LIVRE TROISliHE. l
riage de mademoiselle d'Aubîgaé, u nîèce, avec le jeune coDited'Ayeo, filsainédu maréchal de Noailles, et neveu de l'ai'chevéque de Pans. Cette alliance, si enviée par tout ce qui aspiroit aux honneurs, au crédit et à la fortune, avertissoit également ta cour de Rome et celle de France , que les intérêts de tout ce qui portoit lé nom de Noailles étoient devenus ceux de madame de Maintenon.
Mais des considérations poliUques ne pouvoient airètet' Fénelon, lorsque la conscience et l'honneur lui ordonnoient de parler ou de se défendre. I Voici comment il s'explique à ce sujet , dans plusieurs lettres à l'abbé de Chanterac : I « On ne manquera a pas de faire entendre n Rome, que l'unique resfl source pour apaiser le Roi, pour me rapprocher « de la cour, et pour lever le scandale, c'est que je « fasse certains pas , pour effacer les mauvaises im- « pressions, et pour reconnoitre humblement que a j*ai quelque tort. Mais je déclare que je ne pense « ni de près, ni de loin, à retournera la cour; que je a ne veux que me détromper de bonne foi , si je suis ■ dans l'erreur, et poursuivre sans, relâche, avec
• Ires et lui, avoît si Torteinent rrpréwDté la oécessité «lu
• se déclarer, jusqu'à dire à M. de Paris même qu'il perdoit
• l'Église, et qu'il n'y avoit que ce seul moyen de la sauver,
• qu'enfin M, de Paris y avoit donné les mains, après que
• madame de Maintenon «u «At été conTaincoe elle-
• même. > {Note de fauteur.)
:dbvGoogIe
lUS HISTOIRE DE FÉNKLOK.
« patience et Immilité, ma justification, si je ne me « trompe pas , et si on me calomnie touchant ma « foi ( I ). . . En un mot, je ne veux jamais retourner H à la cour, aux dépens de la vérité, et par un acs commodément qui ne mette ni la saine doctrine, « ni ma réputation sur la foi en aucun doute... « Pour mon retour À la cour, je le mets fort aua dessous d'une syllabe de mon livre. Dieu m'est « témoin que je n'aime point la cour; de plus, mon « retour, avec une réputation douteuse sur le quié- « tisnie, est honteux et nuisible à mon ministère. « Tout au contraire, si ma doctrine est justifiée , je « n'ai aucun besoin, pour mon ministère , de retour- <r ner à la cour, pendant que mes parties y dote minent. Ce qui est de certain, c'est que si j'étois « jutfiSé, et que je retournasse à Versailles, je vi- « vrois av«e tous les égards tes plus édifiants pour « ceux qui ont voulu me perdre. Voilà ce que vous « pouvez assurer fort«nent(a}. »
Ses Ltiirei 11 étoït dooc impossible que Fénelon ne répondit
aran^réque ^^ ^ V Instruction pastorale de l'archevêque de Paris, dans le temps où il se croyoît obligé de réfuter avec la plus grande force, tous les écrits queBossuet pubtioît contre lui. On auroit attribué une si grande différence dans tes procédés et les mënage-
[i) Lettn de Fénelon à tabbé de Ckanterac , g décembre 1697. {Corresp. t. VIII, p. a38.)
(a) Lettre du 3 avril 1698. {Ibid. p. S^i.)
jdbvGoogle
LIVBli TROISitHE. I Sg
meots, h des motife de crainte ou d'espërance, doitt le seul soupçon auroit blessa sa délicatesse. La feinte modération avec laquelle l'archev£que de Paris avott affecté de ne pas prononcer son nom, en le rappelant sans cesse ^ l'attention et ^ l'esprit des lecteurs, sous le voile transparent d'une charitable réserve, n'étoit que plus accablante pour un homUie comme Fénelon , qui ne vouloit laisser subsister aucun nuage sur sa doctrine et sa réputation.
Il divisa sa réponse en quatre lettres, qu'il évita de publier d'abord en France. Nous nous bornerons à en citer quelques fragments (i): n Monseigneur, «j'ai gardé le silence autant que je l'ai pu; et il « n'y a rien que je ne fisse encore, pour n'être pas « dans la nécessité affligeante où je me trouve, de a nie plaindre à vous-même de votre dernière let- R tre pastorale. A Dieu ne plaise, Monseigneur, « que je m'écarte jamais de la vénération que vous « méritez, et de l'attachement que j'ai pour vous «depuis si longtemps!... Plus votre place vous a donne d'autorité, plus vous êtes responsable des a impressions que vous donnez au public contre o moi. Votre vertu , et la modération qui parolt < dans vos paroles, ne servent qu'à les rendre plus B dangereuses. Les accusations véhémentes «t oa-
(i) Ces quatre lettres se trouvent dans le t. V des OEavm ■Je FémetoH, p. ai5, etc.
:dbvGoogIe
l6o HISTOIRE DE FÉNEIX)N.
« trées in^iosent moins aupublic. Hais quand vous « ne montrez que douceur et patience, en m'impu- « tant les erreurs les plus monstrueuses, le public M est tenté -de croire que j'ai enseigné toutes ces « erreurs. Voilà le mal que vous me Ëiites, Mon- « seigneur, contre votre intention,
a Si les précautions que je proposois pour reméa dier au mai qu'on attribuoit à mon livre , ne pa- « roissoient pas assez grandes, il falloît à toute «extrémité prendre un parti, qui auroit édifié « relise. Vous n'aviez, Monseigneur, qu'à vous « joindre aux deux autres prélats qui ont pris pai*t à « la Déclaration, et qu'à consulter, de concert avec « moitié Pape sur le livre en question. 11 n'étoit pas a juste que je fusse cru dans ma propre cause;, mais a étoit-il juste aussi , que ceux qui m'accusoient « voulussent décider? Je devois sans doute me dé- « fier de mes- pensées; peut-être aussi pouvoient- « ils se défier des leurs. Il n'y avoit donc qu'à prier « le Pape, notre juge commun, de nous donner « une décision. Si j'eusse refusé de me soumettre « à son jugement, j'eusse été inexcusable devaut « Dieu et devant les hommes; alors il auroit été « temps de faire ce qu'où a fait , sans attendre la V réponse du père commun. Vous ne deviez pas « craindre. Monseigneur, que l'Église romaine fa- B vorisât le quiétisme, ^qu'elle a foudroyé dès sa « naissance, ni qu'elle voulut, pour épargner mon
:dbvGoogIe