LIVRE TltOISIÈHE
• ne puis finir cette lettre , sans vous demander le a secours de vos prières et celles de votre commua aauté. J'en ai besoin ; vous aimez rÉgltse ; Dieu « m'est témoin que je' ne veux avoir de vie que « pour elle , et que j'atuvis hoiTeur de moi , si je « croyois me compter pour quel<|ue chose en cette « occasion. Je serai toute ma vie , avec une vénëra- « tioa sincère , etc. »
Nous ne savons pas si l'abbé de Rancé répondit à fxtte lettre. Elle dut sans doute lui faire regretter de s'être exprimé avec tant de sévérité, sur les sentiments d'un évêque, qui lui témoignoit tant d'estime et de douceur. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'on n'entendit plus prononcer le nom du réfoiinateur de la Trappe, dans la suite de celte controverse. Il vécut encore assez pour la voir terminée par une décision lassuranle pour l'Église , honorable pour Bossuet, et que la soumission de Eéaelon rendit glorieuse pour lui-même.
Dans le temps même où l'arclievêque de Cambrai iMeadia se voyoit entraîué , malgré lui , dans ces affligeantes j-p^Z^ discussions, un malheur d'un genre bien dîfTéi'ent, FinieriSg?. mais qui auroit pu affecter vivement tout autre que Fénelon , vint se réunir aux orages qui s'élevoient autour de lui , et qui prenoient chaque jour un caractère plus menaçant. Vers la fin du mois de février 1697, le feu connima, en quelques heui'es, son palais de Cambrai, tous ses meubles, tousses
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yt} BISTOIRK 1)K PtoXLOV.
livrai, tousses papiers. Il en apprit la nouvelle, non avec una îndifTérence affectée, mais avec la douiKur et la sérénité habituelle de son âme (i). L'abbé de Langeron , instruit de cet événement, courut a Versailles pour en prévenir Fénelon; il le trouva, causant tranquillement avec ses amis; il crut qu'il ignorait encore ce malheur, et il voulut le lui apprendre avec une espèce de ménagement. « Je le savois, mon cher abbé, répondit Fénelon; a il vaut mieux que le feu ait pris à ma maison, qu'à « la chaumière d'un pauvre laboureur; i> et il reprit avec la même égalité la conversation que l'abbé de LangeroQ avoit interrompue (s). Mab ses amis, les
(i) oPIusieurssavants.ditcl'Aleinbert, qui ont eu, comme 1 ce vertueux préiat , le malheur de perdre leurs livras par 1 un accident semblable, n'out pas supporié cette perte avec Cl lemémecourage. Le célèbre Bartholin, dont la bibliothèque • fut brAlée avec tous ses papiers et d'autres manuscrits pré- « cieux , a fait un ouvrage intitulé , De £ibiioiheas incendia,
■ où il déplore son infortune. Antonius Urceus (surnommé <. Cadras), à (jui la même disgrâce arriva, pensa, dit-on, en - perdre l'esprit. 11 faut plaindre, sans tes condamner, ces n deux Httérnieurs; mais il faut louer Fènelon d'avoir mon-
■ tré plus de courage, et de l'avoir exprimé avec une sensi- " bilité si touchante, » (O'Alembert , Hisl. des membres de eÂcad-franij. 1787, t. m, p. 333.) [Note de l'auteur.)
(a) L'auteur des Mémoires pour servir à l'histoire de madame de Maintenon suppose que Fénelou reçut cette nouvelle, la méms jour que l'ordre du Roi qui la reléguoit dans wn dioo^ie, (T. m. p. i56-] Il M trgmpa t l'inoeudia dn palw»
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UTU TBOISliOU. 79
amis de la rttigion, des sciences et des lettres, éiplorèrent U perte d'un grand nombre de manuscnts intéressants , qui avotent servi de nutriiiaux à l'ëducation du duc de Bourgogne, ou qui «voient été le travail des plus belles années de sa vie. „^
Bossuet avoit publié son instruction sur les Bonnet publie
'III- ion Imlmelian
états aortuson , environ un mois après que le livre ,„ ^i iiau de FjéneloQ eut paru ; il l'avoit appuyée de Tappro- i^araiton; bation de l'archevêque de Paris et de l'évéque de ^^ ^ ouw«ge. Chartres, conçue dans les ternies les plus magnifiques ; Il mais on verra bientôt que ces deux prélats, en approuvant l'ouvrage , pour le fond et les principaux développements, ne prétendoient pas adopter indistinctement tous les principes que Bossuet y éooDçoit, sur quelques points très-importants, et particulièrement sur la nature rie la charité {\). \\ ^ Celte Instruction, qui avoit coûté à l'évéque de
de Cambrai arriva au mois <le février 1697, et Féoeltiu nq reçut l'ordre de quitter la cour, qu'au mois d'aoàt suivant. {Corresp.de Fénelon, l.Yll, p. 379et533.) {Note de l'auteur.)
(i) Les éloges donnés à cet ouvrage par le cardinal de Bausaet, dam les édition! précédentes de cette Histoire, aussi bien que inti celle de Sotsuet {[ivre "X. , u. i3j, doivent <tre modifiés par les détails que nous avons donné» sur ce &ujet, dans l'/TiV/, liuér. de Fénelon,\l' partie, p. 2aa,etc., aSg.etc.
Nous avons remarqué ailleurs , que cette partie de notre travail avait été expressément approuvée par ]e cardinal de Bausset, depuis la publication de ses deux Bùloires. (VoyeE la Pràjoee de cette nouvelle édition.) (Ëdit.)
SO HI&TOIRE DE F^HELON.
Meaux dix-huit mois de travail, n'étoit, dans son idée, qae la première partie d'un ouvrage beaucoup plus étendu , qui devoit ffl:pUquer à fond la tliëorie et la pratique de la théologie mystique. L'ouvrage entier devoit être divisé en cinq parties, dont la première devoit être entièrement consacrée à la réfutation des principes de la nouvelle mysticité, et les suivantes à établir les principes de la véritable spiritualité (i).
1 A considérer la chose en elle-même , pwt-ètre eût-il été plus naturel de commencer par établir les vrais principes de la théologie mystique , avant d'exposer et de réfuter les- erreurs de la nouvelle spiritualité , aussi longuement que le fait Bossuet , dans l'ouvrage qu'il a publié. Tel étoit du moins le sentiment de Fénelou, dans une lettre à Bossuet, du 9 février 1697, où il s'étonne que l'évèque de Meaux ait abandonné cette marche, qui sembloit si naturelle. «Je comptois, dit Fénelon, que vous ne a manqueriez pas d'établir avant que de détruii-c, « et de prouver le vrai avant que de réfuter le « faux, parce que le faux ne se réfute bien que par « la [u^uve du vrai dans toute son étendue (i). » Bossuet pensoit au contraire, que, dans les conjonc-
(i) Instruft, sur les états ttoraison; Préface, 11. 9; et livre X, n. '.19. Voyez aussi le n. 1"' des Pières justifirativet de ee III' livre.
{a) Corivsp. de Fénelon, t. VII, p. 365.
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LITRE TROISIEHb. 8l
tures où l'oD se trouvoit, il ëtoit plus convenable et plus pressant, de commencer par la réfutation (tes erreurs dangereuses qui faisoient chaque jour de nouveaux progrès (i). Dans cette vue, il emploie son premier traité (ie seul qu'il ait publié) à exposer et à réfuter eu détail les erreurs des nouveaux mystiques. Il leur oppose l'autorité des saintes Écritures, la tradition constante de TË^Iise, la doctrine et la pratique des saints, particulièrement celle des plus célèbres mystiques, anciens et modernes , même de ceux que les faux mystiques învoquoient avec plus de confiaDce à l'appui de leurs sentiments. 11 s'applique surtout à expliquer la doctrine de saint François de Sales , de sainte Thérèse et de saint Jean de la Croix, sur tes points contestés, et à prévenir l'abus qu'on- pourroit faire de leur doctrine, en prenant à la rigueur quelques expressions moins exactes, qui ont pu leur échapper.
^ Les différentes parties de cette discussion donnent lieu à Bossuet de citer, en plusieurs endroits de son ouvrage, les écrits de Molinos, de Mataval, du P. Lacombe et de madame Guyon , aveœ une juste censure de leurs erreurs, qui sont présentées, non comme des erreurs innocentes et excusables,
( I ) Voyeai la Lettre de Bossuet h Cévéjue de Chartres, citée plus haut, p. 48. < . :
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deBouuet BOT U nature d« la datriU,
^2. HISTOIRE DE fiVELOK.
mais comme le résultat d'un système subversif de la religion , et très-bien lié dans toutes ses parties.
1 Od a vu plus haut, que cette dernière considération avoit paru a Fénelon, dès le principe, un motif suffisant, et même décisif, de refuser son approbation à l'ouvrage de Bos8uet([); mais la lecture attentive de cet ouvrage lui découvrit bientôt afx^s de nouveaux motifs de ce refos, tirés du fond même de la doctrine (a). Il est certain, en effet, que Bossuet renouveloit, dans son Instruction sur les états dorcdson, quelques opinions particulières qu'il avoit manifestées pendant les conférences dlssy, et que les représentations des autres commissaires l'avoient obligé à modifier dans les trentequatre articles (3). Il renouveloit surtout, de la manière la plus formelle, son aacieaoe opinion contre la doctrine du pur amour, généralement admise par les théologiens catholiques , et qui fait conâster l'acte de charité dans Vamour de Dieu pour lui-même, sans aucun rapport à notre béa-
(i) Voym, plus haut, p. «3 et a4.
(a) Voyea priocipalemenl, sur m sujet , l'ouvrage de Fénelon, VéritaUes oppositioru entre la doctrine de M.deMeaux et la mienne. [QSwret de Fénelon, t. V. — Hist. Un. de Fénelon, Impartie, p. a33,etc.)
(3} Voyez les déiaiU que nous avons donnés , plus haut* sur les eo^rence* dUsy, Uv. II, n. 4» et 43. — But, de Bossuet, t. ra, liv. X, n. 8, p. a?»» etc.
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UVRE TfiOISlàHE. 83
titude. Il attribuoit à saint Thomas, et odoptoit tui-même les propositions suivantes : « La charité I est l'amour de Dieu , en tant qu'il nous conunu-
■ nique la béatitude, en tant qu'il en est la cause,
■ le principe, l'objet, en tant qu'il est notre fin «dernière.... Ces en tant, que te saint docteur s répète sans cesse en cette matière, ajoutoit Bos- « suet , sont usités dans l'École pour expliquer a les raisons formelles et précises; en sorte que, « d'aimer Dieu comme nous communiquant sa béa- N titude, emporte nécessairement que la béatitude a communiquée est, dans l'acte de charité, une rai- ' son formelle d'aimer Dieu, et, par conséquent, « un motif dont l'exclusion ne peut être qu'une « illusion manifeste. C'est ce qui fait ajouter à ce « saint docteur, que si, par impossible. Dieu n'étoil « pas tout le bien de Fhomme, il ne lui serait pas
* la raison <ïaimer.... C'est donc une illusion, « d'ôter à l'amour de Dieu le motif de nous rendre « heureux; et c'est une contradiction manifeste de
■ dire, d'un côté, avec saint Thomas, qu'on doit
■ aimer Dieu , en tant qu'il nous communique la « béatitude, et de l'autre, exclure la béatitude d'eu-
* tre les motifs de l'amour, puisque la raison d'ai- « mer ne s'explique pas d'une autre sorte.... C'est <r le VŒU et la voix commune de toute la nature,... « qu'on veut être heureux, et qu'on ne peut pas ne « I« pu vouloir, ni s'arracher ca motif dans «
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84 HISTOIRE DE FilfELON.
n des actions que la raison peut produire; en sorte ce <{ue c'en est la fin dernière, ainsi qu'on le re- 39, a connoît dans toute l'École (i). » pposiiioii ^ Cette doctrine, comme nous l'avons déjà re- LedociriiM. "ifii'qué, étoit contraire à l'enseignement commun des écoles catholiques ; enseignement ({ue Bossuet , malgré toute sa répugnance, n'avoit pu s'empêcher de reconnoître et d'autoriser dans les articles (TIssj^, sur les représentations de Fénelon et des autres commissaires. Aussi l'évêque de Chartres, quelque opposé qu'il fût d'ailleurs au livre des Maximes, ne fit pas difticulté d'abandonner ouvertement, sur ce point, le sentiment de Bossuet, pour soutenir celui de Fénelon. a Si M. de Cambrai, disoit l'évê- « que de Chartres (2) dans sa Lettre pastor-ale du « 10 juin 1698, n'avoit voulu établir, sur cela, que R ce qu'un grand nombre de théologiens soutienu nent, en faisant consister le motif de la charité 0 en la bonté infinie de Dieu prise en elle-même , a et celui de l'espérance en cette même bonté rela- « tive à nous , comment aurions-nous pensé à lui « faire un crime d'une opinion si commune et si n orthodoxe?,.. On dispute en théologie pour savoir o si le motif de la récompense, autrement si la vue « de notre propre bonheur, fait partie du motif
fi) Instr. sur les étaU doraison, liv. X , d. ag. (al Leare pastorale de Cévéqae de Chartres contre le livre Ak& Maximes. I^CEavres de Fénelon, t.yn, p. iiSetiag.)
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