LIVRE TROISIJÏHE. 6l
partie de la cour et du clei^. Il y a d'ailleurs une observation géoërale à faire, sur tous les mémoires écrits à cette époque. Les malheureuses divisions qui existoient au sujet des affaires de la religion^ toujours mêlées alors aux affaires du gouveroemeut, avoient partagé presque tous les hommes de mérite eu deux classes, les élèves des Jésuites , et ceux de Port-Royal. Les amis et les ennemis de ces deux écoles, ceux même d'entre eux qui serendoieut mutuellement justice sur tout ce qui appartient à la vertu et à l'honneur, n'étoient pas toujours exempts de cette sorte de prévention qu'on puise nécessairement à l'école de ses premiers instituteurs. L'cducation du chancelier d'Aguesseau étoit l'ouvrage des amis de Port-Royal ; et Féneton devoit la sienne à Saint -Sulpice , plus attaché aux Jésuites. A cette époque, les principes de l'instruction qu'on avoit reçue dans sa jeunesse, décidoient assez ordinairement l'opinion à laquelle on se conformoit le reste de sa vie, sur les questions théologiques ; et malheureusement tes opinions sur les personnes prenoient la teinte des opinions sur la docIriDe, On est assez di^KMé à être sévère pour ceux qui ne pensent pas comme nous , et indulgent pour ceux qui professent nos principes (i).
(■} Vorei, an n. IX des Piècet justifieatnes de ce lU* livre, les Jugements de quelques personnages célèbres sur la eontroperse da quiétiime. Nous renvoyons Jice numéro quelques
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6a HISTOIRE DE FËHELOK.
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tnqoiéiudei Nous aurOQs plus d'une occasioD de reconnoitre do unit de ^ justesse de cette observation, dans la suite de
FéDdOD,BUIUJ«t ,„..,„,,
dewnliTn. Itustoire de FéneloQ. Cependant on doit convenir, que parmi les nombreuses réclamations qui s'élevèrent, dès le premier moment, contre son livre des Maximes des Saints, plusieurs ne parurent tenir à aucun esprit de parti. Ses amia les plus chers et les plus estimables, ceux même qui pensoient comme lui sur d'autres points, oe craignirent pas de lui montrer avec sincérité leur chagrin et leur douleur, sur une doctrine quialloit l'exposer aux plus violentes contradictions. Nous avons une lettre de l'abbé Brisacier à Fénelon lui-même, où la vertu, la vérité, la simplicité, le respect, i'amour et la douleur s'expriment dans le langage le plus touchant (i). <f Je ne me console pas, Monseigneur, de tout ce « que j'entends dire tous les jours à toutes sortes a de gens, de toutes sortes d'états, contre un ouït vrage qui porte votre nom, et qui, dès que j'en
détails que le cardinal de Baussct donnoit ici en note, sur le vif intérêt qu« le célèbre La Bruyère prit à la voDiroverse du quiétisme. (Édit.)
(i) Le çardioal de Baussét donne A cette leure la date du a8 férrier, qu'on a également suivie dans la Corretp. de Fénelon, t. VU, p. 379, Il paroîl que c'est une erreur; car la lettre de Fénelon , que nous rapporterons un peu plus bas (n, aS) , et qui porte la date du a4 février, paroît être la réponse à celle de l'abbé Brisacier: celle-ci doit donc être «at^urt BU a& février. {Èaii.)
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UnUB TBOISlàHJS. fô
c sus le titre et le dessein , aussi bieo que la nuit DÎère dont il avoit été rendu public, me jeta sur- « le-champ, par l'attachement sincère que je vous «ai voué, dans une extrême " consternation ; préjt voyant bien dès lors les dangereuses suites oii ce m livre alloit vous exposer, indépendamment même « de l'examen des critiques, sur la doctrine qu'il < peut contenir. Ma frayeur n'a point été vaine; a je vois chaque jour ce que j'avois appréhendé. a Comme j'ai passé jusqu'ici pour un de vos plus « fidèles serviteurs, et qu'on m'a vu, avant la pum blicatioD de votre livre, vous défendre de bonne
* foi, sur les soupçons qui se répandoient contre K vous. Monseigneur; bien des gens croient être en « droit de me demander comment vous avez pu « vous résoudre à écrire sur un sujet si délicat , el « comment vos plus intimes amis ne vous en ont pas « détourné. Ou prend plaisir à me dire une infinité •t de choses, sur lesquelles j'ai fait moi-même de
* fâcheuses réflexions ; et on me rapporte de toute
■ part, sans ce que je vois de mes yeux, que les prélats « les moins suspects de préoccupation contre vous,
■ des ecclésiastiques très^ensés, des curés zélés, des m docteurs habiles, des supérieurs de communautés « séculières et régulières, des laïques très-reconunan- « dables et très-intelligents dans les matières spiri- « tuelles, quelque prévenus qu'ils aient été jusqu'ici « en votre Êtveur, ne peuvent s'empêcher de dire,
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64 HISTOIRE DE FÉNELOH.
« OU en secret , ou tout haut, que vous avez peu « de partisans dans cette affaire ; comme éri effet , « il est vrai qu'il ne se trouve presque personne « qui ose vous soutenir, ni dans la fonne, ni dans <f le fond. Vos meilleurs amis, sans vous le t moic gner, sont d^lés de vous voir engagé dans une ■ carrière, dont vous ne sauriez sortir avec un ente tier agrément, et où certainement vous n'aviez « nulle obligation d'entrer pour la gloire de Dieu , V qui en souffrira. Tel est, Monseigneur, le jugeai ment anticipé du public, que je recueille, malgré a moi, de toutes les bouches, à chaque pas que je « fais. Des gens dignes de foi, qui ont été à la cour, o m'assurent qu'on y est aussi révolté qu'à Paris, 0 quoiqu'on garde encore quelques mesures de res- « pect , en ne s'expliquant qu'à demi et avec peu d d'éclat. 11 est visible qu'il y a peu de chemin à « faire encore pour éclater tout à fait; ce qu'on ne « pourroit assez déplorer, pour toutes sortes de « raisons, et surtout à cause des grandes places que « vous occupez dans l'Église et dans l'État.
o Pour moi, Monseigneur, je n'eu parle qu'en « particulier, qu'à quelques amis intimes, dont la « plupart me préviennent, et qui ont l'honneur « d'être des vôtres. Us sont tous aussi alarmés que o je te suis; et leur juste inquiétude augmente la a mienne. Vous n'êtes pas un auteur indifférent, «Monseigneur; et quand vous le seriez pour les