‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 12 sur 111 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

« autn», vous ne pouvez jamais t'êti-e pour moi ; « mais, par malheur, vous ne le sauriez être pour a persoûne; et tout ce qui vous r^ardera, lèra né- « cessairemeot grand bruit. Ce serait trap, pour iiu a homme de votre rang, d'être le moins du monde « soup^nné en ce qui regarde les sentiments : que <c seroit-ce donc, s'il arrivoit quelque chose de pis ? « et pouvez-vous user de trop de précaution pour «t ne vous y pas exposer? Je vous proteste avec « respect et avec douleur , Monseigneur, que je « n'écris ceci, ni pai- aucun entêtement particulier, « ni par l'instigation de qui que ce soit. Personne « sous le ciel ne sait que j'ai l'honneur de* vous a écrire, ni la manière dont je le fais. Personne ne « m'a prévenu ; personne ne m'a animé; personne « ne croit que je pense à prendre, ni que j'ose < prendre la liberté que je prends. Je n'ai pour « confidents, que quelques moments de la nuit. Je « n'ai nul motif, que d'épancher sincèrement et res- « pectueusement mon çceur dans celui d'un prélat

■ estimé par lui-même, et aimé de tout le monde;

■ et qui, tout grand qu'il est, a daigné jusqu'à pré- I sent s'abaisser souvent jusqu'à me donner des B marques de son amitié, que je respecte autant M qu'elle m'honore. Je ne veux, nullement ni'éri- N ger en censeur, ni en juge- Je n'ai nul dessein a que cette lettre, que j'écris à la hâte dans les té- « nèbi^es, et dont je ne l'etiens nulle copie, soit

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a jamais vue d'autre que de vous seul. Ce n'est u poiot UD esprit cntique qui conduit nu main ; « c'est un cœur qui vous est parfaitement dévoué, « «t qui gémit chaque jour devant Dieu, dans i'ata tente de tout ce qui peut arriver. Il me semble « que je n'ai rien laissé volontairement échapper « dans le style, qui blesse le moins du monde la « profonde vénération que j'ai pour vous, Mon- ■< seigneur. Si vous en jugez autrement, je vous « réponds de la droiture de ma volonté, et je vous « demande pardon de ma faute, si vcuseu trouvez H quelqu'une dans la démarche secrète de votre très- « humble, etc. »

1 Fénelon dut être d'autant plus vivement affecté, à la lecture de cette lettre, qu'il ne pyt s'empêcher d'y reconnoître l'expression trop fidèle de la Yoix publique. Sa réponse peint tout k la fois la profonde émotion qu'un pareil langage devoit naturellement lui causer, et la disposition sincère où il étoit dès lors de soumettre sans réserve sa doctrina et ses itentimenta à la décision de l'Église (i).

(i) Le cardinal deBansiet supposoit, en oct endroit, que la répoDse de Féuekin à l'abbé Briaacier ne s'étoit pas conservée. Nom croyoos t]u'il a été induit eo erreur, par une fausse date de la lettre de l'abbé Brisacîer; car le contenu de celle de Fénelon que nous allons citer, montre clairement qu'elle renferma la réponn à la lettre de l'abbé Brisatàat qu'on vient d» lire. (£niT.)

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a: Je VOUS luii sensiblement obligé, Moiuieur, de

■ la sagesse et de la bonté avec laquelle tous ms « faites l'honueur de m'écrire. C'est la marque U 1 plus solide et la plus touchante d'une véritable « amitié pour moi, et d'un saint zèle pour l'Église. « Mais permettes-moi de vous dire, que les gêna qui

■ vous parlent sont bien nouveaux dans cette af* K faire. N'ont-iis point lu les trente-quatre proposic tioDS que j'ai arrêtées avec Messeigneurs de Pa-

■ ris et de Meaux, et M. Tronson ? Ces propositions « les ont-elles scandalisés dans le temps ? ou bien « ont-ils approuvé, sous le nom de ces prélats, ce a qu'ils condamnent sous le mien ? Vous pouvez a lire, Monsieur, mon article dixième (i) qui bit « tant de bruit, avec la trente-troisième propo^-

■ lion des évéques; vous trouverez que je veux seu- (t lement, qu'on laisse faire à une âme, dans le cas a extrême d'une persuasion imaginaire et invincible, « ce que les évéques veulent qu'on inspire aux « âmes peinées. Dieu voit et jugera ceux qui ont K deux poids et deux mesures. Tout mou s^time « ae réduit à un point simple et indivisible ; c'est « celui de l'amour désintéressé. La tradition de

■ tous les Pères est évidente là-dessus : les écoles « mêmes ont fait prévaloir partout ce sentiment. « Les saints canonisés sur l'examen de leurs écrits,

(i)F«iieioD ptrlfl ici de l'article io« du Iin'9<lMJU(uwi<f>

ÇÉDIT.)

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V sont remplis de cette doctrine. Les deur prélats a l'ont décidée, dans leur cinquième et dans leur a trente-troisième proposition. le n'ai écrit que de « coacertavecM. l'archevêque de Paris et M. Troncc son, qui ont examine mon ouvrage, et qui m'ont « donné toutes leurs remarques, sur la manière de « rendre mes termes plus précautionnés. M. Pirot « a fait ensuite le même examen, et n'a pas trouvé a ombre de difficulté. I-e P. de Valois, plusieurs a autres Jésuites, et plusieurs docteurs de Sorbonne « très-opposés au quiétisme, ont pensé de même. « Veut-on traiter d'hérétique, l'amour désintéressé? a peut-on dire que j'avance rien au delà ? Y a-t-il « pci-sonne qui ait condamné plus précisément et « plus rigoureusement toutes les erreurs que l'on V craint? Qu'on m'en marque une précise que j'aie a épargnée, ou sur laquelle j'ùe laissé quelque a équivoque. Pour les discour's vagues, et pour les « frayeurs du public, je ne sauroi.s les empêcher, o Vous n'avez qu'à demander, Monsieur, à M. l'ar- « chevêque de Paris, et même à M. de Meaux, si a le commun des théologiens de l'École sont bien « en état de juger d'une matière si délicate. J'offre a de montrer, dans mon livre, des précautions déu cuives et évidentes contre tous les excès sur les- « queb ils s'effarouchent sans approfondir. Pour- « quoi me blâmer d'écrire sur cette matière, penilant a qu'on loue les autres de le faire, puisque je le

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