LIVRE TROIBIÈHK. l6l
« livre , que je o'aurols pas voulu épai^ner moi- « même en ce cas, mettre en pÀ-il les fondements de « la i-eligion . Ainsi TÉ^Iise auroit été édifiée, de voir « des prélats parfaitement unis, au milieu même de ( la diversité de leurs sentiments ; et la réponse du I Pape auroit fini tout ce différend. Quoi qu'il ar- « rive daasla décision, ma soumission fera connoître « les sentiments de mon cœur pour détester toute « erreur , et pour me soumettre h l'Église sans « restriction. La prévention où vous êtes, Monsei- < gneur, ne diminue en rien mon respect et mon
■ attlichement. »
Dans une seconde lettre, Féneton disoit à Tarchevêque de Paris : r Je vous avoue, Monseigneur, que « plus j'examine votre instruction pastorale, moins « je vous recoMiois dans ce style, oit vous ne me mé- « nagez en apparence, que pour donner un tour plus « modéré et plus persuasif aux plus terribles accusa-
• tioQS. Vous ne parlez presque jamais de moi; tt vous D*en parlez qu'en des termes honnêtes; mais c vous rapportez sans cesse quelques-unes de mes
■ paroles, pour les joindre, dans un même corps de « doctrine, avec ce qui paroît le plus propre à y exci- « ter l'indignation publique. Vous savez, Monsei~ « gneur, que rien n'est plus facile et moins concluant,
• en matière de dogme, que de faire ainsi un li^u K de passages détachés de divers auteurs, pour en ti- « rer toute» les conséquences les plus odieuses
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l6> UISTOI&E DK viHELOW.
« Vous dites. Monseigneur , tjfue le chnstianisme ■ rC est pas une école de métaphysiciens. Tous les a chrétiens, il est vrai, ne peuvent pas être des mé- « taphysiciens ; mais les principaux théologiens ont « uo grand besoin de l'être. C'est par uae sublime « métaphysique, que saint Augustin a remonté aux « premiers principes des vérités de la religion, contre « les païens et les hérétiques. C'est par la sublimité « de cette science , que saint Grégoire de Nazianze a a mérité par excellence le nom de théologien. C'est « par la métaphysique, que saint Anselme et saint a l'homas ont été, dans les derniers siècles, de u grandes lumières. »
Féaelon termine sa troisième lettre à l'archevêque de Pfu-LS, par le langage le plus touchant : u Pardonif nez. Monseigneur, tout ce que l'intérêt de la vé- ■I rite, et la nécessité de me justifier sur la pureté de « ma foi, m'ont obligé de remarquer sur votre Ino struction pastorale. Plût à Keu que nous pussions M dissiper les nuages qui ont altéré l'amitié dont « vous m'avez honoré si longtemps 1 du moins , ils « ne diminueront jamais la vénération et l'attoche- K ment que j'ai pour votre personne. Dieu, qui voit « le fond de mon cœur, m'est témoin, qu'en pensanl « autrement que vous, je ne laisse pas de vous rêvé- • rer, de déplorer amèrement cette division, et d'être « toujours avec le même respect. »
U La quatrième lettre est relative à uoe addition.
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LIVaX TROISIÈME. l63
que Taivlicvêque de Pam avoit faîte à son ItUtruction fKUtoraie, daus une nouvelle édition , publiée au mois de janvier i6g8. Cette addition avoit pour c^jet la nature de la c/iarité, qui ëtott ud des pnncipaux sujets de controverse entre Fénelon et ses adversaires, et sur laquelle l'archevêque de Paris adoptoît alors le seotimeot de Boasuet, dont il s'ëtoit montra fort ëloigné, comme on l'a vu , pendant les conférences d'Issy (i). Fénalon, dans sa quatrième lettre à M. de Nouilles, réduit à quelques propositions claires et précises le nouveau système de ce prélat, et lui oppose une suite de propositions, sur lesquelles il le prie de s'expliquer, afin qu'on puisse voir clairement le point précis de la difSculté qui iùt le sujet de leur ooatestation. Cette quatrième lettre est une des pièces les plus importantes, sur le fond de la controverse. Il
FéneloD avoit évité de publier ces quatre lettres ea France \ il s'étoit borné à les adresser aux examinateurs nommés par le Pape , comme l'archevCque de Paris lui-même leur avoit adressé son instruction pastorale. Mais on comprend facilement, qu'avec feiiréme avidité qu'on inontroit de tiHites parts, pour oonaoître toutes tes pièces de ce grand procès, on avoit dû réimprimer en Italie
(i) Vayez,à-AeMm,t.l",p.ioo. — Voyee tBaai I Wm. liaér.dt Fénelon, f.i6,aio etaH-
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l(>4 HISTOIIIE DB FÉMELON.
ces quati-e lettres, à l'insu de Fënelon lui-même. Toutes les presses de Hollande ëtoîent égalunent en mouvement, pour reproduire des écrib auxquels les circonstances et le mérite des auteurs donnoient un grand intérêt. Il est donc assez singulier, que Tarchevéque de Paris parût surpris et blessé que Fënelon eût fait imprimer, pour Rome smlement, sa réponse à une Instruction pastorale que Tarchevéque de Paris avoit fiût imprimer, publier et répandre dans toute la France et dans toute l'Europe.
Cependant ce prélat s'en plaignit comme d'un procédé oflensant. Il écrivit k Fénelon , pour lui reprocher k de ne lui avoir point d'abord adressé uses réponses imprimées, et de ce qu'elles ont a couru loBg-temps avant qu'il les ait reçues. Il « l'assure qu'il aura avec lui un procédé bien difu férent ; qu'il lui adresse directement sa réponse, • et non au public, et qtîU voudrait ne la point « montrer; mais qu'il y a un très-petil nombre de « personnes distinguées, à qui il ne la peut refu- R j£r(i)..» Tandis que l'archevêque de Paris s'ex- |H-imoit ainsi, on imprimoit avec son agrément cette m£me lettre qu'il annonçoit n'être que pour
(i) Cette lettre de l'archevéqiie rie Pario, anssi bien que son Imbvction patlorale, m trouve daoa le I, V des GEwres de Fénelon. (p. 38^, etc.)
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MVRK TROISI^MK. |65
F«ne)on, et non pour le public. Fénelon reçut en effet des exemplaires impriinr,s de cette lettre, quatre jotirs setûement après l'avoir reçue manuscriie(^i). Elle concernoit entièrement les fails et les procédés. On en a déjà vu, dans le cours de cette histoire, le ràjitleplus exact, fondé sur les pièces originales ; mais on sait assez qu'il est aussi commun que facile de présenter les mêmes faits sous des aspects différents, selon les préventions qui divisent les personnes, et selon l'intérêt qu'elles ont à les tourner k l«ur avantage. A la Bn de cette lettre, l'archevêque de Paris semble sortir un peu de son caractère habituel de modération ; et un sentiracuit involontaire d'amertume vient se mêler à des expressions obligeantes, a Souffrez , Mona seigneur, dit-il à Fénelon, qu'en Bnissant je « me plaigne à vous, du temps que vous me faites « perdre, et de celui que vous perdez. Ne craignez- ■ vous point, pendant que vous vous occupez tant Ma défendre vos précisions , dont l'Église s'est M passée n longtemps, de manquer à ce que vous lui a devez de plus important ? Que fera le grand K diocèse dont vous êtes chargé, et qui a sans doute « besoin de toute votre application , tant que vous « ne travaillerez qu'à justifier votre livre ? Pour
(0 Lettre de Fénelon à Tabbé de Chanterae, du 3o mal 1698. (Ci»vv«/', I.IX,p. i^o.)
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|66 HISTOIRE UE FiirRU)ir.
0 moi, qui aêna plus qtie votia, parce qua j'ai itioins a de- forces, la pesanteur de mon fardeau , je me «r crois si obligé d'éviter tout ce qui peut me dé- « tourner de mon ministère, que je ne veux plus « employer mon temps à cette dispute. Vouséotirac, « tant qu'il vous plaira, contre moi; je ne vous « répotidrai plus. . . Vous n'aurez pas de peine à de- « meur^r uni avec moi ) je veuK l'être toujours avec ■ vous , autant que ce qlie je dois à la venté me le a permettra, et conserver l'amitié sincère et res- « pectueuse avec laquelle je sbis depuis si long- 59. «r temps... (i)-»
Écrit! polémi- Avant même que Fénelon se fût engagé dana quM de Borauei; ^^^^ discussion particulière avec l'archevêque de de Fénelon. Paris, il s'étoit engagé dans un combat bien plus terrible et bien plus opiniâtre avec Basauet. Les premiers écrits de Bossuet, que nous avons indiqués, avoient été suivis d'un grand nombre d'autres (a). Il est impossible de méconnoîtra dans ces
(i) OEupresdeeéiuhjtiU\,p.iig.
(3) Taiis IfS écrits postérieurs à ceux (|ue nous avons ifldtqiiés plus haut (p. 149) note a), sont réunis dans les t XXIX et XXX de» Œuvres de Bùssuet. Les plus importaDts, sur le fond de la controverse , sont la Réponse à quatre lettres de M. de Cambrai, et le recueil de disserUtions Urines intitulé ; De nopa Qatestione tractatus Ires. Les écrits postérieurs à ceux-ci ofTi'ent peu d'intérêt sur le fond de la controverse doctrinale , et ne sont (juère que àei répétitions
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LIVKK TROISIÈME. 167
différents ouvrages, comme daai tous ceux de Bossuet, ce génie uoique, qui trouvoit toujours le moyeo de répandre de la chaleur et de la vie sur les sujets qui paroissoieut les plus étraugers aux grands mouvements de l'éloquence. Il s'y élevoit avec un noble dédain, au-dessus des imputations vaines et calomnieuses, qu'on affectoit de répandre sur tes motifs qui le faisoient agir. « Quant à ceux,
* disoit-il, qui ne peuvent se persuader que le zèle
* de défendre la vérité soit pur et sans vue hu- « maine , ni qu'elle soit assez belle pour l'exci-
■ ter toute seule , ne nous fêchons point contre M eux ; ne crayons pas qu'ils nous jugent par
■ une mauvùse volonté; et après tout, comme
■ dit saint Augustin , cessant de nous étonner a qu'Us impatent à des hommes des défauts hu-
* mains (i). »
Mais à peine &isoit-)l paroître un ouvrage, que Fénelon lui o|q>oaoit les apologies les plus spécieuses. Ces apologies, toujours écrites avec une précision et une clarté qui sembloient initier tous les lecteurs aux secrets de la théologie la plus sublime, se répandoient avec le plus grand succès, et inspiroient an intérêt général pour sa cause. Nous n'ex-
Ae ce qui se trouve dons les premiers. Voyei , ù ce sujet, \'mil.Uttér. deFéntlan, p. 5o, etc. (Édit.)
(i) Préface tar FiHttruction patUrale de M. de Cambrai, II. aaS. [CEwreide Bossaet, t. XXVHI, p. 760.)
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|68 HISTOIRR DE piNELOIT.
trairons d«s réponses de Fëaelon, que les seuls traits qui peuveut entrer dans un rétât historique.
I I* début de sa première lettre, en réponse aux Divers évrits de Bossuet, est remarquable par le ton de candeur et de bomie foi avec lequel il y présente ses explications. H « Monseigneur, en « finissant votre dernier livre, je me suis mis de- « vant Dieu, comme je voudrois y être au moment « de ma mert. Je l'ai prié instamment de ne pas « permettre que je me séduîûsse moi-même. Je « n'ai craint , ce me semble , que de me flatter, H que de tromper les autres, que de ne pas faire « valoir assez contre mot toutes vos raisons. Plût à >r Dieu que je n'eusse qu'à m'humilier, selon votre a désir, pour vous apaiser et Bnir le scandale! Mais « jugez vous-même, Monseigneur, si je puis m'huo milier contre le témoignage de ma conscience, en « avouant que j'ai voulu enseigner le désespoir le a plus impie, sous le nom de sacrifice absolu de Tin- « térêt propre; puisque Dieu, qui sera mon juge, « m'e«t témoin que je n'ai fait mon livre que pour « confondre tout ce qui peut favonser cette doctrine « monstrueusefi). D
Fénelon se plaint ensuite de ce que, par des rapprochements forcés, par des altérations dans son
(i) i" Lettre en réponse aux Diperséerits. [Œuvres de Fénelon , t. VI , p. 3.)