‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 83 sur 157 · LIVRE sEPTiÈiME. agS · texte numérisé non relu

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a sera regardée par là comme très-flëtrissante. En «t ce cas, soa intérêt est qu'on fasse une recherche a OÙ Ton succombe. Alors , il reviendra, après la « mort du Roi, contre cette exclusion flétrissante et ff calomnieuse. Il n'en faut pas tant, quand on est le a plus fort, pour renverser ce qui paroît odieux et a îrrégulier.

« Dans la recherche, on ne pourroit guère décou-

a vrir le crime de N sans trouver que sa fille

CI a été complice de son action ; en ce cas, que feroittf on d'elle? Elle peut devenir reine; sa condamnatt tion pourroit mettre le duc de Berri, devenu roi, ff hors d'état d'avoir jamais des enfants.

« Si le jeune prince venoit à manquer après un « éclat si horrible, le roi d'Espagne voudroit revenir « en France, pourmonter sur le trône; et les £spa- « gnols pourroient bien refuser de recevoir en sa a place M. le duc de Berri, gouverné par cette fille a et par ce bes[u-père qui leur est si odieux.

a En ce cas, il y auroit facilement une guerre enoc tre les deux frères. Le roi d'Espagne, suivant les « conseils de la reine son épouse et de la nation es* (f pagnole, soutiendroit que la renonciation de feu n Monseigneur, et de feu M. le Dauphin, étoit aussi c nulle que celle de la reine Marie-Thérèse d'Espace gne. Ils voudroient réunir les deux monarchies, a pour ne tomber pas dans des mains si odieuses et « si diffamées.

a Alalgré toutes ces raisons, (}e ne point faire « une recherche avec éclat, je voucjrois qu'on en « fit une très-secrète pour assurer la vie du Roi et « (lu jeune prince, supposé qu'on trouvé des ipdices a qui méritent ce): approfondissemeqt. Mais le secret « est également difficile, et absolument nécessaire.

'f Nepourroit-on point examiner, en grand secret, « le chimiste de ce priijce, et voir le détail des dro- « gueè qu'il a composées? Il faudroit en prendre , (c et en faire des expérieaces sur des criminels cpn- « dampés à mort.

ce 3i par malheur le prince est coupable , et s'il a voit qu'on ne veut rien approfondir, que n'osera- (c t-il poiat entreprendre ? »

Ce Mépioire de Fénelon ne fait que trop connQÎti*e

jusqu'à quel pojnt l'opinion puhlique étoit déclarée

pppfre le duc d'Orléans.

Sage réserve Quelle devoit être la douloureuse perplexité dp

de Louis XIV, L^^jg. xiy au récit de tant d'horreurs ? hes cris de

à l'égard ,

de CCS soupçons. H^dignation poppl^ire avoient retenti jijsquà son

trône; toutes les accusations étoient sous ses yeux; les rapports des médecins auxquels il se confioil: le pluS| attestoient le crime; et toutes les bouches nommoi^i^t le coupable. Quelle situation pour un Roi si longtemps heureux? Il se voyoit seul, dans son palais désert et abandonné; la nombreuse postérité dont il s'étoit vu environné avoit disparu; et la solitude dp ses vastes appartements n'étoit plus animée que par

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laprésepced'un foible enfant, luttwt contre la mort. A peine arrêtoit-il en ce moment sa pensée sur Texi^ teope insignifiante du duc de Berri; un pareil appui ne poUYoit ni assurer sa couronne, ni consoler son cœur. A ces images de mort et de deuil, à la crise alarmante où se trouvoit la France au dedans et au dehors, à toutes les incertitudes, non moins cruelles, d un avenir prochain, se joignoit la profonde émotion d'une âme qui n'ose ni croire, ni douter, ni pardonner, ni punir. Ce Roi si noble, si honnête, dont les sentiments étoient si généreux et si délicats, étoit condamné à n'entendre parler que de poisons et d'infamies) et c'étoit un prince même de son sang, le mari de s^ fille, et sa petite-fille, qu'on lui dénonçoit comme les auteurs de tant d'attentats.

Jamais peut-être Louis XIY n'a mieux montré la giandeur de son caractère, que dans ces affreux moments; seul , il opposa la conviction de son âme vertueuse aux injustes clameurs de la calomnie; il ne put croire sou sang souillé de tant de crimes. Il jugea mieux son neveu, que ne Ta voient jugé la cour, Paris et la France entière. Louis XIY, qui d'un seul trait avoit peint avec tant de justesse et d'énergie le duc d'Orléans, en l'appelant un fanfaron de crimes j sentit qu'il étoit plus fait pour les imaginer que pour les commettre. En se refusant à le croire coupable, il ne voulut pas même paroitre le soupçonner; il ne changea rien à son accueil et à ses bontés pour lui.

Sur le projet UNiii CoDwil de régence ;

diflîculléi de «on

exécution.

agG HISTOIRE de fénelon.

en présence de sa cour, ni dans Tintérieur de sa société. Son exemple avertit la cour de se taire, et détrompa la prévention populaire. La postérité équitable a confirmé le jugement de Louis XIV, seul contre tous ses contemporains.

On voit, par les Mémoires dont nous venons de rendre compte, que le principal expédient proposé par Fénelon, pour prévenir les troubles de la minorité, pour suppléer à l'incapacité du duc de Berri, et pour mettre un frein à l'audace du duc d'Orléans, étoit la formation d'un Conseil de régence; mais ce Conseil n'auroit pu atteindre l'objet qu'on se proposoit, qu autant qu'il auroit été mis en activité par IjOuîs XIV lui-même, et déjà en possession des rênes du gouvernement, au moment où ce monarque auroit eu les yeux fermés.

Il est impossible de savoir si cette barrière , plus ou moins solidement établie, eût été assez forte, pour garantir un pouvoir précaire et passager contre les invasions d'un prince aussi audacieux que le duc d'Orléans.

Il est permis de présumer que la longue obéissance dont la nation avoit contracté l'habitude, les principes de soumission dans lesquels tous les ordres de la magistrature étoient nourris et entretenus depuis soixante ans, le caractère de réserve et de modération qui formoit l'esprit du clergé, les préventions mêmes du public contre les mœurs et la licence du

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