucune cour n'a peut-être offert un second exemple, donnoit au duc de Chevreuse la facilité de voir à chaque instant le nouveau Dauphin, et de lui communiquer toutes les lettres de l'arcbevéque de Cambrai , sans inconvénient , sans danger, sans alarmer l'esprit ombrageux du Roi et de madame de Maintenon, et sans offrir aucun prétexte à la jalousie des ministres.

Le duc de Saint-Simon nous a peint l'admirable

(i) Mémoires du due de Saint-Simon , t. XYIIIi p, ai 7,

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